
Les voyages de la Femme invisible selon Robertson
Le spectacle de La Femme invisible, pour Robertson, n'a été, au départ, qu'une réponse improvisée à la concurrence que celui de Laurent sur L'invisibilité du corps humain représentait pour ses propres spectacles de fantasmagories. Il s'agit d'un aspect mineur de son oeuvre, mais il le maintient néanmoins dans la panoplie des spectacles qu'il va transporter à travers l'Europe. Les ascensions en ballon vont devenir sa principale occupation (1). Dans ses Mémoires récréatifs, scientifiques et anecdotiques, publiés en 1831, Robertson raconte, de manière très allusive, les voyages à travers l'Europe du spectacle de La Fille invisible depuis qu'il avait présenté à Paris ce qu'il définissait comme une expérience acoustique.(2)


(1) Voir LEVIE F., Etienne-Gaspard Robertson. La vie d'un fantasmagore, Le Préambule, 1990
(2) ROBERTSON, E.G., Mémoires récréatifs, scientifiques et anecdotiques, Chez l'auteur, 1831, vol.1 , pp. 294-396. Robertson présente cet historique comme un texte qu'il aurait rédigé à Prague en 1810 sous le pseudonyme de Stéphane Streborno
Ce récit se caractérise d'abord par ce qu'il cache : le rôle important qu'a joué Charles Rouy dans la promotion de La Fille invisible. Rouy n'est pas cité, alors que c'est lui qui a fait paraître La Fille invisible "avec honneur" au passage Longueville, que c'est avec lui qu'elle "s'en fut à Londres", et que l'"escamoteur nommé Schouart" est probablement un private joke sur le nom que se donna Rouy pour signer le contrat de cession. Par ailleurs, Robertson tait le voyage de la Invisible Lady aux Etats-Unis, dont il serait étonnant qu'il n'ait pas eu connaissance.
Le récit de Robertson ne peut donc être pris comme seule source pour analyser la circulation du spectacle. Après avoir analysé sa circulation en France et en Angleterre, nous allons à présent essayer de retracer les représentations dans le reste de l'Europe et aux Etats-Unis.
Das unsichtbare Frau en Allemagne (1800-1803)
Dès 1800, les spectacles de l'Invisibibilité du corps humain et de La Femme invisible ont fait l'objet de descriptions et critiques dans la presse allemande, de la part de voyageurs ayant assisté aux démonstrations parisiennes (3) Un article de la revue Paris un London affirme même que le principe de l'illusion recourant à des tubes acoustiques se trouve déjà dans une brochure publiée par un certain Heinrich Maximilian Brünner à Nuremberg en 1798.(4)

Le principe du dispositif d'illusion acoustique décrit par Brünner (1798)
(3) HENNINGS A., Hrsg, Der Genius der Zeit, v.20, n.2, p.315 ; "La personne invisible, oder das unsichtbare Orakel. Muthmaßungen darüber. Gespenstererscheinungen"., London und Paris, Bd.5, 1800, pp. 207-217 ; "La voix invisible", ibid., pp. 249-250 ; "Experimente der Unsichtbarkeit und des Trophoniuskopfes im Maison Longueville. Anecdoten von Carl Rony, dem Unternehmer", ibid., pp.308-315 ; "Entdeckung wegen der Femme invisible in Robertsons Phantasmagorie", Paris und London, Bd; 9, 1802, pp.411-415 ; "Bauchrednerei", Berlinische Monatschrift, 1.Bd., 1803, pp.376-378 MEYER, F.L.G., Briefe aus der hauptstadt und dem innern Frankreichs, J.G. Cotta, Tübingen, 1803.pp;291-292 ; Französische miscellen. Zweiter band, Volume 2, Tübingen, 1803, p. 66
Différents articles sur la Unsichtbare Frau parus dans la presse allemande et autrichienne sont réunis dans WOLF R;, Die Musikmaschinen von Kaufmann, Mälzel und Robertson Eine Quellenedition, Preprint 5, Deutsches Museum, 2012, pp.341-352
Un journaliste allemand avait aussi témoigné de son expérience de la Femme invisible à Naples dès 1802 : BENKOWITZ, K.F., "Das unischtbare Mädchen", in Helios der Titan, oder, Rom und Neapel :eine Zeitschrift aus Italien, H. Gräff, 1803, pp.1-7
(4) BRÜNNER, H.M., Ausführliche Beschreibung der Sprachmaschinen oder sprechenden Figuren, Zeh, Nurember, 1798 (cité dans "Experimente der Unsichtbarkei..., art.cité)
En 1803, Robertson quitte Paris pour Hambourg, non sans avoir convaincu Eulalie, qui jouait le rôle de l'invisible et qui l'avait quitté un moment, de le suivre dans son périple. Le 15 mars 1803, à Hambourg, Robertson annonce par la presse qu'il a ouvert son cabinet à l'hôtel Kramer Amthaus et que l'on peut y voir tous les jours le spectacle de la Femme invisible et un carrosse d'or tiré par des puces. Perçu comme un homme de spectacle, voire comme un espion, Robertson convainc peu les milieux scientifiques de Hambourg, qu'il s'aliène rapidement avec son point de vue sur les paratonnerres de la ville et avec l'imprécision de ses observations d'aéronaute (5).


Description du dispositif de la Femme invisible de Robertson, "Entdeckung wegen der Femme invisible in Robertsons Phantasmagorie", Paris und London, Bd; 9, 1802,
Annonce des démonstrations de Robertson dans le Staats- und gelehrte Zeitung des Hamburgischen unpartheyischen Correspondenten, 1. April 1803
Robertson ne s'attarde pas longtemps à Hamburg et embarque pour Saint-Petersbourg. Cependant, la Unsichtbare Frau va continuer à intéresser certains chercheurs allemands, qui vont être informés des activités du Liégeois en Russie par le biais de leurs concitoyens qui y sont établis. Une annonce parue dans un journal de Francfort semble indiquer que des représentations ont eu lieu au Windmühle, Allenheiligengasse en octobre 1804, sans que l'on sache de qui émane cette initiative.
(5) Sur la présence de Roberston en Allemagne, voir HOCHADEL O., "Zauberhafte Aufklärung. Etienne-Gaspard Robertson zwischen Schaustellerei und Wissenschaft", in FELDERER B. und STROUHAL E (Hrsg;)., Rare Künste. Zur Kultur- und Mediengeschichte der Zauberkunst, Springer, 2006 pp 433-450 .

Invitation pour un spectacle Das unsichtbare Mädchen, Intelligenz-Blatt der freien Stadt Frankfurt, 18 Dezember 1804
La Femme invisible (невидимая женщина) en Russie
A Saint-Petersbourg, Robertson est très rapidement introduit dans les milieux scientifiques et politiques. En octobre 1803, il organise une présentation de différentes expériences de physique devant la haute noblesse, des spectacles de fanstasmagorie et de la Femme invisible. Pour celle-ci, le prix d'entrée est de deux roubles en argent.(6) Il organise aussi des cycles de cinq conférences de deux heures, dont la quatrième porte sur la fantasmagorie et la cinquième sur la Femme invisible (7) C'est donc bien Robertson, et non un Italien, qui a emmené celle-ci en Russie.
D'après la gazette de la Cour, ces présentations ont obtenu beaucoup de succès, mais au moins un témoin reste sceptique : le Comte Féodor Petrovitch Tolstoï (1783-1873) - parent de Léon Tolstoï -, artiste versé dans les technologies illusionnistes décrit dans ses Notes le système acoustique qu'il a installé dans son bureau et qu'il considère comme plus perfectionné que celui de Robertson (8).
(6) Intelligenzblatt der Frankgurter Allgemeine Zeitung, 10 Dezember 1803, citant une gazette de Saint-Petersbourg du 27 octobre 1803 ; Le journal des débats et des décrets, 19 décembre 1803, citant une dépêche de Petersbourg du 22 novembre 1803 basée sur la gazette de la Cour.; Le Publiciste, 20 décembre 1803, d'après des nouvelles en provenance de Hambourg ;
(7) Annalen der Physik, Bd XVI, 1804, p. 213 (d'après Hamburger Correspondant n°180)
(8) TOLSTOI, F.P., Записки (Notes), Moscou, 2001, pp;202-203
"En plein milieu de ce bureau, il y a un dôme qui illumine tout le bureau. Un mince cordon, utilisé pour les rideaux, descend de son point le plus élevé, sur lequel est suspendu une boule de verre blanc pur d'environ un demi-arshin (*) de diamètre, en haut avec un appareil acoustique, et au bas de la balle, un tuyau en bronze en forme de cor de chasse avec une large ouverture par laquelle sortent les sons. Cette boule s'accroche au mur droit du bureau de sorte que le tuyau soit à une hauteur d'homme. Près de cette boule, il y a des balustrades quadrangulaires très minces avec une fine corniche au sommet, de sorte que la boule est au milieu d'elles et sa partie inférieure est presque au niveau de la corniche. Du tuyau, là où il quitte la balle, vient le même cordon de soie auquel la boule elle-même est suspendue, il est attaché aux coins de la balustrade,afin que la balle ne puisse pas être déplacée d'un côté ou de l'autre.
J'invite le public à poser toutes les questions qu'il veut à cette boule, dont il reçoit des réponses par le tuyau. Et si quelqu'un veut mettre une bougie sur le tuyau, celui-ci la soufflera. Cette action, réalisée par Robertson est connue des autres détenteurs de cabinets de physique amusante, appelés "femme invisible". Tous les autres dispositifs sont conçus de manière à ce que les bustes posés sur la table fasse des réponses, dont le mécanisme est facilement caché dans la table et le buste lui-même. Chez moi cette action est réalisée par une boule de verre, complètement ouverte de l'extérieur et de l'intérieur et suspendue à un cordon de soie. Cette action, inventée par moi, est beaucoup plus surprenante que Robertson et d'autres ont présentée".
(*) L'arshin est le yard russe. Il équivaut à 71.12 cm
Cette description laisse un peu perplexe, car le Comte Tolstoï semble confondre buste parlant et Femme invisible. N'a-t-il pas vu la femme invisible du Liégeois ou celui-ci a-t-il présenté aux Russes un buste parlant comme femme invisible ?
Après un vol en aérostat à Riga et un séjour à Vienne, Robertson est revenu à Saint-Petersbourg, puis est parti pour Moscou et Arkhangelsk. Des démonstrations de la Femme invisible à Moscou ont probablement eu lieu (9). Dans le cadre du conflit qui oppose les deux concurrents en matière aéronautique, André-Jacques Garnerin, lui aussi établi établi en Russie, publie une brochure polémique dans laquelle Robertson est traité de charlatan et le secret de la Femme invisible dévoilé.(10)
La traduction en allemand de la brochure de Garnerin, éditée à Saint-Petersbourg, et parue en mai 1804 témoigne de l'intensité des discussions que suscite le conflit entre les deux hommes. Le traducteur anonyme met son grain de sel en ajoutant, en notes en bas de pages, des commentaires sur ce qu'écrit l'aéronaute français, et notamment son dévoilement du principe de la Femme invisible. Sa note consacrée à la Femme invisible, est particulièrement intéressante (11).
"Aïe, aïe, mon cher Monsieur Garnerin. Qu'avez-vous fait maintenant ! Pourquoi bavardent-ils en sortant de l'école? Ils font vraiment très mal au Professeur Robertson (sur qui, très clairement visé par ce passage); car
1 Vous ne pouvez pas demander au Professeur Robertson d'expliquer cette expérience parce qu'il n'a rien fait pour le faire. Dans ses publicités (qui sont souvent présentées comme un complément aux annonces de comédies) il y a des mots clairs : "Aujourd'hui, je vois la femme invisible en premier et en second lieu, vous voyez bien, voyez". L'explication n'est pas mentionnée. Alors, comment pouvez-vous demander à Robertson de faire plus que ce qu'il a promis?
2. Considérez les conséquences d'une explication claire. Le professeur Robertson perdrait l'approbation de tout le monde dès qu'il dévoilerait les secrets de sa Femme invisible et qu'il voudrait en démontrer le caractère naturel à tout le monde par des démonstrations claires. Par la différence du mystérieux et du miraculeux, vous auriez une grande perte, ou plutôt aucun substitut aux dépenses engagées dans l'expérience; car tout le monde pourrait désormais l'essayer lui-même Lorsqu'il a écrit son explication claire de la femme inséparable, Monsieur Garnerin n'a probablement pas pensé à la maxime practica est multiplex, sinon il ne l'aurait pas communiquée.
A cette occasion, je ne peux ignorer une question qui a récemment été soulevée dans un cercle d'amis fidèles. Le Professeur Robertson s'annonce comme un physicien, d'autres, en revanche, ne veulent pas le reconnaître en tant que tel, et pensent qu'il est un soi-disant prestidigitateur (Taschenspieler) ou un charlatan (Tausendkünstler), d'autres pensaient qu'il n'était qu'un juste milieu entre les deux. Ainsi on a demandé: dans quelle classe le Professeur Robertson peut-il être compté? - Chacun peut désormais répondre à cette question à partir de la juxtaposition suivante de la distinction entre un physicien et un prestidigitateur :
Le physicien
observe les phénomènes dans la nature, à la recherche de résultats, pour trouver par quoi il peut
prouver, cherche à expliquer les phénomènes
mais il ne faut pas donner des illusions aux auditeurs
et est récompensé pour ses usages et ses
efforts
On admire son ingéniosité,
et il est très respecté,
il reste généralement au même endroit
et reçoit souvent d'importants postes d'État
Le prestidigitateur
a besoin des résultats des physiciens,
fait des expériences
mais ne fournit pas d'explication
mais il cherche à tromper délibérément son spectateur
et pour cette tromperie, il se fait payer
On n'admire que sa dextérité
il est peu respecté,
il parcourt généralement le pays,
et n'en reçoit aucunposte d'État

Le comte Feodor Petrovitch Tolstoï. Autoportrait
(9) Elles sont mentionnées dans l'article "Beschreibung und Erklärung den unsichtbaren Frau", (1807), in Annalen der Physik, Bd 28, 1808, pp. 244-247 ;
(10) Détails des trois premiers voyages aériens que M. Garnerin a fait en Russie, chez Luby, Gary et Popov, Moscou, s.d. (1804)
:
Robertson ne paraît pas avoir répondu publiquement aux accusations de Garnerin et aux insinuations de son traducteur, ce qui ne manque pas d'intriguer le correspondant du journal allemand de Saint-Petersbourg, le St. Petersburgische deutsche Zeitschrift (12). Garnerin est prié de quitter la Russie quatre jours après la publication de sa brochure (13) Mais Robertson a mis fin à ses conférences pour se consacrer uniquement à ses vols en ballon. Il met en vente tout son cabinet de physique, y compris les équipements de fantasmagorie et de la Femme invisible (14) Selon Françoise Levie, c'est le tsar Alexandre Ier qui a proposé à Robertson que l'Académie des Sciences de Saint-Petersbourg acquière son matériel, dont le coût de transport est très élévé. (15)
(12) "Berichtung der Streitigkeiten in Betreff des Herrn Professor Robertson", St. Petersburgische deutsche Zeitschrift, 16. Juni 1804
(13) LEVIE, op.cit., p.164
(14) Allgemeine Literatur-Zeitung, 4 Juli 1804 d'après une dépêche de Saint-Petersbourg en date du 25 mai 1804.
(15) LEVIE, op.cit., p.183
Des investigations plus détaillées devraient être menées sur le séjour de Robertson en Russie pour compléter et vérifier les récits de Robertson dans ses Mémoires et les collectes d'information réalisées par Françoise Levie il y a plus de trente ans. Il est probable que la presse, les mémoires, journaux et correspondances de ceux qui furent témoins de ces spectacles permettront d'en préciser les circonstances et la réception. La publication de la brochure de Garnerin a-t-elle eu des échos dans la presse russe ?
Roberston a-t-il vraiment abandonné La Femme invisible jusqu'à son retour à Paris en 1814 ? Françoise Levie ne mentionne plus la Femme invisible après la querelle de Saint-Petersbourg avec Garnerin. Il nous reste donc à interpréter le récit fourni par Robertson dans ses Mémoires. Qui sont les différents personnages évoqués ? Les itinéraires de la Femme invisible à travers l'espace germanophone (Berlin, Königsberg, Prague, Vienne) correspondent-ils à la réalité ? L'examen - ici encore provisoire et superficiel - de la presse allemande, confronté avec les déplacements de Robertson tels que les a reconstitués Françoise Levie - permet d'avancer l'hypothèse que Robertson a continué à exploiter la Femme invisible, mais sous des pseudonymes.
Die unsichtbare Mädchen en Autriche et en Allemagne (1804-1812)
La présentation de la Femme invisible par Robertson lors de son séjour à Vienne à l'automne 1804 n'est pas mentionnée par Françoise Levie ni attestée dans les journaux autrichiens de l'époque disponibles en ligne. L'organisation de spectacles est néanmoins probable, comme l'indique le témoignage du chroniqueur Joseph Georg Wiedemann, qui consacre deux pages à une Unsichtbare Frau que l'on va voir comme une curiosité le dimanche sur la Rathausgasse de Baden, près de la Dreifaltigkeitssäule, le monument célébrant la victoire sur la peste réalisé par le sculpteur italien Giovanni Stanetti (16)
En Allemagne, les expériences aéronautiques en Russie des deux concurrents sont suivies avec beaucoup d'attention, notamment par les Annalen für Physik éditées par Gilbert. La Femme invisible continue elle aussi à être discutée par les milieux scientifiques.
En 1807, la publication en Angleterre par le Nicholson's Journal d'un article détaillant le dispositif de l'Invisible Lady (17) conduit Gilbert, le directeur des Annalen für Physik à publier une traduction en allemand de cet article, mais aussi la lettre qu'avait envoyée en février 1806 le Professeur Christoph Heinrich Pfaff de l'Université de Kiel (18). Celui-ci avait visité Paris en 1801, rencontré Cuvier et s'était probablement intéressé à la Femme invisible dès cette époque. Il avait été en contact avec Robertson lors du passage de celui-ci à Hambourg et avait même souhaité participer à son second vol en ballon dans cette ville (19). La planche qui illustre l'article des Annalen reproduit celle du Nicholson's Journal mais y ajoute un dessin communiqué par Pfaff (Fig.4). Il est intéressant de comparer les deux appareils : celui de la Fig.1 serait-il celui de Charles Rouy, observé à Londres par le correspondant anonyme de Nicholson, et celui de la Fig. 4 celui de Robertson, observé par Pfaff à Paris ou à Hambourg ?
(16), WIEDERMANN J.G., Mahlerische Streifzüge durch die interessantesten Gegenden um Wien, 2, Doll, 1806, pp.55-56
(17) "The Invisible Lady", 1807, NICHOLSON W (ed.), A Journal of Natural Philosophy, Chemistry and the Arts vol. XVI, 1807 pp. 69-71
(18) "Beschreibung und Erklärung den unsichtbaren Frau", (1807), in Annalen der Physik, Bd 28, 1808, pp. 244-247
(19) LEVIE F., op.cit., p. 154

Christoph Heinrich Pfaff (1773-1852),
Professeur à l'Université de Kiel

Planche de Annalen der Physik, Vol. 28, 1808
La publication des deux contributions par les Annalen der Physik donna lieu l'année suivante à une lettre d'un Herr Schmidt (20) et fut reprise en 1809 (21) par le Bulletin édité par Sigismund Freidrich Hermbstädt, influent professeur de chimie et de pharmacie à l'Université de Berlin, que Robertson traite, non sans mépris, de journaliste et accuse d'avoir entravé la carrière de la Femme invisible à Berlin. Robertson était présent à Berlin en 1809 et, selon Françoise Levie, Hermbstädt, qui avait également eu des démêlés avec Garnerin, avait rencontré Robertson lors de son passage à Hambourg et était un de ses amis, susceptible de l'avoir introduit dans des cercles scientifiques fermés.(22)
Le récit de Robertson sur le périple de la Femme invisible laisse entendre qu'elle serait revenue en Allemagne depuis Moscou avec un "M. Schuart, escamoteur", qui l'aurait conduite à Berlin. La réalité est un peu plus complexe.
Des démonstrations de l'Unsichtbare Mädchen sont attestées à Kassel dans le cadre d'une foire, en mars 1809 (23). De novembre 1809 à fin février 1810, Robertson reprend à Berlin des spectacles de fantasmagorie (24) Des démonstrations de l'Unsichtbare Mädchen par le Professeur Schuar sont annoncées à Berlin en septembre 1809 en même temps que l'arrivée de Roberston dans cette ville. G. Reinbed, le journaliste du Morgenblatt für gebildete Stände n'est pas dupe et précise que l'on sait que M. Roberston n'est jamais très loin de la boule parlante (25). En octobre 1809, un journal décrit la Unsichtbare Mädchen, mais celle-ci est à présent accompagnée d'un Herr Stephani (26). Des présentations ont ensuite lieu à Königsberg et Dantzig en février-mars 1810. (27). Dans ces deux dernières villes, les spectacles (annoncés comme des conférences, Vorlesungen) sont organisés, pour un prix d'entrée de deux Thaler par un Professeur Schuar, qui est probablement l'"escamoteur Schuart" évoqué par Robertson (28).
Das unsichtbare Mädchen est de retour à Berlin en août 1810 (29) et est probablement passée aussi à Weimar car la luxueuse revue Journal des Luxus und der Moden publie en décembre un article, daté Weimar 6 Oct. 1810 qui cherche une explication physique à la "boule acoustique-optique" du Professeur Schuar, de Vienne (30). Selon le Bulletin de Hermbstädt, la Unsichtbare Mädchen de Schuar, que l'on peut attribuer à Roberson, rappelle la tête parlante d'Orphée à Lesbos et les oracles de Delphes, tels que mentionnés dans Theodoreti historia eccles. V, XXII, p.228. (31) Herr Stephani et le Professeur Schouar ne seraient-ils pas tout simplement des pseudonymes de Robertson, soucieux à la fois de préserver sa bonne réputation de physicien aéronaute et de continuer à exploiter commercialement la Femme invisible, qui intrigue toujours le public, malgré le dévoilement de son secret par les journaux scientifique, et même une revue de mode ?
Selon le récit de Robertson, à Königsberg, un sellier d'une petite ville de Prusse, un M. Henning, séduisit la Femme invisible et la mena à Prague. Ce M. Henning est probablement un autre pseudonyme de Roberston, peut-être inspiré par le nom d'un des premiers témoins allemand du spectacle parisien. En effet, à l'automne 1810, Roberston et sa famille ont rejoint Prague pour y passer l'hiver. Robertson y expose son matériel aérostatique et présente une nouvelle invention, le phonorganon, une "machine qui imite la voix humaine et prononce nettement" (32). Le phonorganon est présenté dans un ouvrage sur le Minerve, l'aérostat de Robertson, publié en 1820 (33)

Selon Françoise Levie, qui se base sur la description du phonorganon donnée par un notaire ("Une machine parlante de l'invention du sieur Robertson, en bois d'acajou plaqué avec ornement en cuivre doré, surmonté d'un enfant en cuivre, posé sur une vieille table... Valeur 30 francs""), le phonorganon n'a rien d'un automate (34).
Mais revenons à la Unsichtbare Mädchen. Un M. Henning a présenté à Prague sa propre Mädchen en septembre 1810, soit exactement au moment de l'arrivée de Robertson et de sa famille. Un enseignant praguois, Christoph Kinzel en donne une description détaillée et même illustrée dans un article de la revue viennoise Vaterländische Blätter für den österreichischen Kaiserstaat. (35)

(20) "Von Herrn Dr. SCHMIDT", Annalen der Physik, 1808, Bd 29, p. 470 ;
(21) "Die Femme Invisible und die invisble Girl", Bulletin des neuesten und wissenwürdigsten aus der naturwissenschaft, so wie den künsten, manufakturen, technischen gewerben, der landwirthschaft und der bürgerlichen haushaltung ...Hrsg. von Sigismund Freidrich Hermbstädt, Berlin, Juni 1809, pp.97-106
(22) LEVIE, op.cit., p.152-153, p.164, p. 213
(23) Zeitung für die elegante Welt. Beilagen: Intelligenzblatt der Zeitung für die elegante Welt 18. April 1809 (Correspondance de Kassel du 13 avril 1809)
(24) LEVIE, op,cit., p.215
(25) "Ueber das unsichtbare Mädchen in Berlin", Morgenblatt für gebildete Stände, 4. September 1809, pp.1-2. L'article est immédiatement suivi d'un autre, signé Reinbed sur la présence de Robertson, traité de charlatan, à Berlin.
(26) SCHÜTZE St., "Ueber das unsichtbare Mädchen", Zeitung fur die elegante Welt, Berlin, 20. October 1809, pp.1665-1666. Une Unsichtnare Mädchen présentée par un Herr Stephani est également décrite par Carl Hoyer, Prorektor du Gymnasium de Nerlin in "Nachtrag ûber das unsichtbare Mädchen", Bulletin des Neuesten und Wissenswürdigsten aus der Naturwissenschaft, vol. VII, 1811, pp. 79-81.
(27) Allgemeine musikalische Zeitung, 14. März 1810, p.384. Un dictionnaire scientifique paru en 1856 indique qu'elle a été montrée en "Kunstenlander Deutschland", c'est à dire dans les régions côtières de l'Allemagne, mais n'évoque pas Berlin. Johann Samuel Traugott Gehler's Physikalisches Wörterbuch, neu. bearb. von Brandes. Gmelin. Horner. Muncke. Pfaff, 1856, pp.456-457. Un entrefilet du Allgemeine musikalische Zeitung, 25. Juli 1810, p. 694 annonce que la Femme invisible a été vendue et que les conférences sont clôturées.
(28) Ce Prof. Schuar est assez mystérieux. Le nom n'est pas sans rappeler celui trouvé par Françoise Levie dans le contrat passé en 1801 entre Robertson et Charles Rouy. Nous n'avons pas identifié de Prof. Schuar, par contre un Schuar démonstrateur de spectacles d'optique donne un spectacle à Neubrandburg en avril 1819 (Freihmutiges Abendblatt, 14 Mai 1819, p.318)
(29) Berliner Zeitung, nr 70, cité in Morgenblatt für gebildete leser, 1. September 1810, p.840
(30) "Versuch ein physicalsicher Erklärung der Fille invisible oder der akustish-optoschen Kugel des Professor Schuar aus Wien", Journal des Luxus und der Moden. Herausgegeben von Carl Bertuch, XII, Deceber 1810, pp.799-802
(31) Bulletin des Neuesten und Wissenswürdigsten aus der Naturwissenschaft, so wie den Künsten, Manufakturen, technischen Gewerben der Landwirtschaft und der bürgerlichen Haushaltung, Berlin, 1811, p.61
(32) Prager Oberpostamzeitung, 15 October 1810, p.1424, annonce n°2257, cité in LEVIE, op.cit., p.221.
(33) ROBERT E.G., LA MINERVE, Vaisseau aérien destiné aux Découvertes, et proposé a toutes les Académies de l'Europe; par le Physicien Robertson, Ci-devant Professeur a l'Ecole centrale du département de l'Ourte, de la Société Galvanique, S.-V. Degen (Wien) Hocquet (Paris) 1820


(34) LEVIE, op.cit., p.222
(35) KINZEL, C Weg zum sogennanten unsichtbaren Mädchen, in Vaterländische Blätter für den österreichischen Kaiserstaat, 13 März 1811, pp.123-126 .
Das Unsichtbare Mädchen de Hennings
(KINZEL, 1811)
Lorsque Robertson écrit qu'à peine arrivée "M. Muller et Ch. Kinzel, mécaniciens, lui donnèrent des rivales"et ironise sur la savante que ce M. Henning voulut douer de l'invisibilité fut la première à plaisanter sur le sot rôle qu'on lui faisait jouer ; elle parla un peu trop et un peu trop haut, et bientôt toute la ville rit du piège et du poisson d'avril". Allusions un peu mystérieuses pour nous, mais qui pourraient bien, encore une fois, n'être qu'un jeu de masques dont s'amuse l'inventeur.
De Prague, Robertson passe à Vienne pour de nouvelles ascensions en ballon. La Fille invisible "y cherche refuge. Dans cette ville ses nombreux voyages trouvèrent sans doute leur terme." De fait, on ne trouve plus trace, ni à Vienne, ni durant un dernier voyage que Robertson effectue en Prusse, de représentation de la Unsichtbare Mädchen ni même de spectacles de fantasmagories. Robertson s'intéresse à présent aux automates musicaux et est impressionné par le panharmonicon, qui imite le son d'une vingtaine d'instruments conçus par les frères Johann et Léonard Mälzel. Johann Mälzel est l'homme qui fabrique les cornets acoustiques de Beethoven, l'inventeur du métronome et aussi celui qui a aussi conçu un Trompette automate qui sonna toute la nuit du mariage entre Napoléon et Marie-Louise.(36)
Après l'article de Kitzel évoquant les présentations de Unsichtbare Mädchen en septembre 1811 à Prague, on ne trouve plus de mention d'elle dans la presse germanophone. Disparus aussi les Stephani, Schuar, Hennings qui ne sont jamais apparu que là où Robertson était présent. L'unique mention que l'on trouve encore est révélatrice : les 4, 10 et 18 mars apparaissent dans un journal d'annonces publié à Gotha une description d'un curieux objet proposé à la vente : la machine de la Unsichtbare Mädchen, que l'acheteur pourra retirer à Francfort : Robertson est en route pour Liège, sa ville natale, et il s'est débarrassé en route d'une compagne devenue trop encombrante. A-t-il trouvé acheteur ? A-t-il dû, en définitive, la céder à un ferrailleur ? Das Unsichtbare Mädchen a-t-elle péri durant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale ou réapparaîtra-t-elle un jour chez un antiquaire de Francfort ?
(36) LEVIE F., op.cit., p. 225. Sur les trompettes automates, voir WOLF R., Die Musikmaschinen von Kaufmann, Mälzel und Robertson Eine Quellenedition, op.cit.

Les évocations littéraires et musicales de la unsichbare Mädchen en Autriche et en Allemagne
Plus encore que La fille invisible en France et que l'Invisible Girl en Angleterre, Das unsichbare Mädchen va inspirer les écrivains germanophones, et non des moindres (37).
Dès février 1805 paraît à Vienne un roman de Gottlieb Müller, Julius und Julie oder das unsichtbare Mädchen. La critique de l'époque s'accorde à trouver que c'est une oeuvre sans intérêt, mais qui a le mérite de confirmer que l'invisible est bien passée à Vienne dans les mois précédents et, probablement, a fait mode.
Plus intéressant, même si l'oeuvre est passée inaperçue est Das unsichtbare Mädchen - Intermezzo, un opéra en un acte de Gottlob Benedict Bierey sur un livet de August von Kotzebue, représentée à Breslau en 1811 (38). Kotzebue est un prolixe dramaturge allemand, dont on ne retient guère que Les Ruines d'Athènes, pour qui Beethoven écrivit une ouverture. Il a rendue compte dans son Voyage en Livonie du vol en ballon de Robertson à Riga le 18 août 1804 et serra assassiné à Mannheim pour avoir été un espion du Tsar. Das unsichtbare Mädchen - Intermezzo ne compte que trois personnages : Goldangel, le propriétaire du spectacle, Sutchen, qui est la fille invisible et Stoffel, le lampiste du théâtre. Curieusement, Kotzebue n'a pas introduit de spectateurs.
Le Deutsches Museum de Münich conserve un artefact qui est une partie du dispositif, qui réapparaît à l’occasion de l’exposition Phonorama du ZKM de Karlsruhe en 2004. Il n'est malheureusement pas possible de savoir si cet artefact provient des spectacles de Robertson ou d'autres, éventuellement de cet opéra de Bierey et Kotzabue (39).
Das unsichtaberes Mädcen apparaît en particulier dans Lebens-Ansichten des Katers Murr (1819-1821) de E.T.A Hoffmann, traduit pour la première fois en français en 1830 sous le titre Les contemplations du chat Murr. Le vieux Maître Abraham raconte à Kreissler comment dans sa jeunesse il rencontra le musicien Severino, montreur d'une femme invisible, et qu'avant de mourir, celui-ci lui donna les clefs de son appartement où il découvrit, enfermée, la petite Chiara, bohémienne de huit ans, que Severino a éduquée, mais traitée de manière sadique, pour en faire l'instrument de son spectacle.
(37) Allgemeine Anzeiger, Gotha 4 März 1812, 10 März 1812, 18 März 1812
Lebensansichten des Katers Murr, nebst fragmentarischer Biographie des Kapellmeisters Johannes Kreisler in zufälligen Makulaturblättern , 1819 ; "Les contemplations du Chat Murr" in Contes fantastiques de E.T.A. Hoffmann, traduits de l'allemand par M. Loève-Veimars ... et précédés d'une notice historique sur Hoffmann, par Walter Scott, Renduel 1830.
Jean Paul "Vie de Fivel", in Revue Germanique, mai 1862

(38) KOTZEBUE A. von, Das unsichtbare Mädchen, in einem Aufzuge, Stage, 1814. Notice sur le site Libretto-Portal .

Artefact provenant d'un spectacle Die Unsichtabre Frau, Deutsches Museum, München.
(39) Brigitte FELDERER (Hsg), Phonorama. Eine Kulturgeschichte der Stimme als Medium, ZKM / Matthes & Seitz, Karlsruhe / Berlin, 2004




Couverture du second volumes de la troisième édition allemande (1855) du Chat Murr avec gravure de Hoffmann

E.T.A. Hoffmann, Le Chat Murr, traduit de l'allemand par Albert Béguin, Collection L'Imaginaire (no54), Gallimard, première parution en 1943
"Les contemplations du Chat Murr" in Contes fantastiques de E.T.A. Hoffmann, traduits de l'allemand par M. Loève-Veimars ... et précédés d'une notice historique sur Hoffmann, par Walter Scott, Renduel 1830, pp. 147-149.
La Figlia invisible à Naples (1802)
Une version du spectacle La Femme invisible est arrivée en Italie dès 1802, sous le titre La Figlia Invisible comme en atteste le récit "Das unsichtbare Mädchcen" d'un voyageur allemand Karl Friedrich Benkowitz, publié dans le recueil Helios der Titan, paru en 1803. L'auteur a pu voir le spectacle Vico d'Afflitto, le 16 mars, près de la Via Toledo, rue centrale de Naples. Son récit, qui reproduit le dialogue avec la jeune femme invisible (dont il observe qu'il est probablement un garçon français) est un des plus détaillés sur le spectacle. La Gazetta Universale du 10 avril 1802 (p.232) publie une nouvelle en provenance de Naples, datée du 22 mars 1802, qui signale le spectacle, attribué à un "mécanicien étranger", et indique qu'un certain Duca della Civitella en a découvert le principe et en a donné une réplique plus exacte.
Cet épisode est rappelé, près de vingt ans plus tard par la romancière Lay Morgan Stanley dans son livre Italy :
"La prétention et le charlatanisme ne trouvent aucun refuge à Naples, même parmi le petit peuple. Un célèbre prestidigitateur arriva de Paris : deux jours après sa première représentation, tous ses tours étaient exécutés par les *lazzaroni* sur le Largo di Castello. Après que l'homme incombustible eut fait la démonstration de ses propriétés ignifuges, la moitié de Naples se composa d'êtres incombustibles, et chaque rue eut sa salamandre. On raconte que la « fille invisible » ne fit la preuve de son invisibilité qu'une seule soirée ; car, le lendemain, le marquis *** invita tout le beau monde à voir *sa* fille invisible ; celle-ci, se produisant gratuitement, supplanta son modèle et la contraignit à se retirer." (40)
La Donzella invisibile de Charles Rouy à Milan (1908)
Après plus de deux ans d'exploitation de son spectacle de The Invisible Girl en Angleterre, Charles Rouy est rentré à Paris au printemps 1806. Du 21 mars 1806 au 5 septembre 1807 il anime un "spectacle uranographique" rue Villedot, n°4. Il y propose déjà son appareil représentant le système solaire. En décembre 1807, il donne des leçons de cosmographie à Lyon. Après un passage par Genève et Turin, il arrive à Milan en septembre 1808. Le 2 octobre 1808, le Giornale italiano le présente comme professeur d'astronomie, élève de Lalande, Biot et Mentello et annonce qu'il est à la recherche d'un local pour présenter ses leçons. (41) Le spettacolo uranografico est annoncé la première fois dans la presse milanaise le 4 octobre 1808 comme se tenant au Teatro Carcano (42). Il se déplace ensuite au Teatro della Canobiana (qui deviendra par la suite le Teatro Lirico).
La présentation de la Donzella invisibile est annoncée par Rouy dans le Giornale italiano du 23 octobre. Le spectacle uranographique ne semble pas avoir rencontré de succès immédiat et Rouy relance probalement La Femme invisible comme alternative. Le spectacle (ou plus exactement "l'expérience"), a lieu tous les jours, au foyer (ridotto) du Teatro della Canobiana. Initialement annoncé à cinq heures de l'après-midi, le spectacle sera par lui suite annoncé dans le même joural, le 27 octobre et le 2 novembre de deux à quatre heures de l'après-midi.

[Karl Friedrich Benkowitz], "Das unischtbare Mädchen", in Helios der Titan, oder, Rom und Neapel : eine Zeitschrift aus Italien, H. Gräff, vol.2, 1803, pp.1-7 (Traduction en français)

(41) Sur Rouy à Milan, voir Elisa BACINI, "From Revolutionary Magician to Government-Funded Inventor. The Milanese Life of a Self-Proclaimed Astronomer", in G. DELOGU et al. (ed.), Governing Consensus The Political Use of Knowledge in Italy, Viella, 2025, pp. 27-39.
Un utile repérage d'articles de la presse italienne relatifs à la Donzella invisible ou Donna invisibile a été réalisé par la Biblioteca Magical del Popolo.
(42) Giornale italiano, N. 278, Milano 4 ottobre 1808.
La présence de Rouy à Milan est annoncée dans la La Gazette de France, le 1er novembre 1808.


Le 29 octobre, le Giornale italiano publie un article anonyme qui annonce la parution d'une brochure illustrée Spiegazione della Donna invisibile del Sig. Rouy, qui dévoile le méchanisme en se référant à la lettre qui a été publiée par le Nicholson Journal. L'article note que l'on peut observer la trace du tube conducteur sur le pavement de la salle. Le journal publiera le 8 novembre une lettre courroucée (datée du 1er novembre) de Charles Rouy protestant énergiquement contre le contenu de cette brochure et niant que Nicholson et Gilbert aient trouvé l'explication de son expérience.
Le 5 novembre, et à diverses reprises jusqu'au 6 décembre, le Giornale italiano annonce que le spectacle reprend à cinq heures, mais cette fois accompagné de la démonstration d'uranographie, du Tamtam cinese et de la Fantasmagoria. La Donzella invisibile aura donc tenu l'affiche à Milan pendant seulement deux mois. Le 30 novembre, Il Corriere Milanese avait publié une lettre (datée du 19) d'un certain Giuseppe Galetti, de Trévise, affirmant qu'il avait inventé la machine exposée par Rouy dès 1801 et qu'il la possédait toujours, conçue de manière telle que le secret ne pouvait en être connu par ceux qui la voyait.
Les critiques de la Donzella invisibile ont amené Rouy a abandonner définitivement ce spectacle. Comme l'observe Elisa Bacini, "Rouy a payé le prix pour avoir monté ses spectacles pseudo-scientifiques en recourant à une stratégie publicitaire sensationnaliste, et surtout pour s'être présenté de manière malhonnête au public milanais, sans tenir compte des connaissances de la communauté scientifique locale, laquelle participait activement à la vie sociale de la capitale du royaume".
Rouy arrivera à recentrer ses activités sur l'enseignement. Le 4 janvier 1810 dans le Giornale italiano, la fondation d'une école secondaire française et italienne dans cette ville, rue du Gesù, n° 1285. Avant de quitter l'Italie il pubiera en 1812 un Saggio di cosmografia e descrizione del mecccanismo, dédié au Vice-Roi d'Italie. Il reprendra ses activités d'astronomie à son retour à Paris et offrira son Uranorama au roi Louis XVIII. En 1817, il publiera un Panorama céleste ou Description et Usage du Mécanisme Uranographique. En 1839, l'ancien sans(culotte publiera encore une Périnade : institution de Ste-Périne, poème dédié à leurs majestés le roi et la reine des français/

Lettre de Giuseppe Gaeltti, Il Corriere Milanese, 30 Noviembre 1808.
Un poème de Filippo Pananti (1808)
En 1808, le poète Filippo Pananti (1766-1837) publie à Londres un recueil Il poeta di teatro, romanzo poetico in sesta rima, qui sera par la suite réédité en 1817 à Milan. Ce recueil contient un poème "La gran sirena le ventriloque e l'invisibil girl", qui décrit un rout anglais dans le Saint-James Park. L'invisibile donzella, timide et peu bavarde, s'y trouve opposée au ventriloque bavard.
PANANTI Filippo, Il poeta di teatro, romanzo poetico in sesta rima del dr. Filippo Pananti da Mugellon Da’ Torchj di P. Da Ponte, 15, Poland Strett, London, 1808 ; Il poeta di teatro, Giovanni Silvestri, Milano, Vol.II, 1817, pp.163-173 ; Il poeta di teatro romanzo poetico del dottor Filippo Pananti di Mugello, Dalla Stamperia Piatti, Firenze, 1824

Comme en France et en Angleterre, mais dans une moindre mesure, La figlia invisibile restera citée dans les ouvrages pédagogiques consacrés à l'acoustique. On la retrouve ainsi dans La scieza insegnata dai giuchi, publié en 1832, qui est probablement une traduction des Letters on Natural Magic de Brewster.
André Lange, 12 juillet 2026
