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Les auditions téléphoniques à l'Exposition internationale d'électricité de Vienne (1883)

L'Exposition internationale d'électricité de Vienne (Internationale Elektrische Ausstellung 1883) (16 août - 4 novembre 1883), a, comme celle de Paris en 1881, offert au public des auditions téléphoniques. Celles-ci se tenaient au rez-de-chaussée de la galerie ouest la Rotonde, un bâtiment conçu pour l'occasion par l'architecte Alexander Decsey. Si l'on en coit le récit du journaliste de Das Vaterland (17 août 1883), le théâtre Haveland et les éclairages à la lumière électrique semblent avoir autant impressionné les journalistes que les auditions. A la différence de celles de Paris, celles-ci se déroulaient dans des cabines.

Comme le rapporte le Wiener Allgemeine Zeitung (10. August 1883), l'inauguration avait été plutôt ratée. Les petites cabines d'écoute n'étaient pas éclairées, sauf une, qui pouvait accueillir sept auditeurs. L'archiduc Rodolphe, parrain de l'exposition n'y a pas été accueilli.

 

Le journal porte aussi un avis très mitigé sur la qualité des transmissions : 

«On ne peut se prononcer de manière satisfaisante sur le résultat du test téléphonique pour le moment» – nous disons «pour le moment» car le silence fut insuffisant durant le test, et l’occasion – autre défaut de l’organisation – fut trop courte pour se faire une idée précise de la qualité de la connexion. On peut toutefois affirmer que des progrès considérables ont été réalisés dans le domaine du téléphone, mais celui-ci nécessite encore des développements et des améliorations pour être utilisable à des fins récréatives, comme celle sur laquelle reposait le test d’aujourd’hui. Les voix solistes, notamment dans les aigus, étaient distinctes, mais manquaient de pureté et de rythme, tandis que le chœur et l’orchestre sonnaient étouffés et indistincts. Les instruments à cordes étaient presque inaudibles, et les instruments à vent n’étaient perceptibles que par bribes. Impossible, dès lors, de dégager une impression d’harmonie. Il est évident qu'écouter un opéra par téléphone relève encore du domaine du divertissement douteux. Toutefois, compte tenu de la distance considérable qui sépare la Rotonde de l'Opéra de la Cour, il faut néanmoins reconnaître le succès mitigé de ce service téléphonique.

Le journaliste du Neue Wiener Tagblatt (15 août 1883) en donne une desciption détaillée et plus enthousiaste. Il commence par l'hypothèse, par encore réalisée, de la possibilité d'abonnement à un service régulier de l'Opéra de Vienne.

Plakat_Elektrische_Ausstellung_1883.png

Affiche de l'Exposition internationale d'électricité (Vienne, 1883). Source :de.wikipedia

Vienna_Electrical_Exhibition_Plan_1883.jpg

Plan de la Rotonde où se déroulait l'Exposition internationale d'électricité de Vienne. On notera l'âîle dédiée aux téléhones au Sud-Ouest.

Source :de.wikipedia

"Eine elektrische Soirée"
Neue Wiener Tagblatt, 15. August 1883
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Extrait de l'opéra Die Königin von Saba de Karl Goldmark 

A.L., 31 août 2026

Une soirée électrique

(Tests de téléphone et d'éclairage dans la Rotonde.)

On l'imagine déjà, ce vieux monsieur souffrant de goutte, qui, ses jambes flageolantes ne lui permettant plus d'assister régulièrement à l'opéra, a la sagesse de s'abonner au service téléphonique de l'opéra. Lorsque la cloche sonne à 19 heures précises, il s'installe au téléphone dans la cabine confortablement meublée et, dans cette atmosphère moite, se comporte comme il le faisait à l'opéra.

Il est bien connu que les habitués ont le privilège enviable de ne pas avoir à suivre le déroulement de la pièce, mais plutôt de se laisser bercer par les mélodies enchanteresses de la musique, dans une douce rêverie ; un air ou deux qu'on n'aime pas sont complètement ignorés, ce qui explique pourquoi on s'endort souvent ou qu'on quitte son siège en plein acte. Quel bonheur que cette habitude ! Où et quand pourrait-on la pratiquer plus agréablement qu'au téléphone à la maison ? Seul le ballet, dont on ne peut apprécier les charmes par téléphone, doit trouver un substitut. Mais  nous laissons cela à Cupidon, Terpsychore et la science. Ils sauront certainement y parvenir.

 

Pour le profane qui assistait hier aux répétitions dans la rotonde, plus aucun rêve n'est trop audacieux. Les premières expériences téléphoniques n'étaient qu'un avant-goût de ce qui allait suivre. Dans l'un des élégants cabinets, équipé de trente téléphones, quelques invités écoutaient un concert donné dans le club de patinage à roulettes. Ce concert s'ouvrait sur la célèbre valse de Der Bettelstudent («L'Étudiant mendiant»). Elle était interprétée – comme nous l'a indiqué notre aimable guide et mentor, le directeur de la Privattelegraphen-Gesellschaft compagnie télégraphique privée, M. Jeßler – par un orchestre militaire à cordes de dix-huit musiciens. L'effet de la douce mélodie des cordes qui résonnait à l'oreille, était véritablement charmant, légèrement gâché seulement par le manque de profondeur des basses. S'ensuivit une chanson interprétée par le quintette carinthien, d'une clarté et d'une beauté telles, jusque dans la plus infime nuance, et dans le magnifique mélange des voix, que chacun, à la fin de la prestation, eut presque envie d'applaudir les vaillants chanteurs. Plusieurs autres morceaux suivirent, et tous nous donnèrent l'impression que l'effet de la musique instrumentale n'était que légèrement atténué par le téléphone au niveau des basses, tandis que celui de la musique vocale demeurait intact.

Extraits de l'opéraette Der Bettelstudent de Carl Millöcker (1882) 

Source : Chaîne Youtube de fritz51218

La seconde partie de la répétition commença, et M. Jeßler nous conduisit dans une autre pièce, où nous allions entendre quelque chose de bien plus remarquable. Pour le dire franchement, nous assistâmes à une conversation entre un monsieur et une dame ; le monsieur se trouvait à Korneuburg, la dame à Baden. Nous-mêmes, dans la rotonde, en fûmes émerveillés. La distance entre Schweselstadt et Korneuburg est de 85 kilomètres, soit environ 11 000 miles allemands, et c'est sur cette distance que les deux perconnes ont conversé. Grâce aux téléphones, nous avons pu entendre leur conversation, que nous allons tenter de reproduire brièvement ici :

« Bonjour mademoiselle, comment allez-vous ?»

«Bonjour. Merci de demander. Je vais très bien. Et vous?»

«Merci à vous aussi. Je vais bien également. Il fait juste un peu chaud.»

«Oui, il fait chaud ici aussi. Si seulement il faisait beau demain… »

«Vous n’avez sûrement pas de travail demain et vous aimeriez aller vous promener.»

«Bien sûr. Demain, c’est férié.»

«Ah oui. Mais je dois être au bureau.»

«Pauvre chéri !» s’exclama la dame d’un ton sincèrement désolé. Le monsieur, s’écartant quelque peu du sujet initial, fit alors cette remarque :

«N’est-ce pas merveilleux que nous puissions si bien converser, même à distance ? Vous me comprenez, n’est-ce pas ? »

«Oui, chaque mot. »

«Et vous ? »

«Chaque mot aussi. »

«Eh bien, alors continuons à converser ainsi. »

Les voix étaient si claires, comme si nous avions vu l’interlocuteur juste devant nous. Mais le plus merveilleux restait à venir. Soudain, nous entendîmes le monsieur demander : «Qui est là-bas ? Quelqu’un pourrait-il m’accompagner au piano ?» La dame confirma, puis nous entendîmes une chanson que le monsieur chantait à Korneuburg, accompagné par une autre personne assise au piano à Baden. C'était la célèbre et mélancolique chanson «Seul au monde», et nous fûmes ravis de constater que, même dans la salle de concert, la voix et l'accompagnement ne pouvaient être mieux harmonisés qu'ici, alors que près de douze miles allemands séparaient le chanteur et l'accompagnement. Après l'expérience, le directeur Jeßler eut l'amabilité de nous expliquer comment cela était possible. Il nous présenta un appareil téléphonique : un large cerclage en laiton muni de deux téléphones, que l'on porte comme une casquette, les téléphones touchant l'oreille. Chacun des deux chanteurs du duo susmentionné avait enfilé cette casquette et, grâce à un fil relié à la ligne principale à Korneuburg et à Baden, ils parvenaient à une communication musicale d'une précision remarquable.

Amélie Materna.jfif

La soprano Amelie Materna (1834-1918)

qui interpréta la Reine de Saba lors de la création de l'opéra de Karl Goldmark le 10 mars 1875.

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Le ténor Frantisek (Franz) Boulik

La troisième partie de cette soirée électrique était consacrée aux répétitions téléphoniques de l'opéra. Nous nous sommes alors retrouvés dans une autre pièce, qui, pour cet usage, ne pouvait accueillir que sept personnes. La septième heure était passée et l'opéra – Die Köngin von Saba [La Reine de Saba, opéra de Karl Goldmark] – avait donc déjà commencé. Il nous suffisait de porter les téléphones à nos oreilles, et au premier abord, nous semblâmes transportés par des forces invisibles dans un monde merveilleux. Une profusion de musique sublime résonnait, mélodieuse et pourtant empreinte de douceur. Puis, avec une clarté saisissante, nous avons distingué la voix passionnée et puissante de Frau Materna, le timbre mélancolique du ténor de Broulik, le crescendo du chœur, le flou et l'estompage des accords, leur réapparition, et la fusion des subtiles sonorités produites par l'orchestre. En effet, tout cela donnait l'impression de pouvoir imaginer avec une grande vivacité le contenu et l'action de la scène dont la musique nous enveloppait.

Après une poignée de main reconnaissante avec notre guide, nous nous sommes dirigés vers le portail est pour assister à un test d'éclairage dans le théâtre électrique, qui, comme chacun sait, est destiné à devenir l'une des attractions phares de l'exposition.

Le théâtre s'étend sur une longueur considérable le long de la façade est, car non seulement la salle est spacieuse et confortable, mais une surface importante a également été allouée à la scène. Ce théâtre ne possède qu'un parterre, sans galerie. Une petite pièce surélevée, qui se dresse fièrement à l'entrée, fait office de loge royale. La loge, avec ses draperies rouge foncé, dégage une impression de délicatesse et d'élégance, tout comme le théâtre lui-même, qui peut accueillir environ 300 personnes. Le constructeur, l'architecte Decsey, mérite tous les éloges. La scène, séparée de la salle par un magnifique rideau drapé, bénéficie d'aménagements techniques assez intéressants : des loges astucieusement improvisées pour les artistes, destinées à donner vie à l'ensemble, sont disposées le long de la scène. Une répétition des éclairages était prévue pour hier, et même celle-ci n'a pas pu être réalisée dans les moindres détails. Ce qui s'offrait à nos yeux émerveillés était pourtant si enchanteur qu'il semble presque impossible de surpasser la magie des jeux de lumière. La scène, autant que l'espace restreint le permettait, avait été aménagée par l'ingénieur Gwinner selon le nouveau système Asphaleia, d'une manière des plus ingénieuses. Lampes à arc et lampes à incandescence éclairaient la scène. La salle elle-même était particulièrement agréablement éclairée par des lampes à incandescence.

Lorsque le rideau se leva, nous découvrîmes le décor d'une salle féerique. Les lumières, jouant sur les délicates dentelles, produisaient un effet magique. Le décor de jardin, installé plus tard, avec ses palmiers et ses bosquets intimes, qui, sous l'effet de la lumière électrique scintillante, apparaissaient tantôt avec netteté, tantôt baignés d'une douce lumière crépusculaire, mais toujours dans un chatoiement poétique, était tout aussi ravissant. Des applaudissements nourris résonnèrent dans la charmante salle lorsque le rideau retomba. Avec un sentiment de profonde satisfaction, chacun quitta l'imposante et magnifique structure de la rotonde. Et tout ce que nous avons vu et entendu n'était qu'un avant-goût des surprises qui, dès demain, se livreront à une compétition enchanteresse pour nos sens ! Comment le génie, l'esprit d'invention, émerveillera-t-il les siècles à venir ? Un Jules Verne du siècle prochain, comme celui d'aujourd'hui, ancré dans des circonstances réelles et les façonnant librement de manière poétique, aura probablement des choses bien différentes à raconter à ses contemporains que le fabuliste français de notre époque, dont l'esprit s'élève à des sommets qui se révéleront bientôt insurpassables.

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Une soirée électrique

(Tests de téléphone et d'éclairage dans la Rotonde.)

On l'imagine déjà, ce vieux monsieur souffrant de goutte, qui, ses jambes flageolantes ne lui permettant plus d'assister régulièrement à l'opéra, a la sagesse de s'abonner au service téléphonique de l'opéra. Lorsque la cloche sonne à 19 heures précises, il s'installe au téléphone dans la cabine confortablement meublée et, dans cette atmosphère moite, se comporte comme il le faisait à l'opéra.

Il est bien connu que les habitués ont le privilège enviable de ne pas avoir à suivre le déroulement de la pièce, mais plutôt de se laisser bercer par les mélodies enchanteresses de la musique, dans une douce rêverie ; un air ou deux qu'on n'aime pas sont complètement ignorés, ce qui explique pourquoi on s'endort souvent ou qu'on quitte son siège en plein acte. Quel bonheur que cette habitude ! Où et quand pourrait-on la pratiquer plus agréablement qu'au téléphone à la maison ? Seul le ballet, dont on ne peut apprécier les charmes par téléphone, doit trouver un substitut. Mais  nous laissons cela à Cupidon, Terpsychore et la science. Ils sauront certainement y parvenir.

 

Pour le profane qui assistait hier aux répétitions dans la rotonde, plus aucun rêve n'est trop audacieux. Les premières expériences téléphoniques n'étaient qu'un avant-goût de ce qui allait suivre. Dans l'un des élégants cabinets, équipé de trente téléphones, quelques invités écoutaient un concert donné dans le club de patinage à roulettes. Ce concert s'ouvrait sur la célèbre valse de "Bettelstudent" («L'Étudiant mendiant»). Elle était interprétée – comme nous l'a indiqué notre aimable guide et mentor, le directeur de la compagnie télégraphique privée, M. Jeßler – par un orchestre militaire à cordes de dix-huit musiciens. L'effet de la douce mélodie des cordes qui résonnait à l'oreille, était véritablement charmant, légèrement gâché seulement par le manque de profondeur des basses. S'ensuivit une chanson interprétée par le quintette carinthien, d'une clarté et d'une beauté telles, jusque dans la plus infime nuance, et dans le magnifique mélange des voix, que chacun, à la fin de la prestation, eut presque envie d'applaudir les vaillants chanteurs. Plusieurs autres morceaux suivirent, et tous nous donnèrent l'impression que l'effet de la musique instrumentale n'était que légèrement atténué par le téléphone au niveau des basses, tandis que celui de la musique vocale demeurait intact.

La seconde partie de la répétition commença, et M. Jeßler nous conduisit dans une autre pièce, où nous allions entendre quelque chose de bien plus remarquable. Pour le dire franchement, nous assistâmes à une conversation entre un monsieur et une dame ; le monsieur se trouvait à Korneuburg, la dame à Baden. Nous-mêmes, dans la rotonde, en fûmes émerveillés. La distance entre Schweselstadt et Korneuburg est de 85 kilomètres, soit environ 11 000 miles allemands, et c'est sur cette distance que les deux perconnes ont conversé. Grâce aux téléphones, nous avons pu entendre leur conversation, que nous allons tenter de reproduire brièvement ici :

« Bonjour mademoiselle, comment allez-vous ?»

«Bonjour. Merci de demander. Je vais très bien. Et vous?»

«Merci à vous aussi. Je vais bien également. Il fait juste un peu chaud.»

«Oui, il fait chaud ici aussi. Si seulement il faisait beau demain… »

«Vous n’avez sûrement pas de travail demain et vous aimeriez aller vous promener.»

«Bien sûr. Demain, c’est férié.»

«Ah oui. Mais je dois être au bureau.»

«Pauvre chéri !» s’exclama la dame d’un ton sincèrement désolé. Le monsieur, s’écartant quelque peu du sujet initial, fit alors cette remarque :

«N’est-ce pas merveilleux que nous puissions si bien converser, même à distance ? Vous me comprenez, n’est-ce pas ? »

«Oui, chaque mot. »

«Et vous ? »

«Chaque mot aussi. »

«Eh bien, alors continuons à converser ainsi. »

Les voix étaient si claires, comme si nous avions vu l’interlocuteur juste devant nous. Mais le plus merveilleux restait à venir. Soudain, nous entendîmes le monsieur demander : «Qui est là-bas ? Quelqu’un pourrait-il m’accompagner au piano ?» La dame confirma, puis nous entendîmes une chanson que le monsieur chantait à Korneuburg, accompagné par une autre personne assise au piano à Baden. C'était la célèbre et mélancolique chanson «Seul au monde», et nous fûmes ravis de constater que, même dans la salle de concert, la voix et l'accompagnement ne pouvaient être mieux harmonisés qu'ici, alors que près de douze miles allemands séparaient le chanteur et l'accompagnement. Après l'expérience, le directeur Jeßler eut l'amabilité de nous expliquer comment cela était possible. Il nous présenta un appareil téléphonique : un large cerclage en laiton muni de deux téléphones, que l'on porte comme une casquette, les téléphones touchant l'oreille. Chacun des deux chanteurs du duo susmentionné avait enfilé cette casquette et, grâce à un fil relié à la ligne principale à Korneuburg et à Baden, ils parvenaient à une communication musicale d'une précision remarquable.

La troisième partie de cette soirée électrique était consacrée aux répétitions téléphoniques de l'opéra. Nous nous sommes alors retrouvés dans une autre pièce, qui, pour cet usage, ne pouvait accueillir que sept personnes. La septième heure était passée et l'opéra – «La Reine de Saba» – avait donc déjà commencé. Il nous suffisait de porter les téléphones à nos oreilles, et au premier abord, nous semblâmes transportés par des forces invisibles dans un monde merveilleux. Une profusion de musique sublime résonnait, mélodieuse et pourtant empreinte de douceur. Puis, avec une clarté saisissante, nous avons distingué la voix passionnée et puissante de Frau Materna, le timbre mélancolique du ténor de Broulik, le crescendo du chœur, le flou et l'estompage des accords, leur réapparition, et la fusion des subtiles sonorités produites par l'orchestre. En effet, tout cela donnait l'impression de pouvoir imaginer avec une grande vivacité le contenu et l'action de la scène dont la musique nous enveloppait.

Après une poignée de main reconnaissante avec notre guide, nous nous sommes dirigés vers le portail est pour assister à un test d'éclairage dans le théâtre électrique, qui, comme chacun sait, est destiné à devenir l'une des attractions phares de l'exposition.

Le théâtre s'étend sur une longueur considérable le long de la façade est, car non seulement la salle est spacieuse et confortable, mais une surface importante a également été allouée à la scène. Ce théâtre ne possède qu'un parterre, sans galerie. Une petite pièce surélevée, qui se dresse fièrement à l'entrée, fait office de loge royale. La loge, avec ses draperies rouge foncé, dégage une impression de délicatesse et d'élégance, tout comme le théâtre lui-même, qui peut accueillir environ 300 personnes. Le constructeur, l'architecte Decsey, mérite tous les éloges. La scène, séparée de la salle par un magnifique rideau drapé, bénéficie d'aménagements techniques assez intéressants : des loges astucieusement improvisées pour les artistes, destinées à donner vie à l'ensemble, sont disposées le long de la scène. Une répétition des éclairages était prévue pour hier, et même celle-ci n'a pas pu être réalisée dans les moindres détails. Ce qui s'offrait à nos yeux émerveillés était pourtant si enchanteur qu'il semble presque impossible de surpasser la magie des jeux de lumière. La scène, autant que l'espace restreint le permettait, avait été aménagée par l'ingénieur Gwinner selon le nouveau système Asphaleia, d'une manière des plus ingénieuses. Lampes à arc et lampes à incandescence éclairaient la scène. La salle elle-même était particulièrement agréablement éclairée par des lampes à incandescence.

Lorsque le rideau se leva, nous découvrîmes le décor d'une salle féerique. Les lumières, jouant sur les délicates dentelles, produisaient un effet magique. Le décor de jardin, installé plus tard, avec ses palmiers et ses bosquets intimes, qui, sous l'effet de la lumière électrique scintillante, apparaissaient tantôt avec netteté, tantôt baignés d'une douce lumière crépusculaire, mais toujours dans un chatoiement poétique, était tout aussi ravissant. Des applaudissements nourris résonnèrent dans la charmante salle lorsque le rideau retomba. Avec un sentiment de profonde satisfaction, chacun quitta l'imposante et magnifique structure de la rotonde. Et tout ce que nous avons vu et entendu n'était qu'un avant-goût des surprises qui, dès demain, se livreront à une compétition enchanteresse pour nos sens ! Comment le génie, l'esprit d'invention, émerveillera-t-il les siècles à venir ? Un Jules Verne du siècle prochain, comme celui d'aujourd'hui, ancré dans des circonstances réelles et les façonnant librement de manière poétique, aura probablement des choses bien différentes à raconter à ses contemporains que le fabuliste français de notre époque, dont l'esprit s'élève à des sommets qui se révéleront bientôt insurpassables.

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