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DOSSIER EDISON ET LA VISION A DISTANCE

9. L'invention du Kinetograph et du Kinetoscope

De la far sight machine au kinetoscope

 

Les déclarations d'Edison en 1889 sur la far sight machine - et celle qui va suivre le 12 mai 1891 à Chicago - doivent se comprendre par rapport aux travaux d'Edison sur le Kinetograph et le Kinetoscope

 

Les archives d'Edison pour les années 1888-1891 montrent clairement qu'Edison n'a pas travaillé sur un appareil de vision à distance, mais bien sur le Kinteograph (caméra d'enregistrement) et le Kinetoscope (appareil de visionnement). L'invention de ces deux appareils a fait l'objet de nombreuses études par les historiens du cinéma, les plus souvent citées comme références étant celles de Musser, Hendricks et Spehr, mais ces historiens ne sont nécessairement d'accord dans leurs interprétations. La publication en juillet 2025 du dixième volume des Papers of Thomas A. Edison permet de préciser certains détails, sans lever les incertitudes. L'accessibilité de collections de journaux numérisés (Library of Congress, newspapers.com) permet également de repérer, dans la plupart des cas, les articles de presse d'origine et de ne pas s'en tenir, comme le faisaient Hendricks et Spehr, et même encore Roberts,  Gailili et les éditeurs du volume 10 des Papers, à des versions secondaires.

Nous ne chercherons pas ici à écrire à nouveau l'histoire cette invention, mais, en nous basant sur ces travaux de référence et sur les articles de la presse d'époque, devenus plus aisément accessibles, nous chercherons à montrer que, pour Edison, au départ, son invention du Kinetograph et du Kinetoscope n'était que la phase préparatoire à un objectif plus ambitieux, celui de la diffusion de spectacles en direct, pour la réception à domicile. Ce projet a suscité des moqueries mais aussi des espoirs prématurés, qui se traduiront par quelques expressions de déception lorsque les nouveaux appareils seront connus. Lorsqu'en avril 1893 il s'entretient avec Edison à Orange, le journaliste français Octave Uzanne espère encore avoir des informations sur le téléphote attribué à l'inventeur. 

Chronologie de l'invention et de la divulgation du Kinetogarph (1887-1892)

Sans entrer ici dans le détail de l'évolution de la conception de l'appareil, on rappellera les principales dates relatives au développement du projet, à son contexte et aux moments de communication vers le public.

  • L'auteur de l'article "A Night with Edison" (Scribner's Magazine, November 1878, p.98) raconte avoir évoqué avec Edison l'hypothèse "de la combinaison proposée par le Dr Phipson du phonographe et du kinctoscope (sic), grâce à laquelle une image phonographique doit bouger et sembler parler." Le Dr. Phipson, correspondant anglais du Moniteur de la photographie avait évoqué dans le numéro de mai 1878 de cette publication, sur un mode plutôt ironique la "possibilité d'avoir une image qui se meut et qui parle", faisant probablement allusion au kinetograph suggéré en janvier par Wordworth Donisthorpe et auquel il préférait le terme de kinétiscope

  • Selon W.K.L. Dickson, l'assistant d'Edison auraient commencé dès 1887. Cette datation a été contestée par l'historien D. Hendricks, mais considérée comme plausible par Spehr et par les éditeurs du volume 9 des Papers of Thomas A. Edison (2021, p.400).

  • Caveat 110 du 8 octobre 1888 : première preuve tangible du projet d'un appareil sur les images en mouvement. Ce document comprend déjà les termes Kinetograph et Kinetoscope. "Je travaille actuellement sur un instrument qui fait pour l'œil ce que le phonographe fait pour l'oreille : l'enregistrement et la reproduction de choses en mouvement, sous une forme à la fois économique, pratique et commode. Cet appareil, je l'appelle Kinetoscope, « vue en mouvement ». Lors de la première production des mouvements réels, c'est-à-dire d'une œuvre continue, l'instrument peut être appelé Kinetograph, mais pour sa reproduction ultérieure, qui sera la plus utile au public, il est plus justement appelé Kinetoscope. L'invention consiste à photographier en continu une série d'images prises à intervalles supérieurs à huit par seconde." L'appareil prévu utilise des cylindres  pour l'enregistrement, comme le phonographe. En principe le Kinetograph désigne la caméra et le Kinetoscope l'appareil de visionnement, mais la confusion existe souvent dans la presse entre les deux termes, au point que l'historien Paul Spehr prégère utiliser l'expression Kineto pour désigner le projet commun des deyx appareils. 

  • v. 11 février 1889 Edison commence à travailler sur une nouvelle forme de Kinetograph / Kinetoscope avec cylindre à facettes

  • 25 mars 1889 : Caveat 114 : "Le cylindre n'est pas rond, mais présente, parallèlement à sa longueur, plusieurs surfaces planes d'environ un trente-deuxième de pouce de large. Ceci permet d'obtenir une surface plane pour l'enregistrement photographique au microscope, et l'image n'est pas floue comme ce serait le cas si la surface cylindrique était ronde, notamment pour les très petits cylindres nécessaires à l'utilisation d'un appareil commercial."

  • Mai 1889 (?) Edison commence à adopter les décharges d'étincelles temporisées pour le Kinetograph/Kinetoscope en remplacement des dispositifs à obturateur.

  • 3 août 1889 : départ pour Paris

  • Août 1889 : Alors qu'Edison est en voyage, Dickson commence à utiliser des bandes de film souples en celluloid  dans le Kinetograph/Kinetoscope et reprend le principe des perforartins de bande utilisées dans le télégraphe automatique d'Edison

  • 11 août 1889 : arrivée à Paris, avec un accueil exceptionnel. 

  • 19 août 1889 : Réception chez le Président Sadi Carnot Réception à l'Académie des Sciences et à la Société française de photographie, durant laquelle il rencontre Marey. La question reste débatue de savoir si Edison a visité la Station physiologique de Marey à Meudon. Selon Hendricks, c'est suite à la rencontre avec Marey qu'Edison opte pour la solution du film mobile plutôt que du cylindre, mais Spehr conteste ce point. Edison connaissaît déjà les films celluloïd avant son voyage en Europe et était famillier avec les bandes de papiers utilsées en télégrapghie. A l'Exposition, Edison a probablement vu le tachyscope de l'allemand Ottomar Anschutz, qui rencontre un grand succès et inscrit les apapreils d''image instantanée dans la sphère du divertissement.

  • Fin août : construction d'un studio de prise de vues à Orange, à l'initiative de Dickson et Bachelor

  • 12 septembre 1889. Arrivée à Berlin (rencontre avec Hertz ?)

  • Automne 1989 : Dickson en discussion avec Eastman concernant les livraisons de bandes celluiloïd. Réalisation de films expérimentaux. 

  • 2 novembre 1889 : Edison commence la rédaction d'un caveat omnibus (N°117) incluant un nouveau Kinetograph/Kinetoscope à bande. "Une pellicule sensible a la forme d’une longue bande qui se déroule d’une bobine à l’autre en passant devant une ouverture carrée. La bande porte de chaque côté une rangée de trous situés exactement les unes en face de l’autre.".

  • 1er février 1890 : l'Orange Journal publie un article intitulé « Une autre merveille d'Edison ». «Depuis plusieurs mois, M. Edison travaille sur une série d'expériences de photographie instantanée qui ont enfin abouti. » L'article  explique qu'il sera possible de photographier «un orateur… huit ou douze fois par seconde pendant toute la durée de son discours, le contenu étant simultanément enregistré par téléphone », et que les images et le son pourraient être reproduits sur un écran.

  • 12 avril 1890 : conversation avec le journaliste H.H.H. (Pittsburgh Dispatch et Philadelphia Times, 13 April 1890). Première mention publique du terme Kinetograph. Edison confirme qu'il est convaincu que le Kinetograph, une fois perfectionné, permettra de voir son interlocuteur au téléphone.

    • La confusion entre un appareil de vision à distance est perceptible dans quelques uns de premiers articles sur le Kinetograph : ainsi, l'entretien d'Edison avec H.H.H. du  Pittsburgh Dispatch est-il titré "Seeing by Wire", alors que l'inventeur y évoque son nouvel appareil mais pas du tout la vision par câble.

  • En octobre 1890, sollicité par le journaliste George Parsons Lathrop pour collaborer à un livre d'anticipation, Edison envoie trois pages de notes exposant ses idées d’inventions qui allaient révolutionner la vie. Plusieurs d’entre elles impliquaient des photographies : «Photographie des fonds marins»,  «Photographies… prises d’objets dans l’obscurité totale au moyen de chaleur rayonnante…». On trouvait également sur la liste : «Journaux phonographiques – opéra – opéra kinétoscopique avec phonographe, chaque famille aisée… Photographie couleur – photographie de la surface du soleil par des sels de fer dans un champ alternatif, uniquement des ondes ultra-rapides dues aux hautes températures… Les maisons d’édition phonographiques ont conservé les vedettes, les acteurs et la scène, et ont produit pour un usage familial des phonogrammes kinétographiques de drames et d’opéras entiers – pas de théâtres avec des acteurs à la mode…». 

  • Durant l'hiver 1890-1891, Dickson travaille au perfectionnement du Kinetoscope, avec l'idée d'adapter au nouvel appareil le principe du "nickel-in-the-slot" (un pièce dans la fente) qui a rendu le phonographe populaire et source de revenus. 

  • En février 1891, Edison achète une lampe à calcium (souvent utilisée dans les lanternes magiques) et l'impute au compte du Kinetoscope. Il acquiert également en mars une lampe à arc. Selon les éditeurs des Papers of Thomas A. Edison (Vol.10, 2025), il s'agit probablement là d'un indice d'un projet de tester la projection sur écran. Celle-ci  aurait nécessité une lumière plus intense que celle fournie par une ampoule à incandescence classique. La lampe à calcium et la lampe à arc auraient très certainement généré une chaleur excessive pour la pellicule de celluloïd, même avec le système de refroidissement qui sera décrit en juillet dans la première demande de brevet.

  • 12 mai 1891 : différents journaux de Chicago et le New York Times rapportent les propos d'Edison. En comparant les différents textes, on peut reconstituer ce qui a probablement été la déclaration complète au sujet de la nouvelle invention : 

"Elle comprendra des éléments à la fois du téléphone et du phonographe, et sera égale, et même dépassera la somme de leurs mystères combinés. Mais l'invention n'aura pas de valeur commerciale. Elle aura plutôt une valeur sentimentale. Elle n'est pas encore parfaite. Quand elle le sera, elle vous surprendra. J'espère être capable par cette invention de projeter (to throw upon) sur une toile (canvas) l'image parfaite de n'importe qui et de reproduire ses paroles. Ainsi, si Madame Patti devait chanter quelque part, l'invention mettra son image complète (full-lenght picture) sur la toile de manière si parfaite qu'elle permettra de distinguer chaque détail et expression de son visage, de voir toutes ses actions, et d'écouter la ravissante mélodie de sa voix incomparable. L'invention fera pour l'oeil ce que le phonographe a fait pour la voix, et reproduira la voix tout aussi bien; en fait de manière plus claire.

J'ai déjà perfectionné l'invention à un point tel qu'il est possible de représenter (picture) un combat professionnel (prize-fight), les deux hommes sur le ring et l'intensité des visages intéressés de ceux qui les entourent. Vous pouvez entendre le son des coups, les acclamations d'encouragement et les hurlements de déception. Et quand l'invention aura été perfectionnée, ajoute M.Edison avec une trace de lueur d'enthousiasme sur son visage, un homme pourra être assis dans sa bibliothèque à la maison, et disposant d'une connexion électrique avec un théâtre, il verra reproduit sur son mur ou sur un morceau de toile les acteurs et entendra tout ce qu'ils disent. La seule chose que l'invention requière est la finesse de reproduire les caractéristiques et les expressions. C'est mon intention de tenir prêt pour l'Exposition mondiale une telle combinaison heureuse de la photographie et de l'électricité de manière à permettre un homme de s'asseoir dans son propre salon et de voir représenté (depicted) sur un rideau (curtain) devant lui les formes des interprètes dans un opéra sur une scène distante, et d'entendre la voix des chanteurs. Quand le système sera perfectionné, ce qui j'espère sera le cas pour l'exposition, les muscles du visage du chanteur, chaque regard de son oeil et chaque expression seront vues. Chaque couleur dans les vêtements des interprètes sera également reproduite. De plus, le spectateur, assis au coin du feu, verra chaque personne dans la pièce bouger de sa position d'une manière naturelle, juste comme si elles étaient les vraies personnes elles-mêmes.

Je peux placer un appareil de manière telle qu'il dominera (command) un coin de rue et après l'avoir laissé enregistré (register) les vues des passages (passing sights) durant un laps de temps, je peux les projeter (cast) sur une toile de manière telle qu'ils transportent (carry) ainsi chaque caractéristique et mouvement des passants, même les tics sur les visages pourront être vus et si un de vos amis passe durant ce laps de temps, vous pourrez le savoir. L'invention sera appelée Kinetograph. La première partie du mot signifie "mouvement" et la seconde 'écrire" et les deux ensemble signifient la représentation (portrayal) du mouvement. L'invention combine la photographie et la phonographie".

  • De cette déclaration, il ressort plusieurs éléments qui sont généralement occultés dans les histoires du cinéma. Tout d'abord l'idée d'Edison est bien que le Kinetograph doit fournir une image projetée, sur une toile, un rideau ou un écran. Certes, le Kinetoscope d'Edison ne réalisera pas ce projet, qui implique que le spectateur se penche sur une boîte pour regarder des images microscopique, et il faudra attendre C. Francis Jenkins et les frères Lumière, pour assister à de véritables projections. Ensuite, l'idée est bien qu'il y ait transmission en direct des spectacles (d'opéra, de théâtre, de sport) pour une consommation à domicile. Certes, l'idée n'est pas neuve. Elle avait été formulée dès 1878 par le polonais Julian Ochorowicz (qui citait également la cantatrice Adelina Patti)par Albert Robida en 1882 dans son roman Le Vingtième Siècle ou encore, en 1888. Mais il est important de noter que la réflexion d'Edison a évolué par rapport à sa déclaration de 1889, qui parlait plutôt d'un complément visuel à la téléphonie, mais pas de transmission de spectacles. Notons enfin qu'Edison, d'après l'article du New York Times, parle bien de transmissions en couleurs, ce qui est une innovation complète par rapport à l'état de la photographie à cette date. Bien sûr, la proposition jetée en pâture aux journalistes est exagérée, mais elle a le mérite de définir un programme, que finalement d'autres réaliseront

  • 14 mai 1891 : Un article "The Drama at Home" du Philadelphia Inquirer au sujet du Kinetograph utilise l'expression "see the performance of a distant theatre" 

  • 21 mai 1891 : première démonstration du Kinetoscope aux membres du Women Club reçues par Mina Edison à Orange (citée par The Sun, 28 mai 1891, Phonogram, May 1891 et dans The Woman's Journal, 30 May 1891)

"Cent quarante sept membres du Club étaient présentes et furent ravies et surprises de la merveilleuse image devant elle. Elles virent, à travers l'ouverture d'une boîte en pin posée sur le sol, l'image d'un homme. Il s'inclinait, souriait, et en levant son chapeau avec naturel et élégance. 

Le film Dickson Greeting, conservé par la Library of Congress, est généralement considéré celui qui fut montré lors de la visite. On y voit Dickson, l'assistant d'Edison, qui a fabriqué la caméra saluant avec son chapeau. Cependant ce film ne correspond pas à la première description qui en est donnée par O.K. Davis le 22 juillet 1891.

  • Les réactions dans la presse à ces déclarations, entre le 12 et le 27 mai (date du dévoilement des caractéristiques du Kinetograph) sont très diverses.
    • Un article "The Drama at Home" du Philadelphy Inquirer - qui qualifie l'appareil de photo-phonograph - utilise l'expression " see the performance on a stage of a distant theatre" et  imagine la disparition des théâtres, le problème que cela posera pour les jeunes amoureux contraints de regarder les spectacles en famille, et évoque la possibilité de diffuser les sermons.  Se basant sur une dépêche de l'agence Dalziel, le quotidien britannique The Nottingham Journal  le 29 mai et le premier article paraissant dans la presse française "Le kinétographe" (Le Siècle, 30 mai 1891) reprendront l'expression de "théâtre distant".

    • The Marville Times fait de la surenchère et annonce qu'Edison a mis au point un appareil qui permet d'entendre les sons qui sont émis sur le soleil. "Bientôt ce gars communiquera avec les habitants de la lune" (13 mai 1891). Le Prof. Wiggins, expert en prédictions météorologiques annonce qu'il écrit un roman qui décrira la vie sur Jupiter et qui intégrera l'invention d'Edison (The Helena Independent, 24 mai 1891).

    • La possibilité de regarder les combats sportifs à distance va supprimer un tas de problème pour la police, ironise le Saint Paul Daily (19 mai 1891). "Les amoureux pourront s'entendre et se voir à distance, mais cela n'aura aucun charme, à moins de trouver un autre stratagème" observe The Morning Call (21 mai 1891).

    • De même The Wahpeton Times écrit : "A moins que la machine de M. Edison ne transmette l'odeur du blend de whisky, des oignons et du chou brûlé, les clients des pugilats se plaindront de ce qu'une indéfinissable essence manque pour la jouissance complète des démolitions à longue distance" (28 mai 1891).

    • The Sedalia Weekly Bazoo note la concurrence que le kinetograph va représenter pour les photographes "The man with the kodak may begin to tremble for his occupation" (26 mai 1891).

    • En France, un billet du journal Le Mot d'ordre (28 mai 1891) compare cet appareil annoncé au téléphonoscope qu'Albert Robida avait décrit dans Le Vingtième siècle (1882).

    • Dans Le Monde illustré (23 mai 1891), Pierre Véron reprend la thématique classique du spectacle à domicile, mais regrette que cet "inouïsme" ne sera pas disponible avant sa mort. Le 1er novembre 1891, Ernesto Mancini, chroniqueur scientifique de L'Illustrazione italiana, constate que, contrairement à ce qui avait été annoncé, l'appareil du thaumaturge Edison ne répond pas à l'objectif annoncé de la vision à distance. 

    • Mais divers commentateurs sont d'emblée séduits par la proposition : "Si Edison réalise ses promesses à l'Exposition mondiale, le mot "surprise" pourra être rayé du dictionnaire. Les gens ne considérerons plus rien comme impossible" (Pittsburg Dispatch, 27 mai 1891).  The Morning Call (21 mai 1891) évoque "la réalisation des rêve des auteurs spéculatifs qui ont décrit la vie telle qu'elle sera dans les siècles à venir"  et The Indianapolis Journal évoque le roman de Bellamy, dont Edison va réaliser l'utopie (14 mai 1881). Pour The Wheeling Daily Intelligencer (25 mai 1891), "Edison n'est pas un jongleur et quand il dit quelque chose, il sait de quoi il parle. Un dispositif (contrivance) qui apporte un combat de boxe dans les plus humbles chaumières marquera une avance remarquable pour notre civilisation".

Dans l'entretien avec The Sun cite le type de spectacles qu'il sera possible de voir chez soi : interventions d'orateurs, spectacles d'opéra, spectacles sportifs. Dans l'article spn article pour le Harper's Weekly, Lathrop écrit "La méthode la plus courante et la plus efficace pour utiliser le Kinetograph consistera à projeter les figures issues de cette lentille, fortement agrandies, sur un écran, où elles peuvent être affichées, si nécessaire, à taille réelle."

 

 

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Schéma du Kinetograph couplé au Phonograph, The Sun, 28 May 1891

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Schéma du Kinetograph couplé au Phonograph, 

Harper's Weekly, 13 June 1891

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Bandes perforées conservées par Bachelor, assistant d'Edison, dans Notebook, Daté 12 June 1891

Source : Edison's Papers, Rutgers University) TAED MBJ004153C,  

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Première page du caveat "Motion Pictures" du 10 octobre 1888 (Kinetograph et Kinetoscope)

Source : Edisons' papers, Rutgers University

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Le Kinetograph dans la note du 3 février 1889 [PT031AAE1],  Edison's Papers - Rutgers University

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Le Kinetoscope dans le Caveat du 5 août 1889

Deux versions de Dickson Greeting réalisé avec le Kinetograph Dickson greeting, 1891 : une transcrite en format 16/9, l'autre en format 4/3.

 

Ces images sont souvent présentées comme le tout premier film réalisé. Elles ne correspondent cependant pas à la description donnée par Oscar K. Davis dans son article "Edison his Laboratory", Electricity, 22 July 1891.

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Charles Kayser, le technicien du laboratoire Edison qui travailla sur l'appareil fin 1889-début 1890. La photographie est considérée comme la première montrant l'apapreil avec des rubans perforés. La table de machine à coudre dans le fond est en fait celle de la perforatrice. 

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Le studio de prise de vues qu'a fait construire Dickson durant l'été 1889 (photographié en 1895)

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Intérieur du studio de prise de vues qu'a fait construire Dickson durant l'été 1889 (photographié en 1895)

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Le tachyscope d'Ottomar Anschutz fait la une de Scientific American (16 novembre 1889)

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Le Kinetograph dans le Caveat 114 du 25 mars 1889

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Le Kinteograpgh dans le Caveat n 117 (version provisoire 2 novembre 1889, déposé 8 décembre 1889)

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Le Kinetograph dit '1889"

Courtesy National Edison Park.

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DIspositif à cylindre dans le caveat 110 du 10 octobre 1888

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Notebook, 11 janvier 1889, Kinetoscope.  

"Si une photo de 1/8 est prise sur un cylindre de 3 pouces, il devrait y avoir 72 zones aplaties parallèles longitudinalement le long du cylindre afin que toutes les parties de la photo soient nettes. On pourrait coller une bande de verre le long d'un côté, maisce n'est peut-être pas nécessaire. On pourrait utiliser du vernis, du collodion, etc., de l'émail, etc."

Lettre d'E. Muybridge à Edison, 12 mai 1888
Thomas A. Edison Papers, School of Arts and Sciences, Rutgers University

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Déclaration d'Edison dans The Chicago Evening Post, 12 mai 1889

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Schémas du Kinetograph et bande de pellicule de Dickson Greeting, Harper's Weekly, 13 June 1891

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Bande de pellicule  de Dickson Greeting

(Scientific American, 20 June 1891)

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Bande de pellicule de Dickson Greeting

(The Photographic Times, 17 July 1891)

  • La nouvelle de la présentation par Edison du Kinetograph le 27mai 1897 est publiée à Londres dès le 29 mai. Dans son édition du 30 mai, le magazine satirique Punch  imagine que le Kinetograph permet la réception à domicile d'un match de boxe. Dans un deuxième sketch, publié le 6 juin, c'est la possibilité de recevoir des opéras sur un stand de foire qui est imaginée.

  • 19 juin 1891 : Le magazine English mechanic and world of science publie une lettre de Jebus Bickle (Plymouth) indiquant que J.B. King et lui-même ont déposé des demandes de brevet "Improvements of Photographic Camera" pour un appareil similaire à celui d'Edison. Le 3 juillet, le même magazine publie une lettre de W.A. Rudge indiquant que son oncle J.A. Rudge (Bath) a lui aussi conçu un appareil similaire. Le 10 juillet un autre lecteur, Nun. Dor., demande "À quoi sert le phonographe, et à quoi servira le Kinetograph, si tant est que les descriptions qui en sont faites soient exactes ? Qui installera un écran pour regarder un opéra ou une pièce de théâtre dans son salon ?"

  • Le 22 juillet 1891, le journaliste Oskar K. Davis publie dans Electricity un article "Edison in his Laboratory", dans lequel il revendique d'être l'auteur de l'article du Sun et raconte sa visite à Orange où il a eu droit à une démonstration du Kinetotoscope. C'est le premier témoignae publié sur l'appareil, qui n'est pas un "gigantic fake" comme il le craignait, mais bien "a fact"."Puis il rit et dit : «Venez voir le germe à l'œuvre.» Pour voir le «germe» à l'œuvre, je regardai dans un petit trou d'une boîte en pin qui contenait temporairement le «germe». À travers une lentille, je vis une bande de gélatine semblable à celles qu'il m'avait montrées auparavant. Lorsque le «germe» fonctionnait, cette bande défilait à toute vitesse devant la lentille, mais la figure sur la bande était toujours devant la lentille. C'était un jeune ouvrier ;du laboratoire, vêtu de sa blouse de travail à grands carreaux. Il s'inclina, sourit, gesticula et enleva son chapeau. Lorsqu'il s'avança en s'inclinant, sa blouse s'ouvrit devant lui. Même à cette petite vue, on distinguait ses dents lorsqu'il sourit. C'était assurément «quelque chose d'important». Je contemplai le Kinetograph pendant longtemps, et M. Edison était aussi ravi de mes expressions de joie que s'il avait été une jeune fille présentant une nouvelle poupée à ses amies. Edison était lui-même un peu un fabricant de poupées, et ses poupées parlantes ont fait le bonheur de nombreux enfants."

  • En juillet, le magazine familial The Leisure hour consacre iun article au Kinetograph en montrant qu'il est une continuation des travaux de Muybridge. Il conclut : "Le Kinetograph d'Edison n'apporte rien de nouveau à notre connaissance de la production d'images animées selon le système que nous a familiarisés Muybridge. Il est toutefois probable qu'il soit parvenu à accroître la sensibilité de la plaque photographique, et il est certain que sa grande ingéniosité mécanique et sa maîtrise des appareils mécaniques auraient permis d'améliorer par ailleurs l'appareil utilisé jusqu'alors. Ce qui manque principalement à son propre compte rendu de l'appareil est une explication de la transmission de ses images par l'électricité, et de la nature de sa cellule photoélectromotrice. C'est là l'élément le plus crucial du Kinetograph, celui dont dépend son succès ou son échec. En tant que divertissement ou loisir scientifique, peut-être rien d'une telle ambition n'a-t-il jamais été envisagé, et ici, comme dans d'autres cas, la science récréative peut s'avérer être une répétition de moyens qui trouveront plus tard une application utile et bénéfique."

  • Durant l'été 1991, Dickson continue à chercher des solutions pour améliorer l'appareil. Le principe de la double performation est adopté, mais diverses hypothèses continuent à être prises en consiération pour le format de la pellicule. Il passe une semaine à Rochester pour des discusssions avec Eastman. 

  • Le 24 août 1891, Edison dépose trois demandes de brevet :

    • pour une "Kinematographic camera"

    • pour un "Apparatus for Exhibiting Photographs of Moving Objects" (Kinetoscope)

    • pour un système combinant caméra, développement et visionnage  

  •  Les demandes de brevet, telles que déposées en 1891, étaient hiérarchisées. Le brevet initial concernait le Kinetograph (appareil photo), et le Kinetoscope (visionneuse) était décrit comme une « sous-méthode ». La seconde demande décrivait la méthode de prise de vue et de préparation du film pour le Kinetoscope. La demande relative à l'appareil photo comprenait une description du Kinetoscope. Cette description était reprise dans la demande relative à la visionneuse, à laquelle s'ajoutaient des éléments spécifiques faisant l'objet d'une revendication de brevet. L'Office des brevets a refusé ce lien, le rejetant au motif qu'il associait des dispositifs devant être brevetés séparément et incluait des méthodes non brevetables. « … il est soutenu qu’il n’existe aucune combinaison entre les étapes de prise de vue et de projection. Ces étapes ne sont pas des actes consécutifs, car le film doit être retiré de la machine, développé, fixé et tiré entre la prise de vue et la projection. La projection du film fini n’a rien à voir avec la prise des négatifs, et les revendications portant sur des regroupements seront rejetées pour ce motif. Edison choisit de ne pas maintenir sa revendication séparée et divisa la demande en avril 1892. Il abandonna la tentative de lier les machines et révisa la demande sous la forme d’un brevet pour un mécanisme d’arrêt amélioré. Celui-ci fut accepté et le brevet accordé le 21 février 1893 (Spehr). L.e brevet pour le Kinetoscope fut publié le 14 mars 1893 (US493426)

  • Les 7 et 8 novembre divers journaux publient l'article de Frank G. Carpenter "Edison at home" accompagné de dessins, dont celui d'un matvh de boxe tel que vu dans l'oeil du Kinetoscope.

  • Le 2 janvier 1892,  l'Office des brevets informe les avocats d'Edison que sa demande de brevet est rejetées : « Ces revendications sont postérieures aux brevets de Le Prince, n° 376 247, du 10 janvier 1888 ; de Donisthorpe, n° 452 966, du 26 mai 1891, ainsi qu'aux brevets britanniques de Greene, n° 10131, du 21 juin 1889 et de Dumont, n° 1457, du 9 juin 1861 (appareils photo). Elles sont donc rejetées.». Edison  retravaillera la demande de brevet mais ne déposera une nouvelle demande qu'en 1896 et le brevet sera finalement attribué le 31 août 1897.(US 589 168), ce qui amènera Edison à lancer la "guerre des brevers", en particulier contre The American Mutuscope Company.

  • Début 1892 : Dickson adopte le format "35 mm" pour le Kinetoscope, qui deviendra le format standard de l'industrie cinématographique. 

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Illustrations du brevet "Kinematographic Camera" (1897)

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Deux illustrations du brevet du kinetscope (14 mars 1893)

 Men Boxing, réalisé par William Kennedy Laurie Dickson (1891)

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"Kinetograph Sketches",
The Courier (Saint-Louis), 8 novembre 1891

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"In the Laboratory",
The Courier (Saint-Louis), 8 novembre 1891

andré Lange, 11 mars 2026

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