En 1849, le magazine Punch imagine l'ubiquité des chanteurs d'opéra grâce au télégraphe
"Music by Elelectric Telegraph", Punch, 31 November 1849

MUSIQUE PAR TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE
Il semblerait que des chansons et des morceaux de musique soient désormais envoyés de Boston à New York par télégraphe électrique. Nos frères américains possèdent des instruments de musique si remarquables, et en fait des lyres si étonnantes, que rien de ce qui vient de l'autre côté de l'Atlantique ne peut nous surprendre ; et nous ne sommes donc pas tout à fait déconcertés par l'annonce que de la musique a été transportée d'une partie des États à une autre par les fils du télégraphe électrique. Ce doit être un vrai plaisir pour une fête à Boston de pouvoir inviter un monsieur à New York à chanter une chanson.
Le principal intérêt de cette invention semble toutefois résider dans le fait que, si les chansons peuvent être transmises par les lignes, nos chanteurs populaires pourraient tripler, voire quintupler, leurs salaires actuels en chantant dans quatre ou cinq endroits. Notre propre JENNY LIND, par exemple, qui semble être sollicitée partout à la fois, aura l'occasion de satisfaire les abonnés de Her Majesty's Theater et un public situé à plusieurs centaines de kilomètres, en même temps. Le télégraphe, se révélant utile pour chanter, pourrait également servir aux actionnaires qui commencent à réclamer leurs dividendes à grands cris, ainsi qu'aux administrateurs, qui ont été contraints de chanter à voix basse ces derniers mois.
Nous espérons que la musique des fils aura pour effet de rétablir l'harmonie dans le monde ferroviaire, longtemps désaccordé et qui, ces derniers temps, n'a guère agi de concert.

La soprano suédoise Jenny Lind (1820-1887) se produisit à Londres entre 1847 et 1849. Elle s'y lia d'amitié avec Felix Mendelssohn, qui composa pour elle un début d(opéra (Lorelei) et l'oratorio Elija.
Remerciements à Mark Schubin qui m'a fait découvrir ce dessin de Punch.

Transmetteur télégraphique Bréguet
(années 1840-1850). (Source : Invaluable)
Citations du dessin de Punch :
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BURNAND F.C. and BENNETT A.C., "History of Punch. Part I, From 1841 to 1854", The Fortnightly Review, July 1886, pp. 49-67
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"Another Anticipation", The Telegraphic Journal and Electrical Review, July, 27, 1888, p. 100
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DICKSON, F.S., "The Lounger", The Critic, London, 28 August 1897, p. 115
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The American, September 11, 1897, pp. 175-176
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FELDHAUS, F.M., "Die Erfinder des Telephon", Die Umschau, 40, 22, 31. Mai1936, pp.440-441
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COATS, D.R.P., "Forecasts of Broadcasting", Manitoba Calling, vol.9, no.4, April, 1945, pp.10-11
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SETTEL, I. A Pictorial History of Radio, Citadel Press, New York, 1960, p.19
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BRIGGS A., The History of Broadcasting in the United Kingdom, vol.1, Oxford University Press, 1961, p.6
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From Semaphore to Satellite, International Telecommunication Union, 1965, p.49
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LYLE G., Broadcasting, B.T. Batsford, 1973, p.5
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WALSH E.G., "Messages Music and Morse", Morsum Magnificat Issue 82 September 2002, pp. 9-17
Une allusion humoristique à l'annonce de l'expérience de W. Porter
Ce texte et ce dessin sont parus dans le magazine humoristique Punch fin novembre1849 alors que venait d'arriver en Angleterre la nouvelle dex expériences de transmission de musique par W. Porter, annoncée le 1er novembre par the New York Herald.. On trouve plusieurs articles dans la presse britannique sur cette histoire à partir du 18 novembre 1849, et notamment dans The Guardian (Manchester).

The Guardian, 18 novembre 1849
Le texte imagine que la musique par télégraphe va permettre l'ubiquité des chanteurs d'opéra. L'article prend pour exemble "notre Jenny Lind", qui est en fait une soprano suédoise, établie en Angleterre depuis 1847 et très sollicitée à l'époque. En 1847, elle avait été l'interprète principale de la première mondiale de l'opéra de Verdi I masnadieri, sous la direction du compositeur. La reine Victoria assista à seize de ses premières Elle allait bientôt quitter l'Angleterre pour les Etats-Unis, engagée par le célèbre organisateur de spectacle P.T. Barnum. Les trois noms "Hanover Square" "Phil Harmon (Philarmonic) et "Exeter Hall" sur le dessin, au dessus de trois transmetteur de type Bréguet font référence à trois lieux de spectacles. En 1848, Lind avait chanté à Exeter Hall l'oratorio Elijah, dont Felix Mendelsson avait écrit pour elle la partie de soprano. La dame assise dans un fauteuil face à trois transmetteurs télégraphiques de type Bréguet, avec une partition à la main, est donc la cantatrice présente simultanément en trois lieux à la fois.
Le texte envisage également la meilleure rentabilité des activités musicales pour les administrateurs et les actionnaires.
Le texte fait aussi allusion à la compétition très dure que se livrent à l'époque les deux premières entreprises de chemin de fer entre la London and North Western Railway et la Great Western Railway.
Le texte et le dessin de Punch ont été redécouverts en 1886 par deux historiens du magazine, F.C. Burnant et A.C. Barnett, puis cité par la suite dans diverses histoires du télégaphe et de la radiodiffusion. Aucun des auteurs ne fait cependant la relation avec l'annonce de l'expérience de W. Porter, qui me paraît évidente.
A.L., 26 août 2026
