top of page
UNE ARCHEOLOGIE DE L'AMPLIFICATION, DE LA REPRODUCTION ET DE LA TRANSMISSION DU SON

Les spectacles de la Femme invisible


17 c. The Invisible Girl - Le spectacle de
"La femme invisible" en Angleterre

Les spectacles parisiens de femmes invisibles ont rapidement été connus à l'étranger. Celui de Laurent est rapporté sous le nom de "The Invisible Female" dans la presse anglaise dès mars 1800. L'Observer se contente d'un entrefilet un peu mystérieux "La Femme invisible, à Paris, il faut le reconnaître, a au moins une particularité par laquelle elle diffère largement de son propre sexe : elle a fait le choix d'un verre qui ne découvre pas son adorable personne" (1). Plus sérieusement, The  Chester Courant, le 25 mars 1800 publie la traduction en anglais de la lettre du 21 février 1800 attribuée abusivement à l'Abbé Sicard dans la supposée La Gazette de France, qui va servir, plus qu'en France, de caution scientifique au spectacle (2)

 

En juillet 1802, un article dans The New Wonderful Museum, and Extraordinary Magazine publie également une traduction de la soi-disant lettre de l'Abbé Sicard et les interrogations de son directeur, William Granger sur le dispositif qu'il a vu Rue Saint Germain l'Auxerrois. Granger suppose que c'est un nain qui est enfermé à l'intérieur du panier de verre.(3)

 

Dans une note en bas de son article, Granger mentionne que le spectacle qu'il a vu à Paris est à présent visible à Saville House, Leicester Square. De fait, durant le premier semestre 1802, Charles Rouy  est arrivé à Londres pour présenter  son spectacle de l'Invisible Girl, dont "Mr. Charles" est crédité comme le seul inventeur. Rouy a récupéré l'appartement où Charles-Alexandre de Calonne, ancien Ministre de Louis XVI, exposait depuis 1797 son cabinet de curiosités, le Museum Calonnianum, composé de pièces de minéralogie et de conchologie. Saville House était une résidence de prestige : le Prince de Galles, le futur Georges III, y avait habité dans les années 1750. Dans les années 1750, Sir Ashton Lever y avait tenu un musée d'histoire naturelle. Les présentations ("exhibition") de The Invisible Girl commencent le lundi 21 juin.

 

Le 26 juillet, le Prince de Galles, le futur George IV, assiste au spectacle. La femme invisible lui soupire à l'oreille, décrit son costume, lui dit l'heure exacte que porte sa montre, répond à ses questions en anglais, français et allemand et à sa demande de chanter "God Save the King" et "Rule Britannia".  Il est séduit : dans une annonce publiée dans The Times, Charles est présenté comme Professeur de Philosophie naturelle et se revendique de l'approbation des Consuls de la République française, des Membres de l'Institut, du Prince de Galles, du Duc York, et d'autres personnalités et philosophes anglais ! (4)

The Observer 23 March 1800.jpg

(1) The Observer, London, 23 March 1800.

 

(2) The  Chester Courant, 25 March 1800 

(3) W.G. (William Granger), "The Invisible Girl concealed in a Glass Chest"The New Wonderful Museum, and Extraordinary Magazine, July 1802, pp.38-41

24-Papworth-Leicester-Square-from-Leices

Papworth, Leicester Square, 1816

bill.JPG

Texte d'une affiche annonçant le spectacle  The Invisible Lady
(texte reproduit dans TAYLOR T., Leicester square; its associations and its worthies, Bickers and son, 1874, p.441

(4) The Morning Post, 14 June 1802, 23 June 1802.; The Morning Chronicle, 22 June 1802, London Courier and Evening Gazette, 23 June 1802 ; Morning Post, 21 July 1802 ; The Morning Chronicle, 29 July 1802 . The Times, 12 August 1802.

Morning%20Chroicle%2022%20June%201802_ed

Morning Chronicle 22 June 1802

La notoriété du spectacle est telle que l'aéronaute français Garnerin, l'inventeur du parachute, cite The Invisible Girl dans le récit de son voyage en ballon au dessus de l'Angleterre (5), tandis que le poète et satiriste Richard Brinsley Sheridan la cite au Parlement dans une longue intervention de politique extérieure, en contre-exemple de ce que devrait être la transparence parlementaire : "We have all heard, I dare said, of a classical exhibition in this town, The Invisible Girl. Here, however, I hope we shall have no whispering backwards and forewards, no speaking through tubes, no invisible agency" (6). En octobre 1802, le duc et la duchesse d'York retournent à Saville House pour voir le spectacle une deuxième fois (7). 

En juin 1803, le peintre et dessinateur Joseph Parington (1747-1827) a vu le spectacle  et note dans son journal :

 

«June 28 - Lady Thomond spoke so warmly of the extraordinary contrivance called ‘The Invisible Girl’ , at an apartment in Leicester Square, I went to see it. Four mouths of Trumpet shapes [suspended from a framework] to any persons place their ears & hear as from within a voice like that of a girl, which answers any question, - described your person & dress, sings plays on a pianoforte tells you what a Clock it is, etc. The effect of the voice a the music was surprising, and no conjecture that was made by persons present of the nature of the contrivance seemed satisfactory. - One thought that the sound passed from below through Tubes into the mouths of the Trumpets & seemed to the hearer to proceed from the inside of the Ball - The voice spoke English, French & German -. The admittance to hear is 2s. 6d. ».(8)

Le jeune Arthur Schopenhauer voit également The  Invisible Girl lors de son voyage avec sa mère, l'écrivaine Johanna Scchopenhauer, à Londres, le 7 octobre 1803 :

 

"La fille invisible - Leicester Square. Un globe de verre est suspendu par un ruban, sous lequel quatre tubes sont fixés, mais ils ne communiquent pas avec eux, et sont également isolés. A travers eux des conversations se poursuivent avec une dame invisible, qui répond à chaque question, souffle sur vous, et dit en un instant à chaque visiteur ce qu'il tient dans ses mains. Cette exposition est ouverte de dix heures à six heures. Prix d'entrée deux shillings et six pence." (9)

The Invisible Girl dans les chansons, la poésie - Hommages et allusions

Comme à Paris, le succès de l'Invisible Girl fait l'objet d'allusions par les chansonniers et les dessinateurs d'estampes.

 

En septembre 1802, on peut entendre, dans le cadre d'un spectacle donné au New Sadler's Wells Theater sous le patronage de Son Altesse Royale le Duc de Clarence, Mr. Davis chantant un comic song “Notorieties, or Opinions on the Balloon, Parachute, Invisible Girl, Wet Ducks, and Preston Guild".(10)

 

A la Noël 1802 est donnée à Crewe Hall une pièce One Bird in the Hand warth two in the Bush, "a country fair" dans laquelle le héros est amoureux de l'Invisible Girl.(11)

 

Une allusion à The Invisible Girl apparaît dans l'adaptation anglaise d'une comédie de Jean-Nicolas Brouilly, avec musique de Mehul, Une folie, "comick opera", allusion qui était moins explicité dans l'oeuvre originale.(12) Une allusion parodique apparaît également dans "The Opera-House Masquerade", une nouvelle carnavalesque publiée par le très select The Sporting Magazine : un Mr. S. Daggerwood est supposé organiser un spectacle proposant "Invisible Girl, Mammoth, Galranism, Ventriloquist, Gentlemen Actors, and Phantasmagoria (...) At the end of the First Act, the, young, beautiful, amiable, and inter- esting Invisible Girl, (of Mr. Timothy Puff and get-on) partronized by the Prince of Pantiles, will exhibit her marvellous parts, and give a specimen of her uncommon powers, in singing, sneezing, snoring, and other natural acomplishments". (13)


C'est également cette fascination amoureuse que traduit le poème "To the Invisible Girl" du poète irlandais Thomas Moore, publié la première fois en 1803 dans le recueil The Poetical register, and repository of fugitive poetry for 1802.(14)

Le poème sera publié à New York en 1805 en complément à la traduction des Odes d'Anacréon par Moore, complété par divers poèmes que celui-reçu, sensés être des réponses de l'Invisible.(15)

Le chansonnier Charles Dibdin, qui animait sur Leicester Square son propre théâtre, le Sans-Souci, ne pouvait manquer d'évoquer lui aussi The Invisible Girl. Dans son texte "Wonders of 1804" il en tire argument pour se moquer de l'influence des femmes 

"The Invisible Girl, whom you hear, tho' not see,

Is like Echo, and once a fine woman was she,

Whose voice, when her form changed to nothing, was heard,

Which proves that a woman will have the last word."(16).

The Invisible Girl est tellement présente dans les esprits qu'on la retrouve même dans une longue note en bas de page que l'écrivain John Masson Good consacre au vers 616 du De Rerum Naturum. Mason Good, qui a lu Kircher et l'histoire des télécommunications de Requeno Vives, émet l'hypothèse que les Romains maîtrisaient les tuyaux flexibles de communication et que The Invisible Girl n'est qu'un avatar de cette technologie.(17)

Un autre signe de la popularité de The invisible Girl est sa citation dans une gravure de J. Major publiée le 1er octobre 1806  "Paddy Ramble through London". Faisant référence à une ballade qui circulait à l'époque, cet gravure se moque de la visite londonienne de l'Irlandais Paddy. "La dernière chose que j'ai vue, mais la première que j'avais à l'esprit, est l'Invisible Girl, une jolie vue pour l'aveugle, car bien qu'invisible elle apparaît. Si vous n'êtes pas sourd, vous pouvez la voir avec vos yeux".

Cependant, tous les spectateurs ne sont pas convaincus par le spectacle. Dans sa Satirical view of London, l'historien et géographe irlandais John Corry parle de la Phantasmagoria et de The Invisible Girl comme de programmes d'amusement ridicules et "trop méprisables pour être classés avec quoi que ce soit tenant de la récréation rationnelle". (18)

En 1806, un pamphlet dirigé contre le Prince de Galles et ses moeurs dissolues, évoque l'absurdité des mariages princiers, organisés par de simples échanges de portraits et considère que tomber amoureux d'un simple portrait "est aussi ridicule que de tomber amoureux de l'Invisible Girl de Leicester Square".(19) Les contemporains ont probablement lu cette remarque comme une allusion critique au soutien apporté par le Prince au spectacle de Mr. Charles. Dans une réponse à ce pamphlet, un défenseur du Prince critique l'auteur de cette attaque insidieuse "He has amused himself by giving a facetious representation of a royal marriage, of which I have already spoken my sentiments; but who could have imagined this scribbling Don Quixotte would have brought in the invisible girl, neck and heels? quick or dead, visible or not, are all the same to him—he is always fanciful, and the invisible girl is as good a subject for a visionist as any other." (20)

Comme le faisait Jean-Baptiste Peltier dans son Ambigu, un journaliste britannique utilise The Invisible Girl pour se moquer de Bonaparte. Cette fois ce sont les décrets visant à protéger le commerce français qui sont visé. "In the name of the Good old English fact - whereabout is the French commerce situated ? - it is more perplexing to discover than the Invisible Girl".(21)

Le spectacle de Mr. Charles confronté à la concurrence

Le spectacle de Mr. Charles continuera à Saville House jusqu'au 6 février 1806 (22). Au fil des mois les petits encarts d'annonce pris par Charles Rouy dans la presse londonienne évoluent, toujours à la recherche d'arrguments nouveaux pour attirer le public; La continuation de l'exposition du cabinet de curiosités, pièces de conchologie et de minéralogie de M. de Calonne est utilisée comme argument complémentaire de promotion du spectacle (23). A la mi-août, l'apparition d'un premier concurrent et une rumeur imputée à des mauvaises langues, permet à Mr. Charles de rappeler les soutiens prestigieux dont il dispose et d'annoncer que le spectacle continue.(24) Fin août, Mr. Charles s'autoproclame Professeur de Philosophie naturelle (25) En octobre Charles annonce fièrement que le Duc et la Duchesse d'York sont venus voir le spectacle une deuxième fois. (26) A partir de janvier 1804, le spectacle s'enrichit du buste parlant de l'Oracle de Delphes (27).  Ce dernier est tellement impressionnant que les spectateurs sont "prêts à imaginer et même à jurer que c'est la tête de quelque fantôme bien intentionné"(28).

Dès août 1802, des spectacles concurrents sont proposés. Un spectacle d'Aeromancy, l'Auricular communication of the Invisible Girl est annoncé au Lyceum, une salle de spectacle et d'exposition située sur la Strand (29). Ce spectacle, bientôt labellisé The Mysterious Incognita, est probablement dû à Paul de Philipstahl (Paul Philidor), l'illusionniste qui a inventé la fantasmagorie avant Robertson et qui propose depuis octobre 1801 des fantasmagories, spectrographies et autres spectacles optiques et acoustiques. Il organisera également dans les mois suivants les premières expositions de figures de cire de Madame Tussaud.  Comparant The Invisible Girl de la Strand avec celle de Leicester Square, The Morning Chronicle conclut qu'elle "ne vaut pas qu'on y prête attention" (30). Le journal revient à la charge le lendemain, considère que l'imitation anglaise est the most injudicious et conclut "Taissez-vous (sic), donc Mademoiselle !" (31).

La Mysterious Incognita ne tient pas l'affiche plus longtemps. Les salles du Lyceum sont occupées par les panoramas de Mr. Porter consacrées à la bataille d'Alexandrie et au tremblement de terre de Lisbonne. Va-t-elle se déplacer en septembre  vers la Bartholomew Fair  en attendant qu'on la retrouve à Manchester en octobre ? Si l'on en croit le souvenir du poète William Wordsworth qui a laissé dans son poème autobiographique The Prelude (partiellement publié en 1805) une description fameuse de cette grande foire londonienne, qu'il a visitée avec Charles Lamb en septembre 1802, une "invisible girl" faisait partie avec les géants, albinos, cracheurs de feu et autres ventriloques, bustes parlants et figures de cire du "Parlement des monstres". (32).

"- All moveables of wonder from all parts,

Are here, Albinos, painted Indians, Dwarfs,

The Horse of Knowledge, and the learned Pig,

The Stone-eater, the Man that swallows fire,

Giants, Ventriloquists, the Invisible Girl,

The Bust that speaks, and moves its goggling eyes,

The Wax-work, Clock-work, all the marvellous craft

Of modern Merlins, wild Beasts, Puppey-shows,

All out-o'-the-way, far-fetch'd, perverted things,

All freaks of Nature, all Promethean thoughts

Of Man; his dulness, madness, and their fears,

All jumbled up together to make up

This Parliament of Monsters. (...)

"De toutes parts les phénomènes en mouvement

Convergent : albinos, indiens peinturlurés, nains,

Le cheval devin et le porc savant,

Le mangeur de pierres et l'avaleur de feu,
Des géants, des ventriloques, la fille invisible,

Le buste qui parle et roule des yeux exorbités,

Statues de cire, mécanismes, toutes les merveilleuses réalisations

Des Merlins d'aujourd'hui, bêtes sauvages, marionnettes,

Toutes les choses marginales, exotiques, perverties,

Tous les monstres de la nature, toutes les pensées Prométhéennes

De l'homme - sa bêtise, sa folie, et leurs prouesses -

Toues mélangés les uns aux autres afin de former

Ce parlement de monstres.(...)

        (Traduction de Maxime Durisotti)

A partir d'octobre 1802, les spectacles se multiplient dans les villes de province, sans qu'il soit toujours possible d'identifier les opérateurs et une éventuelle parenté entre les différentes versions. Ayant quitté le Lyceum, The Mysterious Incognita tient l'affiche trois semaines à Manchester (33). En novembre 1802, c'est une Invisible Lady qui est annoncée à Leeds (34).   

Une Invisible Lady apparaît à Bath en novembre 1802. Le 25 février 1803, Mrs Philip Lybbe Powys, fille de chirurgien, de passage dans sa ville natale, note "Went to see the Invisible Lady made visible. A foolish thing" (35). La présentation de cette "Invisible Lady" est particulièrement intéressante, car elle introduit une phraséologie nouvelle que l'on va retrouver deux ans plus tard aux Etats-Unis. L'annonce émane d'un Mr. Jackson, "operator in natural and experimental philosophy, chemestry, etc. to the late M.D. Garnett, M.D. Lecturer at the Royal Institution ". Thomas Garnett (1766-1802), le premier professeur de chimie de la Royal Institution était décédé le 28 juin. Il ne nous est pas possible de déterminer si ce Mr. Jackson était effectivement le préparateur de Garnett à la recherche d'un emploi de reconversion ou si c'était un simple usurpateur. (36).

Cette annonce introduit des éléments nouveaux dans la description de l'Invisible Lady. Le titre du spectacle The Acoustic Temple and Incomprehensible Crystal. Celui-ci prétend expliquer les pratiques des imposteurs pleins de resources, des prétendus magiciens et des exorcistes, et vise à ouvrir le s yeux à ceux qui corient encore aux esprits, sorcières, conjurations, démons, etc. en leur donnant une idée précise des artifice auxquels ils sont exposés par leur crédulité et leurs superstitions, à l'époque actuelle et dans les époques anciennes. Un temple du type de ceux où les Egyptiens rendaient leurs oracles est doté d'un petit autel et d'un cristal tel que décrit par le fameux Dr. Dee, l'alchimiste conseiller de la Reine Elizabeth pour consulter les esprits. A travers celui-ci on peut poser des questions à 'Invisible Lady et obtenir ses réponses.  Le spectacle aurait déjà été présenté à Londres et Bristol. Cette référence aux oracles rappelle le Théâtre des Oracles que Charles Rouy avait mis en scène à Paris en 1801, mais rien n'indique que le "Professeur de Philosophie naturelle" soit impliqué dans cette version de la fille invisible. The Acoustic Temple est annoncé à Bath jusqu'au 17 février 1803. On le retrouve ensuite à Cork (Irlande) le 8 juillet 1803 (37) à Hull entre le 17 septembre 1803 et le 8 septembre 1803, et le Hull Packet publie un poème "On Hearing the Vocal Powers of the Invisible Lady"  (38), à Newcastle de mai à juin 1804 (39), à Edimburgh du 30 juillet 1804 au 28 janvier 1805 (40). Un spectacle utilisant le même titre "The Acoustic Temple" arrive aux Etats-Unis, à partir de Philadelphie, le 31 mai 1804, mais la traduction de la lettre de l'Abbé Sicard a remplacé la référence au Dr. Dee. Il nous est impossible de savoir si il s'agit d'une simple imitation ou d'un accord entre Mr. Jackson et un autre exploitant.

Une Invisible Girl est à Dublin en mars 1803 (41). Une Astonishing Invisible Lady and Incomprensible Scillender est à Portsmouth du 6 au 20 juin 1803 (42). Une Invisible Girl est annoncée à Ipswich du 27 août au 17 septembre 1803 (43), à Bury le 12 octobre 1803 (44) A Lynn, dans le Norfolk, est annoncée le 4 février 1804 une Acrometic, Optic, and Acoustic Experiment of the Invisible Lady who was transmitted from the Continent some month ago (...)  (45). La même se retrouve à Stamford (Lincolnshire) le 16 mars 1804 (46).

Certains de ces spectacles en région ont-ils été organisés par Charles Rouy ? C'est possible, mais son nom et ses références habituelles n'apparaissent pas. La seule mention de "Mr Charles" se trouve dans un journal écossais : il aurait présenté son spectacle à Glasgow et à Edinburgh. A Edinburgh il est convoqué par la Chamber Council pour des propos considérés comme inconvenants. The Aberdeen Press and Journal ironise sur le fait que depuis sa sortie de la réunion, il est devenu invisible (47). 

Alors que les spectacles se multiplient en régions, un autre spectacle concurrent de celui de Mr Charles est  organisée à Londres par un Mr. Wigley dans le cadre de son Grand Saloon of Arts à la Historic Gallery, sur le Pall Mall, sous le titre Invisible English Girl (48) puis au Spring Garden, à la Royal Promenade sous le titre de "Invisible Girls" (au pluriel) (49). En janvier 1805, un autre spectacle est annoncé aux Springs Garden: deux filles invisibles dialoguent, chantent et jouent au piano forte tandis qu'une "fair Albanese" (une femme albinos) aux yeux roses et aux cheveux de lin blanc montre ses oeuvres ingénieuses. (50)

Fin décembre 1804, deux opticiens allemands, Schimer et Scholl, lancent un spectacle d'ergascopie, qu'ils prétendent différents de la fantasmagorie et mettant en scène les dialogues de personnages historiques (Pétrarque et Laure, Abélard et Héloïse,...). L'annonce inclut "explanation of the Invisible Girl", ce qui laisse supposer que le secret du spectacle de Mr. Charles était dévoilé. L'année suivante, ils publient une brochure dénonçant les emprunts de Robertson et Charles en matière de fantasmagorie et dévoilant la simplicité du recours aux tuyaux par le spectacle de la femme invisible (51).

 

Le spectacle d'ergoscopie et celui de Spring Gardens disparaissent des annonces fin 1805 tandis que le spectacle de Charles disparaît en avril 1806. Pendant quelques mois, le titre Invisible Girl est utilisé par le Royal Theater pour une pièce de théâtre en un acte du jeune Theodore Edward Hook, qui deviendra célèbre en tant qu'éditeur du magazine John Bull La pièce, dans laquelle le grand acteur Bannister tient le rôle principal est "tirée du français, et le plaisant de la pièce consiste en ce que tous les personnages s'expliquent par monosyllabes: oui, — non,— mais, — hem! —chut! à l'exception d'un seul qui se charge de pérorer pour tous. 

A partir d'avril 1806, le spectacle de l'Invisible Girl à Sanville House est remplacé par des conférences de sciences naturelles et d'astronomie. Charles Rouy en est-il l'organisateur ou un simple témoin ? Toujours est-il qu'il retourne à une de ses activités anciennes. L'astronomie en cette année 1806 est à la mode une éclipse solaire se produit le 16 juin, An Introduction to Astronomy de John Boggycastle est rééditée et s'est probablement dans ce livre que Rouy trouve l'inspiration pour son dispositif uranologique qui va devenir le thème de son futur spectacle à Paris, puis à Milan. 

Interrogation des spectateurs et dévoilement du secret

Dès le début, le spectacle suscite aussi des spéculations des spectateurs, comme cette intéressante lettre d'un lecteur du Journal of Natural Philosophy, Chemistry and the Arts,  l'influente revue de William Nicholson, au sujet d'une expérience de téléphonie menée par le célèbre Dr. Henry Moyes, chimiste aveugle à Manchester (52): 

J'espère intéresser le lecteur ci-après avec un peu plus de détails sur la nature de cette expérience. À l'heure actuelle, je ne peux que proposer la conjecture selon laquelle le son est transmis à travers les cordes, et je suis conduit par une autre expérience du célèbre Dr Moyes. Il m'a montré que si une extrémité de fil de fer, ou même de fil, était enroulée autour du doigt, et que ce doigt est placé dans une oreille (sans forcer) pendant que l'autre oreille est bouchée, et qu'en même temps un assistant enroule l'autre extrémité de la corde autour du manche d'un diapason, et (la corde étant alors tirée de manière à être tendue) il fait sonner le diapason, trop bas pour être entendu lui-même et les personnes alentour, il sera néanmoins très audible pour celui qui détient l'autre extrémité de la corde. Nous l'avons essayé à un intervalle de cinquante pieds, et le Docteur l'a essayé jusqu'à trois cents, sans aucune diminution sensible de l'effet. J'ai enroulé le fil autour de mon poignet et mis le doigt dans l'oreille, et j'ai trouvé l'effet presque aussi fort. Si au lieu du diapason un observateur tient la corde entre ses dents serrées, tandis que l'autre l'applique comme auparavant à son oreille au moyen de son doigt, la voix du premier peut être transmise, mais il est plus difficile de gérer cela expérimenter avec succès que l'autre.

En 1803, la revue The British Critic imagine correctement que le dispositif de The Invisible Girl repose sur un assemblage de tubes tels que celui décrit par le physicien (53) italien Tiberius Cavallo pour expliquer les têtes parlantes. A partir de juin 1805, John Middleton, un avocat spécialisé en matière de brevets, ingénieur (il deviendra par la suite enseignant des arts mécaniques à la Royal Institution) donne des conférences privées de philosophie expérimentale, qui incluent l'explication de l'Invisible Girl et des fantasmagories.(54)

Il faut cependant attendre 1807 pour que les détails du dispositif soit décrits. Le même Journal of Natural Philosophy, Chemistry and the Arts,  publie le premier article scientifique qui, graphiques à l'appui, explique le dispositif permettant le spectacle.(55) Cette publication suit de quelques mois la dénonciation du spectacle de Charles à Paris par Garnerin et on ne peut exclure que l'aéronaute français, qui avait des contacts en Angleterre, soit à l'origine de cette publication, laquelle met définitivement fin au mystère acoustique qu'exploitait le charlatan français.

(5) Morning Post, 5 August 1802 ; The Sun, 5 August 1802. 

(6) The Morning Post, 9 December 1802; Cork Mercantile Chronicle, 15 December 1802; HANSARD, T.C., The Parliamentary history of England from the earliest period to the year 1803, Longman, 1820? p.1067

(7) The Morning Post , 11 October 1802

(8) FARINGTON J. The Farington Diary, Edited by James Greig, Hutchinson & co,  vol. II, 1923, p. 116

farington.JPG

The invisible Girl dessinée par Joseph Farington (1803)

(9) SCHOPENHAUER A., Reisetagebücher aus den Jahren 1803-1804  hrsg. von Charlotte von Gwinner., F. A. Brockhaus, 1923, p.65. Voir CARTWRIGHT D.E., Schopenhauer: A Biography, Cambridge University Press, 2010, p. 443. La mère de Schopenhauer note également qu'elle a vu la "unsichtbare Mädchen", mais elle a trouvé le panorama de Constantinople plus intéressant SCHOPENHAUER J., Reise durch England und Schottland, F.A. Brockhaus, Leipzig, 1826, p.286

 

Un autre témoignage allemand plus détaillé est celui de Esther-Lucie Domeier-Gad. DOMEIER-GAD, E.L., Briefe während meines Aufenthalts in England und Portugal an einen Freund, A. Campe, Hamburg, Zweiter Theil, 1808; , p.431-433

(10) The Observer, 19 September 1802. Le parachute était l'invention récente de l"aéronaute français André-Jacques Garnerin, que nous retrouvons ainsi associé pour la deuxième fois à Charles Rouy, avant qu'il ne devienne un de ses pires détracteurs à Paris en 1806.

(11) "Fashionable Intelligence", The Pic Nic vol.II, 15 January 1803, p.6 ; The Morning Chronicle, 18 January 1803;

(12) BOUILLY, J.N., Une folie : a comick opera in two acts : being a translation from the original of Love laughs at Locksmiths : a piece performed at the Theatre Royal, Hay-Market, with universal applause. Allen Lackington, 1803, p.10. Dans l'oeuvre originale, le texte évoquait une "belle inconnue", dont on entend la voix mais que l'on ne peut voir. BOUILLY, J.N., Une folie, Huet -Ravunet -Charol, Paris, 1801, p.8

(13) "An Opera-House Masquerade", in The Sporting Magazine, February 1803, pp. 284-286

(14) T.M. (Thomas MOORE), "To the Invisible Girl", The Poetical register, and repository of fugitive poetry for 1802, F. and C. Rivington, 1803.​

(15) "Additional poems not included in any other  collection of Moore's Work", Odes of Anacreon, / translated into English verse, with notes. By Thomas Moore, Printed and published by D. Longworth, New York, 1805, pp. 1436-152. En Angleterre, "To the Invisible Girl" sera ensuite intégré (sans les réponses) dans MOORE, T. Epistles, odes, and other poems, J. Carpenter, 1807, pp. 33-36

(16) "Wonders of 1804", in DODLIN C., Mirth and metre, consisting of poems, serious, humorous, and satirical, songs, sonnets, ballads, & bagatelles, Vernor, Hood, and Sharpe, 1807, p.243. Dans le récit de son voyage en Angleterre, Esther Lucie Domeier décrit un spectacle satire de Dodlin où il est question d'un cochon invisible, qu'elle interprète comme une satire de l'Invisible Girl DOMEIER-GAD, E.L., op.cit; , p.429

(17) LUCRETIUS CARUS T., The nature of things: a didactic poem. Translated from the Latin of Titus Lucretius Carus, accompanied with the original text, and illustrated with notes philological and explanatory by John Mason Good, Longman, Hurst, Rees, and Orme, 1805, pp.86-88.

paddy.jpg
paddy.JPG

"Paddy's Ramble Through London", Laurie & Whittle, 53 Fleet Street, London, 1st October 1806

(by courtesy of the British Museum=

(18) (CORRY J.) A satirical view of London; or, A descriptive sketch of the English metropolis, with strictures on men and manners,  R. Ogle, 3rd edition, 1804, p. 39

(19) Plain letter to His Royal Highness the Prince of Wales, upon his plain duties to himself, his wife, his child, and to the nation :as such duties arise of the late investigation of the conduct of the Princess of Wales, sold by Colburn; Keygill; and E. Wilson, [1806?], pp.23-24

(20) A Refutation of all the calumnies which have been published against His Royal Highness the Prince of Wales : in the Admonitory letter, and the Plain letter, upon the plain duties of His Royal Highness to himself, his wife, his child, and the country, as such duties are connected with the subject of the late delicate inquiry. Printed for and sold by J. Blacklock, 180 p.15

(21) 'State of Trade", The Literary Panorama, August 809, p.1258

(22) The Morning Chronicle, 6 February 1806

(23) The Morning Chronicle, 11 August 1802, The Times 12 August 1802

(24) The Morning Chronicle, 17 August 1802 ; The Times, 18 August 1802, The Morning Post, 18 August 1802

(25) The Morning Chronicle, 31 August 1802 ; The Times, 3 September 1802

(26) The Morning Post, 11 October 1802 ; The Morning Chronicle, 12 October 1812.

(27) The Morning Post, 4 January 1804 ; The Observer, 5 February 1804

 

(28) The Morning Post, 23 January 1804)

(29) The Morning Chronicle, 6 August 1802 ; The Morning Post, 14 August 1802. Une affiche de ce spectacle est reproduite dans Collecteanea, or a Collection of Advertisments and Paragraphs From the Newspapers Relating to Various Subjects? Thomas Kirgate for Daniel Lyons, n.d.),  Vol II, Publick Exhibitions and Places of Amusement, 1889

(30) The Morning Chronicle, 6 August 1802;

(31) The Morning Chronicle, 7 August 1802;

lyceum.JPG

(32) WORDSWORTH, W., The Prelude, 1805, VII, 701.(Traduction française : Le prélude. Croissance de l'esprit d'un poète. Traduction et édition critique de Maxime Durisotti, Classiques Garnier, 2016, pp.312-315. Voir ATTICK A.D., The Shows of London, Harvard University Press, 1978, p.353 ; HANKINS T.L.,  SILVERMAN, R.J., Instruments and the Imagination, Princeton University Press, 1999, p.213. La description de la foire que donne Wordsworth est présentée par les commentateurs comme très fidèle. Qu'il nous soit cependant permis d'émettre l'hypothèse que la licence poétique de Wordsworth lui a fait insérer un souvenir de Leicester Square ou du Lyceum dans son évocation de la Bartholomew Fair.

(33) Manchester Mercury,   12 October 1802

(34) Leeds Intelligencer, 15 November 1802

Leeds Intelligencer_edited.jpg

 

 

(35) The Bath Chronicle and Weekly Gazette, 25 November 1802 ; Passages from the diaries of Mrs. Philip Lybbe Powys of Hardwick house, Oxon. A.D. 1756-1808,, ed. by Emily J. Climenson, Longmans, Green, and Co., 1899, p;  351

bath.JPG

(36)  JONES B., The Royal Institution. Its Founders and Its First Professors, Longmans, 1871 fournit des données détaillées sur l'équipe de Garnett à la Royal Institution mais ne mentionne aucun Jackson.  Trois Jackson apparaissent dans la liste des sosucripteurs de l'édition des conférences . de Garrett qui furent publiées en 1804 par la Royal Institution : G. Jackson, Esq. St. Petersburg;  Mr. Jackson, _Lancaster; Miss Sarah Jackson:(GARRETT T., Popular Lectures on Zoonomia or Laws of Animal Life in Health and Disease, Royal Institution, 1804)

(37) Cork Mercantile Chronicle, 8 July 1803

(38) Hull Advertiser and Exchange Gazette, 17 September 1803 ; Hull Packet, 27 September 1803

(39) Tyne Mercury; Northumberland and Durham and Cumberland Gazette, 1 May 1804, 22 May 1804, 29 May 1804, 12 June 1804

(40) Caledonian Mercury, 30 July 1804, 28 January 1805

​(41)  Saunders's News-Letter, 30 March 1803. Une autre annonce à Dublin apparaît en janvier 1804 : Saunders's News-Letter , 03 January 1804

(42) Hampshire Telegraph, June 1803

(43) The Ipswich Journal,  27 August 1803

(44) Bury and Norwich Post, 12 October 1803

(45) Norfolk Chronicle 4 February 1804

(46) Stamford Mercury 16 March 1804

(47) The Aberdeen Press and Journal, 17 August 1803. L'absence d'annonce identifiée dans la presse écossaise nous fait supposer que l'information de ce journal est peut-être une simple plaisanterie.

(48) The Observer, 12 June 1803

wigley (2)_edited.jpg

(49) Morning Post, 26 October 1803 ; Morning Chronicle, 27 October 1803. Le spectacle est encore attesté en 1814 dans PENNANT T., London: Being a Complete Guide to the British Capital, Neely, and Jones, 1814

(50) Morning Chronicle, 24 January 1805. ; The Morning  Post, 26 January 1805.

(51) The Morning Post, 31 December 1804 : The Morning Chronicle, 1st January 1805 . Sketch of the performances at the large theatre, Lyceum; and a short account ... of all the late optical and acoustic discoveries called the Phantasmagoria, Ergascopia, Phantascopia, etc, 1805

 

ergascopia.JPG
Henry_Moyes._Etching_by_J._Kay,_1796_edi

Le Dr. Henry Moyes (1750-1807), dessin par John Key., 1796.

(52) "Experiment of the Invisible Girl", in NICHOLSON W (ed.), A Journal of Natural Philosophy, Chemistry and the Arts, vol.III, 1802, pp.56-63.

(53) Recension de CAVALLO T., Elements of Natural and Experimental Philosophy, 1903 in The British Critic. v.22, 1803, p.271

(54) Morning Chronicle, 26 June 1805 ; The Christian Observer, February 1807. p.127 ; MILLINGTON J., An Epitome of the Elementary Principles of Natural and Experimental Philosophy, By the Author, 1823, p.128

MILLINGTON_edited.jpg

 

 

 

 

 

(55) "The Invisible Lady", 1807,  NICHOLSON W (ed.), A Journal of Natural Philosophy, Chemistry and the Arts vol. XVI, 1807 pp. 69-71 . "On the Exhibition of the Invisible Girl.", ibid;,  pp.119-130. (Traduction en allemand et planches in Annalen der Physik. Bd.28 (1808), pp.247-251.Traduction en italien et planche d'après la traduction allemande) : Spiegazione della donna invisibile del sig. Rouy con figure, Giovanni Silvestri, Milano, 1808

Journal of Natural Philosophy, Chemistry

"The Invisible Lady"

NICHOLSON W (ed.), A Journal of Natural Philosophy, Chemistry and the Arts vol. XVI, 1807 

L'explication proposée par le Nicholson Journal est reprise par le grand physicien Thomas Young (Young, en 1803, a émis la théorie ondulatoire de la lumière, rompant avec la théorie de la lumière comme ensemble de particules qu'avait proposée Newton). dans une conférence à la Royal Institution sur la propagation du son. "Mr Charles paradoxical decption of the Invisible Girl has also been said to depend on the reflection of sound; but the deception is really performed by conveying the sound through pipes, artfully concealed, and opening opposite to the mouth of the trumpet, from which it seems to proceed."(56). L'autorité de Young est dès lors évoquée par les ouvrages de vulgarisation et dans quelques journaux (57)

Après les explications, le spectacle continue

La publication de Nicholson a-t-elle décidé Charles à abandonner le marché britannique ? Le dernier spectacle annoncé à Leicester le 22 avril 1808, est éclipsé par la dernière nouveauté, un panorama présentant des vues d'Europe, Asie, Afrique et Amérique.(58)

 

Toujours est-il qu'un nouveau spectacle, proposé par un opérateur de panorama, Mr. Stretton, apparaît en 1807, en dehors de Londres et que l'on peut émettre l'hypothèse que Stretton a acheté les droits à Charles, qui va bientôt aller s'installer à Milan. The Invisble Girl est visible à Birmingham en même temps qu'un panorama sur le siège de Copenhague (59)   Exploité ensuite par un Mr. Sowton, le spectacle de The Invisible Girl va devenir un spectacle des villes de province que l'on retrouve, en 1811 à Leeds (60), à Nottingham (61), à Derby (62), à Leicester (63), à Hull (64), à Worcester (65), à Gloucester (66), etc. On peut encore la retrouver à Liverpool en mai 1819 où elle est désignée comme "Oracle égyptien" (67)

Regards désabusés

Le secret dévoilé, le spectacle ne suscite plus le même enthousiasme auprès des littérateurs et chansonniers. Un poème satirique "Pat's Visit to the Invisible Lady" publié dans Flowers of literature for 1805 témoigne de la disgrâce de la dame : l'auteur préférerait que le visage soit visible et la voix invisible "But, honey, if I had my choice / I 'd had the lady without her tongue".(68)  L'auteur d'une amusante lettre d'un lecteur de The Morning Chronicle (11 avril 1807) raconte avoir assisté à un spectacle de buste parlant mis en scène par des collégiens d'une école du Hampshire et évoque, non sans raisons, l'épisode de la Cabezza encantada du Quichotte.(69)  

Un auteur irlandais, Jonathan Sly, a bien compris dans son texte "The Age We Live In" que les fantasmagories, les eidophuscons, les cosmoramas, les panoramas et les spectacles d'invisible girls  ouvrent une nouvelle période de richesse, d'esprit, de divertissement et de plaisirs, distincte de celle des grands classiques de la littérature britannique des 17ème et 18ème siècles (John Milton, Thomas Sherlock, Robert Lowth, Robert Blair) (70)

.

 

sly.JPG

Le souvenir de The Invisible Girl va progressivement s'estomper et, en 1833, la nouvelle de Mary Shelley, la mère de Frankenstein, qui porte ce titre ne doit plus rien, si ce n'est une certaine dimension fantastique, au spectacle de Leicester Square. Un auteur moins connu, Charles White, publie néanmoins en 1838 une nouvelle fantastique, "Beatrice or the Invisible Girl" qui fait clairment référence au spectacle du début du siècle.(71)

 

Une histoire, qui n'est peut-être qu'une plaisante légende, rapporte que le célèbre chirurgien Charles Bell, en 1807, chercha une maison où il pourrait donner des conférences et accueillir ses élèves. Il choisit la «grande maison en ruine… autrefois habitée par le président Onslow». L'arpenteur de Bell lui fit peur à propos de l'état de la maison, lui disant qu'il vaudrait mieux avoir neuf enfants bâtards plutôt que de loger dans cette maison, mais il la prit néanmoins.  Il a décrit comment, lors de sa première nuit dans cette maison, quand 'sautant dans le lit ... le sol a cédé sous mon pied ... le matin, j'ai découvert un tube sous la planche lâche - c'était la maison où la fille invisible avait été exposée !" (72).

Un destin pédagogique

Comme en France, la carrière de The Invisible Girl, une fois son secret démasqué, continuera dans les ouvrages de pédagogie scientifique. On la retouve notament dans les Letters on natural magic addressed to Sir Walter Scott de Sir David Brewster, scientifique et inventeur de la caméra stéréoscopique et du kalédioscope. Brewster qualifie le dispsoitif d'extrêmement ingénieux et de bien adapté pour illustrer les phénomènes d'illusions acoustiques.

L’illusionniste écossais John Henry Anderson paraît être un des rares professionnels à y faire encore référence, en 1855, dans son livre The Fashionable Science of Parlour Magic (73).

André Lange, 11 juillet 2026. 

(56) "Lecture XXXI on the Propagation of Sound" in YOUNG T., A Course of Lectures on Natural Philosophy and the Mechanical Arts, Volume 1J. Johnson, 1807, pp.367-377. () Ibid, p.376 Dans cette première édition, il n'y a pas de références explicites aux articles du Nicholson Journal. Les références apparaissent dans l'édition suivante, Taylor and Walton, 1845, p.294

(57) JOYCE J., Scientific dialogues, intended for the instruction and entertainment of young people, inwich the first principles of natural and experimental philosophy are fully explained. Vol. II, IV-VI J. Johnson, 1809, p.117

 

Voir également "Account of the Invisible Lady", The Scots magazine and Edinburgh literary miscellany. ... vol. 69, pt. 1, 1807, pp; 424-425 ; The monthly magazine, or, British register. c.1 v.23 1807, 1 February 1807, p.70 et 1 March 1807, p. 144 (Lettre d'un lecteur expliquant que l'explication des bustes parlants et de la fille invisible se trouve dans la Musurgia Universalis d'Athanasius Kircher) ; Hull Advertiser and Exchange Gazette,  23 May 1807 ; The Scots Magazine , 1 June 1807 ; The London medical and physical journal. v.17/18 1807, p.193 ; "Acoustics" in NICHOLOSON W. The British Encyclopedia, or, Dictionary of Arts ... vol.1Longman, Hurst, Rees, and Orme, 1809.

(58) Morning Post, 22 April 1808

(59) Northampton Mercury, 20 June 1807, "Provincial Drama", The Monthly Drama, January 1808, 

(60) Leeds Intelligencer,  18 March 1811

(61) Nottingham Journal , 20 July 1811

(62) Derby Mercury, 1 August 1811

(63) Leicester Journal , 30 August 1811

(64), Hull Advertiser and Exchange Gazette , 7 September 1811

(65) Worcester Journal , 17 October 1811

(66) Gloucester Journal,  25 November 1811

(67) Liverpool Mercury, 7 May 1819

(68)  PREVOST F., BLAGDON F.W., Flowers of literature, for 1805... ; or, Characteristic sketches of human nature and modern manners. Crosby and Co, 1806, p.398

(69) The Morning Chronicle, 11 April 1807

 

(70) "SLY J., "The Age We Live In", Belfast Commercial Chronicle , 11 January 1809; Egalement in Walker's Hibernian magazine, or, Compendium of entertaining knowledge., Dublin, August 1808, pp.479-480 ; Monthly Pantheon, October 1808, pp. 458-460

(71) WHITE C."Beatrice or The Invisible Girl", in  in Marguerite, Countess of Blessington, Heath's book of beauty,  Longman, Rees, Orme, Brown, Green, and Longman, 1838, pp.114-146

(72) Letters of Sir Charles Bell, J. Murray, 1870, pp.69-70 

 

La légende s'amplifia lorsque les élèves de Bell se mirent à raconter que la maison était hantée par le fantôme d'une jeune femme disséquée vivante par un chirurgien la veille de son mariage et qu'un médecin américain William Gibson composa une ballade sur cette histoire.GIBSON W., Rambles in Europe, in 1839, Lea and Blanchard, Phladelphia, 1841, pp.142-144 ;  "Charles Bell"The Quarterly review. v.72, 1843, p.197 ; Charles Bell", Revue britannique, . ser.6 v.5, 1846, p.245 ; 3 ; PICHOT A., The life and labours of Sir Charles Bell, R. Bentley, 1860, p.52 ; KEEN W.W. " Sketch of the Early History of Practical Anatomy"  J.B. Lippincott & Co, Philadelphia,. 1874., p.5 ; HAVILAND T.N., "How Sir Charles Bell became involved with the "Invisible Girl". Trans Stud Coll Physicians Phila. 1975;42(3), pp. 268-272.

(73) John Henry ANDERSON, The Fashionable Science of Parlour Magic, The Great Wizzard of the North at his Temple of Magic, The Great Wizzard of the North, London, 1855 pp.vi-vii

bottom of page