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Les constructeurs amateurs en France à l'époque de la télévision mécanique

En France, le début du mouvements des constructeurs amateurs est plus tardif qu'en Grande-Bretagne, ce qui s'explique évidemment par le fait que des émissions régulières n'ont commencé qu'en décembre 1931. Les recherches approfondies d'historiens sur cette période sont encore relativement rares. Les deux ouvrages les plus détaillés d'historiens sur la période, l'Histoire générale de la radio et de la télévision en France de Christian Brochand (1994) et la biographie de René Barthélemy par Michel Amoudry (1997) sont, très logiquement, focalisés sur le rôle des inventeurs et premiers émetteurs et les amateurs n'y sont mentionnés que de manière ponctuelle. Une recherche spécifique sur la quetsion mériterait d'être tentée et nous ne ferons ici qu'identifier quelques éléments d'information. 

En juin 1926, le Professeur Marcel Moye, Doyen de la Faculté de droit de l'Université de Montpellier, mais aussi passionné par la T.S.F., publie dans le magazine La T.S.F. moderne un article pionnier, "La télévision par radio. Une vision d'avenir" dans lequel il prévoit que les amateurs pourront construire un récepteur de télévision aussi facilement qu'un récepteur de radio. 

Les clubs de sans-filistes Club des 4 et ET F & C proposent durant l'été 1927 d'inclure la télévision dans les activités des amateurs de T.S.F. Un des collaborateurs de la revue France-Radio, A.Chaye Dalmar, leur emboîte le pas en publiant dans le numéro d'août 1927 un article "Pourquoi pas une télévision d'amateur ?". Le sujet de l'article n'est cependant pas similaire à ce que nous venons d'examiner aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. L'auteur se pose en amateur-inventeur, avançant ses propres solutions d'ensemble, comme l'ont fait beaucoup d'autres avant lui. Ce qui est nouveau est de s'affirmer en amateur dans ce type de pratique ce qui est le signe qu'une professionalisation de la recherche commence à se percevoir (à travers les réussites de Jenkins et de Baird, mais aussi des travaux de chercheurs français reconnus comme Edouard Belin ou Fernand Holweck)

En 1928-1929, Eugène Aisberg publie dans la revue La Télévision une série d'articles "La transmission d’images à la portée de tous. Principes fondamentaux de la phototélégraphie et de la télévision". Il s'agit d'un travail pédagogique, qui ne suppose pas encore une approche d'amateur-constructeur, mais qui contrinue à la préparer. De même la série d'articles "Radiovision" publiée par René Barthélemy dans le magazine L'Antenne en 1929-1930 relève de l'exposé théorique et ne s'adresse pas explicitement à des amateurs-constructeurs, même si ceux-ci sont mentionnés ici ou là.

Baird fait une présentation de son Televisor à l'Olympia de Paris en novembre 1930, mais les participants s'accordent à considérer que les résultats étaient décevants et peu convaincants.  C'est plutôt la possibilité de capter les émissions en provenance de Londres qui a  contribué à lancer le mouvement des amateurs-constrcuteurs, dont l'importance en nombre reste difficile à déterminer. 

L'idée d'une télévision d'amateurs n'a pas que des défenseurs. Dans la revue Le Cinéopse, O. Blemmec met en garde, en novembre 1931, contre l'idée que des amateurs pourraient être opérationnels avec une technologie qui n'est encore que dans une phase expérimentale. Ses articles manifestent une grande méfiance par rapport aux expériences de Baird. Seule l'arrivée de la cellule de Kerr lui donne un peu d'optimisme dans son article du 1er juillet 1933. 

Nous avons déjà signalé  le cas de R. Aschen, qui a fait part de son enthousiasme à la revue britannique Television.  Il publie en 1932 avec E. Aisberg le livre Théorie et pratique de la télévision, ouvrage qui propose les méthodes de construction et les graphiques de plusieurs modèles d'appareils.  Le poète et critique Paul Dermée, un des rares intellectuels français qui s'intéressent à ce nouveau moyen d'expression en gestation recense le livre avec enthousiasme  : "(...) les nombreux chercheurs et curieux qui ne trouvent plus d'intérêt dans la construction de récepteurs de radiodiffusion, dont la technique est actuellement stabilisée, peuvent avec fruit se construire des téléviseurs qui se branchent sur un récepteur de T.S.F. tout comme un haut-parleur" (La Dépêche, 23 décembre 1932). 

L'un des principaux promoteurs en France de la construction de récepteurs est l'ingénieur Pierre Hemardinquer, qui a publié en 1933 le livre La télévision et ses progrès et des articles sur les possibilités ouvertes aux amateurs dans La Nature (novembre 1933) et Je sais tout (1er juin 1935). 

En novembre 1933, Hemardinquer ne peut que constater le retard de la France par rapport à l'Angleterre, qu'il attribue à l'absence d'émissions : "Il y aurait d'après des estimations peut-être un peu optimistes 10 à 15 000 récepteurs de radiovision en fonctionnement en Angleterre, et ce nombre augmenterait chaque jour. Que des émissions régulières de radiovision, même sous une forme restreinte, aient lieu en France (ce projet doit être réalisé prochainement), un noyau d'amateurs de radiovision d'importance au moins égale se formera certainement aussi chez nous."

Après avoir rappelé que le "bricolage" ingénieux est à l'honneur en France, l'auteur argumente sur le rôle que les amateurs ont joué dans la découvertes des possibilités en radio des ondes courtes. Il constate qu'il n'existe que peu d'émetteurs en France (Baird-Pathé-Nathan, qui a commencé en 1932 ; celui de René Barthélemy, qui vient d'être installé ; Le Petit Parisien et Henri de France ont des émetteurs en projet). Les programmes de la BBC sont également reçus, mais un problème se pose pour les amateurs : pour recevoir les émissions françaises de type "Standard" et les émissions britanniques de type Baird; les disques doivent être équipés, suivant la proposition de Marc Chauvière, de deux spirales de trous distinctes : dans le système français, la rotation se fait dans le sens des aiguilles d'une montre et dans le système Baird dans le sens inverse. Les constructeurs français proposent des disques distincts. Par ailleurs le cadrage Baird se fait en hauteur tandis que le cadrage français se fait à l'horizontale. Les amateurs qui souhaitent recevoir le système Baird doivent ajouter, pour la synchronisation, une roue phonique.

 

Hemardinquer signale que des entreprises commercialisent des "blocs" (traduction française à l'époque des kits), facilement montables par des particuliers : le modèle Astra, le modèle Emyvisor (lancé par René Barthélemy).  Hemadinquer signale également que des tambours à miroirs commencent à se trouver sur le marché, mais que les récepteurs à tambour de miroirs sont beaucoup plus difficiles à monter. Il décrit le modèle Hardy, qui s'adresse aux amateurs.

Certains magazines de sans-filistes publient des articles expliquant comment construire un téléviseur.

C'est notamment le cas du Journal des 8 en mars-avril 1933. La chose est plus rare dans la presse quotidienne, mais La parole libre consacre un article détaillé à la question le 19 juin 1932.

Le 2 février 1933, Marc Chauvière fait une conférence, avec démonstration, sur la construction d'appareil de réception de télévision à la Société française de photographie et de cinématographie (La Revue française de photographie et de cinématographie, 1er février 1993). Il  estime à un millier le nombre d'amateurs équipés avec un disque de Nipkow et une centaine avec un disque à lentilles. (L'Antenne, 1er octobre 1933, p. 657).

En 1935, lorsque Hemardinquer écrit son second article, les choses ont évolué. Deux stations (Paris PTT Paris et Radio-Lyon) émettent régulièrement. Radio-Lyon émet toujours en mode 30 lignes, mais Paris PTT commence des émissions émissions électroniques "à haute définition", qui nécessitent un récepteur avec oscillographe cathodique. Hemardinquer explique que la construction d'un tel récepteur n'est pas aussi compliquée que ce qu'on le pense généralement et qu'elle peut être réalisée à des prix abordables. Un récepteur radio ,peut être monté  en remplaçant le haut parleur par un système lumineux avec lampe à incandescence, un disque de Nipkow et une loupe grossissante.La seule difficulté majeure est le réglage du disque. 

Dans un article consacré à une visite au laboratoire Baird publié dans La Nature le 15 septembre 1935, Hemardinquer conclut que l'oscillographie cathodique apparaît comme l'avenir idéal pour la télévision d'amateur.

En janvier 1936 le magazine Toute la Radio dirigée par E. Aisberg publie un article « La construction d’un téléviseur complet pour la réception de Paris-Vision». Il s’agit vraisemblablement du premier schéma de montage d’un récepteur électronique publié en France.

Au XIIIe Salon de la T.S.F (octobre 1936) sont présentés un récepteur Emyvisor, la marque lancée par René Barthélemy, montable par les particuliers  et des modèles de marque par d’autres entreprises : « Télécinésonor » (Sannier et Cie) et « Arys »​ (A la page, 6 octobre 1936)

En 1937, dans La Télévision et ses progrès, Hemardinquer décrit les différents types de télévision (radiovision à basse et haute définition, télécinématographie et télévision cathodique), mais il n'y est plus question du rôle des amateurs. 

Cependant, le magazine Documentez vous publie dans son numéro de février 1938 un article « Un bon récepteur de télévision » qui propose « un schéma de récepteur d’essai (simplement d’essai), qui les familiarisera avec les futurs montages, évitera les tâtonnements lents et ennuyeux des premiers réglages ».

Le 9 juin 1938, un article du journal La vie ouvrière relève que "le nombre d'amateurs qui 'bricolent' des récepteurs de télévision va sans cesse augmentant".

 

L'arrêt des émissions de télévision en septembre 1939, suite à la déclaration de guerre, bloquera le mouvement des constructeurs amateurs.  

La pratique de la construction amateure reprendra après la Libération, jusquau début des années 50, en attendant la chute des prix (voir deuxième partie)

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Récepteur de télévision d'amateur type 180 lignes dit Visiodyne-Baby, 1936
Marc Chauvierre, 1900-1999, ingénieur français, un des pionniers de la télévision en France.
André Serf, Radio-électricien

© Musée des Arts et Métiers-Cnam/photo Pascal Faligot

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Le Petit Parisien, 6 février 1940

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Toute la Radio, janvier 1936

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Ce récepteur télévision a été conçu en 1930 par Marcel Paul Auguste Proutière (1908-1997), qui habitait à Nantes.  Avec cet appareil Marcel Proutière recevait les émissions quotidiennes de la BBC.  Le dispositif, élaboré sur le modèle du « Televisor » de Baird, se compose d’une lampe au néon comprenant l’écran, d’un moteur pour faire tourner un disque de Nipkow percé de 30 trous, d’un poste radio petites ondes « très ordinaire » (un autre poste recevait le son.

Selon M. Pourière, «Les émissions avaient lieu tous les soirs de 23h à 23h30. Cette heure tardive était choisie pour ne pas brouiller les émissions de radio normales. L’émission commençait par la vue stylisée d’un rideau de théâtre. Puis apparaissait un personnage qui chantait ou parlait. Il pouvait y avoir un numéro de dans ou d’acrobatie, avec un seul personnage, car la définition de trente lignes ne permettait pas de transmettre des images plus fouillées. C’était un programme très sommaire, mais d’une sensationnelle nouveauté.» (cité in D. Auduc, «La première télévision», 09/03/1988)

 

L'appareil a été donné par la famille au Musée des Arts et Métiers en 2025.

 

©Musée des Arts et Métiers-Le Cnam/photo Denis Pruvrel

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D. Auduc, «La première télévision», 09/03/1988)

Coupure de presse (journal non identifié) communiquée par la famille de M. Proutière au Musée des Arts et Métiers.

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Le Petit Parisien, 3 juillet 1928

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L'émission de télévision  signalée dans la liste des progarmmzs radio britanniques du magazine L'Antenne, 2 février 1930.

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L'Echo rochelais, 30 mars 1932

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Publicité parue dans Paris-Soir le 3 juin 1932 pour le livre d'André Duvivier et Raymond Tabard, La télévision pour tous; tous les principes, tous les méthodes, A. Duvivier, Paris, [1932]

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Hemardinquier, Je sais tout, 1er juin 1935

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Source : La Nature

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SLe système Chauvière de disque Nipkow à double spirale

Source : Hemardinquier, La Nature, 1933

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L'Antenne, 1er octobre 1933

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Le magazine Toute la radio de janvier 1936, édité par Eugène Aisberg, contient un article "La construction d'un téléviseur complet pour la réception de Paris-Vision 180 lignes".

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Toute la radio, janvier 1936

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