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[Karl Friedrich Benkowitz], "Das unischtbare Mädchen", in Helios der Titan, oder, Rom und Neapel : eine Zeitschrift aus Italien, H. Gräff, vol.2, 1803, pp.1-7 

La Fille Invisible.

Depuis quelque temps, La fille invisible est arrivée de Paris, et sa présence a été annoncée à tous les coins de rue de la ville. Comme on a beaucoup écrit à son sujet dans les journaux allemands et français, et qu'elle a également fait sensation à Paris, j'étais curieux de la rencontrer. Je m'y suis rendu le 16 mars pour la voir, ou plutôt, pour ne pas la voir, ce qui coûte deux Carlins.

La propriétaire de ce trésor invisible résidait Via d'Afflitto, non loin de la Via Toledo. Une pancarte avec La Figlia invisibile  indiquait la maison. J'étais accompagné d'un ami. Nous avons monté un escalier et trouvé un beau jeune homme qui parlait français et qui nous a conduits dans un petit logement, dont une pièce donnait sur la rue et l'autre sur la cour intérieure. Non loin de la fenêtre donnant sur la cour, quatre chaînes de laiton pendaient du plafond sous une boîte carrée, ou plutôt un parralépipède, d'environ soixante centimètres de long, quarante-cinq de haut et autant de profondeur. De part et d'autre de celle-ci se trouvait une grande vitre, permettant de voir à travers comme à travers une lanterne et d'observer le papier peint du mur opposé. Sur les deux côtés les plus étroits, il n'y avait pas de vitre, mais un récipient en bois qui s'avançait d'environ la largeur d'une main et traversait toute la profondeur de la boîte.

Il était immédiatement évident, au premier coup d'œil, qu'aucun être humain ne pouvait se trouver dans cette boîte, ni visible ni invisible. Elle était à peine assez grande pour contenir un petit enfant ; et comme on pouvait voir à travers la majeure partie de sa surface, il était difficile d'y cacher un minuscule chat dans les petits compartiments en bois sur les côtés.

Par conséquent, il était absolument impossible qu'un être humain se trouve dans cette boîte. En revanche, on y décelait un autre élément qui devait au moins suggérer quelque chose d'humainement attachant : l'embouchure d'un tube acoustique, qui émergeait du côté en bois, mais formait un coude à l'extérieur, et dont la plus large ouverture était tournée vers les spectateurs, afin qu'on puisse y parler. La boîte était suspendue librement, sans autre lien avec la pièce, si ce n'est par quatre chaînes assez fines fixées au plafond. Un petit miroir de toilette, dressé à l'angle habituel, y était posé. D'ailleurs, on ne pouvait s'approcher de la boîte qu'à deux pas, car une petite galerie l'entourait.

L'homme nous a montré l'ouverture extérieure du tube parlant, l'instrument par lequel on pouvait parler à l'être invisible. J'y ai murmuré quelques mots, mais je n'ai reçu aucune réponse ; il faut parler au moins aussi fort que d'habitude pour se faire comprendre. Voici quelques-unes de ses réponses :

- Quel âge avez-vous ?

Une voix féminine répondit : douze ans.

- Comment vous appelez-vous ?

- Caroline Masquieu.

- Avez-vous encore des parents ?

- Monsieur, mon père se trouve à Paris, mais ma mère est morte.

- Connaissez-vous Bonaparte ?

- Oui, monsieur, je le connais très bien ; je lui ai parlé à plusieurs reprises.

On voit bien que cette femme invisible ne se contente pas de répondre par oui ou par non ; d'habitude, elle répondait par plusieurs mots, même si elle aurait pu répondre par oui ou par non.

- Racontez-moi, continuai-je, quelque chose de ce grand homme.

Je suis trop petit (je pense que la personne qui parlait a dit "petit" et c'était probablement une preuve que ce n'était pas une fille, mais un garço, qui s'était trompé} pour vous pouvmr parier de ses victoires.

La réponse n'était pas mauvaise pour un enfant de douze ans, si c'est ainsi qu'il en est de son intelligence.

- Je Vous prie, ai-je continué, de me décrire un peu sa Personne.

- Son physique ne répond pas à son moral.

La réponse était encore une fois suffisamment raffinée, et a révélé un discours instruit.

- Je suis bien curieux de savoir autre chose de lui.

- Il est plus petit comme Vous et porte Ies cheveux au visage.

Après quelques autres mots échangés, j'ai dit:

- Vous êtes à present jeune, rnais quand Vous atteindrez l'âge de Vous marier y ce sera bien mauvais, Vous ne trouveerez pas un autre invisible.

- Ah, Monsieur, alors je serai visible.

Qu'un être humain parle ici est évident pour tous, et la seule question qui reste est de comprendre comment il fait parvenir sa voix de l'endroit où il est caché jusqu'à nos oreilles. La boîte, comme mentionné précédemment, ne communique avec l'extérieur que par les quatre chaînes et le tube acoustique, qui repose sur la galerie formant les barrières autour de la boîte. On est donc immédiatement tenté de penser que le tube acoustique communique avec une tige creuse de la galerie. Mais on se trompe. La découverte serait trop évidente et passerait inaperçue.

Il est clair qu'il ne se trouve pas là : on peut glisser un couteau entre la galerie et le tube acoustique, et celui-ci repose simplement sur le bois. À première vue, il ne reste plus qu'à croire que les maillons d'une des quatre chaînes, ou peut-être des quatre, sont creux, et que le son pénètre dans le tube acoustique par ces maillons. Si ce n'est pas le cas non plus, alors il s'agit certainement d'autre chose, tout aussi évidente, et l'on ne comprend pas comment on a pu en faire tout un plat à Paris. Le son se propage souvent d'une manière bien plus merveilleuse, comme en témoignent l'oreille de Denys et de nombreuses voûtes d'églises et de maisons.

Nous étions les seuls spectateurs présents. Entre-temps, l'homme affirmait que déjà 6 000 personnes à Naples lui avaient fait l'honneur de leur présence.

La femme invisible, soit dit en passant, parlait italien, anglais, turc et arabe, mais pas allemand. Je n'ai pu m'empêcher de lancer quelques remarques acerbes à ce sujet à l'encontre de cet homme.

Cependant, il a raison ; il a bien plus de chances de trouver fortune avec la jeune fille invisible en Turquie et en Arabie que dans la brillante Allemagne.

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