DOSSIER : Clément Ader et la transmission de musique par téléphone
2.La préparation des auditions téléphoniques à l'Exposition internationale d'électricté de Paris (1881)

Salles des autions téléphoniques du Palais de l'Industrie durant l'Exposition universelle d'électricité (Paris, 1881) in Louis Figuier, Les nouvelles conquêtes de la science, Librairie illustrée, 1883

L.A. Asselineau, Le Palais de l'Industrie aux Chamos Elysées (1867)
Source : Musée caranavael / Wikipédia

Adolphe Cochery, Ministre des Postes et Télégraphe
(Photo Ferdinand Mulnier/Wikipédia)

Georges Berger, Commissaire général
de l'Exposition internationale d'électricité (Photo Liébert / Wikipédia)

Clément Ader (1841-1925)
Les auditions téléphoniques, "clou" de l'Exposition internationale d'électricité (Paris, 27 août - 20 novembre 1881)
Les nombreux témoignages des contemptains sont indiscutables : les auditions téléphoniques recourant au sytème Ader ont été le grand succès populaire de l'Exposition internationae d'électricité, qui s'est tenue à Paris d'août à novembre 1881 au Palais de l'Industrie, sur les Champs Elysées.
L'organisation de l'Exposition avait été laborieuse. Le décret du Président Jules Grévy décidant de l'organisation de l'Exposition et les textes réglementaires n'avaient été adoptés que le 24 octobre 1880 et les comités d'organisation n'avaient commencé à travailler qu'en janvier 1881. Les péripéties de la mise en place et l'ouverture retardée de près d'un mois par rapport à la date prevue du 1er août 1881 firent l'objet de critiques sévères (L'Univers, 4 septembre 1881).
Le principal instigateur politique de l'Exposition fut le Ministre des Postes et télégraphes, Auguste Cochery, connu pour son projet de développer le téléphone sur l'ensemble du territoire national. Il avait déjà contribué aux expériences de transmission de musique par téléphone durant l'Exposition universelle de Paris de 1878. C'est lui qui tirera le bénéfice politique du succès de l'Exposition, et en particulier des auditions téléphoniques. Comme l'écrira La Revue politique et littéraire (22 octobre 1881), "Il avait ravi le coeur des masses avec la salle téléphonique des Champs Elysées. (...) Ç'a a été, pendant cet automne, le joujou de Paris et à qui devait-on tant délicieuse merveille ? A Edison ? Connais pas ! A Cochery".
Le Commissaire général de l'Exposition, qui jouera un rôle décisif dans l'organisation des auditions téléphoniques, fut Georges Berger, ingénieur. Il avait déjà été impliqué dans l'organisation des Expositions universelles de Paris en 1867 et 1878.
Les auditions téléphoniques, par leur succès, éclipseront d'autres présentations à l'Expoistion de 1881 qui retiennent aujourd'hui l'attention de l'historien des technologies de communication tels que l'appareil de télé-photographie de l'anglais Shelford Bidwell, le télégraphe autographique d'Edison, le tout premier projet d'appareil de transmission des images recourant aux propriétés du sélénium conçu par le jeune portugais Bento Carqueja ou encore la proposition de l'ingénieur liégeois Alexandre Neujean d'étudier les miroirs oscillants. C'est également à l'occasion de l'Exposition que le Daily News lancera le canular du dioscope, que Victor Hugo puis que le grand électricien Th. du Moncel émettront l'hypothèse que l'on pourra un jour voir par le télégraphe.
Pour l'heure, c'est la transmission de la musique qui retient l'attention et qui ancre dans les esprits l'idée que les spectacles pourront un jour être reçu à domicile. Les auditions téléphoniques occupent donc une place de choix dans l'histoire des médias, mais elles ont été très peu étudiées en détail. Nous essayons ici d'en reconstituer le processus en nous basant sur la presse de l'époque et les ouvrages de vulgarisation scientifique de l'époque.
La transmission de musique par téléphone : une idée pas tout à fait nouvelle
Les circonstances qui ont conduit au projet des auditions téléphoniques restent cependant mal connues. Il est annoncé très tôt que le télégraphe, le téléphone et la lumière électrique seront mis à l'honneur (Le Globe, 11 novembre 1880), mais les auditions téléphoniques ne font pas partie des premières annonces. Il faut attendre la mi-janvier pour que La Lumière électrique, la revue de Th. du Moncel, indique qu'"un intéressant projet est en ce moment à l'étude, on se propose de placer au foyer acoustique de l'Opéra un système transmetteur qui permettra d'entendre, au palais de l'Industrie, la musique exécutée dans ce théâtre. M. Garnier a bien voulu promettre de concourir à cette installation qui sera bien curieuse" (La Lumière électrique, 15 janvier 1881).
Le projet semble être né à la fin de l'année 1880. En soi, l'idée de la transmission de musique par téléphone n'était pas neuve. Dès 1849, le magazine brirannique Punch avait imagine l'ubiquité des chanteurs d'opéra grâce au télégraphe. L'idée de transmette l'opéra avec le téléphone de Philippe Reis avait été suggérée par l'économiste Maurice Block dès 1863. Les premières transmissions téléphoniques (celles de Reis en 1862 et celles de Bell en 1876) incluaient des mélodies. Dès mars 1877, le canular de l'électroscope avait lancé au Etats-Unis l'idée de la transmission de l'opéra, idée reprise en France par le journaliste du Charivari E. Villiers et en Angleterre par une collaboratrice de Graham Bell, Kate Field. Les exemples de concerts transmis avec les téléphones Bell et Edison se multiplient aux Etats-Unis et une première transmission intégrale d'un opéra en Europe a eu lieu à Lille le 8 mars 1878, à l'initiative de Pierre Giffard, suivie d'une autre, plus connue, à Bellinzona (Suisse) le 18 juin 1878. Comme le rappelera Henri de Parville, des transmissions de musique par téléphone avaient déjà eu lieu lors de l'Exposition universelle de Paris en 1878.
Fin décembre arrive le récit d'Edward P. Fry qui bénéficie d'une transmission téléphonique depuis la New York Academy of Music, premier exemple d'opéra chez soi". Le 10 janvier 1881, sous le titre "Un canard?", un article du Gaulois attribuait à Edison le projet de créer un foyer musical avec un orchestre monstre, exécutant nuit et jour l'ensemble du répertoire d'où partirait un nombre infini de fils et câbles spéciaux distribuant dans le monde entier et à un prix minime les flots de musique à jet continu.


L'électricité et ses applications, brochure éditée par l'Exposition internationale d'électricité, 1881
(Source : CNUM).
L'exemplaire dédié au Ministre Cochery du Catalogue général officiel :Exposition internationale d'électricité, Ministère des Postes et des Télégraphes, Paris (août) 1881 (Source : Gallica)

Transmetteur Ader utilisé pour les auditions téléphoniques (Guillemin, 1883)


Le pantéléphone de l'ingénieur liégeois Léon de Locht-Labye, dont l'Exposition déclina la proposition d'organiser des auditions téléphoniques depuis l'Opéra Ciomique Source : Vintagephone


Intérieur du Palais de l'Industrie durant l'Exposition internationale d'électricité
Source : La Lumièree électrique

Franck GERALDY, "L'Exposition internatioanle d'électricité", La Lumière électrique, 15 janvier 1881.

GEROME (Albert Wolff), L'Univers illustré, 26 mars 1881

Le Gaulois, 10 janvier 1881

Le Moniteur universel, 23 décembre 1880

Th. du Moncel, directeur de La Lumière électrique et promoteur des travaux de Clément Ader en téléphonie.

Auguste Emmanuel Vaucorbeil,
Directeur de l'Opéra de Paris, par Gill

Transmetteur micro-téléphonique "à diaphragmme de bois de sapin" de Clément Ader, La Lumière électrique, 15 juin 1880

Antoine Bréguet, constructeur des appareils de Clément Ader
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Pierre Giffard en 1891 - Ateliers Nadar
(Source : Gallica / BNF)
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Le Père Denza qui a testé un apapreil Ader entre Turin et Lenza le 16 janvier 1881

Transmetteur micro-téléphonique éà crayons de charbon" de Clément Ader tel qu'utilise sur la scène de l'Opéra, La Lumière électrique, 15 juin 1880

Armengaud jeune, mandataire des brevets
de Clément Ader
Pierre Griffard, "Paris-Electrique", Le Figaro, 15 avril 1881

Les soutiens de Clément Ader
Il paraît évident que le projet des audition s téléphoniques n'est pas celui de Clément Ader seul. Comme l'indiquera Henri de Parville (Journal des débats, 25 juin 1881), l'"exposition originale est faite au nom de la Société générale des téléphones, au nom de l'inventeur de l'appareil en service, M. Ader et au nom du constructeur, M. Bréguet".
Le 5 février, les microphones Ader et Crossley sont présentés à la Soirée scientifique de l'Observatoire. (Le Globe, 9 février 1881). Il n'est pas précisé si Ader a présenté le microphone à diaphragme de bois de sapin, qu'il a annoncé en kui 1880 et qui a été testé le 16 janvier 1881 entre Turin et Lanza, par le Père Denza et Felice Bardelli, à la demande du contructeur Antoine Bréguet ou s'il présente déjà celui à crayon de charbon qui sera finalement utilisé.
Clément Ader, qui est à l'époque le principal inventeur français en matière de téléphonie, a bénéficié d'un soutien significatif des organisateurs. Le 12 février 1881, au Palais de la Bourse, son téléphone a été présenté au Président de la République Jules Grévy en même temps que le téléphone Edison et le photophone de Graham Bell.
Le 15 mars 1881, l'Académie des Sciences remet à Ader un prix d'encouragement de 3000 francs, pour ses recherches scientifiques. Le Prix Vaillant ne lui est cependant pas décerné et le montant du prix ne paraît pas très élévé par rapport aux cotisations au fond de garantie de l'Exposition auquel des participants tels que Armengaud, Berger, de Parville, Gaston Tissandier contribuent chacun à hauteur de 10000 francs. Du Moncel, qui soutenait les travaux d'Ader sur la téléphonie depuis 1878 et Antoine Bréguet, le constructeur de son appareil, faisaient partie du Comité technique de l'exposition. Bréguet était également chef du service des installations du Commissariat général de l'Exposition.
Annoncée en juillet 1879, fondée en 1880 par le banquier Amédée Jametel, la Société générale des téléphones est la principale entreprise française du secteur naissant de la téléphonie et jouit d'un monopole de fait. Elle a commencé la création d'un réseau parisien et acquiert les droits sur les appareils de Clément Ader. Bréguet est son constructeur attitré.
Armengaud jeune, l'agent d'Ader en matière de brevets, fut chargé de rédiger le chapitre "Téléphonie - Microphonie" de la brochure L'électricité et ses applications éditée par l'Exposition et vendue à prix abordable aux visiteurs. Armengaud, qui était aussi le mandataire de Graham Bell en France, avait une expertise reconnue sur les questions de téléphonie depuis 1878. Le 1er avril 1881, il a notamment présenté devant la Société des ingénieurs civils un rapport substantiel sur l'installation et exploitation des lignes téléphoniques, dans lequel il esquissait la possibilité d'un réseau téléphonique mondial. On notera cependant que dans ce rapport il n'évoquait pas les concerts téléphoniques.
Clément Ader a bénéficié d'un soutien actif non seulement des milieux scientifiques et des organisateurs de l'Exposition, ce qui ne fut pas le cas de son concurrent belge, Léon de Locht-Labye, dont la demande de pouvoir participer aux auditions téléphoniques pour démontrer les performances de son pantéléphone en transmettant des représentations de l'Opéra Comique, ne fut pas prise en considération par le Commissaire Berger (L'Electricité, 17 septembre 1881).
Des annonces au compte-goutte : les expériences internes au bâtiment de l'Opéra
Le projet n'a été dévoilé que très progressivement.
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Après l'annonce du 15 janvier dans La Lumière, qui ne touchait que le public professionnel des électriciens, il faut attendre le 26 mars pour que dans L'Univers illustré, Gérôme (pseudonyme du journaliste Albert Wolff) annonce qu'une expérience va se faire à l'Exposition d'électricité : "une vingtaine de téléphones seront mis en communication avec l'Opéra, et on pourra aller le soir, entendre à une distance d'un bon kilomètre, Guillaume Tell et Le tribut de Zamora." L'annonce est accompagnée d'un petit dialogue domestique où les interlocuteurs se concertent pour choisir, la réception chez eux du programme de l'Opéra, du Théâtre français, du Gymnase ou du Vaudeville.
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Le 9 avril, La Nature publie un article "Expérience de téléphone au Grand Opéra de Paris". Pour la première fois des expériences sont mentionnées comme en cours et le nom de Clément Ader est cité.
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"Pendant une représentation, on a disposé en vue de la scène, des microphones de grande puissance, qui communiquaient par des fils conducteurs à des récepteurs Ader de disposition particulière, placés dans une salle retirée et assez lointaine. La transmission de la musique et du chant s'est produite, et le résultat obtenu était tout à fait merveilleux; les modulations de la voix, aussi bien que les chants d'ensemble, étaient très nettement perçus, à l'admiration de ceux qui étaient présents."
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Le 15 avril, le journaliste Pierre Giffard confirme l'information sur le projet et indique clairement que, dans l'esprit des organisateurs, cette section de l'Exposition s'adresse "aux curieux, au sens parisien du terme, aux femmes, aux enfants et aux braves gens" qui ne pourraient pas comprendre la science électrique, mais que les résultats intéressent. C'est dans cet article qu'apparaît pour la première fois l'expression "auditions téléphoniques", qui ne paraît cependant pas encore labelisée. Giffard annonce que l'on pourra par exemple entendre un fragment du Prophète, l'opéra de Meyerbeer.
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Le 19 avril, comme le rapporte un entrefilet de Vert-Vert (22 avril 1881) pendant une représentation du second acte des Huguenots, M. Vaucorbeil, Directeur de l'Opéra, "invita quelques personnes à entendre la représentation...dans le second dessous, au moyen du téléphone. Les moindres nuances de la voix, les sonorités les plus variées de l'orchestre étaient reproduites avec la plus merveilleuses netteté". L'Electricien (1er mai 1881) donne un récit un peu plus détaillé de l'expérience du 19 avril.
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"Le mardi, 19 avril, des expériences très intéressantes ont eu lieu à l'Opéra, pendant la représentation des Huguenots, en présence de MM. Cochery, ministre des postes et télégraphes, Tirard, ministre des travaux publics, Vaucorbeil, directeur de l'Académie nationale de musique, Royer, Gailhard, Berger, M. le comte d'Héliand, Antoine Bréguet, Monthiers, Lartigue, Ader, etc. Les expériences, qui ont parfaitement réussi, avaient pour but de transmettre à distance le chant, l'orchestre et les chœurs d*un opéra à l'aide de microphones perfectionnés de M. Ader placés auprès du trou du souffleur. Le récepteur était installé dans le cabinet de M. Garnier, placé à une certaine distance de la salle, et pas une note de l'œuvre magnifique de Meyerbeer n'a été perdue pour les heureux privilégiés qui ont assisté à ces expériences. Les résultats obtenus sont véritablement remarquables, et le système qui va être installé entre l'Opéra et le Palais de l'Industrie ne sera pas la moindre attraction de l'Exposition d'électricité qui nous ménage tant de surprises merveilleuses."
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Premières expériences de transmission externes à l'Opéra
Comme le racontera Louis Figuier, les premières expériences sur des distances longues eurent lieu le 18 mai 1881 dans le magasin de décors de l'Opéra, rue Richter n.6. (distant de 1,5 kilomètre de la Place de l'Opéra) :
"Un fil double reliait ces magasins au trou du souffleur de l'Opéra. Quatre téléphones Ader étaient accrochés au mur et un commutatetur permettait de distribuer les "flots d'harmonie". (...) Le Tribut de Zamora fut entendu par quelques auditeurs privilégiés, qui se trouvaient là. On percevait merveilleusement les sons de l'orchestre, les choeurs et les solistes. La prise de son choisie par les expérimentateurs était le trou du souffleur. On y avait disposé deux transmetteurs. Après les premiers essais fait au magasin de décors, on transporta cette installation sur la scène de l'Opéra. On plaça les les transmetteurs en différents points du plancher de la scène. Mais, avec cette disposition, l'orchestre était à peine entendu, pendant les ballets : on ne percevait que le bruit des pieds des danseurs, ce qui n'était pas précisément ce que l'on avait en vue. On établit alors les transmetteurs téléphoniques au-devant de la rampe, des deux côtés du trou du souffleur, et l'on entendit alors à merveille l'orchestre et les artistes. On reconnaissait la voix des chanteurs et des chanteuses, on ne perdait pas une de leurs notes. Le bruit de l'orchestre était un peu affaibli, mais comme on reproche à l'orchestre de l'Opéra d'être trop bruyant, et de couvrir parfois la voix des chanteurs, le téléphone ne faisait qu'améliorer ainsi l'effet de la musique" (Figuier, 1884, pp. 395-396).
Le Ménestrel écrit :
"Réussite complète ! On entendait parfaitement, rue Richter, les voix de Mesdames Krauss, Dufrane, Janvier, celles de MM. Sellier, Melchissédec et Lorain dans Le tribut de Zamora"
Le 25 mai 1881, Le Petit Caporal, quotidien qui est établi au 51 rue Vivienne comme La Lumière Electrique de du Du Moncel, annonce en primeur la répartition des salles de l'Exposition. Il conclut : "Mais la grande attraction, le clou de cette exposition se trouvera dans les salles 6 et 7 où seront installés les appareils électriques du système Ader". Cette information est confirmée le 14 juin par Le Temps, journal de référence, qui précise : "(...) on se promet d'entendre chaque soir les représentations de l'Opéra et du Théâre-Français. de premières expériences ont déjà eu lieu et paraissent avoir parfaitement réussi. Dix personnes à la fois pourront se donner le plaisir d'assister de loin à ces représentations."
Première démonstration aux journalistes
A la mi-juin 1881, une première démonstration de l'installation est faite aux journalistes, comme le rapportent Henri de Parville (25 juin 1881) et L'Electricien (1er juillet 1881) :
Nous avons assisté la semaine dernière, à de très intéressantes expériences téléphoniques faites avec les nouveaux transmetteurs de M. Ader disposés spécialement pour recueillir la voix à distance. Le système était établi entre le Théâtre-Français et l'un des bâtiments du Palais-Royal. Nous avons pu entendre ainsi, confortablement installé dans un fauteuil, sans en perdre un seul mot, tout le premier acte de la spirituelle comédie de M. Pailleron Le monde où l'on s'ennuie. Ce serait enlever tout intérêt à l'article que nous nous proposons de consacrer aux appareils de M. Ader, que de dire un seul mol des dispositions ingénieuses qui lui ont permis d'atteindre le magnifique résultat que nous enregistrons aujourd'hui. Des appareils Ader relieront le Palais de l'Industrie à l'Opéra et à la Comédie-Française, pendant toute la durée de l'Exposition. (...).
Des précisions sont données sur la manière envisgée dont sera régulé le trafic des visiteurs entre les deux salles initialement annoncées :
"Des tickets portant des numéros d'ordre seront distribués aux visiteurs, afin de n'admettre à la fois que des dix personnes. Pendant qu'elles écoutent à l'aide des téléphones, une seconde série de dix personnes prendra place dans un salon voisin, et un commutateur supprimera les courants des premiers téléphones pour les porter dans le second salon. La même manoeuvre se répetera sans cesse d'un salon à l'autre, à des laps de temps déterminés, tous les quarts d'heure, par exemple".
Cette conception initiale sera revue par la suite : le nombre de téléphone par salles sera porté de dix à vingt et les cycles seront plus rapide. Il semble qu'au départ la durée d'écoute était de cinq minutes, mais qu'elle a été réduite par la suite à deux.

Disposition des transmetteurs (représentés par les lettres T sur la scène su Théâtre-Français
La Nature, 24 septembre 1881

Installation des transmetteurs sur la scène de l'Opéra
L'Electricien, 15 novembre 1881
Une scène du Tribut de Zamorra, l'opéra de Charles Gounod, créé le 1er avril 1881 a l'Opéra de Paris qui a été transmis le 18 mai 1881 vers l'entrepôt de la Rue Richter. Ici dans une représentation de Opéra de Saint-Étienne, direction Hervé Niquet (Source : chaîne Youtube de LadyMacbeth)
Les Huguenots , l'opéra de Meyerbeer; dont le directeur de l'Opéra de Paris, M. Vaucorbeil, a fait entendre par téléphone le deuxième acte à quelques invités, le 19 avril 1881 au second dessous du Palais Garnier.
Ici une répétion en juillet 1981 à la Sydney Opera House, sous la direction de Richard Bonynge et avec Joan Sutherland dans le rôle de Marguerite de Valois. (Source : chaîne Youtube de Brian Castle-Onion)

Graphiques du brevet "Système de réseau théâtral téléphonique de Clément Ader" (1881)

Récepteur du téléphone Ader
L'Electricien, 1er octobre 1881
La Nature, 9 avril 1881



Schémas in Turgan, 1882

Diagarmme du montage des téléphones expliquant les effets de perspective auditive.
L'Electricien, 1er octobre 1881.

Diagrammme expliquant l'effet apparent de relief
La Nature, 24 septembre 1881
Le dispositif des auditions au Palais de l'Industrie
Le 9 août 1881, Clément Ader dépose le brevet 144318 pour un "Système de réseau théâtral téléphonique". On trouvera une description détaillée du système dans l'article que lui consacre Th. du Moncel dans La Lumière électrique le 21 septembre 1881 ou encore dans le livre d'Henri de Parville, L'électricité et ses applications (1883).
Dans son brevet, Ader indique les transmetteurs peuvent être d'un type ou d'un autre. D'après les informations disponibles, ce n'est pas le transmetteur à diaphragme de bois de sapin qui a été retenu, mais un transmetteur composé d'une série de crayons de charbons enfilés verticalement dans deux plaques percées de trous qui leur servent de guide. Comme l'explique du Moncel,
"Leur partie inférieure trempe dans un bain de mercure contenu dans le tube, et ce liquide, en exerçant une poussée égale sur chacun d'eux, constitue un ressort d'une grande douceur. La partie supérieure de ces mêmes charbons vient appuyer légèrement sur un diaphragme métallique nickelé ou platiné qui reçoit les vibrations de la voix. Le courant entre par la membrane, descend en se divisant entre les charbons, et ressort par le bain de mercure. La pression des charbons contre le diaphragme est facilement réglée en faisant varier le niveau du mercure dans le tube, et, de plus, elle est la même pour chaque charbon."
A l'ouverture, deux salles sont consacrées aux transmissions de l'Opéra et deux à celles du Théâtre français. Le salon de réception du Ministre Cochery, au Ministère, 103 rue de Grenelle est également doté d'appareils de réception, qui seront l'objet d'une démonstration à l'occasion du grand dîner de gala du 2 octobre. (Le Figaro, 3 octobre 1881).
Le public de l'Exposition universelle pouvait entendre, en recourant à deux écouteurs, les spectacles diffusés à l'Opéra qui se situait à 2700 mètres et ceux du Théâtre français à 3200 mères. A partir de la mi-septembre des transmissions sont également réalisées à partir de l'Opéra comique, situé à 3100 mètres (L'Unité nationale, 7 septembre 1881). Selon Henri de Parvllle, la distance entre l'Opéra et le Palais de l'industrie était de 3000 mètres, mais les résultats auraient été tout aussi bon sur une distance de 8 à 10 kilomètres de rayon.
Les premières expériences de 1881 furent l'occasion de découvrir et d'élaborer des solutions aux problèmes de la captation en direct. Ader met au point un système de captation qui préfigure la stéréophonie (l'oreillette de droite permet d'entendre les sons captés à la droite de la scène et l'oreillette de gauche ceux capter sur la partie gauche). Cette double captation était justifiée par le fait que le chanteur n'est pas immobile sur la scène. Comme l'expliquera Louis Figuier, ce dispositif était indispensable :
"Supposons que le chanteur se trouve à droite du souffleur; la voix actionnera le microphone transmetteur de droite plus énergiquement que celui de gauche, et l'oreille droite de l'auditeur sera plus vivement impressionnée que l'oreille gauche. Si le chanteur passe à gauche du souffleur, c'est le contraire qui se produira. Ainsi, quand l'acteur, marche sur la scène, son déplacement se traduit, pour celui qui écoute, par un affaiblissement du son dans un des cornets récepteurs et par un renforcement dans l'autre cornet récepteur. De là des inégalités d'intensité, qui nuisent à la pureté de la transmission. M. Ader eut l'idée, très ingénieuse, de croiser les impressions arrivant à chaque oreille de l'auditeur, c'est-à-dire, de faire aboutir à l'oreille droitb les sons d'un transmetteur et à l'oreille gauche le son d'un second transmetteur, placé à une distance de quelques mètres du premier." (Figuier, 1883)
La comparaison de ce dispositif avec le stéréoscope est fréquente, comme chez, par exemple, de Parville :
"M. Ader a fait pour le son ce que Brewster a fait pour la vue. Il a donné un relief particulier aux sons. Quand on regarde avec les deux yeux une image dans un stéréoscope, on éprouve l'illusion du relief; de même ici, en appliquant un téléphone sur chaque oreille, on se place dans les conditions ordinaires de l'audition, et l'on parvient, (...), à faire ressortir toutes les nuances, tous les détails de l'impression sonore, à tel point qu'il devient facile de juger du rapprochement ou de l'éloignement des personnes qui parlent.
Th. du Moncel consacrera un second article pour expliqué de manière détaillée pourquoi ce dispositif pourquoi les auditeurs peuvent percevoir de manière différente la transmission d'un même passage.(La Lumière électrique, 24 septembre 1881)
Comme l'explique également Figuier, la réception était organisée de manière telle que l'audition se trouvait favorisée en minimisant bruits extérieurs et distractions :
"Les deux transmetteurs disposés le long de la scène de l'Opéra répondaient à 80 récepteurs Àder, pour desservir quarante auditeurs placés dans deux salles du Palais de l'Industrie. Ces salles étaient disposées de manière à éteindre tout bruit extérieur, qui aurait nui à l'effet sonore que l'on voulait recueillir. Pour cela, un épais tapis couvrait le parquet; des rideaux et des tentures composaient l'enceinte. Des portes doubles et faites d'épaisses étoffes en défendaient l'entrée. L'éclairage était faible et triste, pour ne point distraire l'attention des oreilles par l'impression des yeux. Au milieu se tenait, devant une table, un employé, chargé de la surveillance générale. Le public entrait par fournée de 20 personnes dans chaque salle, et n'y séjournait que à 4 à 5 minutes. Cet intervalle de temps écoulé, les assistants sortaient par une porte, tandis que la seconde fournée entrait, silencieusement, par la porte opposée." (Figuier, 1883)

Schéma d'ensemble, in Turgan, 1882


André Lange, 28 août août 2026
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Le 19 avril, comme le rapporte un entrefilet de Vert-Vert (22 avril 1881) pendant une représentation du second acte des Huguenots, M. Vaucorbeil, Directeur de l'Opéra, "invita quelques personnes à entendre la représentation...dans le second dessous, au moyen du téléphone. Les moindres nuances de la voix, les sonorités les plus variées de l'orchestre étaient reproduites avec la plus merveilleuses netteté". L'Electricien (1er mai 1881) donne un récit un peu plus détaillé de l'expérience du 19 avril.
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"Le mardi, 19 avril, des expériences très intéressantes ont eu lieu à l'Opéra, pendant la représentation des Huguenots, en présence de MM. Cochery, ministre des postes et télégraphes, Tirard, ministre des travaux publics, Vaucorbeil, directeur de l'Académie nationale de musique, Royer, Gailhard, Berger, M. le comte d'Héliand, Antoine Bréguet, Monthiers, Lartigue, Ader, etc. Les expériences, qui ont parfaitement réussi, avaient pour but de transmettre à distance le chant, l'orchestre et les chœurs d*un opéra à l'aide de microphones perfectionnés de M. Ader placés auprès du trou du souffleur. Le récepteur était installé dans le cabinet de M. Garnier, placé à une certaine distance de la salle, et pas une note de l'œuvre magnifique de Meyerbeer n'a été perdue pour les heureux privilégiés qui ont assisté à ces expériences. Les résultats obtenus sont véritablement remarquables, et le système qui va être installé entre l'Opéra et le Palais de l'Industrie ne sera pas la moindre attraction de l'Exposition d'électricité qui nous ménage tant de surprises merveilleuses."
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Premières expériences de transmission externes à l'Opéra
Comme le racontera Louis Figuier, les premières expériences sur des distances longues eurent lieu le 18 mai 1881 dans le magasin de décors de l'Opéra, rue Richter n.6. (distant de 1,5 kilomètre de la Place de l'Opéra) :
"Un fil double reliait ces magasins au trou du souffleur de l'Opéra. Quatre téléphones Ader étaient accrochés au mur et un commutatetur permettait de distribuer les "flots d'harmonie". (...) Le Tribut de Zamora fut entendu par quelques auditeurs privilégiés, qui se trouvaient là. On percevait merveilleusement les sons de l'orchestre, les choeurs et les solistes. La prise de son choisie par les expérimentateurs était le trou du souffleur. On y avait disposé deux transmetteurs. Après les premiers essais fait au magasin de décors, on transporta cette installation sur la scène de l'Opéra. On plaça les les transmetteurs en différents points du plancher de la scène. Mais, avec cette disposition, l'orchestre était à peine entendu, pendant les ballets : on ne percevait que le bruit des pieds des danseurs, ce qui n'était pas précisément ce que l'on avait en vue. On établit alors les transmetteurs téléphoniques au-devant de la rampe, des deux côtés du trou du souffleur, et l'on entendit alors à merveille l'orchestre et les artistes. On reconnaissait la voix des chanteurs et des chanteuses, on ne perdait pas une de leurs notes. Le bruit de l'orchestre était un peu affaibli, mais comme on reproche à l'orchestre de l'Opéra d'être trop bruyant, et de couvrir parfois la voix des chanteurs, le téléphone ne faisait qu'améliorer ainsi l'effet de la musique" (Figuier, 1884, pp. 395-396).
Le Ménestrel écrit :
"Réussite complète ! On entendait parfaitement, rue Richter, les voix de Mesdames Krauss, Dufrane, Janvier, celles de MM. Sellier, Melchissédec et Lorain dans Le tribut de Zamora"
Le 25 mai 1881, Le Petit Caporal, quotidien qui est établi au 51 rue Vivienne comme La Lumière Electrique de du Du Moncel, annonce en primeur la répartition des salles de l'Exposition. Il conclut : "Mais la grande attraction, le clou de cette exposition se trouvera dans les salles 6 et 7 où seront installés les appareils électriques du système Ader". Cette information est confirmée le 14 juin par Le Temps, journal de référence, qui précise : "(...) on se promet d'entendre chaque soir les représentations de l'Opéra et du Théâre-Français. de premières expériences ont déjà eu lieu et paraissent avoir parfaitement réussi. Dix personnes à la fois pourront se donner le plaisir d'assister de loin à ces représentations."
Première démonstration aux journalistes
A la mi-juin 1881, une première démonstration de l'installation est faite aux journalistes, comme le rapportent Henri de Parville (25 juin 1881) et L'Electricien (1er juillet 1881) :
Nous avons assisté la semaine dernière, à de très intéressantes expériences téléphoniques faites avec les nouveaux transmetteurs de M. Ader disposés spécialement pour recueillir la voix à distance. Le système était établi entre le Théâtre-Français et l'un des bâtiments du Palais-Royal. Nous avons pu entendre ainsi, confortablement installé dans un fauteuil, sans en perdre un seul mot, tout le premier acte de la spirituelle comédie de M. Pailleron Le monde où l'on s'ennuie. Ce serait enlever tout intérêt à l'article que nous nous proposons de consacrer aux appareils de M. Ader, que de dire un seul mol des dispositions ingénieuses qui lui ont permis d'atteindre le magnifique résultat que nous enregistrons aujourd'hui. Des appareils Ader relieront le Palais de l'Industrie à l'Opéra et à la Comédie-Française, pendant toute la durée de l'Exposition. (...).
Des précisions sont données sur la manière envisgée dont sera régulé le trafic des visiteurs entre les deux salles initialement annoncées :
"Des tickets portant des numéros d'ordre seront distribués aux visiteurs, afin de n'admettre à la fois que des dix personnes. Pendant qu'elles écoutent à l'aide des téléphones, une seconde série de dix personnes prendra place dans un salon voisin, et un commutateur supprimera les courants des premiers téléphones pour les porter dans le second salon. La même manoeuvre se répetera sans cesse d'un salon à l'autre, à des laps de temps déterminés, tous les quarts d'heure, par exemple".
Cette conception initiale sera revue par la suite : le nombre de téléphone par salles sera porté de dix à vingt et les cycles seront plus rapide. Il semble qu'au départ la durée d'écoute était de cinq minutes, mais qu'elle a été réduite par la suite à deux.
L'inauguration et l'ouverture de l'Exposition.
L'inauguration officielle eût lieu le 10 août 1881 par le président de la République, Jules Grévy. Celui-ci, le premier, aura la possibilité d'offrir à ses invités une audition à domicile. Selon Le Figaro (11 août 1881), "M. Grévy a mis le téléphone à l'oreille, il a entendu la prière de La Muette, chantée sur la scène de l'Opéra par les choeurs de l'Opéra ; il a dit "C'est très curieux". Après quoi, craignant toujours de manquer le train, il est sorti de la salle téléphonique en courant, comme il y était entré". Le Moniteur des inventions (15 août 1881), témoigne: "A la séance d’inauguration, on nous a gratifiés de la pièce de La Muette, chantée sur la scène de l’Opéra par les chœurs. Le résultat était satisfaisant, bien que les notes de l’orchestre arrivent un peu nazillardes. Cela est toutefois merveilleux.". Le quotidien bruxellois L'Europe (13 août) indique cependant qu'à l'inaugiration, "ce qui a causé le plus de sensation, c'est l'audition de la prière de La Muette chantée à l'académie natioale de musique par les choristes. Ce magnifique morceau n'avait rien perdu de sa beauté à travers les fils téléphoniques."
Le 15 août, L'Estafette annonce que les "salons téléphoniques pù auront lieu les auditions théâtrales seront bientôt prêts à être livrés aux visiteurs impatienst". Cela paraît être la première occurence de l'expression "auditions théatrales", qui va concurrencer l'expression "auditions téléphoniques". Th. du Moncel couplera les deux dans l'expression "auditions théâtrales téléphoniques" (La Lumière électrique, 21 septembre 1881).
L'ouverture de l'Exposition au public (qui avait été prévue pour le 1er août) aura finalement lieu le 28 août, précédée d'une "répétition générale" le 26 août. A celle-ci, ne sont invités que les personnalités politiques, les journalistes et une cinquanatine d'invités. Le Dr Alter témoigne :
"Le prêtre qui présidait la fête était M. Cochery, ministre des postes et des télégraphes, assisté par le commissaire général, M Berger, et par M. Braleret. M. Gambetta y est apparu au milieu d’une auréole formée par les rayons de la blanche lumière électrique, à peu près comme un dieu vers lequel se dirige spontanément la fumée de tous les encens du jour, tant la gravitation morale ressemble à la gravitation physique. MM. Constans, Léon Say, Camescasse, Liouville l’ambassadeur des Etats-Unis L. Morton, l’amiral Paris, des membres de l’Institut, de nombreux savants formaient les constellations qui se détachaient le plus fortement dans ce ciel improvisé."
La Stampa (28 juillet 1881) signale en particulier la présence de Gambetta, particulièrment impressioné par les auditions téléphoniques et par la lampe Swan. Gambetta est à ce moment là Président de la Chambre et en campage électorale. Quelques jours plus tôt il a été hué par ses propres partisans à Charenton. Une caricature publiée dans Le Monde parisien (4 septembre 1881) le représente avec un écouteur dans le salon des téléphone, avec une double allusion à ses propos de Charenton et à l'opéra Robert le Diable de Meyerbeer, qui était une des oeuvres que l'on pouvait entendre au téléphone.
Le 27 août, Le Figaro rend compte de la découverte de l'audition téléphonique par le public :



