Les travaux d'Ernst Ruhmer (1878-1913),
de la photographie des sons à la télévision
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Le physicien allemand Ernst Walter Ruhmer (15 avril 1878 – 8 avril 1913) a été une personnalité importante dans le domaine des recherches en radiocommunications entre 1900 et son décès précoce, à l'âge de 35 ans.
Il n'existe pas d'ouvrage d'ensemble sur cet inventeur important, dont Scientific American résuma ainsi l'oeuvre dans une notice nécrologique:
"Ernst Ruhmer, dont le nom est bien connu des lecteurs du Scientific American comme l'un des inventeurs allemands les plus prolifiques et ingénieux, est décédé le 5 avril dernier à l'âge précoce de trente-cinq ans. Fils d'ingénieur, il fit ses études principalement au lycée technique de Charlottenburg, et aux universités de Berlin et de Giessen. Après une brève collaboration avec une importante entreprise de fabrication d'instruments, il fonda un laboratoire d'électrophysique. Parmi ses inventions figurent un appareil pour déterminer le nombre d'interruptions des interrupteurs à fluide, un instrument pour enregistrer photographiquement et reproduire acoustiquement les ondes sonores à l'aide d'une pile au sélénium, d'un microphone multiple, d'un photomètre au sélénium, d'un appareil pour déterminer et enregistrer l'intensité de la lumière du jour, d'un interrupteur à arc électrique, d'un appareil de télévision et d'un système de téléphonie optique dans lequel des piles au sélénium et des projecteurs ont été utilisés expérimentalement avec grand succès."
Travaux sur le sélénium et ses applications
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Le Photographophon (1900)
Ruhmer a inventé au début 1900 le Photographophon, basé sur l'usage du sélénium et qui est une des premières expérience de photographie de la voix. Il a placé un émetteur téléphonique en circuit avec une lampe à arc. Le rayon de cette lampe traverse une lentille et se projette sur un film sensible qui défile rapidement. Lorsque l'arc est affecté par la voix transmise par l'émetteur téléphonique, la différence de lumière est reproduite, ou photographiée, sur le film en rotation. Le film est ensuite développé, et on y observe des ombres striées d'intensité variable. Le film est ensuite placé, un peu comme dans un projecteur de cinéma, et déroulé devant un faisceau lumineux. Au lieu d'utiliser un écran blanc pour projeter les images, une cellule au sélénium est placée dans le faisceau et les récepteurs téléphoniques en circuit avec la cellule au sélénium reproduisent la voix originale. Les ondes sonores originales subissent d'abord une transformation physique, puis sont reproduites chimiquement, puis à nouveau transformées physiquement pour retrouver leur forme originale. (Ruhmer, 1901, 1907, 1908 ; Hays Hammond, 1910; Electrical Age, 1910). Avec ces travaux, qui restent les plus cités de ses contributions, Ruhmer est considéré comme un des précurseurs des techniques du cinéma parlant (Mihaly, 1927 ; Wolhrab, 1976, Baird, 2004, etc.).
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Cellule au sélénium
Ruhmer était surtout connu pour ses recherches sur les applications pratiques des propriétés de photosensibilité du sélénium (Ruhmer, 1902). Il a conçu une nouvelle cellule au sélénium, connue sous le nom de "cellule Ruhmer". Selon lui, il est possible de sensibiliser une cellule au sélénium pour une région étroite du spectre. Il a utilisé des cellules de sensibilité chromatique différente en vue de la téléphonie sans fil duplex, mais il a émis l'hypothèse qu'en sensibilisant une cellule à une couleur spécifique et en utilisant uniquement une lumière de cette couleur pour l'éclairage, l'inertie pourrait être réduite et la sensibilité accrue. Il affirmait maintenant avoir complètement surmonté l'inertie dans certaines nouvelles cellules qu'il avait créées... (Thorne-Baker, 1910).
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L'arc parlant pour la téléphonie sans fil (1901-1902)
Ruhmer a utilisé le sélénium pour développer un photophone, dans le prolongement des travaux de Graham Bell et de Mercadier. Il a fait des démonstrations sur la rivière Havel et sur le lac du Wansee en 1901-1902. Ce type d'expérience représentait une alternative par rapport à la wireless telegraphy (T.S.F.) développée par Marconi, qui ne transmettait que des signaux Morse et est quasi contemporaine des premières expériences de transmission hertzienne de la voix par Fessenden (1900).
La principale innovation de Ruhmer dans ce domaine est connue sous le nom de l'"arc parlant". Le signal audio provenant d'un microphone était superposé au courant continu alimentant la lampe à arc au carbone. Cela provoque des fluctuations de l'intensité lumineuse de l'arc, en parfaite correspondance avec les ondes sonores de la voix de l'orateur. La lampe à arc elle-même devient ainsi un modulateur lumineux, sa luminosité variant en parfaite synchronisation avec la parole. Il s'agissait d'une méthode de modulation d'un faisceau lumineux bien plus robuste et performante que le dispositif original de Bell. Le microphone relié à un circuit auxiliaire de l'émetteur pour modifier les ondes lumineuses, atteignant une portée de transmission d'environ 15 kilomètres.
Pour le récepteur, Ruhmer utilisa un grand miroir parabolique afin de capter le maximum de lumière, même faible et fluctuante, provenant de la source lumineuse distante. Ce miroir concentrait la lumière sur une cellule au sélénium extrêmement sensible. Comme nous l'avons vu avec d'autres pionniers, le sélénium possède la propriété fascinante de modifier sa résistance électrique en fonction de la quantité de lumière qu'il reçoit. L'intensité lumineuse variant rapidement, due à l'arc électrique modulé par la voix, provoquait des variations de la résistance de la cellule au sélénium, ce qui modulait à son tour un courant électrique. Ce signal électrique ainsi recréé était ensuite transmis à un récepteur téléphonique standard, et la voix de l'orateur pouvait être entendue parfaitement. (Ruhmer, 1907, 1908)
Il a également pu envoyer un message simultané aux deux extrémités et le recevoir sans aucune interférence des faisceaux lumineux interceptés. (Zeitschrift für Schwachstromtechnik, 29.1.1910, Cosmos, 1910, , Gérard, 1910).

Ruhmer recevant un message (Collins, 1905)

Ernst Ruhmer
La Croix, 18 novembre 1909

E. Ruhmer, Photographie des ondes de la parole, 1908 (Source : Gallica)

Source : Annalen der Physik, 1901

Enregistrements photophonographiques
(Source : Ruhmer, 1908)

Appareil reproducteur du photographophone (Source : Ruhmer, 1908)

Une cellule au sélénium conçue par Ernst Ruhmer

Cellule au sélénium plate
(Source : Ruhmer, 1908)

L'arc parlant d'Ernst Ruhmer,
Elektrotechnische Zeitschrift, 1901

L'arc parlant d'Ernst Ruhmer (émetteur)
Source : Jahrbuch für Photographie...L, 1903

Le récepteur du système Ruhmer (Collins, 1905)
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Couverture du magazine Technical World,
March 1905

Appareil d'arc parlant
(Source : Ruhmer, 1908)

La station émettrice sur le Wansee
Source : Skowrounek

La station réceptrice sur le Wansee
Source : Skowrounek

Emetteur militaire sur wagon
(Source : Ruhmer 1908)

Appareil de radiotéléphonie d'Ernst Ruhmer
(Collins, 1905)

Transmission photophonique nocturne sur le Wansee
(Source : Ruhmer, 1908)

Réception photophonique nocturne sur le Wansee
Source : Ruhmer 1908
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Observations astronomiques recourant au sélenium
En 1902 et 1903, Ruhmer a observé les éclipses solaires et lunaires en recourant aux propriétés du sélénium. (Hearshaw, 1993). Ce faisant, il a renoué avec une des premières idées de Georges R. Carey, qui, en 1877, imaginait la possibilité de pouvoir enregistrer le transit de Vénus avec des enregistrements sur plaques de cellules de sélénium.
Photographie en couleurs
Selon le témoignage du professeur Robert Goldschmidt, Ruhmer a procédé à des expériences de photographie en couleurs. (G. de Brander, 1910)
Téléphonie sans fil
Après ses expériences dans le domaine de la radiophonie, Ruhmer s'est penché, après Fessenden, sur les questions de la téléphonie sans fil, (wireless telephony), utilisant non plus la lumière mais les ondes sonores comme moyen de transmission du son.
En 1904, il construit un alternateur a très haute fréquence (300 000 périodes à la seconde) permettant de produire des oscillations entretenues, mais avec une puissance très faible limitant ses applications. (Ruhmer, 1907 ; Petit et Bouthillon, 1910)
En utilisant pour la réception un détecteur magnétique ou électrolytique, Ruhmer a pu correspondre à une vingtaine de kilomètres avec un dispositif transmetteur basé sur l'emploi d'un arc Poulsen procurant jusque 500 000 périodes par seconde (Gérard, 1910).
En 1908, il collabore avec Robert Goldschmidt, pionnier de la téléphonie sans fil en Belgique. Ils réalisent une transmission de entre le Palais de Justice de Bruxelles et le Palais colonial de Tervuren. En utilisant une antenne composée de vingt fils de 70 m de long et une longueur d'onde de 1750 m, ils obtiennent une bonne transmission de la parole pendant 30 minutes entre Bruxelles et Namur (60 km) et une bonne transmission du chant entre Bruxelles et Liège (110 km). (Goldschmidt, 1908 ; Colin, Zeitschrift für Schwachstromtechnik, 15.2.1910).
L'appareil de télévision électrique
L'annonce de la mise au point par Rühmer d'un appareil de télévision, le 26 juin 1909 donne lieu dans les mois qui suivent à la publication de nombreux articles dans la presse technique, dans la presse de vulgarisation, dans la presse quotidienne et les magazines populaires accroît sa notoriété internationale. Mais la démonstration de l'appareil annoncée comme un des "clous" de l'Exposition universelle de Bruxelles en 1910 n'a, de toute évidence, jamais eu lieu. (Voir sur ce site la page "La télévision électrique d'Ernst Ruhmer").
Transmission téléphonique multiplex
Après cet investissement dans la télévision Ruhmer est revenu aux questions plus classiques de télécommunication et a obtenu fin 1910 un brevet pour un système de transmission téléphonique multiplex (Ruhmer, 1911; Scientific American, 8 April 1911).
Sa mort précoce, à l'âge de trente-quatre, a mis fin à une oeuvre importante dans le domaine des communications radioélectriques.
Publications d'Ernst Ruhmer
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RUHMER E., "Kinematographische Flammenbogenaufnahmen und das Photographophon, ein photographischer Phonograph", Annlaen der Physik, 1901, pp.803-810
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RUHMER E., "The Photographophone", Scientific American, 20 July 1901, p. 36
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RUHMER E., Neuere Telegraphenapparate, Admin. d. Fachzeitschr. "Der Mechaniker", Berlin, 1901
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RUHMER E., "Der sprechende elektrische Flammenbogen und seine Verwendung zur „drahtlosen Telephonie“. Elektrotechnische Zeitschrift. Band 22, 1901, pp. 196–198
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RUHMER E.W., "Uber Teleautographen, mit besonderer Berücksichtigung des Gruh'schen Kopiertelegraphen und des Korn'schen Fernphotographen", Der Mechaniker, 10, 1902, p.158, 171, 172, 185-7
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RUHMER, E., Das Selen und seine Bedeutung für die eletrotechnik mit besondere Berüchsichtung der drahtlosen Telephonie, Verlag der Administration der Fachzeitschrift, "Der Mekaniker", F. & M. Harrwitz, Berlin, 1902.
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RUHMER E., Neuere elektrophysikalische Erscheinungen, F. & M. Harrwitz, 1902.
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RUHMER E., "Neue Apparate für Lichttelephonie", Jahrbuch für Photographie und Reproduktionstechnik für das Jahr 1903, pp.217-219
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RUHMER E., "Der neue Telegraphon-Apparat", Der Mechaniker, XX, 6,1904, pp.61-62
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RUHMER E., Konstruktion, Bau und Betrieb von Funkeninduktoren und deren Anwendung, Hachmedsiter & Thal, 1904.
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RUHMER E, "Brief an die Redaktion der Physikalischen Zeitschrift", Physikalische Zeitschrift, 7,10 Mai 1906, n.12, 1906 430-431
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RUHMER E., Drahtlose Telephonie, Selbstverlage des Verfassers, 1907
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RUHMER E., Wireless telephony, in theory and practice, C. Lockwood and Sons, London, 1908
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RUHMER E., Téléphonie sans fil, Desforges, Paris, 1909
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RUHMER E., Fortschritte auf dem Gebiete der Telegraphie, Harrwitz Verlag, Berlin, 1907
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RUHMER, E., "Belin's Fernphotograph", Der Mechaniker, 5. Februar 1909, pp.26-27.
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RUHMER E., "Der Fernseher der Gebrüder Andersen", Zeitschrift Für Schwachstromtechnik Vol 4, 14. September 1910, pp. 452-453.
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RUHMER E., Über drahtlose Telephonie, Selbstverlag des Verlassers, 1910
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RUHMER, E., Über Versuche mit Multiplex-Telephonie, Selbstverlag, Berlin, 1911
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RUHMER, E., "Der Rosingsche Fernseher", Zeitschrift für Schwachstromtechnik, 15 April 1911, pp.172-173
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RUHMER, E. "Ein bedeutsamer Fortschrit im Fernsehproblem (Der Rosingsche Fernseher)", Die Umschau, XV, 17. Juni 1911
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RUHMER E., Konstruktion, Bau und Betrieb von Funkeninduktoren und deren Anwendung, Administration der Fachzeitschrift "Der Mechaniker", 2. Auflage, 1913

Appareil de T.S.F. de Ruhmer
(Source Ruhmer, 1908)

L'alternateur Ruhmer à haute fréquence
Source : Gradenwitz, 1910)

Les deux photos d'Ernst Ruhmer et de son appareil de télévision qui ont été diffusées en 1909 par le journaliste Alfred Gradenwitz
(Source : Illustrated London News, 18 December 1909)
Quelques articles de presse sur les expériences de Ruhmer (autres qu'en télévision)
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Skowrounek ,F., "Drahtloses Telephonieren", Der Blatt des Hausfrau, n.48, Wien(1901?)
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Collins A.F., "Wireless Telephony", The Technical World, March 1905, pp.1-8.
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Gradenwitz A., "A Generator of Rapid Electrical Vibrations", Modern Electrics, December 1910, pp. 493, 525
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"The Death of Ernst Ruhmer", Scientific American, Vol. 108, No. 26, 28 June 1913, p. 579
Pour les articles relatifs à la télévision de Ruhmer, voir cette page.
André Lange, 31 janvier 2026
