Le roman Het televisie experiment de Bert 

Histoire de la télévision
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PROJET MARY NEANT : DONNEZ LEUR A VOIR !

Television and Short Wave World, March 1935

"Television kills telephony in brothers' broil. Our eyes demand their turn. Let them be seen ! And wolfbone balefires blaze the traimost if only that Mary Nothing may burst her bibby buckshee. When they set fire then she's got to glow so we may stand some chances of warming to what every soorkbatcha tum or hum, would like to know"

"La télévision terrasse la téléphonie, dans une querelle intestine. Nos yeux exigent leur tour. Donnez-leur à voir ! Mais les feux de joie effacent la mince flamme et ne font que décimuler la forêt dans le corps de Mary Néant. Lorsqu'on y mettra le feu, elle brillera comme ça on aura l'occasion d'y réchauffer toute bribe, ton et sous-entendu que l'on aimerait à connaitre".


James JOYCE, Finnegans Wake I, 3, 52 

Faber & Faber, London, 1939.
Traduction en français par Philippe Lavergne, Gallimard, 1982

Je me souviens du choc que fut pour moi la découverte de ces quelques lignes du Finnegans Wake de James Joyce. Cela devit être pendant l'été 1986. Je venais de m'installer à Manchester pour travailler à l'Institut européen de la communication, où j'étais responsable d'un projet de recherche un peu pompeusement appelé The future of the European Audiovisual Industry. Je venais de terminer à Liège ma thèse de doctorat La mise en concurrence de la télévision (1980-1985), assez content d'avoir, à chaud, et avec peu de moyens, saisi un moment historique dans l'histoire des médias européens. Sur la BBC, j'essayais de suivre, non sans peine, The Signing Dectective de Denis Potter, un réalisateur dont je n'avais jamais entendu parler jusque-là. J'avais entrepris de perfectionner ma pauvre connaissance de la langue en lisant les classiques de la littérature. Le conseiller scientifique de l'Institut, Anthony Pragnell, qui avait le premier directeur juridique de l'Independent Television Authority, se moqua de moi quand je lui dit que j'allais lire Finngeans Wake de James Joyce. Il avait raison, bien sûr, ce chef d'oeuvre est illisible, surtout pour qui connaît bien la langue. Mais je me souvenais de ce que Umberto Eco en disait dans L'oeuvre ouverte. Un samedi matin, je me rendis à la principale librairie de la ville, je trouvais une belle édition bleue de Faber & Faber, que je feuilletai. Et je tombais sur ces quelques lignes mystérieuses : "Television kills telephony in brothers' broil. Our eyes demand their turn. Let them be seen ! And wolfbone balefires blaze the traimost if only that Mary Nothing may burst her bibby buckshee. When they set fire then she's got to glow so we may stand some chances of warming to what every soorkbatcha tum or hum, would like to know". Je m'étais approché de Joyce pour m'écarter un peu de la télévision et voilà qu'elle me brûlait à nouveau les yeux. La télévision, dans un livre écrit entre 1923 et 1938 ! Déjà. Je crois que c'est à ce moment là que j'ai pris conscience de mon ignorance de cette période préhistorique de la télévision et de la nécessité d'un travail archéologique. Je n'en avais guère le temps à ce moment là et ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard, quand Robert Wangermée me proposa de reprendre le cours d'Histoire de la télévision qu'Holde Lhoest avait assuré à l'Université libre de Bruxelles (ULB), que je me décidai enfin à me plonger dans ce qui était alors le seul livre de référence sur la télévision d'avant la Seconde Guerre mondiale, History of television (1880-1941) d'Albert Abramson. C'est en lisant ce livre que j'eu l'idée de trouver, au Portugal, la brochure d'Adriano de Paiva, La télescopie électrique basée sur l'usage du sélénium  (1880), la première brochure scientifique de l'histoire de la télévision, dont la mise en ligne fut à l'origine de ce site. Les quelques lignes de Joyce continuaient à me hanter dans leur mystère, dans cette affirmation qui résumait en quelques mots la société du spectacle "Our eyes demand their turn. Let them be seen !" . 

 

Ayant l'idée que l'histoire de la télévision devait aussi intégrer les représentations, les usages, les appropriations des artistes et des écrivains, je décidai de créer dans le site une partie distincte qui ne pouvait que se placer sous le patronage de cette Vierge paradoxale, Mary Nothing, Mary Néant. D'où ce "Projet Mary Néant", qui ne peut, étant donner l'ampleur du domaine, qu'être une work in progress, comme Finnegans Wake. Il ne peut aussi qu'être une oeuvre collective et, pour cette raison, je vous invite à y contribuer, en m'envoyant des textes ou ds indications sur telle ou telle oeuvre, tel.le ou tel.le artiste que vous souhauteriz y voir figurer. "La télévision terrasse la téléphonie, dans une querelle intestine. Nos yeux exigent leur tour. Donnez-leur à voir ! Mais les feux de joie effacent la mince flamme et ne font que décimuler la forêt dans le corps de Mary Néant. Lorsqu'on y mettra le feu, elle brillera comme ça on aura l'occasion d'y réchauffer toute bribe, ton et sous-entendu que l'on aimerait à connaitre".

André Lange, 3 février 2018