EDISON ET LA VISION A DISTANCE
La télégraphie aérienne : la transmission de signaux électriques par induction (1885)
En 1885, Edison a déposé deux brevets relevant de ce qu'il appelait air-telegraphy (télégraphie aérienne), et reposant sur le principe de ce qu'il appelait l'induction électromagnétique. Edison s'en explique dans un article publié en mars 1886 dans The North Amercian Review. Il commence par évoquer ses découvertes de 1875 (sans plus utiliser le terme d'etheric force) :
"Pendant mes recherches sur ce sujet, j'ai découvert qu'à l'aide d'un appareil que j'avais fabriqué, je pouvais générer un courant électrique très puissant sur une distance de quinze mètres, d'un conducteur à l'autre, au moyen d'une simple bobine primaire qui ne produisait aucune étincelle dans l'air, tandis que la bobine secondaire, bien que produisant des étincelles sur plusieurs centimètres, était incapable de transmettre une onde sur cette grande distance. Ce fait a immédiatement ouvert un champ d'application entièrement nouveau pour l'utilisation pratique de l'électricité induite dans la télégraphie entre des points où une connexion filaire serait impossible. C'était comme découvrir soudainement un nouveau roman dans l'infinie bibliothèque des merveilles de l'électricité."
Il évoque ensuite les travaux de ses amis William Wiley Smith et E.T. Gilliland :
"Par la suite, mes amis, MM. William Wiley Smith et E. T. Gilliland, ont présenté une invention brevetée par eux en 1881, permettant de faire fonctionner le téléphone au moyen de courants induits entre des wagons de chemin de fer et un fil spécial placé près de la voie"
La communication télégraphique avec des trains en marche
William Wiley Smith était un électricien d'Indianapolis. en 1880, il avait remarqué que lors de la transmission téléphonique d'un concert à Indianapolis, le son avait aussi obtenu dans la localité voisine de Richmond, qui n'était pourtant pas connectée. Il en avait conclut que cette transmission sans fil était le résultat de l'"induction statique et avait obtenu en 1881 un brevet "Car telegraphy) (US 247 127) pour une système de communication vocale entre un train un mouvement et un centre opérationnel. (The Inter-Ocean, 25 March 1886). Un ami d'Edison, Ezra Gilliland, Directeur du département mécanique de l'American Bell Telephone avait acquis la moitié des intérêt du brevet et convainquit Edison de travailler à l'amélioration de son fonctionnement. Ils obtinrent un brevet pour un système de communication télégraphique et non plus vocale. Comme le raconte Edison, "Il est apparu qu'aucun fil spécial ne serait nécessaire à proximité de la voie, car le courant généré sur la voiture pouvait se propager sur les fils Morse ordinaires ; et ces fils ont été utilisés par moi, grâce à l'emploi d'instruments appropriés, pour transmettre des messages à destination, sans interférer avec le trafic régulier (...). Avec mon système, chaque train enverrait des rapports aux gares fixes en permanence ; ainsi, même si le wagon où se trouvait l'instrument se renversait, cela n'aurait aucune importance. Les conducteurs et les régulateurs soupçonneraient immédiatement un accident et télégraphieraient en conséquence aux autres trains. Cette invention pourrait bien s'appeler « télégraphe aérien », car elle nous permet de converser à travers l'atmosphère grâce à ces fils."
Les expériences menées par Edison et Gilliland leur firent constater la possibilité de transmettre un signal sur une distance de plus de 5000 pieds soit plus de 1,5 kilomètre. Ils firent également des expériences avec ballon captifs, qui permettaient d'échapper aux problèmes de courbature de la terre. Edison et Gilliland déposèrent le 13 janvier 1886 un brevet "Railway Telegraphy" qui fut attribué le 5 octobre 1886 (US Patent 350 235). L'invention est annoncée dans la presse le 1er février 1886 (Chicago Tribune, 2 February 1886) et Edison l'évoque avec un de ses journalistes préférés, George Parsons Lathrop (Chicago Tribune, 14 February 1886) avant de donner plus de détails dans The North Amercian Review.
Le brevet fut également déposé en France dès le 11 juin 1885 et attribué le 13 octobre 1885 (FR169500). La revue Cosmos de l'Abbé Moigno lui consacre un article en mars 1886, signalant les réticences des électriciens français. Le Génie Civil lui consacre également un article le 24 avril 1886. En janvier 1893, L'Illustration mentionne l'invention en écrivant que le système était système que l'ont crut à une mystification. Deux ans plus tard, les Annales des sciences psychiques font référence à cet article pour argumenter sur la possibilité de la télépathie.
Le système fut expérimenté par la Staten Island Railroad, et, après des améliorations fut également testé, mais non adopté, par la Milwaukee and Saint Paul Railroad. Au début de 1887, la Railway Telegraph & Telephone qu'avaient créée Edison et Gilliland fusionna avec la Phelps Induction Telegraph Company qu'avait créé le concurrent Lucius Phelp, qui avait intenté un procès en interférence contre le brevet d'Edison et Gilliland. Un nouveau système fut mis au point en 1887 mais semble n'avoir été exploité durablement que par la Lehigh Valley.
Des recherches menées par Edison et Gilliland au printemps 1885 naquit l'idée de proposer également un brevet utile pour la communication entre les bateaux.

Illustration du brevet de William Wiley Smith (1881) pour la communication téléphonique avec les trains en mouvement.

Equipment du système de W.W. Smith 'Abernethy, 1887)

Illustration du brevet Edison/Gilliland
(US Patent 350 235)

Illustration du brevet français d'Edison et Galliland (FR169500).
Source : Archives INPI

Cosmos, 22 mars 1886
Source : Gallica
Le brevet sur la transmission des signaux électriques (1885, 1891)


Le 6 mai 1885, Edison adresse à son avocat Richard Dyer les instructions pour prendre un brevet relatif à une nouvelle méthode de télégraphie sans fil, spécialement disponible pour la communication entre bateaux en mer, par delà les cours d'eau ou d'île à île. ("new method telegraphing without wires especially available for communicating between ships at see across Rivers from Island to Island").
Le contenu de la note est le suivant :
"Grand tambour recouvert de métal, levé et abaissé par une corde et une poulie
On peut télégraphier depuis des navires distants de 24 miles lorsque la bande métallisée est à 100 pieds du niveau de la mer et se trouve alors à 50 pieds au-dessus de la ligne
de courbure de la Terre
Supposons que deux navires soient distants de 24 miles, ils pourraient télégraphier. Et s'il y avait un autre navire 24 miles plus loin, les messages pourraient être répétés du premier au dernier navire distant de 48 miles, et ainsi de suite si les lignes entre Liverpool et New York permettaient des communications échanger et répéter de navire à navire à mi-chemin de l'océan — en mer, c'est très calme et il suffit de tenir compte de l'absorption due à la mer, et non de maisons dans les arbres, collines, etc."
Les éditeurs des Papers of Thomas A. Edison fournissent les éléments suivants :
"La demande de brevet préparée selon ces instructions fut déposée le 14 mai. Couvrant les améliorations apportées à l'«art de la télégraphie et de la signalisation électriques», elle comportait trois revendications générales relatives à l'«art de communiquer électriquement entre des points distants sans l'intermédiaire de fils conducteurs», fondée sur la transmission d'«impulsions électrostatiques» et leur réception sur une «surface de condensation élevée». La demande fut rejetée et substantiellement modifiée à au moins trois reprises. L'Office des brevets fit référence à des brevets antérieurs, notamment ceux de Wiley Smith et de Lucius Phelps, qui pouvaient relever de ces grandes catégories. Les avocats d'Edison plaidèrent par la suite qu'il avait «inventé – ou peut-être découvert – quelque chose de plus. Il est le premier à transmettre des signaux à distance par induction sans l'utilisation de fils conducteurs.» Finalement, les revendications furent restreintes d'un procédé général à un appareil spécifique, et le brevet fut finalement délivré en 1891 sous le titre «Moyens de transmission électrique de signaux»".
L’explication qu’Edison donnait du système sans fil était très similaire à celle d'un télégraphe pour les chemins de fer imaginé depuis fin décembre 1884 avec Ezra Gilliland : des impulsions électrostatiques étaient transmises d’une surface «condensatrice» à une autre, comme dans un condensateur ordinaire, à travers le milieu diélectrique de l’air.
Dans son article pour la North American Review Edison assimilait explicitement les deux systèmes. Les éditeurs scientifiques des Edison's Papers considèrent compte tenu de sa similitude avec le télégraphe ferroviaire, Edison avait manifestement discuté de ce sujet avec Ezra Gilliland. Suite à une de ces conversations, Gilliland lui envoya une formule et un tableau permettant de déterminer la courbure de la terre. Auparavant, Gilliland lui avait envoyé un morceau du «câble conducteur en étain dont nous parlions l’autre jour». D'après les comptes rendus, les expériences semblent avoir commencé à la mi-juin et se sont poursuivies jusqu'au début du mois d'août.
Le brevet décrit l'invention, basée sur le principe de l'induction.
"J'ai découvert que, si l'on atteint une altitude suffisante pour compenser la courbure de la surface terrestre et minimiser l'absorption du sol, la télégraphie ou la signalisation électrique entre des points distants peut se faire par induction, sans aucun fil conducteur.
Cette découverte est particulièrement pertinente pour la télégraphie transocéanique, évitant ainsi l'utilisation de câbles sous-marins, ou pour la communication entre navires en mer, ou entre navires en mer et points terrestres.
Elle s'applique également à la communication électrique entre points terrestres distants, à condition, sur terre (sauf pour les communications au-dessus des prairies), d'augmenter l'altitude afin de minimiser l'effet d'absorption par induction des habitations, des arbres et du relief.
En mer, depuis une altitude de trente mètres (100 pieds), je peux communiquer électriquement sur une grande distance.
Cette altitude, ou une altitude suffisamment élevée, pouvant être atteinte grâce aux mâts des navires, permet l'envoi et la réception de signaux entre navires distants de manière considérable.
La répétition des signaux de navire à navire permet d'établir une communication entre des points distants de n'importe quelle distance, même à travers les plus grandes mers et les océans.
Ce type de signalisation permet de prévenir les collisions de navires par temps de brouillard et d'assurer la sécurité d'un navire approchant une côte dangereuse par temps de brouillard.
Pour communiquer entre des points à terre, on peut utiliser des poteaux de grande hauteur ou des ballons captifs.
Sur ces supports, qu'ils soient fixés aux mâts des navires, sur des poteaux ou des ballons, se trouvent des surfaces de condensation en métal ou autre conducteur d'électricité.
Chaque surface de condensation est reliée à la terre par un fil conducteur. Sur les points élevés, cette liaison à la terre est de type télégraphique classique.
En mer, le câble serait relié à plusieurs plaques métalliques au fond du navire, où la mise à la terre serait effectuée avec l'eau.
Un circuit secondaire à haute résistance d'une bobine d'induction est placé entre la surface de condensation et la terre.
Le circuit primaire de la bobine d'induction comprend une batterie et un dispositif de transmission de signaux, qui peut être un disjoncteur rotatif actionné en permanence par un moteur approprié, électrique ou mécanique, et un interrupteur court-circuitant normalement le disjoncteur ou la bobine secondaire.
Pour la réception des signaux, je place dans ledit circuit, entre la surface de condensation et la terre, un sondeur à membrane, de préférence un de mes récepteurs téléphoniques électromoteurs.
Lorsque la clé coupe normalement le circuit du disjoncteur rotatif, aucune impulsion n'est produite dans la bobine d'induction tant que la clé n'est pas enfoncée.
Un grand nombre d'impulsions sont alors produites au primaire, et par l'intermédiaire du secondaire, des impulsions ou variations de tension correspondantes sont produites au niveau de la surface de condensation surélevée, y générant des impulsions électrostatiques.
Ces impulsions électrostatiques sont transmises par induction à la surface de condensation surélevée au point distant et sont rendues audibles par l'électromotographe connecté au circuit de terre avec cette surface de condensation distante.
L'air intermédiaire constitue le diélectrique du condensateur, dont les surfaces de condensation sont reliées à la terre.
On obtient ainsi un circuit dans lequel est interposé un condensateur formé de surfaces de condensation surélevées et distantes, l'air intermédiaire servant de diélectrique."
Il s'agit là bel et bien d'un système de transmission hertzienne, y compris avec l'idée d'antennes. Le brevet est déposé cinq ans avant les premières démonstrations de Marconi.
Edison en esquisse les usages dans son article de la North American Review :
Je prévois de l'appliquer de telle sorte que des navires en mer, distants de plusieurs kilomètres, puissent échanger des messages de n'importe quelle longueur par signaux. Ceci sera probablement réalisé à l'aide d'un cerf-volant recouvert de papier aluminium, planant à plusieurs centaines de mètres au-dessus du pont et contrôlé par un fil fin. Le chant des sirènes n'aurait aucun charme pour un marin qui pourrait entendre de chez lui et envoyer un message à sa bien-aimée par cette méthode. Les nouvelles de naufrages, de détresse, de mutineries, etc., pourraient être rapidement transmises de navire à navire dans la zone de signalisation de chacun, et les marchands pourraient non seulement savoir exactement où se trouvent les navires transportant les précieuses cargaisons qui leur sont facturées, mais pourraient aussi, s'ils le souhaitaient, télégraphier pour modifier la destination de leurs navires, en fonction des fluctuations du marché. En temps de guerre, une ligne de navires stationnés le long de la côte, ou entre le théâtre des combats et le bureau télégraphique le plus proche, pourrait s'avérer d'une aide précieuse pour transmettre par télégraphe aérien des nouvelles de l'approche de l'ennemi, ou pour acheminer des dépêches lorsque les communications terrestres sont interrompues.
Dans les archipels et là où de petites îles se trouvent près des côtes, ce dispositif permettrait de télégraphier d'île en île, ou vers le continent, à un coût bien moindre qu'en posant des câbles sous-marins.
Pourquoi ne pas utiliser également ce même moyen pour télégraphier depuis des stations éloignées les unes des autres, qui pourraient être installées dans des régions montagneuses ou forestières, où les fils ne pénètrent généralement pas ?"
L'article du North Telegraph a eu un certain écho dans la presse aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Cependant, aucune trace d'expérience ou de démonstration n'existe. Comme en 1876, Edison ne semble pas avoir poussé plus loin son idée, pourtant d'une grande originalité et au potentiel pratique important, comme le détaille le brevet.
Lorsque le brevet a été publié en 1891, il ne semble pas avoir suscité de grand intérêt de la part de la presse spécialisée. Quelques magazines Scientific American (16 January 1892), The Engineer (29 January 1892) présentèrent le brevet sans commentaire. The Leisure Hour le fait également, en apportant ce commentaire :
"Il ne fait aucun doute que la méthode de M. Edison est scientifiquement applicable sur de vastes distances, en mer comme sur terre, mais il reste à voir si, sauf dans le cas des navires en mer, elle peut rivaliser économiquement avec les méthodes actuelles. Il s'agit en tout cas d'une extension remarquable, et peut-être même révolutionnaire, des pouvoirs de l'électricité inductive."
La publication du brevet ne semble pas avoir eu beaucoup d'échos en Europe. On notera cependant un article dans English Mechanic and World of Science (5 February 1892) puis un autre d'Andrew Wilson, dans le Illustrated London News (27 February 1892) déclarant que, s'il est réellement développé dans ses détails, il constitue une révolution dans la communication maritime. Le système fait l'objet de quelques citations dans la presse française des bords de Manche en février 1892 sous l'appelation de "télégraphie marine" (Journal de la ville de Saint-Quentin, 13 février 1892, Le Grand Echo du Nord de la France, 16 février 1892, L'Univers, 17 février 1892,...) avant d'être reprise par la presse spécialisée (La revue industrielle, Cosmos).
Un brevet sans véritable suite
En 1901, l'inventeur E. Guarini a réalisé des expériences terrestres sur une distance de 44 km entre Bruxelles, Malines et Anvers grâce à l'émetteur Edison, en remplaçant le téléphone par un cohéreur dans le récepteur
ce qui lui a permis de se passer des ondes hertziennes, généralement considérées comme indispensables à la réalisation de la télégraphie sans fil longue distance. Revenant sur la question en 1903, il écrit "Cela n'a rien d'étonnant : le courant qu'une antenne en circuit ouvert peut émettre est le produit de sa fréquence et de sa capacité. Deux méthodes pour rayonner une grande énergie se présentent ainsi : (1) Utiliser une fréquence élevée (ondes hertziennes) et une antenne de faible capacité. C'est la méthode employée par Marconi, Braun, Slaby, etc. (2) Utiliser un courant de basse fréquence et des antennes de grande capacité. C'est la méthode employée par Edison et par l'auteur."
Le 14 avril 1902, Edison chargea son agent Lewis de vendre le brevet. Le brevet fut acquis pour un dollar symbolique par la Marconi Wireless Telegraph Co. en 1902. Comme l'explique Dyer, l'avocat d'Edison, dans la biographie qu'il lui a consacrée : Edison a toujours eu une grande admiration pour Marconi et son travail, et une amitié chaleureuse unissait les deux hommes. Durant la période de formation de la Marconi Company, des tentatives furent faites pour influencer Edison afin qu'il vende ce brevet à une entreprise concurrente, mais son estime pour Marconi et sa foi dans la nature fondamentale de son travail étaient si fortes qu'il refusa catégoriquement, car entre les mains d'un ennemi, le brevet pourrait être utilisé à l'encontre des intérêts de Marconi. Les idées d'Edison, telles qu'exprimées dans le cahier des charges de ce brevet, montrent très clairement l'étroite analogie de son système avec celui alors en vogue." (Dyer & Martin, 1910, vol.2, p. 820)
Il est tombé dans l'oubli jusqu'à ce que l'un des assistants d'Edison, Francis Jehl, en rappelle l'existence dans son article "Edison's Contributions to Wireless" publié en 1928. après avoir rappelé la théorie de la force éthérique et la découverte de l'"effet Edison" Jehl concluait :
Il est étonnant que pendant tout ce temps, de 1875 à 1885, et malgré toutes les capacités théoriques de l'époque, personne n'ait pu expliquer ce phénomène jusqu'à ce que le professeur allemand Heinrich Hertz, en 1886, commence à éclairer le monde sur le sujet. Puis, en 1895, lorsque Marconi commença ses expériences et utilisa l'idée d'Edison d'une antenne et d'une bobine d'induction, combinée au cohéreur de Branly et à celui de Lodge, il raviva l'intérêt pour la communication sans fil. Le brevet d'Edison n° 465971 présente et explique le premier système pratique de communication sans fil de l'histoire et constitue la genèse de cet art."
A partir des années 30, différentes publications états-uniennes attribuent à Edison le rôle d'inventeur de la radiodiffusion
Le brevet fut évoqué lors d'une Conférence internationale de l'UIT à Atlantic City en 1947. Lors de l'ouverture de la conférence un représentant de Secretary of State cita Marconi comme l'inventeur de la T.S.F., ce qui entraina une protestation du représentant de l'Union soviétique, arguant que l'inventeur était Popov. Un membre de la délégation des Etats-Unis produit alors le brevet d'Edison, qui était antérieur de dix ans aux travaux de Marconi et de Popov. (The Morning Electron, 12 September 1947, cité in Ham Radio, March 1989, p. 17).
Edison a-t-il conidéré la possibilité de la diffusion sans fil des images ?
Les hypothèses de travail d'Edison pour la transmission des signaux sans fil ne se sont probablement pas limitées aux seuls signaux Morse. La déclaration que l'inventeur fait, lors de son séjour à Paris au New York Herald (13 août 1889) sur la seeing machine se termine par cette considération : "Evidemment, il est ridicule de parler de vision entre New York et Paris ; la rotundité de la terre, si rien d'autre, rendrait cela impossible". Un tel pessimisme nous fait sourire aujourd'hui, mais il est révélateur d'une chose : en 1889, donc quatre ans après son travail avec Gilliland sur l'impact de la rotondité de la terre pour les transmissions de signaux par induction, Edison réfléchit à une transmission d'images non par câble (par câble sous-marin dans le cas d'une liaison entre New York et Paris), mais en terme de transmission sans fil. Est-il toujours, en août 1889, dans la théorie d'une transmission par induction ou a-t-il déjà assimilé les apports tout récents de Heinrich Hertz sur les ondes électromagnétiques, il n'est pas possible de le savoir. Mais on peut lui faire crédit d'être le premier à sortir, même de manière très allusive, du modèle "seeing by wire" qui est celui qui circule depuis la fin des années 1870. Il faudra attendre le brevet de Mieczysław Wolfke en 1898 pour qu'un inventeur formule plus explicitement le recours aux ondes hertziennes dans un projet de téléctroscope.
André Lange, 21 mars 2026
Note envoyée par Edison à Richard Dyer le 6 mai 1885
Source : Edison's Papers, Rutgers University
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EDISON, T.A., Means for Transmitting Signals Electrically,,
US Patent 465,971, Application 23 May 1885, Specification 29 December 1891

"La figure 1 représente deux navires mis en communication grâce à ma découverte ; la figure 2, une vue montrant des stations de signalisation sur les rives opposées d'un fleuve ; la figure 3, une vue séparée, principalement schématique, de l'appareil ; la figure 4, un schéma d'une portion de la surface terrestre, montrant la communication par ballons captifs ; la figure 5, une vue d'un ballon captif unique conçu pour la signalisation.
A et B représentent deux navires, chacun muni d'une surface de condensation métallique O, fixée en tête de mât. Cette surface de condensation peut être en toile recouverte de tôle souple ou de feuille métallique, fixée de toute manière appropriée. De la surface de condensation C, un fil C s'étend jusqu'à la coque de chaque navire et, traversant l'appareil de réception et d'émission du signal, jusqu'à une prise métallique P située sur le fond du navire. Ce fil passe par un récepteur téléphonique électromotographe D ou tout autre récepteur approprié, et comprend également le circuit secondaire d'une bobine d'induction F. Le primaire de cette bobine d'induction contient une batterie et un disjoncteur rotatif G. Ce disjoncteur est entraîné rapidement par un moteur (non représenté), électrique ou mécanique. Il est normalement court-circuité par un interrupteur inverseur II ; en appuyant sur celui-ci, le court-circuit est interrompu et le disjoncteur s'ouvre, rétablissant ainsi très rapidement le circuit primaire de la bobine d'induction. Cet appareil est représenté plus en détail sur la figure 3.
Sur la figure 2, I et K sont des stations terrestres, comportant des poteaux L supportant des surfaces de condensation C, qui peuvent être de légers cylindres ou des cadres en bois recouverts de tôle. Ces tambours sont conçus pour être levés et abaissés par un système de palan et sont reliés par des fils à des plaques de terre via un appareil de réception et de transmission de signaux, tel que décrit précédemment.

Sur la figure 5, M est un ballon captif dont les surfaces de condensation C sont constituées de feuilles métalliques. Le fil de terre 1 est acheminé le long de la corde c, qui maintient le ballon captif. Sur la figure 4, trois de ces ballons captifs sont représentés en position de communication entre eux et de transmission au troisième, la courbure de la surface terrestre étant ainsi représentée.
Bibliographie
Textes d"époque
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"Telegraphing Without Wires", Engineer, 29 January 1892, p.86
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Textes postérieurs
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L'Univers, 17 février 1892

Accord entre la Marconi Wireless Telegraph Co et Edison pour le rachat du brevet 465,971 (Octobre 1902)
Source : Edison's Papers, Rutgers University

Extrait de "Edison's Millenium", Edition parisienne du New York Herald, 13 August 1889.


