La première transmission d'opéra par téléphone aux Etats-Unis, pour un seul abonné, Edward P. Fry
(New York, novembre 1880)

Academy of Music, New York, 1882
Source : Daytonian in Manhattan
La première transmission d'opéra par téléphone connue aux Etats-Unis a été racontée par le quotidien New York World le 30 novembre ou 1er décembre 1880. Je n'ai pu retrouver l'article original en ligne, mais plusieurs journaux en ont repris des éléments. La version du quotidien de Nashville, The Tenessean, du 4 décembre 1880 est probablement une reprise in extenso de l'article du World. Un second article est publié par le World le 2 décembre (reproduit par The Times Union le 3 décembre, et un troisième par le New York Mercury le 11 décembre 1880.
L'histoire est assez étonnante et touchante. Le Colonel Charles Mapleson, directeur de l'Académie de musique raconte qu'il a rencontré un homme, derrière la scène de l'opéra avec une bôite de bois sous le bras. Il lui a demandé ce qu'il faisait et l'homme, en lui présentant une carte de visite contresignée "The Guv'nor", a expliqué qu'il vait déjà établi une ligne téléphonique privée et qu'il lui restrait seulement à mettre en place, près du trou du souffleur, le transmetteur, en l'occurence un transmetteur Blake à charbon, que la Bell Company avait acheté à son inventeur, Francis Blake Jr.

Transmetteur Blake
Courtesy of the MIT Museum
L'heureux bénéficiaire de la connection, finalement autorisée par le Colonel Mapleson et le Boad of Directors représenté par M. Leroy, était Edward Plunket Fry, domicilié au n°38 Union Square, c'est à dire à une distance de 2 à 300 mètres de l'Academy. Edward P. Fry était une personnalité bien connue du monde musical new yorkais. L'examen de la presse et des témoignages de l'époque et des travaux historiques sur la scène new yorkaise permet de vérifier la plupart des éléments biographiques des articles du Worl et du Mercury et d'en ajouter quelques autres.

Lionel Pincus and Princess Firyal Map Division, The New York Public Library. Nous avons indiqué les positions respectives de l'Academy of Music, à l'angle de la 14th Street et de Irving Place et du 38 Union Square où demeurait Edward P. Fry.

Union Square East vers 1880. La flèche bleue indique le n°38 où habitait Edward Fry. A l'avant-plan, la statue équestre de George Wahington.
Impresario et directeur d'opéra à New York
Edward Fry, né à Philadelphie le 27 novembre 1815, fils d'un journaliste propriétaire de la National Gazette, était arrivé à New York en 1844. Il racontait avoir participé à l'introduction en bourse de la société de Samuel Morse, l'inventeur du télégraphe. Il avait commencé sa carrière dans la gestion des spectacles musicaux à Philadelphie pour aider ses frères William Henry Fry, premier compositeur de musique symphonique aux Etats-Unis et Joseph R. Fry, librettiste, qui adapta la Norma de Bellini en anglais. En 1839, il avait créé une entreprise projetant la construction d'une salle d'opéra à Philadelphie dédiée au bel canto, mais le projet avait avorté suite à une crise financière. Il avait par la suite pris la direction d'une compagnie musicale à l'origine dirigé par Salvatori Patti, le père de la bientôt célèbre soprano Adelina. En association avec l'acteur James Henry Hackett et le pianiste Maurice Strakosh (celui allait donner en 1884 le concert électrique par téléphone conçu par Elisha Gray), il organise un ensemble orchestral de 80 personnes qui donne des représentations à Broadway.
En 1847, il organise une entreprise dédiée à l'opéra italien et loue l'astor Opera House sur Astor Place. La vie de l'Astor Opera House fut courte, celui-ci s'étant trouvé au coeur des émeutes connues sous le nom d'Astor Place Riots.
Fry avait conçu son projet pour attirer l'upper class new yorkaise : les bancs, sièges habituels des théâtres de l'époque y étaient remplacés par des fauteuils rembourrés accessibles uniquement sur abonnement, tout comme les deux niveaux de loges. En revanche, 500 spectateurs au tarif ordinaire étaient relégués sur les bancs d'un «poulailler» accessible par un escalier étroit et, par ailleurs, isolé de la bonne société installée en contrebas. . Il engagea comme directeur musical le compositeur et chef d'orchestre morave Max Maretzek, qui avait été l'assistant du directeur de His Majesty's Theater, l'opéra italien de Londres et allait devenir une figure centrale de la vie musicale new yorkaise pendant quarante ans.
Fry engagea des chanteurs réputés tels que Teresa Truffi et son mari Sesto Benedetti. Maretzek, dans une longue lettre à Hector Berlioz, publiée en 1855 dans son livre Crotchets and quavers or, Revelations of an opera manager in America a donné un long récit, à la fois ironique et affectueux de ce qu'il considérait comme l'incompétence managériale de Fry, qu'il surnommait le "Napoléon de l'opéra". Peu confiant dans les prestations de Teresa Truffi, Fry engagea la soprano belge Rosine Laborde. Le 5 octobre 1848 Truffo s'effondra sur la scène du Chestnut de Philadelphie après avoir chanté l'air "Casta Diva", tant elle était furieuse de ce que Fry. La représentation de Norma fut interrompue. Quelques semaines plus tard Benedetti insulta publiquement Rosline Laborde durant une représentation de Ernani à l'Astor Opera House, ce qui mit fin à la représentation et aux activités de Fry en tant que directeur de l'établissement, dont Maretzek prit la responsabilité.
Les Astor Place riots de mai 1849, épisode meurtrier de la vie sociale new yorkaise
Les émeutes survinrent en mai 1849, dans le contexte des relations tendues entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Fry avait programmé le Hamlet et le Macbeth de Shakespeare avec l'acteur britannique William Macready, considéré comme le meilleur acteur shakesspearien de l'époque, dans le rôle titre. Mais les classes populaires de New York, y compris les récents immigrés irlandais préfétaient, l'acteur local Edwin Forrest et une campagne d'opinion fut organisée contre Macready au nom de la fierté nationale. La rivalité entre les deux artistes avait cristalisé les relations de classes au sein de la population new yorkaise. Après trois jours de tensions, et une pétition de soutien à Macready signée par des écrivains tels que Herman Melville et Washington Irving, la représentation de Macbeth avec Macready fut maintenue, Le 10 mai 1849, une manifestation de dix à quinze mille partisans de Forrest, assiégant le théâtre, fut brutalement réprimée par la police et la National Guard, avec un bilan estimé entre 22 et 31 morts et 48 blessé parmi les manifestants et des 48 blessés, tandis que 70 policiers et 141 miliciens étaient blessés. Ce soir là, Fry s'occupa de l'exfiltration de Macready. Cette histoire tragique conduisit au déclin rapide de l'Astor Opera House, moquée comme la "Massacre Opera House", qui ferma ses portes en 1853. Elle est restée dans la mémoire new yorkaise comme un moment historique de la lutte des classes.

Charles M. Jenckes, The Astor Place Riot, 1896)
.
Un projet de construction d'un nouvel opéra, au Stuyversant Lot, à l'extrême pointe de Manhattan, fut annoncé par Fry comme devant accueillir quatre mille personnes. Il est signalé par le New York Tribune le 8 février 1851, mais n'aboutit pas. L'Academy of Music ouvrit ses portes le 2 octobre 1854 et devint le principal opéra de New York jusqu'à l'ouverture du Metropolitan Opera. En 1854, Fry s'associe à nouveau avec Hackett pour faire venir aux Etats-Unis des artistes européens de premier plan tels que la cantatrice italienne Giulia Grisi, qui chanta pour l'ouverture la Norma de Bellini et le ténor Giovanni Matteo de Candia, connu sous le nom de Mario. Mais l'association avec Hackett ne dura qu'une saison.
Six ans de procès contre James Gordon Bennett, le directeur du New York Herald
Ue polémique et des procès avec James Gordon Bennett, le puissant directeur du New York Herald, défraya la chronique new yorkaise pendant six années. Le Herald avait critiqué Leonore, l'opéra et l'oeuvre la plus populaire de William Henry et à partir de ce moment Fry refusa de fournir des billets de presse au quotidien de Bennett. En 1853, Fry intenta un procès en diffamation contre l'éditeur, accusé d'avoir mené pendant dix-huit mois une campagne systématique de diffamation contre la manière dont était géré l'Astor Opera et les contrats avec les artistes.. En décembre 1853, Fry gagna son procès. La polémique reprit au printemps 1855, Bennett attaquant cette fois Fry en diffamation pour un article publié dans la Tribune. Un nouveau procès eu lieu en septembre 1855 mais qui se termina cette fois par une défaite de Fry, accompagnée de nouveaux articles cinglants dans le Herald. Bennett fit appel de la première décision mais celle-ci fut confirmée par la Cour supérieur en juillet 1856 et un nouvel appel fur rejté en juin 1859.
Au cours de cette longue bataille judiciaire, qui remplissait les salles d'audience et les colonnes des quotidiens new yorkais, Edward R. Fry fut atteint d'une paralysie progressive depuis son retour de Paris en 1854 et qui devint totale en 1857. A l'âge de quarante ans il fut condamné à la réclusion. Il ne quittait plus son appartement de Broadway et après dix ans se transféra finalement au 38 Union Square. Après avoir été au coeur de l'activité musicale new yorkaisen, il ne percevait plus le monde extérieur que par la lecture des journaux et écrivait de temps en temps des articles pour la Tribune. Il dispararut de la vie sociale new yorkaise, au point qu'un article du Buddalo Post, en 1865 le Buffalo Post le croit décédé. En 1880, il avait passé vingt-trois ans sans entendre d'autre musique que celle du piano de sa chambre. Sa paralysie ne le laissa pas inactif et il a notamment, de son appartement sur Union Square, assemblé la collection des partitions de son frère, qu'il lèguera à la Library Company of Philadelphia.
L'unique abonné par téléphone de l'Academy of Music
Ayant entendu parler du téléphone et de la possibilité de recevoir de la musique, il obtint de M. Mapleson et du Bureau des Directeurs, l'autorisation de faire tirer une ligne téléphonique entre l'Academy et son appartement, ce qui fut fait à la mi-novembre 1880. A sa connaissance, une telle expérience n'avait pas été faite en Angleterre et il s'agissait d'une première mondiale. Les expériences de Giffard et De Bar à Lille (8 mars 1878) et de Patocchi à Bellinzona (19 juin 1878) n'étaient probablement pas connues à New York. Fry ne mentionne pas les différentes expériences de trasnsmissions musicales, il est vrai plus modestes, qui ont été faites aux Etats-Unus depuis 1876, à commencer par Graham Bell lui-même.
Le journaliste du World mentionne brièvement le récepteur d'ébonite, placé au mur de la chambre de Fry, et le câble d'une vingtaine de pieds qui arrive à l'écouteur sur le lit de l'invalide.

Récepteur mural d'un téléphone Bell avec transmetteur Blake
@The Board of Trustees of the Science Museum
De larges passages de l'article du World sont en fait la reprise d'une lettre de remerciement que Fry aurait adressée le 18 novembre à l'Academy of Music et à Her Majestu Theater et qui sera publiée par le Evening Post len Angleterre par le Nottingam Post le 17 décembre.
L'évaluation de la qualité du son transmis par Fry est la première dont on dispose émanant d'une orielle experte. Par bien des aspects elle converge, de manière plus détaillée, avec les témoignages qui seront ceux, l'année suivante, des auditeurs des audiotions téléphoniques organisées à l'Exposition internationale d'électricié de Paris.
En plaçant l'appareil contre mon oreille et en fermant les yeux, je me retrouve instantanément, sans le moindre effort d'imagination, transformé en auditeur aveugle, assistant à la représentation d'opéra ou la percevant tout près, presque aussi bien que n'importe quel spectateur présent. La transmission de la musique vocale est d'une précision remarquable, à l'exception de ce qui est tout simplement merveilleux. La quantité et la qualité exactes de chaque voix – soprano, contralto, ténor, baryton et basse ; les notes, qu'il s'agisse de musique solo ou d'ensemble, du pianissimo au presto ; les paroles prononcées par les chanteurs, et le sentiment – joie paisible, extase, tristesse, chagrin, désespoir – qui anime les chanteurs et colore leurs paroles – tout cela me parvient avec autant de clarté, de perfection et de fidélité par le fil téléphonique que par l'atmosphère de l'Académie, transmise par les chanteurs à leur auditeur le plus proche.
Les inconvénients de ce téléphone, malgré son fonctionnement parfait, sont rares et mineurs, et probablement remédiables. Le principal est un son confus, métallique et brouillé, semblable au cliquetis d'une grande plaque de cuivre, qui accompagne et enveloppe les notes très fortes et très aiguës du chœur et du final. L'autre défaut réside dans la restitution imparfaite de la quantité et de la qualité sonore exactes de certains instruments, notamment les violoncelles, les contrebasses, les trombones, les tubas, les timbales, les hautbois et les bassons. Les sons des violons, des altos et des flûtes, qu'ils soient joués forte ou piano, sont restitués avec une perfection absolue quant à la quantité, la hauteur et la qualité. Les sons des clarinettes, des trompettes et des cors sont généralement bien transmis, mais pas parfaitement. La place de certains instruments dans l'orchestre, comme l'a démontré la première tentative de restitution d'une interprétation d'opéra, est à la fois peu nombreuse et d'une grande richesse, et constitue un atout exceptionnel. Avant ces expériences, je n'avais pas osé espérer un succès aussi éclatant – un succès qui consacre le téléphone comme l'une des plus grandes réussites de l'invention et de la découverte scientifique de ce siècle.
Un enregistrement du Gillmore's Band sur cylindre Edison (1891)
Chaîne Youtube de Dave Detwiller.
Interrogé sur les possibilité d'amélioration du système, il répond :
Uniquement en changeant la position des instruments. Par exemple, lors d'une récente représentation théâtrale, Gilmore's Band [une cèlèbre fanfare militaire dirigée par Patrick Sarsfield Gilmore] jouait sur scène, et je pouvais différencier les instruments, même les saxophones avec leur sonorité particulière. Les électriciens m'ont expliqué qu'il est impossible de transmettre tous les sons avec le réglage du diaphragme de l'émetteur. Il faut faire une moyenne en ajustant le diaphragme avec une vis ; ainsi, une partie des notes les plus douces est perdue pour transmettre les vibrations plus fortes. Dans les notes aiguës et fortes, il continue d'y avoir un grésillement. On m'a suggéré de faire régler un autre téléphone pour recevoir ces vibrations, perdues par celui que j'utilise actuellement, mais je crains d'abuser davantage de la gentillesse de M. Mapleson et je tiens à préserver mon bonheur actuel.

Italo Campanini

Antonio Galassi

Luigi Ravelli
Au journaliste du World il décrit le plaisir qu'il éprouve à pouvoir enfin entendre les chanteurs du moment : Italo Campanini en Mefistofeles, Luigi Ravelli dans le rôle d'Edgardo de Lucia de Lamermoor, Antonio Galassi dans Rigoletto. La veille de l'entretien, il a pu écouter Linda de Chamouni, opéra de Donizetti, le libretto à la main. Linda de Chamoui avait été représenté le lundi 29 novembre, avec Etelka Gerster dans le rôle titre, ce qui laisse supposer que l'interview a eu lieu le 30 novembre. Il décrit également la qualité du son, sa possibilité d'écouter même les répétitions et le fait qu'il peut même entendre le souffleur ou le chef d'orchestre Luigi Arditi suggérant à la prima donna de respecter trois dièses.
Dans le second interview, le journaliste décrit l'expérience de l'écoute du Mefistofele de Boito dans la chambre de Fry, les performances des interprètes Campanini, Novara, Cary et Valeria et les bruits de l'entourage (interventions du souffleur, et, durant l'entr'acte dialogue sur la scène en italien entre Campanini et Novara, cri des vendeurs du livret, brouhaha dans le public).
Un article paru dans la Revista general de las communicaiones, publiée à Cuba (dans un numéro curieusement daté du 1er octobre 1880), après avoir résumé l'article du World ajoute une note qui attribue à Mapleson des propos plus inquiets :
M. Mapleson, l'homme d'affaires, annonce qu'il n'accordera pas plus d'autorisation pour l'installation d'autres téléphones car il ne souhate pas que ses artistes se voient obligés de chanter devant des fauteuils vides et de devoir eux-même utiliser l'appareil pour entendre les applaudissements que leurs admirateurs leurs envoeint depuis leur domicile, le club ou le café où ils se sont régalés par téléphone des délices de l'opéra.
La prudence de Mapleson est compréhensible : en cette fin d'année 1880, le nombre d'abonnés au téléphone était estimé à 200 000 et avait quadruplé en un an (Western New Yorker, 2 December 1880). La demande risquait de devenir rapidement importante et, comme le pressentiront quelques commentateurs français l'année suivante, l'économie du secteur risquait d'être bouleversée. La saison était la meilleure connue par Mapleson en termes de recettes et il avait annoncé le 1er décembre le projet de créer une nouvelle salle à Madison Garden.
Herman R. Leroy, le secrétaire de l'Academy, que Fry a invité à venir écouter les transmissions chez lui, donne une description beaucoup moins enthousiaste de l'expérience.
«L’impression s’est répandue qu’écouter un opéra au téléphone de M. Fry revient à être assis à l’Académie de musique, les yeux fermés. Rien n’est plus faux. Le téléphone de M. Fry n’est pas meilleur que ceux utilisés dans presque tous les bureaux. Il faut le coller à l’oreille et tendre l’oreille ; le son de l’orchestre, du chœur et des solistes est parfaitement distinct, mais il semble venir de très loin. C’est comme écouter un opéra donné par les Lilliputiens de Gulliver. Certains instruments de l’orchestre n’étaient pas aussi bien audibles que d’autres, car le récepteur leur tourne le dos. Fait très particulier, lorsque l’on chante de la musique concertante – par exemple un quatuor – les voix semblent équilibrées, alors que l'on pourrait penset que la voix de la personne la plus proche du téléphone domine le reste. Les paroles sont très distinctes, et les voix des différents solistes sont parfaitement distinctes. Je ne voudrais pas échanger ma place à l'opéra contre un téléphone à la maison, mais pour M. Fry, cela doit être une source constante de divertissement. Peu importe ce qui se passe à l'Academy, il en entend suffisamment pour le satisfaire. Pendant la journée, il écoute les répétitions de toutes sortes, même les conversations des charpentiers de théâtre qui bavardent à leur travail.
Pour le concert philharmonique, la scène de l'orchestre avait été prolongée juste au-dessus de son téléphone, l'empêchant de communiquer. Cependant, lors de la réunion de Wycliffe Bible, il y a quelques soirs, le discours du Dr Storr était parfaitement audible. Je songe à déplacer son instrument dans une autre partie de la salle, peut-être près du plafond, car il n'est apparemment pas nécessaire de le placer près des chanteurs ; on les entend aussi distinctement lorsqu'ils chantent au fond de la scène que juste devant les projecteurs.
Le plaisir que M. Fry éprouve pour son nouveau jouet est vraiment touchant, et je ne suis pas surpris du nombre de personnes alitées qui souhaitent un divertissement similaire.
Edward Plunket Fry est décédé le 16 août 1889 à New York. A sa mort, le Brooklyn Eagle écrira : "Beaucoup de monde le croyait décédé depuis longtemps".


Etelka Gerster
Mapleson expliqua au New York Evening (14 décembre 1880 ?) à la presse que Fry avait proposé de payer pour les spectacle qu'il écoutait. Mapleson avait décliné cette proposition qu'il ne pouvait faire payer un "brother manager" en raison de son handicap ancien et du fait que cela ne coûtait rien à l'Academy. Depuis la publication de l'histoire par la presse, il avait reçu quatre demandes pour des autorisations similaires, mais les avait refusées, ne sachant combien d'autres allaient suivre. Mr Fry ayant exprimé l'inquiétude que l'autorisation alalit lui être retirée, il l'avait rassuré en lui envoyant le livret d'Aida, qui allait être représenté. Il explique que Fry écoute les opéras en disposant autour de lui les photographies des chanteurs, quand quelque chose lui plait, il applaudit, quad la Geissler se surpasse, il caresse la phoro et que si l'un des interprètes fait une fausse note (ce qui n'arrive jamais à l'Academy affirme Mapleson), il s'en prend à la photographie plutôt que de huer. Mapleson dit qu'il n'a pas peur des transmissions téléphoniques, mais que lorsque la transmission des photos sera également possible, ce qui devrait arriver, ce sera encore plus joli.

Astor Opera House sur Lexington Streey.
Les représentations de l'Academy of Music évoquée par Edward Fry annoncées dans le New York Herald, 24 November 1880.

La représentation du Mefistofeles de Boito annoncée dans le Brooklyn Daily Times, 1t December 1880
Les voisins d'Edward P. Fry au 38 Square Union
Une chose curieuse, et qui n'est pas mentionnée dans les articles de presse est qu'au 38 d'Union Square se trouvaient également des bureaux de la Western Electric Manufacturing Company, la société crée par Elisha Gray, laquelle en 1880 justement renonça à ses activités dans la téléphonie et fut absorbée par la Bell Company. Est-ce à cette occasion que Fry a découvert le potentiel du transmitteur Blake ? Plus curieux encore, le 38 Union Square apapraît dans les publicités de la Edison Company pour la commercialisation du stylo électrique d'Edison (que George R. Carey cherchèrent et son père chercherent en vain à concurrencer). Des publicités de la Edison's Speaking Phonograph Company, avec l'adresse 38 Union Square apparaissent également en 1880 dans différents journaux californiens. L'entreprise, créée en 1878, avait son siège principal au 203 Broadway. Il s'agit donc probablement d'un simple bureau de vente.

Publicité parue à diverses reprises dans la revue Science en 1880 et 1881
The Times-Union, Riochester, New York, December, 3 1880

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New York Mercury, December, 11, 1880


The Musical Record, 25 December 1880
Il s'agit de la reprise d'un article paru dans the New York Evening avant le 15 décembre 1880



The Nottingham Evening Post, 17 December 1880.


Publicité de la Edison's Speaking Phonograph Company, Martinez News Gazette, Martinez, Californie, 25 December 1880.
Les échos en Europe de l'expérience de Fry
L'article sur l'expérience téléphonique de Fry fait l'objet de courts articles dans la presse bitannique à partir du 2 décembre 1880. A partir du 17 décembre, plusieurs journaux britanniques publient la lettre de remerciement de Fry en date du 18 novembre.
En France, le 23 décembre 1880, en première page, Le Moniteur universel est le premier à rendre compte de l'histoire de Fry avec un articulet intitulé "L'opéra chez soi". Peut-être cet article a-t-il contribué à l'idée des "auditions téléphoniques" qui vont être conçues par Clément Ader et les organisateurs de l'Exposition internationale d'électricité à partir de janvier 1881.

Le Moniteur universel, 23 décembre 1880
Je remercie Mark Schubin d'avoir attiré mon attention sur l'histoire des auditions d'opéra par Edward F. Fry.
André Lange 20 août 2026
Bibliographie
-
"Obituary Edward P. Fry", New York Times, 17 August 1889
-
"Burial of Edward P. Fry", The Philadelphia Inquirer, 20 Auguest 1889
-
CURTIS J., "A Century of Grand Opera in Philadelphia", The Pennsylvania Magazine of History and Biography, Vol. 44, No. 2 (1920), pp. 122-157
-
FEDLER, F., "Actions of early journalists often unethical, even illegal", Journal of Mass Media Ethics, 17 November 2009
-
SCHUBIN, M., "Media-Technology and Opera History", SVG, 18 March 2013.
