Walter Friedel, un observateur attentif mais prudent de la transmission des images (1925-1930)
Walter Friedel, était conseiller au gouvernement allemand et membre du Bureau des brevets du Reich allemand. Il a consacré un livre et plusieurs articles au question de transmission d'images et de télévision.
De son livre Electrisches Ferhsehen, Fernkinematographie und Bildfernübertragung, (1925), Arthur Korn, généralement sévère avec ses contemporains, a donné une critique dont on trouvera la traduction ci-dessous. L'ouvrage propsoe une synthèse des diverses modlités de transmission de l'image et discute des méthodes récente comme celles de Telefunken. Friedel exprime un certain scepticisme quant à la réalisation immédiate d'une télévision "réaliste", arguant que la réalité est trop complexe pour être capturée pleinement par les technologies naissantes. Il met l'accent sur les applications pratiques, comme la transmission de dessins ou de signaux simples, plutôt que sur des visions utopiques.
Dans livre pionnier sur les relations entre cinéma et télévision, Audiovision Cinema and Television as Entr'actes in History (1999), l'archéologue des médias allemand Zielinski remarque qu'à la fin de son livre Friedel exprime son scepticisme :
"La réalité, selon lui, était trop pauvre pour une visualisation directe. « La plupart des événements ne valent pas la peine de transporter et d'installer un appareil de télévision, sans parler d'un émetteur », écrivait-il. « Il semble très douteux qu'il soit rentable de construire des salles de cinéma pour la diffusion d'images télévisées, car il ne faut pas oublier que rien d'intéressant et digne d'être vu ne se produit à chaque minute de chaque jour. La télévision ne pouvant diffuser que les événements qui se déroulent en même temps qu'elle les retransmet, il y aurait probablement de nombreuses retransmissions à certains moments qui se chevauchent, puis pendant de nombreuses heures, rien à voir. Ainsi, les salles de cinéma seraient vides la plupart du temps. Ce n'est que lors d'événements majeurs, comme des combats de boxe et autres sensations fortes, que les salles de cinéma afficheraient complet. Laissons de côté la conception, par ce digne conseiller, d'événements réels dignes d'être télévisés, conception qui n'est pas si différente de ce que les politiciens nationaux contemporains aimeraient voir comme réalité télévisée aujourd'hui et qu'ils voient, en fait Friedel Ianticipe ici la forme la plus avancée et originale de ce médium, la simultanéité de l'événement et de sa visualisation, même s'il ne pensait pas à l'usage personnalisé de la télévision mais plutôt à la technologie extravagante jugée nécessaire à l'époque et à une forme de réception analogue au cinéma."
Friedel a également donné deux articles à la revue d'Hugo Gernsback, Radio News : dans le premier il propose son propre modèle de transmission des images par voie hertzienne, qu'il considère comme une phase préalable à la télévision ; dans le second il étudie les développements récents de la télévision, en particulier la proposition de Denys von Mihaly.
Electrisches Ferhsehen, Fernkinematographie und Bildfernübertragung, (1925),
Recension par A. Korn, Die Naturwissenschaften Vol 14, 15.6.1926
"Ce livre se distingue agréablement de la plupart des publications trop optimistes sur la télévision électrique par son objectivité et son scepticisme critique. Les nombreux articles de presse récents, non vérifiés, qui présentaient la télévision comme une réalité et tentaient de convaincre un large public qu'il serait bientôt possible d'assister à une représentation théâtrale dans une ville lointaine grâce à la transmission d'images électriques sans frais importants, ont considérablement accru l'intérêt pour la transmission des images. Cet engouement, généralement bienvenu, pour la télégraphie d'images est contrebalancé par le principal inconvénient de ces articles sensationnalistes : les attentes sont déjà beaucoup trop élevées, et les acteurs les plus à même de contribuer au progrès par l'application pratique de la télégraphie d'images – grands journaux, banques, institutions gouvernementales – restent réticents face aux progrès déjà réalisés, car on leur promet, à tort, quelque chose de bien plus spectaculaire. Il est donc particulièrement opportun que des présentations factuelles viennent clarifier la situation ; l'auteur s'en est acquitté avec brio.
Bien que son livre s'adresse principalement aux spécialistes, certains d'entre eux pourront également le vulgariser pour le rendre accessible à un public plus large. L'auteur passe en revue toutes les méthodes antérieures de transmission d'images télégraphiques : la méthode de copie de télégraphes, la méthode des cellules photoélectriques, la méthode en relief et les méthodes statitisques.
De l'avis du relecteur, l'auteur se montre quelque peu trop optimiste quant à la méthode en relief : tout ce qu'elle permet d'accomplir peut être réalisé avec la même efficacité, voire mieux dans certains cas, par la méthode de copie de télégraphes et la méthode des cellules photoélectriques. Cependant, la méthode en relief se heurte toujours à la difficulté majeure de produire rapidement des plaques d'impression en relief nettes pour l'émetteur. De plus, même dans le cas le plus simple de la transmission d'écriture manuscrite et de dessins, la méthode en relief est largement surpassée en termes de vitesse de transmission par la méthode de copie de télégraphes, notamment en télégraphie sans fil, où les problèmes de capacité liés aux longues lignes sont éliminés.
Une place importante est consacrée aux méthodes d'amplification, essentielles à la télégraphie d'images, qui reposent sur l'utilisation de tubes à vide. Les piles alcalines, déjà utilisées en télégraphie d'images aux côtés des piles au sélénium, sont également abordées. De même, il est fait mention des cellules Kerr (Karolus), plus récemment utilisées, qui reposent sur la variation de biréfringence de la lumière dans certains liquides sous l'effet de forces électrostatiques et peuvent être intégrées à un dispositif de réception sans inertie.
L'auteur explique comment la télégraphie par images trouve déjà de nombreuses applications pratiques. Concernant la télévision, son analyse critique aboutit à des conclusions similaires à celles qu'il a exprimées dans de nombreuses publications : la télévision ne peut actuellement être réalisée qu'à un coût exorbitant, indépendamment de sa viabilité économique. Le problème est théoriquement soluble grâce à un grand nombre de lignes ou, en télégraphie sans fil, grâce à un grand nombre de longueurs d'onde ou de fréquences différentes. Il convient de distinguer la télévision proprement dite, dont le coût est si élevé, de la construction de maquettes de télévision, capables de transmettre des images avec un nombre réduit de pixels et qui ont servi de base à de récents reportages sensationnalistes."
Arthur Korn, Berlin.

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FRIEDEL, W., Electrisches Ferhsehen, Fernkinematographie und Bildfernübertragung, Meusser, Berlin, 1925 8vo. [8], xi-xv, [1], 176 pp. With 158 text illustrations of the experimetns and observations. (Recension par A. Korn, Die Naturwissenschaften Vol 14, 15.6.1926)
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FRIEDEL W., "Bildrundfunk", Radio-Amateur, 2. Juli 1926, pp.536-540.
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FRIEDEL W., "The Broadcasting of Pictures", Radio News, August 1926
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FRIEDEL W., "The Main Problems of Television", Radio News, December 1926pp. 767-770
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FRIEDEL W., "Die geschichtliche Entwicklung des Fernsehens", Ferrnsehen, 1 Januar 1930, pp. 12-7
