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Jules Verne imagine le concert électrique (1863)

En 1863, dans le contexte des annonces sur le téléphone musical de Philip Reis, Jules Verne, dans Paris au XXème siècle, roman dont Hetzel refusera l'édition décrit la capitale en proie, de manière assez efrayante, au développement de l'électricité. Le texte ne sera publié qu'en 1994, à l'initiative du bibliophile italien Piero Gondolo della Riva. 

Dans l'avant-dernier chapitre du roman, le héros, Michel, erre dans les rues de Paris. Après avoir quitté la place de l'Opéra et enfilé la rue Lafayette, il fait une nouvelle découverte :

"A mesure qu'il avançait, le silence et l'abandon renaissait autour de lui. Cependant, il voyait encore au loin comme une immense lumière ; il entendait un bruit formidable qui ne pouvait se comparer à rien.

Néanmoins, il continua ; enfin, il arriva au milieu d'un assourdissement épouvantable, à une immense salle dans laquelle dix mille personnes pouvaient tenir à l'aise, et sur le fronton, on lisait ces mots en lettres de flammes :

           Concert électrique.

Oui ! Concert électrique ! et quels instruments ! D'après un procédé hongrois, deux cents pianos mis en communication les uns avec les autres, au moyen d'un courant électrique, jouaient ensemble sous la main d'un seul artiste ! un piano de la force de deux cents pianos".

Michel fuit pour échapper à ce spectacle éprouvant, mais c'est pour découvrir, à l'angle de la rue de la Roquette, une exécution capitale, recourant, bien évidemment, à l'énergie électrique. 

Certes ce concert électrique n'implique pas encore une transmission à distance (on croit comprendre que les deux cent pianos se trouvent dans l'immense salle), mais il apparaît comme une réponse, signalant un changement d'époque, au "Concert à la vapeur" et sa mélodie pour 200 trombones qu'avait imaginé Taxile Delord dans son roman Un autre monde (1844), illustré par Grandville. Le fait que l'audition, pénible au héros, de ce concert électrique soit immédiatement suivi de la vision d'une exécution capitale laisse entendre que cette ère électrique sera morbide.

Verne revient sur la thématique du concert transmis à distance, à l'échelle internationale dans "Une ville idéale", dont il fit la lecture à l'Académe d'Amiens le 12 décembre 1875.

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Jules VERNE, Paris au XXème siècle, suivi de La ville idéale, Illustrations par François Schuitten, Hachette, 1995.

Jules Verne, Une ville idéale

Lecture faite dans la Séance publique annuelle de l'Académie d'Amiens, 12 décembre 1875

Extrait

"Mais, s'il ne vient pas, dis-je, quand donnera-t-il son concert ?

- Il le donne en ce moment !

- Ici ?

- Oui, ici, à Amiens, en même temps qu'à Londres, à Vienne, à Rome, à Petersbourg et à Pékin !

- Ah ça, pensai-je, tous ces gens sont fous :! Est-ce que, par hasard, on aurait laissé fuir les pensionnaires de l'établissement de Clermont ?"

"Monsieur, repris-je...

- Mais, monsieur, me répondit le dolettante, en haussant les épaules, lisez donc l'affiche ! Vous ne voyez pas que ce concert est un concert électrique !"

Je lus l'affiche !...En effet, dans ce même moment, le célèbre broyeur d'ivoire, Pianowski, jouait à Paris, à la salle Hertz ; mais au moyen de fils électriques, son instrument était mis en communication avec des pianos de Londres, de Vienne, de Rome, de Pétersbourg et de Pékin. Aussi, lorsqu'il frappait une note, la note identique résonnait-elle sur le clavier de ces pianos lointains, dont chaque touche était mue instantanément par le courant voltaïque !

Je voulus entrer dans la salle ! Cela me fut impossible! Ah ! je ne sais pas si le concert était électrique, mais je puis bien jurer que les spectateurs, eux, étaient électrisés !"   (p.29)

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Edition originale de la conférence de Jules Verne

"Une ville idéale"

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