DOSSIER - Clément Ader et la transmission de musique par téléphone
1. L'appareil téléphonique Ader testé en Italie avec une romance de Severio Mercadante (16 janvier 1881).
L'inventeur français Clément Ader (1845-1921) est principalement connu pour sa contribution au développement de l'aéronautique et la plupart des biographies qui lui ont été consacrées se concentrent sur cette activité (Peneff, 1995, Canino 2013/2014). Il nous intéressera ici en tant qu'inventeur des "auditions téléphoniques théâtrales" et du théâtrophone, qui ont été en France les vecteurs de l'introduction du téléphone dans les domaines des spectacles et des loisirs. Bien que les "auditions thréatrales téléphoniques" et le théâtrphone relèvent de la même technologie Ader, il est important de ne pas les confondre. Les auditions téléphoniques théâtrales ont lieu au Palais de l'Industrie, durant l'Exposition internationale de l'électricité qui se tient à Paris du 15 août au 15 novembre 1881, alors que le théâtrophone ne sera commercialisé qu'à partir de 1889. Les "auditions téléphoniques" se passent en public, alors que la réception du théâtrophone s'effectue essentiellement dans l'espace domestique. Le théâtrophone a beaucoup plus retenu l'attention des historiens et archéologues des médias que les auditions téléphoniques.
Les téléphones Ader
Après diverses inventions dans le domaine des transports (dont le "train sans fin" qui le fait connaître en 1876), Ader se tourne vers le domaine naissant du téléphone. Son premier téléphone est présenté à l'Académie des Sciences en novembre 1878 par Th. du Moncel et il obtient un brevet pour un électrophone, "système de correspondance vocale électrique". Du Moncel, qui fait autorité dans le monde des électriciens français, soutiendra les inventions successives d'Ader, en particulier devant l'Académie des Sciences.
En 1879, il obtient différents brevets pour différents types de téléphone : récepteur téléphonique à vibrations moléculaires électro-magnétiques, un système de téléphone à pôles magnétiques concentrés, un système d'avertisseur téléphonique sans pile, à signal visible et encore un téléphone récepteur à pôles magnétiques surexcités. En 1880, Ader obtiendra encore un brevet pour un Système de poste téléphonique, et appareils employés à cet effet, déposé le 19 mars 1880 et attribué le 12 mai 1880.Son principal mandataire à partir de mars 1879 est désormais Armengaud jeune, qui est également en France le mandataire de Graham Bell. Armengaud est par ailleurs conseiller en matière de téléphonie pour l'organisation de l'Exposition universelle d'électricirté qui doit se tenir à Paris en 1881.
Le "téléphone à surexcitation" est celui qui sera retenu pour la commercialistation et les démonstrations téléphoniques théâtrales de l'Exposition. L'originalité de cet appareil est un anneau en fer doux, appelé «surexcitateur», placé près de l'embouchure du récepteur. Cette disposition augmente la force de l'aimant et donc la sensibilité du récepteur. Cette invention, avec les autres travaux d'Ader, lui a valu le prix de 3 000 francs de l'Académie des sciences
Le téléphone à surexitation fera l'objet de différentes présentation théorique par les spécialistes français de l'époque :
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une première présentation se trouve dans un article de La Lumière électrique, la revue de Th. du Moncel, le 15 janvier 1880. Est également présenté le dispositif de sonnerie d'alerte conçu par Ader.
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Du Moncel propose une nouvelle description la troisième édition de son livre Le téléphone, le microphone, et la phonographe, Hachette, 1880, pp. 98-99, qui est reprise dans La Lumière électrique du 1er juin 1880, pp. 218-219. Cet article précise que ce téléphone d'Ader a déjà été mise en usage par la Société générale des téléphones, donc en concurrence avec l'appareil Gower commercialisé par la société à ses débuts.
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Le 15 juin 1880, La Lumière électrique présente le "un des nouveaux transmetteurs micro-télégraphique de M. Ader" (que l'usage appelera bientôt le "microphone Ader"). L'originalité de ce dispositif est que le diaphragme vibrant est constitué par une simple planchette de sapin circulaire. Il en met évidence les avantahes pour la qualité du son
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"Son montage comme diaphragme ouvert, sans embouchure, avec une cavité d'environ 1 mm permettant sa vibration et comprend un microphone central à masse métallique inertielle. Les effets produits dans cet appareil sont faciles à comprendre: d'abord, les courants d'air déterminés par l'émission de la parole pouvant se dégager facilement, puisqu'il ne sont plus emprisonnés dans une embouchure, les vibra- tions sont beaucoup plus nettes, et ces vibrations communiquées au diaphragme de sapin, sont transmises au cadre du microphone qui, pour chaque vibration d'impulsion, se trouve abaissé, tendant à faire séparer le charbon de la pièce métallique avec laquelle il est en contact, laquelle ne peut le suivre assez vite en raison de l'inertie de la masse métallique. Toutefois, la séparation complète ne peut jamais se faire, puisque, en somme, les deux pièces se suivent toujours plus ou moins près. C'est précisément cette circonstance qui évite les crachements."
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Du Moncel présente une description plus détaillée dans la quatrième édition (1882) de son ouvrage Le téléphone.
Le téléphone testé en Italie le 16 janvier 1881
La phase de développement, de construction et d'expérimentation du "téléphone à surexcitation" d'Ader entre la reconnaissance de son brevet (5 janvier 1880) et son lancement commercial par la Société des téléphone de Paris et son adoption pour les auditions téléphoniques théâtrales de l'Exposition de 1881 restent mal connues.
L'historiographie française du téléphone Ader ne semble pas s'être intéressée à l'épisode suivant : le téléphone Ader a été testé en Italie le 16 janvier 1881 sur une ligne télégraphique de 32 kilomètres. A ce stade de mes recherches, je n'ai trouvé aucune étude contemporaine française qui ait été identifiée comme consacrée à l'expérience Turin–Lanzo de janvier 1881.
L'appareil a été contruit par Antoine Bréguet. Celui-ci l'a transmis à Felice Bardelli, un opticien, constructeur et fournisseur d'instruments scientifiques, établi à Turin, pour le comparer au téléphone Bell.
Un article de La Stampa du 31 décembre 1880 donne une description de l'appareil, qui a été observé dans le magasin de Bardelli :
"Le nouveau téléphone d'Ader. — Nous connaissions déjà de nom ce nouveau téléphone amélioré, et nous devons à présent à M. Bardelli, de cette ville, l'opportunité de l'observer et de l'expérimenter à notre guise dans sa boutique d'instruments scientifiques bien fournie.
L'appareil, d'une conception très simple, n'en est pas moins élégant. Il provient des ateliers Breguet, un fabricant parisien de grand savoir-faire. Une étagère supporte une cheville légèrement inclinée. Celle-ci est recouverte d'un diaphragme en bois très fin qui renferme le mécanisme téléphonique. Deux combinés spécialement conçus, dont les écouteurs doivent être tenus près de l'oreille, y sont fixés, ainsi que la sonnerie correspondante qui, grâce à sa disposition, peut être placée à la distance souhaitée. Faute de place et compte tenu de la nature de cet article, nous ne pouvons entrer davantage dans les détails de sa construction. Pour utiliser cet instrument, qui peut être placé n'importe où, il suffit de parler dans le diaphragme, même à distance ; il n'est pas nécessaire de parler fort pour être compris. La parole est transmise clairement, quels que soient le ton, la hauteur et la portée de la voix. Il n'est pas nécessaire d'articuler les mots ni de modifier la parole naturelle.
On entend clairement chanter, chanter en solfège, siffler, rire, éternuer, parler à voix basse, et même la conversation d'un groupe entier. L'appareil est identique dans ses deux stations. Seule la personne tenant les deux téléphones à l'oreille peut entendre le mot ; le clic constitue un avantage certain : il transmet le mot même à ceux qui n'écoutent pas directement. Le circuit ne mesure qu'environ soixante-dix mètres et six piles sont incluses. On a veillé à ce qu'en augmentant légèrement ce nombre, l'effet bénéfique puisse être étendu à n'importe quelle distance. Un seul fil suffit, à condition que ses extrémités soient reliées à la terre, comme dans les stations télégraphiques. M. Bardelli s'efforce de le faire connaître et l'expose aimablement dans sa boutique pour quiconque souhaite en constater les mérites. Ce nouveau téléphone est d'une perfection exemplaire et nous espérons le voir bientôt se généraliser ; tout comme nous espérons que l'opposition manifestée jusqu'à présent par le gouvernement et les municipalités à son application pratique cessera."
Le 15 janvier, La Lumière électrique, la revue de Th. du Moncel, indique qu'"un intéressant projet est en ce moment à l'étude, on se propose de placer au foyer acoustique de l'Opéra un système transmetteur qui permettra d'entendre, au palais de l'Industrie, la musique exécutée dans ce théâtre. M. Garnier a bien voulu promettre de concourir à cette installation qui sera bien curieuse"
Le lendemain de cette annonce, le 16 janvier 1881, Bardelli réalise l'expérience en collaboration avec le Père Francesco Denza, Directeur de l'Observatoire météorologique de Moncalieri, connu dans les milieux scientifiques français depuis le début des années 1870, notamment pour ses expériences sur le magnétisme. Denza était, en collaboration avec Bardelli, un des pionniers des expériementations téléphoniques en Italie, comme en atteste une de ses lettres, en date du 12 décembre 1877, publiée par le quotidien turinois La Stampa le 15 décembre 1877 où il décrit comment avec des amis il a testé un téléphone Bell avec des chants.
Nous traduisons ci-dessous la lettre que Denza adressa quatre jours après l'expérience à La Stampa, et qui sera reprise par d'autres titres, dont la Gazetta ufficiale. De cette lettre, il ressort que c'est lui qui a organisé l'opération du 16 janvier, sans que l'on sache si c'est à la demande de Bardelli, de Bréguet ou, éventuellement, d'investisseuts ou des autorités italiennes. Denza présente l'expérience comme portant sur le transmetteur Ader, mais il est clair que c'est bien l'ensemble de l'appareil qui a été testé et comparé à celui de Graham Bell que connaissaient Bardelli et Denza.
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Le Père Francesco Denza (1834-1894)
Après la transmission de "La Stella" de Saverio Mercadante, une romance qui est à l'époque très prisée dans les salons, et qui est interprétée par une jeune fille depuis la station de Turin et reçue à Lanzo (Lans l'Hermitage), le verdict de Denza est très enthousiaste : sans conteste le microphone d'Ader donne un résultat plus satisfaisant que celui de Bell.
Les raisons pour lesquelles Antoine Breguet s'est adressé à Bardelli et Denza resteraient à préciser. Probablement, dans le contexte compliqué d'organisation de l'Exposition internationale d'électricité (dont la décision d'organisation a été prise assez tardivement) était-il surchargé, ce qui expliquerait la nécessité de recourir à un collègue compétent et fiable. On peut aussi supposer qu'il a cherché à obtenir une vérification et une légitimation par des experts extérieurs au cénacle parisien. Ce test réalisé en Italie permettait probablement d'échapper à l'attention des journalistes parisiens mais aussi d'assurer la promotion de l'appareil en Italie, marché potentiel. La collaboration avec la compagnie des chemins de fer italienne et la publication de la lettre de Denza dans deux publications officielles laisse supposer un contexte de collaboration institutionnelle qui dépasse la simple collaboration scientifique entre collègues. L'article publié par le lieutenant de vaisseau Camillo Cerale dans la Revista Maritima témoigne également d'un intérêt de la marine militaire italienne dans l'expérience. Selon Cerale, Bréguet garantissait une efficacité de 100 kilomètres. Il suggère que le port de La Spezia - une des bases de la marine - soit équipé. La planche dessinée par Cerale offre une vision d'ensemble de l'apapreil, alors que celle de La lumière électrique ne montrait que le transmetteur.
Dès le lendemain de la publication dans La Stampa, l'information - de toute évidence transmise par télégraphe - est reprise dans La Lumière électrique, la revue de Th. du Moncel, et, dans les jours suivants, par différents quotidiens français.
En définitive, lors de l'Exposition internationale d'électricité, ce ne sera pas ce transmetteur qui sera utilisé, mais un autre, recourant à des tiges de charbon, comme l'explique Armengaud Jeune dans la présentation du microphone Ader et les auditions téléphoniques du chapitre "Téléphonie, microphonie, photophonie" qu'il rédige pour la brochure L'électricité et ses applications, éditée par l'Exposition et vendue à un prix modique aux visiteurs. Ader a travaillé en parrallèle sur différents transmetteurs et son transmetteur à tiges de charbon a éclipsé celui qui avait été testé par Bardelli et Denza.
La raison pour laquelle Ader a renoncé à utiliser ce système à diaphragme de bois sera donnée par M. Berthon, ingénieur qui définira par la suite un nouveau transmetteur en collaboration avec Ader, dans un exposé sur le téléphone à la Société des ingénieurs civils le 8 novembre 1881 : l'emploi du diaphragme de bois comme élément du téléphone destiné à la parole articulée, son réglage étant trop sensible aux variations hygrométriques ; il en conservait toutefois le principe pour une application musicale particulière présentée à l'Exposition, les "fanfares Ader".
"M. Ader, dans le but de renforcer les sons, est le premier, je crois, qui ait songé à l'emploi d'un diaphragme en bois mince. Cet emploi l'a conduit à la construction de son récepteur dit à pôles conjugués, qui parle effectivement très haut et même assez nettement, quand on arrive à le régler convenablement; mais ce réglage est difficile à conserver, à raison des propriétés hygrométriques du bois, aussi a-t-il dû renoncer à cette disposition comme téléphone articulant; il vient cependant d'en faire une application intéressante à l'Exposition internationale d'électricité en employant à l'exécution de ses fanfares de cors de chasse que tout le monde a pu entendre et qui alternent avec les auditions téléphoniques théâtrales.
Dans ce téléphone, c'est sur une armature très légère fixée au diaphragme en bois, que les deux pôles de l'aimant, très rapprochés l'un de l'autre, viennent agir. Le bois par sa nature même, présentant une plus grande élasticité que le métal, donne lieu à des vibrations plus graves qui font que l'instrument parle plus haut, mais moins clairement."
Seul un travail d'archives permettrait de préciser cette collaboration franco-italienne peu connue.
André Lange
13 août 2026
Biographies de Clément Ader
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"ADER (Clément)" in Revue de Comminges, 1927, pp. 108-111
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CAHISA, R., L’Aviation d’Ader et des temps héroïques, Paris, Albin Michel, 1950
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CARLIER, C., L'Affaire Clément Ader : la vérité rétablie, Perrin, 1990.
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CARNINO, G., "Clément Ader, entrepreneur d'invention", Romantisme, 2013/4 (n° 162), pp. 125 à 140
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CASTEX, L., L'Homme qui donna des ailes au monde, Clément Ader...Plon, 1947.
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DE MANTHE G., « Le père de l’aviation » : Clément Ader. Sa vie, son œuvre, Privat/Didier, 1936
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GALVEZ-BEHA, G., La République des inventeurs, Rennes, PUR, 2008, p. 134-138
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LISSARAGUE, P., Clément Ader, inventeur d'avion, Privat, 1990
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MANTHE, G. de, Le Père de l'aviation. Clément Ader, sa vie, son oeuvre, Ed. Privat, 1936.
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PENEFF, J., "Une biographie d'inventeur, Clément Ader", Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 1995 108 pp. 62-69

Le premier téléphone de Clément Ader (1879)
in Du Moncel, 1880

Graphique du brevet de Clément Ader Téléphone récepteur à pôles magnétiques surexcités déposé le 24 octobre 1879 (133337).
Source : Page Clément Ader - INPI Archives

Présentation du téléphone d'Ader, La Lumière électrique, 15 janvier 1880


Description de l'appareil téléphonique d'Ader in Th. du Moncel, Le téléphone, le microphone, et la phonographe, 3ème édition, Hachette, 1880. (Egalement dans La Lumière électrique, 1er juin 1880.

Graphique du brevet de Clément Ader Système de poste téléphonique, et appareils employés à cet effet, déposé le 19 mars 1880 et attribué le 12 mai 1880 (Source : INPI Archives).

Transmetteur micro-téléphonique de Clément Ader, La Lumière électrique, 15 juin 1880

Graphique de l'appareil d'Ader réalisé par le lieutenant de vaisseau Cerale pour la Revista Maritima d'après l'appareil utilisé pour l'expérience du 16 janvier 1881.
La Stella de Saverio Mercadante, interprétée par Lisette Oropesa et Rubén Fernández Aguirre, enregistrée à l'Opéra de Bilbao le 6 février 2021.
Padre F. DANZA
"Esperimenti micro-telefonici", La Stampa, 21 Gennaio 1881
Egalement publié in
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Gazzetta Ufficiale del Regno d'Italia, 25 Gennaio 1881
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Monitore delle strade ferrate 1881, 26 Gennaio 1881, p.59
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L'Illustrazione popolare, 6 Febbraio 1881, p. 94

Expérience micro-téléphonique
Nous recevons du respecté Padre Denza la communication suivante :
Étant le premier en Italie à avoir participé à des expériences téléphoniques sur des lignes télégraphiques, j'ai récemment été invité à mener des expériences avec le microtéléphone d'Ader, construit par Breguet à Paris, sur une ligne télégraphique.
À cette fin, j'ai choisi la ligne télégraphique du chemin de fer Turin-Cirié-Lanzo, en bon état et d'une longueur suffisante de 32 kilomètres. La direction du chemin de fer, comme à d'autres occasions, s'est montrée généreuse de son soutien et de sa courtoisie, permettant ainsi que les expériences prévues aient pu être menées le dimanche 16 de ce mois au soir, entre les deux stations de Turin et de Lanzo.
À la première station se trouvait l'opticien Felice Bardelli, propriétaire des microtéléphones, ainsi que d'autres personnes distinguées ; à la seconde, j'étais avec M. Giuseppe Vergnano, qui m'avait déjà assisté lors des premières expériences téléphoniques. Les directeurs et employés des deux stations susmentionnées nous ont apporté une aide précieuse.
Les expériences se sont déroulées de 20h30 à 23h00.
Durant la première période, les sons et les voix étaient audibles clairement et discrètement, mais pas avec la qualité attendue des nouveaux instruments. Cela devait être dû à une altération du
circuit sur la ligne, peut-être dans une station intermédiaire, d'après les signaux télégraphiques Morse, faibles et interrompus dans les deux stations.
Mais lors de la seconde période, tout a changé, et la supériorité du nouvel équipement sur les anciens téléphones Bell a été clairement démontrée. La voix était non seulement distincte et claire, mais si forte qu'on l'entendait dans toute la pièce où nous nous trouvions à Lanzo. La conversation est devenue très animée, comme si les deux interlocuteurs étaient au même endroit ; chanter ne nécessitait plus de coller le téléphone à l'oreille. Le sifflement et même la respiration nous parvenaient, considérablement amplifiés.
Je passerai sur toutes les autres circonstances liées à l'expérience et mentionnerai seulement que les courants induits par les fils télégraphiques de la ligne Turin-Milan, qui croisent la ligne Lanzo, étaient clairement audibles dans les microtéléphones en l'absence de communication ; mais ils étaient complètement masqués par la voix et ne constituaient aucun obstacle.
En bref, les expériences de microtéléphonie que nous avons menées, qui, à ma connaissance, sont les premières du genre en Italie, ont été un succès total et nous ont incités à souhaiter que ce moyen de communication pratique et simple soit adopté dans nos villes, comme c'est le cas depuis quelque temps ailleurs en Europe et en Amérique. Il est désormais indéniable que, pour les communications de courte distance, le téléphone peut rendre le même service que le tramway pour les transports.
Bibliographie sur les téléphones Ader et sur le transmetteur à feuille de bois de sapin.
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Les différents brevets d'Ader sont accesibles dans la base d'archives de l'INPI
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"Le nouvau téléphone de M. Ader", La Lumière électrique, 15 janvier 1880.
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DU MONCEL, Th. Le téléphone, le microphone, et la phonographe, 3ème édition, Hachette, 1880.
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"Téléphone à surexitation de M. Ader", La Lumière électrique, 1er juin, pp. 98-99.
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- "Transmetteur micro-téléphonique de M. Ader", La Lumière électrique, 15 juin 1880, pp.242-243.
- "Trasmitidor micro-telefonico del Sr. Ader", La Gaceta indsutrial, Madrid, 25.8.1889
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Padre F. DENZA, "Esperimenti micro-telefonici", La Stampa, 21 gennaio 1881
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"Esperimenti micro-telefonici", Gazzetta Ufficiale del Regno d'Italia, 21 gennaio 1881
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"Esperimenti micro-telefonici', Monitore delle strade ferrate, XIV, 4, 29 gennaio 1881, pp.59-60
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"Esperimenti micro-telefonici", L'illustrazione popolare, 6 febbraio 1881.
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"Des expériences téléphoniques", La Lumière électrique, 22 janvier 1881
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CERALLE C., "Del micro-telefono di Ader e relative esperienze lungo la linea telegrafica Torino-Ciriè-Lanzo" (28 gennaio 1881), Rivista Maritima, Anno XIV, Primo trimestro, 1881, pp.534-538
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ARMENGAUD Jeune, "Téléphonie, microphonie, photophonie", in L'électricité et ses applications : exposé sommaire et notices sur les différentes classes de l'exposition, Expostion internationale d'électricité, Paris, 1881
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"Procès-verbal de la 10e séance tenue le mardi 8 novembre 1881 au siège de la Société" (Exposé de M. Berthon sur le téléphone, le microphone et l'organisation des réseaux téléphoniques), Mémoires et Comptes-rendus des travaux de la Société des ingénieurs civils. Année 1881, 1881, pp. 769-799.

Deux représentations du microphone Ader "à tige de charbon, tel qu'il sera utilisé pour les auditions téléphoniques de l'Exposition internationale d'électricité (in Th. Du Moncel, Le téléphone, 4ème édition, Hachette, 1882).
