top of page
Les premiers articles  sur le phonographe d'Edison 

Edward H. JOHNSON, "Echoes from Dead Voices", The Sun, 6 November 1877

New_York_Herald_1877_11_06_Page_3_edited

"The Phonograph",

New York Times, 7 November 1877

The_New_York_Times_1877_11_07_Page_4_edited.jpg
The_New_York_Times_1877_11_07_Page_4b_edited.jpg

"Le phonographe"

New York Times, 7 novembre 1877

​

Le téléphone fut à juste titre considéré comme une invention ingénieuse lors de sa première apparition publique, mais il est voué à être totalement éclipsé par la nouvelle invention du phonographe. Le premier transmettait le son. Le second le conserve pour un usage ultérieur. Le téléphone peut nous fournir les sermons de Talmage, pour ainsi dire, enregistrés à la volée ; mais, grâce au phonographe, ces mêmes sermons peuvent être conservés à la cave, pour être ressortis des années plus tard, leurs intonations intactes et leurs cris les plus puissants toujours aussi perçants et vibrants. Il peut sembler improbable que, dans cent ans, on puisse encore entendre la voix de Wendell Phillips prononcer un discours, mais le phonographe permettra de préserver indéfiniment les paroles et les intonations de n'importe quel orateur. Il est inutile d'expliquer le fonctionnement mécanique du phonographe, mais on peut dire, de manière générale, que si un orateur enregistrait sa voix dans un phonographe, celle-ci resterait muette jusqu'à ce que quelqu'un mette en marche une machine similaire. Alors, la voix se ferait instantanément entendre et répéterait à l'identique les paroles de son ancien propriétaire.

Il est évident que cette invention entraînera d'importants changements dans nos mœurs. Le conférencier n'aura plus besoin de réunir son auditoire dans une salle publique, mais vendra ses conférences dans des bouteilles d'un quart de gallon, à cinquante cents l'unité ; et l'homme politique, au lieu de s'enrouer la voix sur l'estrade, distribuera à chacun de ses électeurs une pinte de son meilleur discours. Bien sûr, les sermons en bouteille feront l'objet d'un commerce florissant, et nombre de paroisses modestes, incapables de rémunérer un pasteur attitré, se contenteront d'ouvrir publiquement une bouteille de «Dr Tyng», de «Dr Crosby» ou d'une autre marque populaire de prédicateur. Mais la pratique de la prédication en personne perdurera, car c'est le seul moyen d'offrir aux dames l'occasion hebdomadaire d'admirer mutuellement leurs chapeaux.

​

Il en résultera sans doute une forte consommation d'orateurs lors des dîners publics et dans le cercle familial. Qu'un homme possède ou non une cave à vin, il aura assurément, s'il veut être considéré comme un homme de goût, une cave à orateurs bien garnie. Il y entreposera plusieurs douzaines de «Bob Ingersoll» ou de «Senator Conkling», notamment le célèbre millésime de Rochester de ce dernier, à l'usage de ses amis politiques en quête de stimulants puissants. En tant qu'orateur agréable et plaisant à table, il choisira un «Mark Twain» sec, ou peut-être un «Beecher», bien que ce dernier soit un peu trop corsé. Un «Sparkling Cox» et un «Effervescing Frothingham» conviendraient aux soirées mondaines, et un «George William Curtis» serait sans aucun doute très apprécié comme liqueur douce et peu stimulante. Le connaisseur d'orateurs deviendra, avec le temps, aussi ennuyeux que le connaisseur de vins. Il ne cessera de dire à ses invités : «Goûtez un peu de cet "Anna Dickinson". Je suis sûr que vous admettrez qu'il est très bon, quoique peut-être un peu trop sec pour un palais non averti. Il m'a coûté 48 dollars la douzaine et est de loin supérieur à n'importe quel "Gail Hamilton" actuellement sur le marché» ou encore : «Je voudrais connaître votre avis sincère sur cet "Evarts". J'en ai déniché une douzaine à prix cassé l'autre jour, et je me persuade que c'est le vrai.» Le corps médical prescrira des oraisons au lieu de stimulants, et l'on conseillera aux personnes souffrant de faiblesse physique de prendre une demi-bouteille de tel ou tel orateur au dîner, et un verre de «Ben. Butler» avant de se coucher. L'usage de ces oraisons en bouteille sera, bien sûr, poussé à l'excès par les personnes faibles ou vicieuses, et il est triste d'imaginer à quel point hommes et femmes se dégraderont en consommant, disons, trois ou quatre bouteilles de «Holland» ou de «Talmage» par jour. Ceci, à son tour, mènera à la formation de sociétés de tempérance, dont le but sera de faire voter une loi prohibitive interdisant la vente de toutes sortes d'oraisons en bouteille, sans faire de distinction entre le pernicieux «Citizen Swinton» et le doux et inoffensif «Hayes». Reste à savoir si des marchands sans scrupules peuvent falsifier des discours en bouteille, mais une chose est sûre : si la falsification est possible, il sera aussi difficile de se procurer une douzaine de bouteilles d'un orateur, qu'il soit local ou étranger, que du champagne ou du madère purs.

​

Il y a fort à parier que si le phonographe tient ses promesses, la fabrication de livres et la lecture tomberont en désuétude. Pourquoi imprimer un discours quand on peut l'embouteiller ? Et pourquoi apprendre à lire quand, si un orateur talentueux récite à haute voix un roman de «George Eliot» devant un phonographe, on peut l'écouter ensuite sans le moindre effort ? On pourra acheter Dickens et Thackeray à l'unité ou par douzaine, et les familles rurales pourront s'approvisionner en fûts de «Timothée».

"A Singular Invention"

The New York World, November 7, 1877

​

In a late number of the Scientific American an instrument is described as the invention of Mr. Edison, of New Jersey, by means of which the words of a man may be audibly reproduced at will years after they have been uttered.  As is the case in Mr. Edison’s speaking telephone, the tones are propagated from a vibrating metallic diaphragm, but in the phonograph, as the new contrivance is called, the vibrations of the plate are recorded by indentations in a strip of paper which, by a simple piece of mechanism, may afterwards be made to communicate the original vibrations to another diaphragm, and thus bring out the words as they were at first heard.  If it shall ever be possible to reproduce the quality of the voice, upon which the recognition of a speaker largely depends, the phonograph will place it in our power to listen to the voices of the dead long after the lips which uttered them shall have crumbled into dust.  Even now mannerisms of speech through which friends unmistakably recognize each other even when the voice of the speaker is disguised, and which are therefore most intimately connected with personality, can be re-echoed—at least in plausible theory—by means of this instrument, through which any man may if he choose make for himself a Comtean sort of immortality which at any moment may be quickened at the pleasure of his survivors.  This, however, he might do as effectually by simply committing his precepts to writing, chirography being quite as characteristic as peculiarities of diction.  We imagine that it will be a long time before we shall be able to preserve the voices of our ancestors in our houses, as the Egyptians kept the mummied bodies of theirs; but the promise and potency of the phonograph point to a day in which there shall be a faint approach to the unlocking of that vast library, the air, of which Charles Babbage said that it contained in indelible characters all that “man has ever said or woman whispered.”  People who wish to put themselves on record will have only to breathe into the phonograph, and then when they are dead they may be made to speak as if they were actually in the flesh, only that they must be content with repeating all and originating nothing.

 

A further development in the reproduction of men whose bodies and forces have been dissipated in various forms of energy and matter will be their presentation before our eyes as they looked while living.  Possibly this desirable object might be accomplished by taking a great number of life-size photographs of the subject from different points of view, coloring them properly and then reproducing them in relief by means of mirrors, whereupon the man would appear to us as he did in life; and since one set of photographs might be rapidly or gradually changed for others, bodily movements might be represented which would be quite as natural as the tones of his voice resounding through the phonograph in keeping with the movements of the phantasmagory.  The production of historical plays in which the phantoms of the real actors of the scenes depicted should walk the stage and speak with the very echo of the voices of the long dead would be easily possible, provided only that in life they had suited the action to the word and the word to the action in the presence of skilled phonographists and artists of the camera.  Great men, unless also they were very good men with a heart for the future entertainment and instruction of the race, might refuse to mouth their words before the phonograph, but when once one of them had been induced to do so all the rest would follow, and the giants among us would be reproduced for our children’s children unto many generations.  There seems to be nothing absolutely impossible in this notion, but we can conscientiously say that we trust it will never be made real.

"A Singular Invention",
The Daily Gazette, Wilmington  (Delaware), Delaware, November 9, 1877

The_Daily_Gazette_1877_11_09_1_edited.jpg

Ce texte, moins connu que les articles de Johnson ou que celui paru le même jour dans The New York Times a été retrouve par Patrick Fraeser, spécialiste des origines de la phonographie. Le texte original du World n'est pas aisément disponibe, mais Fraeser l'a reconstitué à partir de reprises dans d'autres quotidiens.

​

Fraeser voit dans ce texte une première formulation du cinéma parlant, antérieure de quelques mois à la lettre de Worldworth Donisthorpe, publiée dans Nature le 8 janvier 1878, classiquement consiéré comme la première anticipation du cinéma parlant. 

​

Voir Patrich FRAESER, “Phantoms of the Real Actors”: The First Prediction of Sound Film (1877)", Griffonage-dot-com, September 22, 2021. 

Dans un récent numéro du Scientific American, un instrument, inventé par M. Edison du New Jersey, est décrit comme permettant de reproduire à volonté les paroles d'un homme, des années après qu'elles aient été prononcées. À l'instar du téléphone parlant de M. Edison, les sons sont propagés par la vibration d'un diaphragme métallique. Mais dans le phonographe, nom donné à ce nouvel appareil, les vibrations de la plaque sont enregistrées par des indentations dans une bande de papier. Grâce à un mécanisme simple, cette bande peut ensuite transmettre les vibrations originales à un autre diaphragme, et ainsi restituer les paroles telles qu'elles ont été entendues à l'origine. Si jamais il devient possible de reproduire la qualité de la voix, dont dépend en grande partie la reconnaissance d'un locuteur, le phonographe nous permettra d'écouter les voix des morts longtemps après que les lèvres qui les ont prononcées ne soient plus que poussière. Aujourd'hui encore, les tournures de phrase qui permettent aux amis de se reconnaître indubitablement, même lorsque la voix de l'orateur est déguisée, et qui sont donc intimement liées à la personnalité, peuvent être reproduites – du moins en théorie – grâce à cet instrument. Par lui, chacun peut, s'il le souhaite, s'octroyer une forme d'immortalité à la Comte, ravivée à tout moment par la volonté de ses proches. Il pourrait toutefois obtenir le même résultat en couchant ses préceptes sur le papier, la phonographie étant tout aussi caractéristique que les particularités de la diction. Nous imaginons qu'il faudra encore longtemps avant de pouvoir conserver les voix de nos ancêtres dans nos maisons, comme les Égyptiens conservaient les corps momifiés des leurs ; mais la promesse et la puissance du phonographe laissent entrevoir un jour où l'on entrera en scène l'ouverture de cette immense bibliothèque qu'est l'air, dont Charles Babbage disait qu'il contenait, en caractères indélébiles, tout ce que «l'homme a jamais dit ou la femme a jamais murmuré». Ceux qui souhaitent se laisser enregistrer n'auront qu'à souffler dans le phonographe. Après leur mort, on pourra leur faire parler comme s'ils étaient encore vivants, à la différence qu'ils devront se contenter de répéter les mêmes choses sans rien créer de nouveau.

​

Une autre étape dans la reproduction des hommes dont les corps et les forces se sont dissipés sous diverses formes d'énergie et de matière consistera à nous les présenter tels qu'ils apparaissaient de leur vivant. On pourrait atteindre cet objectif en prenant un grand nombre de photographies grandeur nature du sujet sous différents angles, en les coloriant correctement, puis en les reproduisant en relief à l'aide de miroirs. L'homme nous apparaîtrait alors tel qu'il était vivant. Puisqu'une série de photographies pourrait être rapidement ou progressivement remplacée par une autre, on pourrait représenter des mouvements corporels aussi naturels que les intonations de sa voix résonnant dans le phonographe, en accord avec les mouvements de la fantasmagorie. La production de pièces historiques où les fantômes des véritables acteurs des scènes représentées défileraient sur scène et parleraient avec l'écho même des voix des défunts serait aisément réalisable, pourvu seulement qu'ils aient, de leur vivant, accordé leurs actions aux mots et leurs paroles aux actions, en présence de phonographes et de cinéastes talentueux. De grands hommes, à moins d'être également des hommes de grande bonté, soucieux du divertissement et de l'instruction des générations futures, pourraient refuser de prêter leur voix au phonographe; mais si l'un d'eux s'y était laissé prendre, tous les autres suivraient, et les géants parmi nous seraient reproduits pour les générations futures. Rien ne semble absolument impossible dans cette idée, mais nous pouvons affirmer en toute conscience que nous espérons qu'elle ne se réalisera jamais.

  • Edward H. JOHNSON, "A Wonderful Invention - Speech Capable of Indefinite Repetition from Automatic Records",
      Scientific American, 17 November 1877,          p.304
Sc Amer 17 11 1877_edited.jpg
Blanc.JPG
  • "The Talking Phonograph"
       Scientific American, 22 December 1877,            pp.383-384
Sc Amer 1877 1_edited.png
Sc Amer 1877 2_edited.jpg
bottom of page