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Histoire de la télévision
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Le Comte Th. du Moncel 
légitime l'hypothèse du recours au sélénium
(1880-1887)
 

 

L'autorité française en matière de sciences de l'électricité

 

Fils d'un général du génie, qui fut pair de France sous Louis-Philippe, Théodose du Moncel apparaît dès  son premier ouvrage, L'exposition des applications de l'électricité (1854),  comme une des figures éminentes du monde professionnel des électriciens en voie de formation. Il inventa de nombreux appareils électriques, fut nommé ingénieur électricien à l'administration des lignes télégraphiques et fut reçu à l'Académie des Sciences en 1874 pour ses travaux sur l'électricité.

   

Reconnu comme un grand scientifique, du Moncel est aussi, avec d'autres auteurs, tels que Louis Figuier et Henri de Parville, un des premiers vulgarisateurs  qui s'attachent à populariser l'idée la connaissance de l'électricité, persuadé que celui-ci est amené à jouer un grand rôle dans le progrès de l'humanité, et, en particulier, un des vecteurs de la "subsistance et de l'indépendance des femmes".(1).  En 1879, il lance la revue La Lumière électrique, "Journal universel d'électricité", qui se donne pour objectif de "grouper les efforts individuels des gens de bonne volonté, et marcher avec eux vers une situation mieux définie des données électriques".

   

Du Moncel occupe à la fin des années 1870, une place de premier plan dans les débats sur l'électricité et, en particulier, sur l'essor des télécommunications, stimulées par la mise au point du téléphone électrique par Graham Bell (1876), du phonographe par Edison (1877) et du microphone par Hughes (1877). Du Moncel consacre à ces trois inventions un ouvrage d'une clarté exemplaire Le téléphone, le microphone et le phonographe, Hachette, Paris, 1878, qui sera traduit en anglais et en portugais et connaîtra diverses éditions.

   

Ce n'est donc  pas un hasard si c'est à lui que Constantin Senlecq a adressé, dès 1878, une lettre - malheureusement perdue - où il formule son idée du recours au sélénium pour transmettre les images par le biais de l'électricité. L'intérêt de Du Moncel pour l'hypothèse de la téléphotographie a certainement contribué à crédibiliser une idée qui, même pour beaucoup d'électriciens, apparaissait comme utopique. 

 

Les interventions d'un éminent arbitre

    

Après le scepticisme exprimé par E.H. (Edouard Hospitalier) dans La Lumière électrique du 1er avril 1880 sur l'annonce de la maison Connely frères et Mac Tighe, du Moncel va revoir sa position. L'annonce de la présentation du photophone de Bell et Tainter dans la revue américaine Nature du 15 avril, sans que la description de l'appareil ne soit disponible, fait entrevoir la possibilité réelle de l'utilisation du sélénium comme récepteur des variations lumineuses.

 

Il semble que du Moncel n'a pas pris directement conscience de l'importance de la communication contenue dans la lettre que lui a adressée Senlecq. Une évocation de l'invention de Senlecq paraît dans la revue Les Mondes  de l'Abbé Moigno. (2) recueille sont attention, comme du Moncel le reconnaîtra quatre mois plus tard dans son article "La télescopie électrique". Du Moncel traduit par ailleurs des extraits de l'article « Seeing by Electricity » de Scientific American du 5 juin 1880. Il s'agit de , le premier article présentant le télectroscope de George R.  Carey.


Du Moncel reviendra à plusieurs reprises sur la question de la vision à distance par le biais du téléphone ou du télégraphe. Après avoir porté un jugement de Salomon sur la querelle de priorité qui oppose Adriano de Paiva et Constantin Senlecq,  il publiera en 1882 un chapitre de vingt pages sur le téléphote dans son ouvrage Sur le microphone, le radiophone et le phonographe,  qui constitue une excellente synthèse des diverses propositions émises depuis 1878 sur la question. Quelques lignes dans la cinquième édition de son ouvrage classique,  Le téléphone, publiée trois ans après sa mort confirment son enthousiasme quant à la perspective de la vision à distance.

André Lange, mars 2000 - Révision décembre 2017


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Théodose Achille Louis, vicomte du Moncel (1821-1884)

(1) Il est le premier à développer cette idée dans L'électricité comme force motrice, Paris, 1883, cité in CARON, F. et CARDOT, F. (sous la direction de ), Histoire générale le l'électricité, tome I, Fayard, Paris, 1991, p.220.

Le premier ouvrage scientifique  français comportant un chapitre sur la vision à distance :Le téléphone, le microphone et le phonographe, Hachette, Paris, 1878 (Coll. André Lange)

(2) "Télectroscope",  Les Mondes, Revue hebdomadaire des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie, 
par M. l'Abbé Moigno. Tome XLVIII, n°3, 16 janvier 1879, Paris. 

Les contributions de Du Moncel sur la vision à distance et la radiophonie