Extrait de William THOMSON, William, “Address at the Glasgow Meeting of the British Association”, Nature, vol. XIV, 14 September 1876, p. 427-430

Au département télégraphique des États-Unis, j'ai vu et entendu le téléphone électrique d'Elisha Gray, d'une conception remarquable, transmettre simultanément quatre messages en morse, et manifestement capable d'en transmettre quatre fois plus avec des améliorations de détail très modestes ; et j'ai vu le télégraphe automatique d'Edison délivrer 1 015 mots en 57 secondes. Ceci fut réalisé par la méthode électrochimique de Bain, longtemps négligée, jadis condamnée en Angleterre à la tâche pénible d'enregistrer à partir d'un relais, puis abandonnée, jugée inutilement délicate pour cela.
Au service canadien, j'entendis «Être ou ne pas être, voilà le hic», à travers un fil télégraphique électrique ; mais, méprisant les monosyllabes, l'articulation électrique s'éleva à des sommets plus élevés, et me donna des passages tirés au hasard des journaux new-yorkais : «Le S.S. Cox est arrivé» (je n'ai pas réussi à déchiffrer le S.S. Cox) ; «La ville de New York», «Sénateur Morton», «Le Sénat a décidé d'imprimer mille exemplaires supplémentaires» ; «Les Américains à Londres ont décidé de célébrer le 4 juillet à venir.» J'ai entendu tout cela de mes propres oreilles, prononcé avec une clarté indubitable par le mince disque circulaire de l'appareillage d'un autre petit électro-aimant semblable à celui que je tiens dans ma main. Les mots furent criés d'une voix claire et forte par mon collègue juge, le professeur Watson, à l'autre bout du fil télégraphique, collant sa bouche près d'une membrane tendue, comme celle que vous voyez ici, portant un petit morceau de fer doux, ainsi conçu pour fonctionner à proximité d'un électro-aimant en circuit avec les mouvements de la ligne proportionnels aux mouvements sonores de l'air. Ceci, la plus grande de toutes les merveilles du télégraphe électrique, est due à un jeune compatriote, M. Graham Bell,
d'Édimbourg, de Montréal et de Boston, qui maintenant devenu citoyen des États-Unis. Qui ne peut qu'admirer l'audace de l'invention qui a conçu des moyens si rudimentaires pour réaliser le concept mathématique selon lequel, si l'électricité doit transmettre toutes les subtilités qualitatives qui caractérisent la parole articulée, l'intensité de son courant doit varier continuellement et presque en simple proportion avec la vitesse d'une particule d'air particulaire participant à la formation du son ?

William Thomson en 1869
Le Professeur William Thomson, futur Lord Kelvin, rend compte le 7 septembre devant la British Association de sa mission aux Etats-Unis à l'occasion de l'Exposition universelle de Philadelphie (1876). ous retenons ici l'extrait où il décrit ses observations sur le télégraphe multiplex d'Elisha Gray, le télégraphe automatique d'Edison et surtout le téléphone de Graham Bell, qu'il a eu l'occasion de tester et dont Bell lui a offert in exemplaire.
C'est le premier texte en Angleterre relatif au téléphone de Bell. Il sera mentionné par le Journal des débats en France le 5 octore 1876 (avec une confusion entre le téléphone de Reiss et celui de Bell) puis par Henri de Parville (Le Bien public, 20 ou 21 octobre 1876).
