LECTURES
Pascal Durand, Médiamorphoses. Presse, littérature et médias, culture médiatique et communication, Presses Universitaires de Liège, 2019.

Le champ des études sur la communication et les moyens de communication de masse, désormais rebaptisés médias, de plus en plus diversifié et de plus en plus riche en publications, est, depuis ses origines l’occasion de rencontres entre chercheurs venus d’horizons divers : histoire, philosophie, sociologie, droit, économie, psychologie, musicologie, publicité mais aussi études littéraires. Quelques-unes des figures les plus emblématiques du champ sont venus de la philosophie et des études littéraires : en Allemagne Walter Benjamin, Theodor W. Adorno, plus récemment Friedrich Kittler, au Canada, Marshall McLuhan, en Italie, Umberto Eco, en Angleterre Raymond Williams, en France, Robert Escarpit.

Professeur à l’Université de Liège, Pascal Durand est le digne héritier de ces premières générations dont la réflexion sur les médias s’est nourrie d’une culture littéraire, y compris l’acuité de la lecture aguerrie du savoir rhétorique, et dont la réflexion sur la littérature s’est enrichie de la réflexion sur les médias. Avec la même aisance, Pascal Durand nous a offert ces dernières années des livres sur Mallarmé, sur Hugo, sur l’histoire de l’édition en Belgique, sur les discours des intellectuels néo-réactionnaires et, à présent, ces Médiamorphoses, recueil d’essais parus entre 1994 et 2015, retravaillés en vue d’une cohérence d’ensemble.

Le joli mot-valise médiamorphose a été proposé pour la première fois en 1989 par un sociologue autrichien de la musique, Kurt Blaukopf, dans un ouvrage analysant les répercussions sur le statut social et économique de la musique dès lors que celle-ci étaient marquée par la technologie et insérée dans des industries culturelles nées de celle-ci (industrie musicale, radio, télévision). Blaukopf inscrivait sa réflexion sur l’inscription technologique de la musique dans le sillage d’Adorno et de Benjamin. Le terme est repris, dans ce sens, en 1993, par un chercheur français, lui aussi sociologue de la musique, Antoine Hennion dans une contribution au Dictionnaire critique de la communication dirigé par Lucien Sfez et Pascal Durand l’utilise pour la première fois dans un article sur Marshall McLuhan, publié dans la revue Quaderni, au titre gramscien, fondée par le même Lucien Sfez. Le mot a ensuite été repris comme titre d’une revue de recherche, dirigée par Geneviève Jacquinot, et dans le titre de divers ouvrages universitaires.

Comment parler des médias ?

Le recueil Médiamorphoses n’ambitionne pas d’être une histoire exhaustive des médias et de leurs métamorphoses, mais de prendre trois points de vue, historique et littéraire, philosophique et culturel, puis politique et discursif sur le discours et les environnements dits médiatiques. Agacé par la phraséologies des médias sur eux-même et de la banalisation de l’usage du terme « communication » dans le discours politique, Pascal Durand entend, par une mise en perspective historique et critique, "remettre les pendules à l’heure".

Walter Benjamin, Theodor W. Adorno, Marshall McLuhan, Antonio Gramsci, voilà quelques-uns des principaux auteurs qui servent à Durand à la fois de phares et d’objets d’étude. Il ne s’agit cependant pas pour lui de proposer une nième présentation simplificatrice de la pensée de ces auteurs. Un peu comme Blaukopf le faisait à propos de la musique, il nous propose plutôt une réflexion sur l’inscription de la littérature dans les technologies de communication : le livre, le journal, les médias électroniques, en particulier la télévision. Mais, à la différence de Blaukopf et des chercheurs ès industries culturelles, ce ne sont pas les aspects économiques qui intéressent Durand (il nourrit pour l’économie politique un mépris romantique digne de celui du grand écrivain portugais Almeida Garrett). Son propos est à la fois plus formel et plus politique. Le propos est bien plus ici de décrire l’impact des développements technologiques sur l’évolution des pratiques d’écriture des écrivains et des journalistes, sur l’apparition de nouvelles formes (roman-feuilleton, manifestes esthétiques), ou de nouveaux types d’intervenants tels que le reporter à la fin du XIXème siècle ou les "personnalités" définies comme « néo-réactionnaires », habituées des plateaux de la néo-télévision de ces vingt dernières années. Plutôt que de nous parler des médias, Durand préfère nous décrire la manière dont on en parle, tentant, par le biais de généalogies conceptuelles et d’analyses discursives, de déjouer les fausses évidences dont ils se nourrissent lorsqu’ils parlent d’eux-mêmes.

Si son propos est d’analyser l’ «adhésion des objets culturels à leurs supports »,  Pascal Durand ne tombe cependant pas dans le déterminisme technologique que l’on a pu reprocher à McLuhan (dont il trace une biographie intellectuelle démystifiante)  ou à Friedrich Kittler (un des auteurs qu’il ne cite d’ailleurs point). Il prend soin, au contraire, de marquer les limites des analyses focalisées sur les technologies et que banalisent les discours politiques ou propagandistes de la société de l’information. Loin de partager l’optimisme eschatologique du penseur du « village global » ou le pessimisme crépusculaire du fondateur des Medienwissenschaften, Pascal Durand s’inscrit bien plutôt dans le sillage de ceux qui, tels Benjamin et Gramsci, tentent de théoriser les possibilités d’une issue à l’opposition entre culture dominante et culture de masse.

Le plaisir de la lecture de ces Médiamorphoses réside à la fois dans la reformulation, dense et élégante, d’éléments historiques ou théoriques déjà connus et dans la mise en avant de textes moins connus, tels que des extraits du Gutenberg de Lamartine ou diverses formulations de Mallarmé, au charme toujours un peu ésotérique, sur la presse et les « engins de captation du monde moderne ». Mallarmé est, de loin, l’auteur le plus souvent cité dans le livre et, comme Walter Benjamin n’a pas répondu à la sollicitation d’Adorno d’écrire sur l’auteur du Coup de dés, en contrepoint à son essai fameux « L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité photographique », Durand se risque avec brio à reconstituer ce qu’aurait pu être la réponse du théoricien de la perte de l’aura. Son analyse du Comte de Monte-Cristo comme allégorie de la communication et contre-utopie saint-simonienne ou celle de Michel Strogoff comme un roman né d'une coupure de télégraphe, mise en scène de la nouvelle figure du reporter illustrent la richesse de la démarche qui consiste à relire des classiques avec le regard du théoricien des médias.  On retrouve aussi avec plaisir les analyses mordantes, déjà développées dans Les discours néo-réactionnaires, sur le "marché des radicaux libres", sur l'importance médiatique et éditoriale acquise en France par une génération de "personnalités" (Durand ne leur reconnait ni le statut d'écrivain ni celui d'intellectuel) qui occupent les plateaux de télévision, les studios de radio et les têtes de gondoles des rayons librairies des supermarchés avec des discours idéologiques divers mais dont la caractéristique commune est de s'attaquer à la supposée "bien-pensance" de la gauche.

La radio négligée

Pour brillant et stimulant qu’il soit, le livre de Pascal Durand n’en suscite pas moins quelques déceptions. Recueil d’essais, il n’a évidemment pas prétention à être une histoire complète des rapports entre littérature et médias. Il n’évite pas certaines redites, ou plus exactement de reprises, qui sont un peu les variations beethoveniennes de l’auteur (ainsi de la double exposition de la différence entre les théories de Gustave Le Bon  et celles de Gabriel Tarde ou encore de la double citation de  la délicieuse histoire crépusculaire de l’abbé Jean Trithème qui en 1492, dans son De laude scriptorum manualium  recommandait de recopier sous forme manuscrite les livres imprimés, menacés de disparition en raison de leur trop grand nombre). Le recueil inclut au moins un chapitre qui me paraît hors propos (l’analyse d’une campagne publicitaire Benetton, qui est certes une manifestation médiatique intéressante à traiter, mais dont on voit mal le rapport avec la littérature) et surtout, malgré son indiscutable érudition, laisse entrevoir des lacunes dans l’établissement des généalogies conceptuelles ou thématiques.

On regrettera en particulier que la radio soit le grand médium négligé dans les analyses proposées par Durand. Non seulement c’est son essor qui a largement contribué, dans les années 20 à l’émergence du terme mass media, mais aussi la radio, en introduisant les « causeries littéraires », les entretiens en direct, les dramatiques et contes diffusés, a créé un nouveau type de rapport de l’écrivain avec les publics, dont une historiographie d’ensemble reste à écrire (1). L’intérêt porté par Paul Valéry, Robert Desnos, Walter Benjamin, Ezra Pound ou ce liégeois oublié qu’est Paul Dermée aurait mérité un chapitre de ces Médiamorphoses. Durand aurait-il hérité d’André Breton l’indifférence pour ce medium ? (Rappelons-nous, qu'à la fin du Manifeste du surréalisme "les sans-fils" sont loin de susciter la même adhésion que le cinéma : « Et dès lors, il me prend une grande envie de considérer avec indulgence la rêverie scientifique, si malséante en fin de compte, à tous égards. Les sans-fils ? Bien. La syphilis si vous voulez. La photographie ? Je n’y vois pas d’inconvénient. Le cinéma ? Bravo pour les salles obscures. (..) »).

Des généalogies conceptuelles et lexicales à compléter

A trop se focaliser sur les contributions d’auteurs-phares, dont la légitimité en tant qu’objet d’étude rejailli sur le commentateur, Pascal Durand néglige des auteurs secondaires ou des auteurs qui ne sont plus aujourd’hui que des phares en déshérence, auxquels ne prêtent plus attention que des alfarrabistes chagrins. Ainsi Durand retrouve-t-il chez Edison la figure des médias comme prothèse du corps humain, chère à McLuhan, mais ignore-t-il les travaux récents qui ont mis en évidence la prégnance de cette figure dans la seconde moitié du 19ème siècle, dans les textes théoriques d’Ernst Kapp (2), les textes scientifiques de pionniers de la recherche sur la télévision (Adriano de Paiva, Raphael-Edouard Liesegang) ou encore chez Dziga Vertov. Les bibliothèques et hémérothèques numérisées nous permettent aujourd’hui de reconstituer des généalogies lexicales et conceptuelles de manière plus détaillées que la seule fréquentation des grands textes. Plusieurs chapitres mériteraient des discussions de détails, mais je ne voudrais pas donner ici l’impression de tomber dans les travers de l’érudition cuistre.  Je formulerai seulement quelques remarques qui tiennent à la perspective historique d’ensemble.

Historique du terme mass media aux Etats-Unis

Fidèle à l’enseignement de Pierre Bourdieu, Pascal Durand a soin de contextualiser la formation des concepts et des vocables. Il rappelle avec raison que le terme médias omniprésent aujourd’hui est une réduction du syntagme mass media, utilisé dans les années 20 dans les milieux publicitaires américains.

 

De fait, mass media apparaît en effet en 1923 à la Convention of Associated Advertising Clubs (Atlantic City, June 1923), comme une réduction probable de mass-selling media utilisé lors de la Convention précédente (Milwaukee, June 11-15, 1922) (3). Notons que mass media n’a pas immédiatement désigné, dans la terminologie publicitaire, la presse et la radio. Ainsi en 1927 H.E. Agnew, dans le chapitre « Advertising media »  d'un ouvrage intitulé Principles of Advertising, distingue trois catégories de media : les mass media (billboards, car cards, painted bulletins, windows signs), qui permettent d'atteindre l'ensemble du public, la presse écrite, qui permet de s'adresser à des publics spécifiques et le direct mail qui permet de s'adresser à des listes de personnes identifiées. Cinq ans plus tard, Agnew revoit sa nomenclature et distingue quatre types de medias publications, direct advertising, signs or mass media, radio or broadast advertising. Il utilise encore cette partition en 1938. En 1936, un autre ouvrage distingue six types de media : display, periodical media, direct advertising media, mass media (outdoor media, car cards, miscelleanous), word-of mouth advertising of satisfied customers, radio advertising (4)

 

Si 1923 est retenue comme l'année de naissance du terme mass media, on peut cependant trouver un  exemple non anodin de rapprochement entre le terme media et le terme masses (mais aussi le terme classes) dans un article « Thrift Campaign Take Definite Shape », dans lequel W.P. Harding, directeur du Federal Reserve Board explique comment va être lancée la campagne « A Million New Savers in 1916 », un an avant que le pays n’entre en guerre contre l’Allemagne (5)

« People must be made to want to be thrifty. They must be encouraged, not only to make a start, but to keep right on until the act of saving money becomes automatic a habit. The message must be taken to the Individual, therefore the campaign employs the media by which the masses, and the classes as well, may be reached.

The Avenues of Approach: large numbers will be reached through the newspapers. The pupils in the school rooms will be supplied with lessons in thrift rarely found In the school curriculum. The parents In the home will be reached through the school children and through other avenues. The street cars, a great gathering place of thousands, many of whom do not read newspapers, will offer an Important place of contact in reaching the people. The moving pictures houses, now the meeting place of countless thousands will also be utilised. The factory, the store, the office are utilised to the fill lent extent as places from which to distribute the vital message of the centennial year. The churches, the civic und other organisations are to be nuked to do definite things and help bring this to a successful and memorable conclusion”

 

Il resterait à préciser à quel moment, et dans quelles circonstances, mass media est passé de la définition restrictive que l'on trouvait dans les ouvrages de technique publicitaire à la définition plus large, qui s'imposera après la Seconde Guerre mondiale, incluant la presse, la radio, le cinéma et la télévision. Les définitions techniques n'étaient probablement pas respectées dans la langue ordinaire. Ainsi dans l'offre d'emploi publiée dans le journal Printer's Ink, August 9, 1923, il est demandé à un agent de vente d'avoi eu une expérience professionnelle "for one of the big mass media or agencies". big mass media signifiant probablement un quotidien important.  On trouve aussi dans The Wakefield News, quotidien de Wakefield dans le Michigan, le 8 mars 1930, un article affirmant que "the church is about the only mass media of getting over to people the value of Christinaity".

 

La numérisation des journaux américains permet de repérer dans les années 30-40 divers syntagmes en trois mots. Mass communication media apparaît en 1936 à l'occasion d'un débat sur la responsabilité des radiodiffuseurs dans une démocrate organisé par l'Institute of Public affairs of the University of Virginia, le 16 juillet 1936 auquel participe des dirigeants de RCA, CBS et du Washington Post. En janvier 1937, c'est le terme mass entertainment media qui est utilisé à l'occasion d'un colloque de la Virginia Press Association. En août 1942, un conférencier du nom d'Ellis Newcomb fait une conférence au Rotary de Petluma sur les mass advertising media. En novembre 1942, le peintre George Biddle, ami d'enfance de Franklin Roosevelt fait une conférence sur l'art et la guerre et évoquant la croissance de la fréquentation des musées, il l'attribue non pas à une plus grande perception des oeuvres mais à l'impact des media of reproduction and presentation. 

 

La première occurrence dans la presse que j'ai pu repérer où mass media prend le sens qu'il aura après la Seconde guerre mondiale est dans le Pittsburgh Courrier, January, 2 1943 : il est question des mass media stereotypes au sujet de la représentation des noirs. Une étude détaillée des revues et publications scientifiques devrait montrer à partir de quel moment le vocabulaire scientifique, notamment chez Lazarsfeld et Berelson.

Notons que mass media n’arrive pas de manière indéfinie dans la langue française mais qu’il y est introduit après la Seconde guerre mondiale, essentiellement, cela mérite d’être noté, à travers les textes des Nations-Unies et de l’Unesco. Julian Huxley, biologiste britannique, frère de l'auteur de Brave New World et premier directeur de l'agence,  l'utilise en 1950 dans son texte programmatique  Unesco its purpose and its philosophy, que la version française traduit "Moyen d'information des masses". En 1950 encore, l'Unesco publie un recueil Les droits de l'esprit, qui contient une contribution de l'écrivain américain Eric Larrabbee : "The mass media and the intellectual". En 1950,  le sociologue français Georges Friedman, futur fondateur de la revue Communications, ne prend plus la peine de traduire dans Où va le travail humain ?  pas plus que l'année suivante Jean-Marie Domenach, Directeur de la revue Esprit, dans sa contribution à un colloque dont le titre était tout un programme : Comment convaincre cette inconnue, la foule. Diverses formes françaises furent proposées « moyens de communication de masse », « techniques de diffusion collective » (Institut Solvay, ULB, 1959), et même « moyens de masse » (Jean Boniface, Arts de masse et grand public, 1963). Edgar Morin utilise le terme dans L'esprit du temps, 1962, ce qui conduit Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron à la publication, l'année suivante dans Les Temps modernes du corrosif "Sociologues des mythologies et mythologie des sociologues", opportunément retrouvé par Pascal Durand. Cependant Friedmann et Morin gagne la partie, avec la complicité de Christian Metz, qui introduit mass media dans l'article qu'il consacre à la revue Communications dans Le Monde du 4 novembre 1964.

 

Mass media ne l’emporta qu'un temps avant une francisation en médias. Celle-ci apparaît dans l'expression plan médias du monde publicitaire (6) avant de bénéficier du succès de la traduction de Pour comprendre les médias de Marshall McLuhan en 1968. Médiatique apparaît brièvement comme substantif à la fin des années 70 (notamment chez Guy Debord), et plus durablement comme adjectif.(7)

La fin justifie les médias

 

Fixant le terme médias comme un terme du 20ème siècle, Durand s’interroge, avec un scrupule rigoureux, sur l’opportunité de parler de culture médiatique au 19ème siècle.  Il y a là, à mon avis, une erreur d’appréciation qui résulte du souci de prendre ses distances avec le lexique dominant, tout en restant sous sa dépendance. C'est oublier que si mass media date de 1923, les termes  moyen de communication en français et medium/media en anglais existaient bien avant les manuels publicitaires américains.  Un peu d’investigation lexicologique aurait permis d’observer que mass media s’est substitué au syntagme précédent advertising media (attesté dès 1848 dans le Manchester Guardian) et que l’expression équivalente d'advertising media en français moyens de réclame était fréquente dans la presse  de la seconde moitié du 19ème siècle pour désigner les différents supports disponibles pour les annonceurs.

 

Une généalogie lexicale et conceptuelle sur les médias devrait aussi remonter plus avant et s’interroger sur les expressions que médias a largement fait tomber en désuétude, en particulier moyens de communication  (en anglais means of communication ou medium of communication). On trouve moïen de communication  dans la langue diplomatique du 16ème siècle pour désigner aussi bien les messages que les événements de négociation. Medium communicationis  est en usage dès la fin du 16ème siècle dans le latin des théologiens protestants allemands à propos d’interprétations polémiques sur la signification des symboles de la Cène. Le vin et l’hostie sont-ils ou on des moyens de communication entre Dieu et les hommes ? Certes les moyens de communication dans la langue militaire au 17ème, en anatomie au 18ème, ou dans le domaine des transports au début du 19ème siècle sont un peu loin de notre propos. Mais dès 1695 le Chevalier d’Ambars utilise le terme moyen de communication pour décrire ce qui est une sorte de préfiguration d’un télégraphe optique et qui est peut être le premier usage du syntagme pour désigner une technologie (8). C’est également dans un registre technique que s’inscrivent les "mille moyens de communications" pour tromper la vigilance de leurs gardiens, utilisés par prisonniers protestants dans les prisons de Louis XIV, après la révocation de l’Edit de Nantes, décrits en 1695 par Elie Benoist (9)

 

Il semble que Robespierre eut été le premier à utiliser le terme moyen de communication, le 27 juin 1794, pour dénoncer dans le manifeste du duc d’York un thème de propagande politique (10). Traduisant le discours du tribun français, The Times utilisera medium of communication. (11)

 

La notion de médias en tant qu’intermédiaire entre le monde politique et le public commence à s’affirmer en Angleterre à la fin du 18ème siècle. En 1788, The Times se défini comme medium of public communication (12). Jeremy Bentham, qui, en 1823, plaide pour la publicité des débats au Parlement, dont le contenu doit être communiqué au public “through the medium of the press”. Un glissement s’opère lorsqu’en 1844 le député libéral William Dougal Christie propose une motion, qui pourrait bien avoir été inspirée par les écrits de Bentham, visant à légaliser la présence à Westminster de strangers, en fait les journalistes et leur compte-rendu des débats au sein du Parlement. Il affirme : “the newspapers have become so universally recognised as the full and faithful media of communication between this House and those whom it represents, that I think no one will any longer regard inaccuracy and misrepresentation as necessary dangers “.(12)

 

On voit donc que l’usage parallèle les mots medium, media ou moyens de communication pour désigner les instruments techniques, la presse comme instance de médiation entre monde politique et public ou encore le contenu des messages eux-mêmes utilisés dans les opérations de propagande n’est pas propre au 20ème siècle. Il n’y a donc pas, selon moi, d’incongruité à étudier les « théologies des médias » au 16ème siècle (13) ou à entreprendre une « archéologie des médias » en se penchant sur les textes de Gianbattista della Porta ou d’Athanasius Kircher (14).

L'apparition de la masse dès le 18ème siècle

Bien sûr, par rapport à toutes ces formes et ocurences, l’originalité de l’expression mass media est d’ajouter à media  le terme mass, la notion de masse. Durand nous rappelle opportunément la distinction opérée par Tchakhotine, s’appuyant sur Tarde plutôt que sur Le Bon, entre foule et masse. « Une foule est toujours une masse, tandis qu’une masse d’individus n’est pas nécessairement une foule. La «masse » est généralement dispersée topographiquement, les individus qui la forment n’ont pas de contact immédiat, corporel, et ce fait, du point de vue psychologique, la distingue sensiblement de la foule ». La distinction n’est pas dénuée de pertinence. Elle donnerait presque envie d'avancer que l’expression mass media est-elle née comme un jeu de mot sur mass meeting, ce syntagme fréquent à la fin du 19ème et au début du 20ème et que curieusement l’imperfection des outils de recherche des hémérothèques numériques de la Library of Congress et de la British Library nous font découvrir lorsque l’on recherche les  occurrences les plus anciennes de mass media.

Supposer que dans mass media, le terme de masse sous-entend la distinction proposée par Tchakhotine, tranchant entre la foule de Gustave Le Bon et la masse de Tarde, devrait nous conduire à  opposer aux médias de masse des médias de foule, supposant un public encore physiquement rassemblé : les églises romanes, les cathédrales gothiques,  les tréteaux des théâtre de foire, les chaires de vérité baroques, les trompettes parlantes et autres porte-voix, les boîtes d'optiques des colporteurs, les barricades des révolutions parisiennes,  les mégaphone des tribuns, et jusqu’aux projections sur les nuages imaginées par Villiers de l’Isle Adam et les électriciens britanniques Ayrton et Perry. Certes, l'activation de tous ces médias ne reposaient pas sur une organisation industrielle comme l'Hollywood que visait Adorno. Mais l'Eglise catholique était déjà une puissante administration, bien rodée depuis la Contre-Réforme dans la propagation de son message.  Parodiant d'un même coup le critique de  la Kulturindustrie et McLuhan, avançons que la culture de messe était déjà une culture de masse. On pourrait également, revenant à  l’Espace public de Jürgen Habermas, suggérer des médias de public, qui supposent quant à eux un public « de qualité », non indifférencié (les petits théâtres princiers de la Renaissance, la salle d’anatomie, les salons des bas bleus, la correspondance entre savants, la salle de conférence des anciennes Universités…).

L’émergence de la notion de masse gagnerait cependant à être approfondie et, elle aussi, étudiée dans son déploiement historique, ce qui implique de ne pas se contenter d'une occurrence chez Lamartine mais de plonger dans les textes des auteurs des Lumières. La phrase de Tchakhotine « Une foule est toujours une masse, tandis qu’une masse d’individus n’est pas une foule », paraît forgée sur celle du Salon de 1767 de Denis Diderot : "Un grouppe fait toujours masse ; mais une masse ne fait pas toujours grouppe".

 

La diversité des connotations politiques du mot masse (qui peuvent être valorisées dans le discours politique, de Marat à Marchais, ou méprisantes chez les écrivains conservateurs) ne peut se réduire aux théories de Tarde. Une rapide investigation dans le corpus de la base Frantext permet de percevoir, dans la seconde moitié du 18ème siècle, le glissement du terme masse  des sciences  (Buffon, Laplace) et économiques (Turgot, Mirabeau), du discours sur la peinture (Diderot)  vers le discours sur la société et la politique.  Chez Mirabeau, masse est associée à république : celle-ci est « une masse, un bloc où tout est peuple ». (L’ami des hommes ou Traité de population, 1755). La « masse des citoyens » est déjà assemblée dans les Mémoires de M. Goezmann de Beaumarchais (1774). Foule et masse se retrouvent côte à côte dans le Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier (1782)  :  « Comment trouver le moyen de remédier à cette foule de nécessiteux, qui n'ont d’autre gage de leur subsistance que dans le luxe dépravé des grands ?  Comment entretenir la vie au milieu de cette masse qui crieroit famine, si certains abus venaient à cesser tout-à-coup ? »  

 

Le Baron d’Holbach est peut-être le premier à utiliser le terme pour désigner l’ensemble de la nation : «Sous un mauvais gouvernement sous des princes sans moeurs  et sans vigilance, la masse entière de la société doit nécessairement se corrompre et se dissoudre » (La Morale universelle, 1776)  et c’est un usage similaire que l’on retrouve chez l’Abbé Seyès, dans son Discours sur le Tiers-Etat (1789), lorsqu’il parle du « grand intérêt de la masse nationale ». C’est également chez le Baron d’Holbach que l’on trouve la notion de masse associée à celle de d’endoctrinement idéologique collectif  : « Quoique, comme on l'a dit plus haut,tous les hommes ne soient pas susceptibles dela même éducation, quoiqu'il soit presqu’  ’impossible de modifier deux individus  précisément de la même manière ; cependant il est possible et facile de modifier les hommes en masse, de porter les esprits vers de certains objets, de donner un ton uniforme aux passions d'un peuple ».

Une telle investigation lexicale permet de vérifier que le débat sur la culture de masse apparaît déjà dans le discours des Lumières, même si, il est vrai, le mot culture est à débusquer sous les mots instruction et éducation. C’est surtout chez Condorcet que l’on va trouver un usage massif du terme masse. Dans son Rapport de sur l’Instruction publique (20-21 avril 1792) il affirme dans les attendus de son plan « qu’il fallait donner à tous également l’instruction qu’il est possible d’étendre sur tous, mais ne refuser à aucune portion des citoyens l’instruction plus élevée, qu’il est impossible de faire partager à la masse entière des individus ». A ce moment déjà s’oppose la « masse entière des individus » et « la portion des citoyens » ayant droit à l’instruction plus élevée ».

Dans sa conception hiérarchisée du système d’enseignement, Condorcet ne va cependant pas jusqu’à admettre que l’on accorde à la « masse entière de ceux qui cultivent la science et les arts ou qui prétendent les cultiver » le droit de régir le système d’enseignement. On trouve donc déjà ici une méfiance  l'association de la culture des arts et des sciences dès lors qu'elle est pratiquée en masse, masse qui, évidemment, chez Condorcet, n'est ni populaire ni prolétarienne, mais simplement statistiquement bourgeoise. Condorcet n'est pas de ceux qui pense que la démocratie doit aller jusqu'à une organisation de l'instruction par le peuple ou par ses représentants. Il  plaide au contraire pour que cette activité supérieure soit accordée à une Société nationale de savants et cette proposition ne sera pas adoptée par la Convention, parce que jugé trop élitiste par Pierre-Toussaint Durand de Maillanes (on ne se méfie jamais assez des Durand !). Elle porte déjà en elle l’opposition entre une validation des choix scientifiques et artistiques par la masse (sur une base que l’on suppose statistique, celle du vote dont Condorcet définira une des méthodes qui porte son nom) et une validation d’expertise dont la fin du 19ème siècle établira finalement la prépondérance, comme Bourdieu l'a bien analysé dans La Règle de l'art . L’opposition entre « masse d’un peuple » et «  portions » de celui-ci, ou les expressions « masse commune », « masse des citoyens », « masse générale des esprits », « masse générale des individus », «  masse des hommes livrés aux préjugés et à l'ignorance », « masse du genre humain », « masse de population » , « masse entière de la société » ou encore « masse de ces illuminés » (pour désigner les premiers Chrétiens) se retrouveront à foison dans L’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain (1794). Chateaubriand utilisera  également le terme masse dans un contexte politique : « Voici les opinions de ces philosophes sur les meilleurs des gouvernements. Selon Solon, c’est celui où la masse collective des citoyens prend part à l’injure offerte à l’individu » ou encore « Là où la nation s'assemble en masse, là existe une république »  (Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs rapports avec la Révolution française, 1797)

 

Cette datation de l'émergence de la notion de masse dans le vocabulaire français n'est pas sans importance. Pascal Durand s’inscrit à rebours d’une tradition d’analyse sociologique de la littérature qui voit dans le roman-feuilleton, à partir des années 1840, l’essor de la culture de masse. Il argumente qu’un public de masse n’existe pas encore et que les éditeurs ne visent pas encore « un lectorat socialement quelconque ». Cependant, le discours sur la culture de masse est déjà en germe avant même l’apparition du roman-feuilleton ou avant le texte de Sainte-Beuve sur la littérature industrielle (1839). J’en veux pour preuve l’association du livre et de la « masse idiote » qui apparaît déjà en 1834 chez Alfred de Vigny lorsqu’il note dans son Journal du poète sa méfiance pour les succès artistiques trop rapides :  « Je me méfie aussi d'un livre qui réussirait sur-le-champ et sans un an au moins d'intervalle, pour que l'élite puisse y convertir la masse idiote ».  Ou encore, en 1840, dans la correspondance de George Sand :  « Avec le temps, la masse sortira de l'aveuglement et de l'ignorance grossière où les classes, dites éclairées, l'ont tenue enchaînée depuis le commencement des siècles. »

La critique des mass media  en tant qu’instrument technique et dispositif social de domination des masses ne commence pas avec la Théorie critique, ni avec l’Idéologie allemande. Ni même avec les dénonciations du manifeste du duc d’York par Robespierre. Il faut, à mon avis, la chercher bien plus en amont lorsque des humanistes tels que Bartholomé de las Casas, Gabriel Naudé, Giambattista della Porta au 16ème siècle, puis, à leur suite, Cervantès, Athanasius Kircher, Antonius Van Dale, Bayle s’en prennent aux mystifications des têtes parlantes, des statues parlantes ou des oracles En homme des Lumières, Condorcet est d’ailleurs l’héritier de ces humanistes, puisque, très explicitement, son projet d’instruction de principe élémentaire de physique aux "masses d’individus" vient de la nécessité de les préserver, des "sorciers, des fabricateurs et raconteurs de miracles". Gaspard-Etienne Robertson, l'inventeur des fantasmagories, se sentira tenu lui-même de publier ses Mémoires pour rappeler que les femmes invisibles et les miroirs magiques sont des dispositifs d'illusion et non des phénomènes surnaturels.

 

Les notions de médias et celle de culture de masse peuvent s’avérer féconde dans une démarche archéologique, dès lors, bien sûr, que celle-ci s’appuie sur une contextualisation historique rigoureuse. Le souci d’éviter les anachronismes ne doit pas empêcher de rechercher dans des époques plus reculées que le 19ème siècle les origines des problématiques contemporaines. Je ne ferai pas à Pascal Durand l’injure de supposer qu’il ne connaît pas les travaux de Robert Mandrou et de Robert Chartier sur la littérature de colportage ou ceux d’Arlette Farge sur l’opinion publique plébéienne au 18ème siècle, mais, force est de constater qu'en s'appuyant sur une conception restrictive des médias et en faisant commencer sa mise en perspective historique de la problématique de la culture de masse avec la discussion du roman-feuilleton, il fait l’impasse sur une genèse bien plus ancienne de la culture de masse en tant que phénomène sociologique lié à des technologies plus archaïques et en tant qu'objet du discours critique.

Sur la généalogie du concept de réification

Ceci me conduit à autre remarque, qui sera l’expression d’un regret. La même focalisation sur le 19ème siècle conduit à l’absence de la prise en considération de l’inscription précoce des activités culturelles dans la sphère des activités marchandes, qui ne se limite pas au commerce des livres imprimés à partir du 15ème siècle, mais touche aussi celui des partitions musicales (rappelons, avec Adorno, que Beethoven fut le premier compositeur à s'insurger contre le pouvoir des éditeurs). De même l’instauration d’un marché de l’art aux Pays-Bas au 18ème siècle ou le passage du mécénat princier au financement des spectacles de théâtre et d’opéra par la billetterie, qui s’opère à Venise au XVIIème siècle sont des mutations socio-économiques plus que technologiques. Bien sûr Pascal Durand emprunte à Adorno la notion de "marchandise culturelle", mais on regrettera que, dans la richesse de ses généalogie conceptuelle, il esquive  toute référence à la théorie de la réification, proposée par György Lukàcs dans Histoire et conscience de classe (1923).  Je veux bien que Lukàcs soit largement discrédité par les écrits de sa période jdanovienne et son refus des avant-gardes, mais ce n’est pas une raison pour l’envoyer aux oubliettes de l’histoire de la pensée comme voudrait le faire Viktor Orban.  

 

En écrivant que « L’absence de conviction des journalistes, la prostitution de leurs expériences et de leurs convictions personnelles ne peut se comprendre que comme le point culminant de la réification capitaliste » Lukàcs a ouvert la voie de la Théorie critique d'Adorno et Horkheimer. La théorie de la réification de la pensée et de la création artistique de Lukacs se nourrissait d’une œuvre littéraire, les  Illusions perdues, ce roman dans lequel Balzac critiquait l’abdication des candidats écrivains devant la puissance de la presse, une des premières dénonciations de la « capitalisation de l’esprit » et dans lequel aussi Roland Barthes a probablement trouvé sa distinction entre écrivains et écrivants.  Durand utilise bien le concept de réification, ici ou là, mais ne nous explique ni la genèse, ni l’importance de ce concept dans la pensée du 20ème siècle, « point nodal du marxisme occidental » écrira Merleau-Ponty et qui marquera des auteurs aussi différents qu’Adorno, Walter Benjamin, Lucien Goldmann, Roland Barthes (le Barthes des Mythologies) ou encore Guy Debord, Faut-il rappeler aussi que c’est contre ce concept qu’Althusser construisit sa propre lecture d’un Marx déhégélianisé ou encore la déconstruction qu’en a proposée Habermas (une autre auteur que Durand ne fréquente guère), dans sa Théorie de l’agir communicationnel,  en identifiant le mixage entre théorie du fétichisme chez Marx et  théorie de la rationalisation chez Max Weber  pour lui substituer, en définitive,  le concept de « colonisation du monde vécu » ? Faire l’impasse sur le concept de réification, de son histoire et de sa genèse, c’est négliger d’analyser les œuvres en tant qu’inscrites dans le règne capitaliste de la marchandise, pour finalement, privilégier leur analyse dans leur inscription technologique. De là découle une lecture biaisée de la critique d’Adorno, laquelle ne s’élabore à partir ni d’un supposé élitisme ni d’un refus des moyens de communication de masse en tant que technologie mais à partir de la théorie lukacsienne de la réification.  Proposer une généalogie conceptuelle du discours critique contemporain sur les médias sans faire référence à la construction du concept de réification par Lukàcs, c’est un peu comme tracer l’arbre familial en oubliant l’arrière-grand-père en tête de lignée.

Et l'archéologie des médias ?

Pour terminer, je regretterai aussi que Pascal Durand ne se confronte pas avec les contributions, souvent touffues et contradictoires, d’auteurs que, par effet de champ, on regroupe sous l’appellation d’archéologie des médias. (15) Ses analyses s'appuient sur une bonne connaissance des apports des historiens français et anglo-saxons de la presse, mais négligent les apports, pourtant souvent convergents avec ses propres travaux  qui, à des degrés divers, se situent eux aussi dans le sillage de Walter Benjamin, Marshall McLuhan ou Michel Foucault.  ne concerne pas seulement les médias audiovisuels (Siegfried Zielinsky,  Jonathan  Crary, Errki Huhtamo, tout récemment Doron Galili), le son (Jonathan Sterne), les nouveaux médias (Lev Manovich) mais tout aussi bien la littérature (le Wireless Imagination de Kahn and Whitehead, les écrits de Kittler sur Goethe ou ceux d'Yves Citton sur Tiphaigne de la Roche). Certes, tout n'est pas d'un intérêt et d'une pertinence égale dans ces contributions et, en France, les historiens des médias et les chercheurs en science de l'information et de la communication ont tendance à se méfier d'une approche qui est plutôt portée par des historiens de l'art et des artistes. Mais ces travaux, comme les Médiamorphoses, cherchent à penser l'impact des technologies sur les formes artistiques. Elles  débouchent sur des propositions de renouvellement de la théorie et de la médialité qui méritent d'être prises en considérations. Et que  le Manifeste médiarchéologiste ait été publié sur Internet, pour en disparaître trois ans après sans être archivé, alors que ceux de Moréas ou de Marinetti, publiés dans Le Figaro,   nous sont rendus présents par l'hémérothèque  numérique de Gallica, voilà qui me fait regretter de ne pas avoir suivi le conseil de l'abbé Trirhème.

Mes remarques critiques n’enlèvent rien à l’intérêt et au plaisir intellectuel que suscitera  la lecture des Médiamorphoses. L'ouvrage, je l'ai dit, est extrêmement stimulant par ses va et viens dans l'histoire des idées. Sa lecture m'a déjà amené à vérifier moi-même quelques dates et à identifier des filiations dont je n'avais pas toujours une connaissance précise.  Le genre de l’essai tel que le pratique Pascal Durand lui permet de déployer ses analyses subtiles  et érudites, épicée d’une verve polémique qui fait son charme et sa supériorité par rapport à la sécheresse souvent austère ou superficielle de bien des livres sur la communication et les médias. Nul ne s’en plaindra.

André Lange

8 juin 2020

(1) Voir sur ce site la bibliographie "Les écrivains et la radio"

(3) Une des sessions, organisées par l'Industrial Advertiser's Association avait comme question "What can Mass Media do for the Industrial Advertisers ?" (Programme in Pinter's Ink, May 24, 1923., p.94  L'industrial Advertiser's Association, fondée en 1922 avait pour mission "the advancement of industrial advertising and marketing technique and practice" (Voir H.L. Bird, This Fascinating Advertising Business, Wildside Press LLC, 2008, p. 149

Une autre occurrence identifiée se trouve, la même année, dans l'article S.M. FEICHHEIMER "Class Appeal in Mass Media",  in N.T. PRAIGG (ed.) Advertising and selling,by 150 advertising and sales executives, , Doubleday, 1923.

(4) H.E. AGNEW, Modern business :a serie of texts prepared as part of the modern business course and service, Vol.7 Advertising Principles, Alexander Hamilton Institute, 1927, p;258 ; H.E. AGNEW, Advertising media; how to weigh and measure, D. Van Nostrand Company, 1932, p.14 ; H.E. AGNEWS, Outdoor advertising, McGraw-Hill Book Company, 1938, p. 75 ; H.e; AGNEW, D.W. DIGERT, Advertising media, McGraw-Hill, 1938, p. 26 ; C.M. EDWARDS, C. MUNDY, Retail advertising and sales promotion, Prentice-Hall, 1936, pp.355-357.

(5) The Snyder signal., April 21, 1916

Une des premières occurrences du terme mass media, Printer's Ink, August 9, 1923

Dessin dans le Pittsburgh Courrier, January, 2, 1943 pour illustrer un article sur les mass media stereotypes à l'encontre des Noirs.

(6) Par exemple dans l'article "Publicis n'a cessé de développer le service  apporté à ses annonceurs" , Le Monde, 9 mars 1965. 

(7) Le TLIF, à l'article Média, ne donne médiatique que comme substantif  :  ,,Association des technologies de la communication (vidéo, télématique, micro-informatique, réseaux, banques de données, images, son)`` (01 Informat.,1981, no150, p.146). Les enjeux de la nouvelle informatique, de la bureautique, de la télématique et de la vidéomatique, en un mot: les enjeux de la «médiatique», sont considérables et aussi bien, industriels ou économiques, que sociaux et culturels (Médiathèques publiques, 1979, p.59). Guy Debord utilise encore le substantif dans ses Commentaires sur la Société du spectacle (1988). Comme adjectif, "médiatique" apparaît d'abord dans le  syntagme "mass médiatique" :Ainsi Armand GAtti, dans sa pièce Rosa collective, évoque-t-il la "Possibilité de la Rosa berlinoise (mass-médiatique)". (1973). Puis, dans la presse "Tous les participants au débat  ont mis l'accent sur le double monopole de la communication " bidirectionnelle " (le téléphone) et de la communication mass médiatique (la télévision) au détriment d'un modèle pluraliste" (. T. Ferenczi, "Vidéo  et recherche. La révolution n'a pas eu lieu", Le Monde, 13 novembre 1978

(8) « Lettre du Chevalier d’Ambars », Le Mercure galant, novembre 1695, pp.213-224.

(9) Elie Benoist et Jacques-Auguste de Thou, , Histoire de l'edit de Nantes, contenant les choses les plus remarquables qui se sont passées en France avant & après sa publication, à l'occasion de la diversité des religions : et principalement les contraventions, inexecutions, chicanes, artifices, violences, & autres injustices, que les reformez se plaignent d'y avoir souffertes, jusques à l'edit de revocation, en octobre 1685,

(10) Cité in  François-Alphonse AULARD, La Société des Jacobins : recueil de documents pour l'histoire du club des Jacobins de Paris., T.6 ,Jouaust/Noblet/Quantin, p.184

(11) “Jacobin Club, June 21”, The Times, 10 July 1794

(12) Hansard, House of Commons, Vol.99, 12 February 1844

(13) Helmut PUFF, Ulrike STRASSER, Christopher WILD (eds.), Cultures of Communication. Theologies of Media in Early Modern Europe and Beyond, University of Toronto Press, 2017.

(14) Siegfried ZIELINSKY Archäologie der Midien. Zur Tiefenzeit des technischen Hören und Sehens, Rowohlt Taschenbuch Verlag, 2002 (= Deep Time of the Media. Toward an Archaeology of Hearing and Seeing by Technical Means, M.I.T. Press, 2006)

(15) On trouvera  ici une bibliographie, probablement incomplète, sur l'archéologie des médias. Pour une introduction, voir PARIKKA J., What is media archaeology?, Cambridge, Polity Press, 2012. Traduction en français Qu'est-ce que l'archéologie des médias ?, Préface d'Emmanuel Guez, UGA Editions, 2017. Sur mes réserves quant à certains aspects de l'archéologie des médias, voir LANGE A., "L'archéologie des médias arrive en France, - L'exemple de Friedrich Kittler", Les enjeux de la communication, Université de Grenoble Septembre 2019.

Le roman Het televisie experiment de Bert 

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