Worldworth DONISTHORPE,
"Talking Photographs",
Nature, 24 January 1878.
La lettre "Talking Photographs" que Worldworth Donisthorpe (1847-1914), avocat à Liverpool, adresse le 24 janvier 1878 au magazine Nature, appartient plus à la préhistoire du cinéma qu'à celle de la télévision. Il est cependant d'usage de la citer dans le cadre de la pré-histoire de la télévision, pour indiquer la simultanéité des premiers pas vers la mise au point du cinéma d'une part, de la télévision d'autre part. (Abramson, 1987, 8 ; Burns, 1998, 67-71)
En proposant de coupler le phonographe avec le "kinesigraph", Donisthorpe formule la première hypothèse d'une appareil permettant de coupler la projection d'images animées avec l'enregistrement du son.
La lettre est publiée à peine une mois après la publication par Scientific American (22 December 1877) de la première description du phonographe, pour lequel Thomas Alva Edison avait déposé une demande de brevet le 24 décembre 1877. Elle précède par ailleurs de moins d'un mois la date à laquelle Adriano de Paiva termine son premier article "A telephonia, a telegraphia e a telescopia" qui paraître en mars dans O instituto. La lettre est également publiée dans Northern Whig le 29 janvier 1878, puis se retrouve dans la presse nord-américaine (The Cleveland Leader, 8 February 1878, Boston Evening Transport, 8 February 1878, etc.).
La notion de "photographies parlantes" est reprise spar le chimiste Philson, correspondant du Moniteur de la photographie en Angleterre. Dans une lettre publiée par cette revue française le 1er mai 1878, il propose, sans mentionner explicitement Donisthrope et son kinesigraph, le terme kinétiscope.
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Donisthorpe obtiendra deux brevets britanniques 4344 du 9 novembre 1876 et 12 021 du 15 août 1889. En 1890, il filme Trafalgar Square. Dix plans ont été conservés.
Bibliographie
Stephen HERBERT, Industry, Liberty, and a Vision: Wordsworth Donisthorpe's Kinesigraph, The Projection Box, 1998
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Photographies parlantes
L'article du Scientific American sur le phonographe, cité dans NATURE, vol. XVII, p. 190, conclut ainsi : «Il est déjà possible, grâce à d'ingénieux dispositifs optiques, de projeter des photographies stéréoscopiques de personnes sur des écrans, à la vue de tous. Ajoutez le phonographe parlant pour
contrefaire leurs voix et il serait difficile de pousser plus loin l'illusion de présence réelle.»
Aussi ingénieuse que soit cette combinaison, je crois être en mesure de la surpasser. En combinant le phonographe avec le kinésigraphe, je me propose non seulement de produire une image parlante, de M. Gladstone, qui, les lèvres immobiles et l'expression inchangée, récitera son dernier discours anti-turc avec sa propre voix et son propre ton. De plus, la photographie grandeur nature, elle-même, bougera et gesticulera précisément comme il l'a fait lorsqu'il a prononcé le discours, les mots et les gestes correspondant à la réalité. Voilà assurément un progrès par rapport à la conception du Scientific American !
Le mode opératoire est décrit dans le descriptif provisoire ci-joint, que l'on peut résumer ainsi : des photographies instantanées de corps ou de groupes de corps en mouvement sont prises à intervalles courts et réguliers – par exemple un quart ou une demi-seconde – l'exposition de la plaque ne durant pas plus d'un huitième de seconde. Après fixation, les tirages de ces plaques sont disposés les uns sous les autres sur une longue bande de papier. La bande est enroulée d'un cylindre à l'autre de manière à ce que les photographies défilent successivement devant l'œil aux mêmes intervalles de temps que ceux auxquels elles ont été prises.
Chaque image, au passage de l'œil, est instantanément éclairée par une étincelle électrique. L'image paraît ainsi immobile, tandis que les personnes ou les objets qui la composent semblent se mouvoir comme dans la nature. Je n'ai pas besoin d'entrer davantage dans les détails, si ce n'est pour dire que si les intervalles entre la présentation des images successives s'avèrent trop courts, les lacunes peuvent être comblées par des duplicatas ou des triplets de chaque tirage suivant. Cela n'altérera pas perceptiblement l'effet général.
Je pense qu'il sera admis que, par ce moyen, une pièce de théâtre jouée à la lumière du jour ou à la lumière du magnésium peut être enregistrée et projetée sur l'écran ou la feuille d'une lanterne magique, et qu'avec l'aide du phonographe, les dialogues peuvent être répétés avec les voix mêmes des acteurs. Lorsque cela sera effectivement réalisé, seule la photographie en couleurs manquera à rendre la représentation absolument complète, et je suis convaincu que nous n'aurons pas longtemps à attendre.
WORDSWORTH DONISTHORPE
Prince's Park, Liverpool, 12 janvier
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