Les contributions d'Elisha Gray
Les premières expériences de téléphonie par Elisha Grey (1874)
La mémoire collective universelle a retenu le nom de Graham Bell, qui, à partir de 1876, obtient aux Etats-Unis, dans des conditions controversées, les brevets décisifs qui vont lui permettre de conquérir le marché.
Les historiens contemporains s'accordent cependant pour considérer que les premières transmissions sont réalisées au printemps 1874 par Elisha Grey, ingénieur et entrepreneur en télégraphie établi à Chicago et concurrent malheureux de Bell dans l'obtention des brevets décisifs, ayant déposé sa demande de brevet une heure à peine après celui-ci.
La démonstration du 10 juillet 1874
Selon un article "Music by Telegraph", paru dans le New York Times le 10 juillet 1874 (4), Gray aurait réussi, grâce à l'appareil qu'il dénomme le téléphone, la transmission de sons à une distance de 2400 miles. La transmission de sons était réalisée à partir d'un melodeon sorte de piano mécanique sur lequel Gray aurait joué "Hail Columbia", "The Star Strangled Banned", "God Save the Queen" et "Yankeee Doodle". Les sons étaient transmis par câble vers une plaque d'argent, fixée sur un violon, et dont les vibrations permettaient la reproduction des airs. Gray a ainsi découvert qu'il pouvait contrôler le son d'un circuit électromagnétique vibrant et a ainsi inventé un oscillateur sonore. L'intention initiale était d'utiliser ce principe pour développer une première version de la transmission télégraphique multiplex; l’envoi simultané de plusieurs messages télégraphiques codés sous différentes hauteurs sur la même ligne et pouvant être décodés à la réception. En utilisant ce principe, il a conçu un instrument de musique; le «télégraphe musical» ou «télégraphe électro-harmonique» conçu pour démontrer et promouvoir ses idées.
La description du système d'Elisha Gray suscite quelque scepticisme. Le magazine britannique Telegraphic Journal signale qu'un téléphone a déjà été proposé, sans succès, il y a quelques années, par un certain Dr. Van der Weyde et affirme sans sourcillier "The invention of a telephone is of no practical use to the commercial world and at best can only be regarded as a novel scientific feat serving to illustrate lectures".(5) Comme son collègue britannique, le chroniqueur français des Annales industrielles trouve la description "bien vague" et en laisse toute la responsabilité à son auteur.(6)
Le concert du 2 avril 1877
Le 2 avril 1877, Gray fait la démonstration d'un nouveau dispositif de transmission musicale entre Philadelphie et New York, avec la collaboration du pianiste Frédéric Boscovitz. Le Frank Leslie's Illustrated Newspaper en donna la description suivante :
PREMIER CONCERT TÉLÉPHONIQUE À NEW YORK.
Le premier d'une série de concerts téléphoniques a été donné au Steinway Hall, à New York, dans la salle d'opération de la Western Union Telegraph Company, à Philadelphie, le lundi 2 avril au soir.
Deux pianos à queue se trouvaient sur la scène du Steinway Hall, et sur celui qui n'avait pas été utilisé se trouvait le récepteur de cette nouvelle merveille. Il était constitué d'une série de tubes rectangulaires creux en bois, de dimensions graduées, reliés par des barres de bois auxquelles ils étaient fixés en leur centre par des clés pivotantes en laiton. Leur longueur variait de soixante centimètres à quinze centimètres et leur largeur était proportionnelle. Au centre d'une des barres était fixé un électroaimant, d'où partaient deux fils électriques ordinaires isolés. L'un de ces fils remontait et sortait par une ouverture située à gauche du fond de la scène, près du haut, et l'autre par une ouverture correspondante à droite. Une table sur laquelle était posé un télégraphe ordinaire était placée à gauche de la scène.
Un concert préliminaire donné par le Young Apolo Club et un musicien local eut lieu, et à neuf heures, le professeur Gray, l'inventeur, télégraphia au professeur Boscovitz, le pianiste, à Philadelphie, pour l'informer que tout était prêt. Le professeur Gray s'efforça de corriger les nombreuses idées fausses qui circulaient dans l'esprit du public concernant le téléphone et ses possibilités. Il était impossible, dit-il, à ce moment-là, d'expliquer le fonctionnement du téléphone ou d'aller au-delà de quelques faits.
M. Boscovitz, à Philadelphie, devait jouer sur un instrument qui ne ressemblait en rien à un piano, si ce n'est qu'il était doté d'un clavier. Grâce à un mécanisme complexe, les notes frappées sur ce clavier étaient transmises sous forme d'impulsions électriques sur le fil télégraphique. Elles étaient instantanément converties en vibrations sonores, une pour chaque note, grâce aux boîtes sonores placées devant le public. On entendit alors la musique du téléphone, «Home, Sweet Home» étant le morceau d'ouverture.
Le son général était très feutré, mais chaque ton était parfaitement distinct, surtout les notes graves. Les notes aiguës étaient très faibles, mais parfaitement audibles. Pas une note ne manquait. La musique ne ressemblait en rien à celle d'un piano. Elle avait plutôt le son d'un orgue. Les applaudissements furent très chaleureux, et ce fait ayant été télégraphié à Philadelphie, le professeur Boscovitz répondit par un message indiquant qu'il était très satisfait. «Come, gentil» et «You'll remember me» furent également reproduits avec succès, du moins en ce qui concerne la netteté, la transmission des variations dans ce dernier air étant particulièrement digne d'être mentionnée.
Le professeur Gray déplaça alors la table d'harmonie au sol, de peur, dit-il, que le public ne pense que les pianos y étaient pour quelque chose. C'est dans cette position que fut jouée « Last Rose of Summer », mais lors de cette représentation et des suivantes, le son étaient beaucoup plus faible. Aucun effort ne fut fait pour transmettre d'autre musique que les mélodies mentionnées dans le programme, à l'exception de deux rappels, le dernier, « Yankee Doodle», clôturant le concert.
L'instrument du professeur Boscovitz était composé de seize touches, les octaves graves étant accordées au son du hautbois, et les autres à celui de la clarinette et de la flûte. Il s'agit du plus grand instrument de ce type jamais fabriqué, et pour transmettre le son à New York, il fallut le brancher à la batterie de 300 cellules de la Western Union.
Le professeur Boscovitz interpréta la quasi-totalité du programme d'une seule main, n'ayant que rarement besoin des deux. Le seul son perceptible était un léger bourdonnement, et parfois une note de basse. C'était comme appuyer sur les touches d'un piano détaché de son clavier et de ses cordes. Un public attentif et passionné se trouvait à chaque extrémité du câble télégraphique.
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Elisha Gray


Le concert par téléphone du 2 avril 1877 entre Philadelphie et New York
Bibliographie
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"The Transmission of Music by Electricity", Telegraphic Journal and Electrical Review, v.2,1st September 1874
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GRAY E., "On the Transmission of Musical Tones Telegraphically", Scientific American Supplement, n.6, February 1876, pp.92-93
-
"The Telephone", The Times (Philadelphia), 3 April 1877
-
"First Telephone Concert in New York", Frank Leslie's Illustrated Newspaper, 21 April 1877, p. 124
-
"Professor Gray's Telephone in New York", Scientific American, 21 April 1877, p. 245
-
"Le téléphone", Annales télégraphiques, v. 4, 1877, p.267
-
"Téléphone de M. Elisha Gray" in HOSTPITALIER E., La physique moderne, Masson, 1881
-
"Prof. Gray's Telautograph", Chicago Tribune, 25 June 1887
-
"A Telautograph". Manufacturer and Builder, vol. 20, issue 4, April 1888.
-
E.H., (Edouard Hospitalier), "Le télautographe", La Nature, 22 avril 1895, p.323-324

Source : Hospitalier, 1881

Hospitalier, 1881

Deux jours avant le concert d'Elisha Gray, me magazine satirique Puck avait fait une "suggestion téléphonique" : proposer des photographies des interprètes dont les performances sont transmises par téméphone.
Deux propositions de télautographes
Elisha Gray a fait deux propositions de télautographes : : une en 1887 et une en 1895.
