John PERRY and W.E. AYRTON,
"Seeing by Electricity",
Nature, April 22, 1880
Le 21 avril 1880, les professeurs Ayrton et Perry ont adressé une lettre à plusieurs journaux britanniques pour réagir à l'annonce du dépôt par Graham Bell d'un plis scellé à la Smithonian Institution, qui fait craindre qu'il veut se réserver l'exclusivité de la difffusion d'images par télégraphe. Le nombre d'articles parus suite à cette lettre témoigne de l'audience dont ils disposent dans leur pays.


Voir par l'électricité
Nous avons appris qu'un compte rendu scellé d'une invention permettant de voir par télégraphie a été déposé par l'inventeur du téléphone. Bien que nous ignorions encore tout de cette invention, il convient de préciser que les scientifiques connaissent depuis quelque temps déjà des moyens complets pour voir par télégraphie. Le projet suivant a souvent été évoqué par nous avec nos amis et a sans doute été suggéré à d'autres personnes au fait des découvertes physiques de ces quatre dernières années. Il n'a pas été réalisé en raison de sa complexité et de son coût élevé, et nous ne recommandons pas de le réaliser sous cette forme. Mais si la nouvelle invention américaine, à laquelle il a été fait référence, s'avérait être un projet de ce genre, cette lettre pourrait s'avérer utile pour empêcher un monopole sur une invention qui est en réalité la propriété commune de Willoughby Smith, Sabine et d'autres scientifiques, plutôt que d'un seul homme ayant disposé de suffisamment d'argent et de temps libre pour mettre l'idée à exécution.
Le projet, qui nous a été suggéré il y a environ trois ans, plus récemment, par une image parue dans Punch, et basé sur les expériences de Willoughby Smith, était le suivant : notre émetteur en A était constitué d'une grande surface composée de très petits carrés de sélénium. Une extrémité de chaque carré était reliée par un fil isolé au point distant, B, et l'autre extrémité de chaque carré était reliée à la terre, conformément au principe couramment utilisé pour les appareils télégraphiques. L'objet dont l'image devait être transmise par télégraphe était
fortement éclairé, et, au moyen d'une lentille, une très grande image était projetée sur la surface de l'émetteur. Or, il est bien connu que si chaque petit morceau de sélénium fait partie d'un circuit où règne une force électromotrice constante, par exemple celle d'une pile voltaïque, le courant traversant chaque morceau dépendra de son illumination. Par conséquent, l'intensité du courant électrique dans chaque ligne télégraphique dépendrait de l'illumination de son extrémité. Notre récepteur, situé au point distant B, était, dans notre plan initial, un ensemble d'aiguilles magnétiques, dont la position de chacune (comme dans le télégraphe à aiguille classique) était contrôlée par le courant électrique traversant le fil télégraphique auquel elle était connectée. Chaque aimant, par son mouvement, fermait ou ouvrait une ouverture par laquelle la lumière passait pour illuminer le verso d'un petit carré de verre dépoli. Il y avait, bien sûr, autant de ces carrés lumineux en B que de carrés de sélénium en A, et il est assez évident que puisque l'illumination de chaque carré dépend de l'intensité du courant dans son circuit, et que ce courant dépend de l'illumination du sélénium à l'autre extrémité du fil, l'image d'un objet distant serait ainsi transmise comme une mosaïque par l'électricité. Un dispositif plus prometteur, suggéré par les expériences du professeur Kerr, consistait à faire de chaque petit carré en B un carré de fer doux argenté, et à former l'extrémité du noyau autour duquel passait le courant correspondant. La surface formée par ces carrés en B devait être éclairée par un grand faisceau lumineux polarisé par réflexion sur du verre, et reçu à nouveau par un analyseur. Il est évident que, puisque l'intensité de la lumière polarisée dépend de la rotation du plan de polarisation de
chaque petit carré de fer, et puisque celle-ci dépend du courant, et que celle-ci dépend encore de l'éclairage du sélénium, nous avons une autre méthode pour recevoir en B l'éclairage du petit carré en A. Il est probable que la description du professeur Graham Bell se rapporte à un plan beaucoup plus simple que les nôtres ; mais en tout cas, il est bon de montrer que la découverte de l'effet de la lumière sur le sélénium comporte le principe d'un plan pour voir par l'électricité.
John Perry, W. E. Ayrton
Scientific Club, 21 avril
Une référence à cet article paraît le même jour dans The Liverpool Echo.

Le même jour, parair dans The Birmingham Daily Mail lal lettre d'un membre du Scientific Club, défendant - sans citer leur nom - Ayrton et Perry contre les inventeurs américains.

Le lendemain, 23 avril 1880, c'est au tour du Manchester Evening News de rapporter l'annonce de Ayrton et Perry.

Le 24 avril 1880, The Birmingham Daily Post publie in extenso la lettre des deux professeurs aglais.

La lettre est également
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reprise le 23 avril par The Hull Packet and East Reading Times et citée le même jour par le Liverpool Daily Post.
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reprise le24 avril dans The Guardian.
