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DOSSIER EDISON ET LA VISION A DISTANCE

7. L'annonce de la "far-sight machine" (12 mai 1889) 

Le 12 mai 1889, le Boston Journal publie les déclarations d'Edison concernant ses projets pour l'Exposition universelle de 1892, dont il était alors envisagé qu'elle se tienne à New York, et qui en définitive aura lieu à Chicago. L'inventeur annonce qu'il travaille sur pas moins de soixante-dix inventions différentes. "Une des plus particulières et qui promet de grand résultats est ce que j'appelle une machine à voir au loin (a far-sight machine). Au moyen de celle-ci, j'espère être en mesure d'accroître la portée de la vision par centaines de miles, de manière telle qu'un homme à New York puisse voir les images de ses amis à Boston avec une facilité similaire à celle de voir une performance en scène. Ce serait une invention valable pour une place proéminente à l'Exposition internationale et j'espère l'avoir perfectionné bien avant 1892. Mais ce n'est pas tout. Je puis en toute tranquillité annoncer de nombreuses améliorations aux inventions électriques, de différentes espèces  qui vont intéresser et instruire les visiteurs de toutes les parties du monde".

Le second paragraphe de l'article paraît plus être un commentaire du journaliste auteur de l'article que les paroles raportées de l'inventeur. "A la question de savoir si cela pourrait avoir une place proéminante à l'Exposition universelle, on peut répondre "Oui, décidément". Mais quel monde difféent cela créerait. Il n'y aurait plus de petits mensonges sur "rester au club jusqu'à la dernière heure. L'éposue suspicieuse équipéee avec l'invention, pourrait la consulter et pourrait prouver triomphalement que son mari n'est pas au club. Le "miroir électrique" en permettant aux personnes distantes de centaines de miles auraient la possibilité d'avoir des parcelles entières, des districts entiers, des entières catégories d'individus sous leur regard constituerait une nouvelle et saine contrainte à l'action humaine. L'hypocrise cesserait d'être à la mode parce qu'elle cesserait d'être praticable ; en fait elle serait extrêmement dangereuse. La société devrait exister en union avec la vérité. Les détectives privés abandonneriatent leur profession et passeraient à quelque activité respectable. Une lumière blanche et intense encerclerait les actions de chaque individu. Mais Edison serait mis au bûcher, ou pire, pour sorcellerie. Il y aurait une panique et la rage barbare ancestrale briserait la force. Avertissons le à temps et laissons le placer cette invention sur une étagère, avec l'étiquetet "Dangereux, trop révolutionnaire".

Dès le 6 juillet 1889, un proche d'Edison, Samuel Insull indiquait dans une note que de tels propos relevaient de l'imagination fertile des journalistes. (Cité in Hendriks, 1961, p.104). Dans une lettre à un correspondant belge en date du 22 avril 1891, Edison affirmera que sa déclaration a été mal transcrite par le journaliste (Hendriks, ibidem).  Entretemps, l'annonce par Edison de son projet de far-sight machine, peu citée par ses biographes, a été largement reproduite ou citée par la presse professionnelle et par la presse américaine (notamment Electrical Review, 25 May 1899 ; Scientific American, 1st June 1889). 

Dans un des cahiers de coupures de presse d'Edison, plusieurs coupures de presse relatives à la far-sight machine sont conservées.

Une variante lexicale, far seeing machine, apparait en juin 1889 (Dade County AdvocateGreenfield, Missouri, 6 June  1889The Kingston Whig-Standard, Kingston, Ontario, Canada, 10 July 1889,  etc.). On la retrouvera le 13 août dans un article de l'édition parisienne du New York Herald et dans un article du Scientific American 14 September 1889. Assez curieusement l'expression "seeing machine" était apparue quelques mois plus tôt dans un article du Harper's New Monthly Magazine faisant l'éloge du peintre William M. Chase (1849-1916), un des maîtres du naturalisme puis de l'impressionnisme aux Etats-Unis. Kenyon Cox écrivait à son sujet : "He is, as it were, a wonderful human camera - a seeing machine - walking up and down in the world, and, in the humblest things as in the finest discovering and fixing for us beauties we had else not thought of". 

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"Edison's Last", Boston Journal, 12 May 1889

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Texte de l'article "Edison's Latest", Boston Journal, May 12, 1889, tel que reproruit dans Mining and Scientific Press, 13 July 1889, p.32

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Electrical Review, 25 May 1889

Erratum - La liste "Things doing and to be done" du 3 janvier 1888

 

Dans les éditions précédentes de cette page nous écrivions "On pourra néanmoins noter que sur sa fameuse "things doing and to be done" du 3 janvier 1888 apparaissent des termes qui peuvent laisser à penser que la diffusion à distance des images ont effectivement fait partie de ses préoccupations quelques mois avant son voyage en Europe. On trouve en effet dans la liste des termes tels que photograph mirror, photograph relay, photograph telephone practical, cable photograph.  Après vérification, il apparaît que nous avons fait une erreur de lecture de l'écriture cursive d'Edison ce que nous pensions être un ph est en fait un M. Dans la liste originale, ces items sont transcrits comme "Motograph Mirror", "Motograph Relay", "Motograph Telephone practical", "Artificial Cable" et "Cable Motograph". Le "motograph" était un appareil inventé par Edison pour amplifier ou relayer les signaux téléphoniques (lié au son, pas aux images) – un relais électromécanique utilisé dans la téléphonie pour transmettre la voix sur de longues distances sans distorsion. L'écriture cursive d'Edison peut prêter à confusion ("Motograph" ressemble visuellement à "Photograph" dans certains scripts), mais les transcriptions fiables (issues des Edison Papers et de sources comme PBS) confirment qu'il s'agit bien de "Motograph", sans rapport avec la photographie ou la vision à distance.

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Scientific American, 1st June 1889

William Merrit Chase, Woman on a Dock, 1886

Cliquez sur l'image pour obtenir l'effet loupe

Pages du cahier de clippings d'Edison avec des articles de presse reprenant ses déclarations sur un appareil de vision à distance (juin-août 1889).

Source ; Edison's Papers, Rutgers University.

La réception dans la presse britannique

La déclaration au Boston Journal arrive en Angleterre un mois plus tard. et suscite un certain scepticisme. "Was Mr. Edison in the Earnest ?" titre la St James Gazette (12 June 1889). "We confess that a declaration attributed to Mr. Edison by the Electrical Review rather tries our faith. (...) If this be acomplished the modest request 'Yeah gods annihilate but time and space and make two lovers happy' will not need to be repeated. By the aid of the phonograph or the telephone and the 'long night machine' Edwin and Angelina will be made happy at low cost" écrit The  NottinghamEvening Post (13 June 1889).  L'article de Electrical Review du 25 mai est reproduit dans la revue professionnelle A Weekly Journal for Iron and Steel Manufacturers, Engineers le 14 juin 1889. 

Le 17 juin, The Manchester Evening News propose une variante lexicale far seeing machine et pose la questionde la menace qu'une telle machine poserait pour la privacy. « Cette invention présente peut-être certains avantages, mais ceux qui, pour des raisons qui leur sont propres, souhaitent échapper à la surveillance, n'apprécieront guère un tel dispositif indiscret. De plus, il est troublant et désagréable de penser que l'on puisse, de son vivant, être invoqué comme un fantôme et interrogé par une personne intrusive à des centaines de kilomètres de distance. Dès lors, comment échapper aux importuns si ces bavards peuvent invoquer une vision à distance à volonté ? »

En Irlande, le 21 juin, le journal de Dublin Freeman's Journal, titre "Mr Edison, who has become more deaf than ever...", et est le premier, voir le seul, à évoquer par la même occasion le disque de Nipkow, qui n'avait jusque là pas obtenu d'échos dans le monde anglophone.

L'annonce va susciter plusieurs articles dans la presse satirique britannique.

 

Le 26 juin 1889, Judy, the London serio-comical Journal, reprend l'idée de la surveillance conjugale : "A far-signt machine" has a novel sound, and, if Mr. Edison is correctly reported, it is a novel instrument he has invented. We have all heard of the telescope that was so powerful that by means of it you could hear a church clock strike five miles away. Mr. Edison's "far;-sight; machine," however, will enable you to see your friends' features hundreds of miles away. Husbands who are called to Paris or Geneva on "important business" must beware, for the "machine" directed by the suspicious wife at home may detect le mari  riding in the Bois or boating on the lake with

 

Le 3 juillet, le magazine satirique britannique Fun publie un dialogue entre A et B accompagné de dessins sur la "far sight" machine" du Profesor Goaheadison qui permet de voir entre "Schicago and Borston", les consultations médicales à distance, de voir la "Tour Hiffel" depuis l'Angleterre, d'observer Stanley en Afrique ou les réunions du Conseil municipal de Londres.

CONVERSATIONS DE NOTRE ÉPOQUE.

DERNIÈRES NOUVELLES DU PROFESSEUR GOAHEADISON.

 

A. Je suis très angoissé. On m'a dit que je ne pouvais être guéri quand je consulterais Sir Settemup Pilliboy, l'éminent médecin, et le voyage jusqu'à Londres est tellement long d'ici…

B. Londres ? Mais pourquoi diable voulez-vous aller à Londres?

N'avez-vous jamais entendu parler de la machine à vision lointaine du professeur Goaheadison ? Mon Dieu, vous êtes complètement dépassé ! Oh là là, oui. Quel homme merveilleux, ce Goaheadison ! Je viens d'inventer une machine grâce à laquelle une personne à New York peut voir une autre personne à Chicago, Borston, ou même à San Francisco. Il suffit de se tenir à un coin de rue à New York, d'insérer un dollar dans la fente, de tirer un tiroir, et là, vous voyezl la personne que vous voulez observer, avec un ras-de-cou blanc,
et ses cheveux magnifiquement bouclés et huilés. Si vous continuez à insérer des dollars dans la fente, bon sang ! vous
pouvez le surveiller toute la journée, le suivre dans tous les bars, et partout. Écoutez, ces machines ne sont pas encore installées en Angleterre, mais ce Goaheadison est tellement malin qu'il ne fait aucun doute que si vous insérez un billet de vingt livres dans la fente — n'importe laquelle — et que vous tirez un tiroir — n'importe lequel — vous trouverez une de ces machines à l'intérieur.

A. Oh là là ! Eh bien, c'est incroyable ! Voilà la machine, comme tu l'avais prédit ! Lorks ! Bon, je balance ça au Docteur Pilliboy à Harley Street ? Genre, quoi ? Par Jingo ! Le voilà, dans son cabinet, en train de me sourire. Il me fait signe de faire quelque chose, mais je ne comprends pas bien… quel dommage que je n’entende pas ce qu’il dit…

 

B. Mon cher garçon, c’est la chose la plus simple au monde : glissez simplement une pièce de quatre shillings du jubilé (attention à ce que ce soit bien une pièce de quatre shillings, car les objets en fibre de coco de M. Boehm sont soigneusement conservés sans aucun moyen d’identifier leur valeur ; c’est là leur principal intérêt artistique : leur valeur problématique. Si vous voulez connaître la valeur d’une pièce britannique, vous l’apportez chez un chimiste pour la faire peser, puis vous rentrez chez vous et calculez soigneusement la valeur de cette pièce d’argent) ; glissez simplement une pièce du jubilé, ouvrez un tiroir, et vous avez un téléphone branché. Voilà ! Vous pouvez parfaitement consulter votre médecin londonien. *Peut-il voir votre langue ?

A. Oh oui, magnifiquement ; Mais il y a une difficulté à faire sonner ma poitrine.

B. Une difficulté ? Bof ! Il suffit de se mettre sur un micro, de le brancher au téléphone, et voilà !

A. Eh bien, je suis ravi que vous soyez arrivé juste à temps pour me parler des inventions de Goaheadison ! Je me sens déjà beaucoup mieux ! Quel homme formidable doit être Fullspeedaheadison !

B. Plutôt, lisez dans les journaux que tout cela est dû à sa méthode pour maintenir une tension nerveuse constante au travail. Il réfléchit assis sur une puissante dynamo à laquelle des fils sont reliés par ses dents. Il dort la tête en bas, les orteils serrés dans un étau, et un courant d'air puissant le traverse. Il doit être très mal à l'aise, mais c'est un bénéfice considérable pour la science.

A. Jetons un coup d'œil avec cette machine. Mon Dieu ! La tour Hiffel ne paraît pas aussi haute que je l'imaginais — elle n'est pas aussi haute que cet autre objet qui semble essayer de se cacher derrière elle.

B. Regardons… ah, cet autre objet, ce sont les prix parisiens. Bien sûr, il n'y a pas de comparaison possible. Mon Dieu ! Voilà quelqu'un qui a du mal àsortir d'un buisson. Il a l'air fatigué, n'est-ce pas ? — Mais c'est Stanley ! Ah, il suffit de faire une note pour lui envoyer une des machines de Plentyofbrainsinhisheadison afin qu'il retrouve Emin, ou la sortie, ou quoi que ce soit qu'il cherche en ce moment. Non, attendez un peu… faites passer la machine par-dessus toute l'Afrique,et dites à Stanley où tout se trouve. Salut ! Venez voir ! Je peux voir jusqu'au fond de la vérité dans la Commission Parnell. Comme un ange ! N'est-ce pas une révélation ? Qui aurait pu l'imaginer à partir des preuves ? Cela montre bien à quel point les preuves sont importantes ! Bon sang ! Oh, je dis… mieux vaut présenter cette machine aux juges quand nous aurons fini avec.  Mais enfin ! Regardez ! C'est incroyable ! Je peux voir les renseignements du Conseil du comté de Londres ! C'est quelque chose que personne n'a jamais réussi à détecter auparavant. Quelle lentille incroyablement puissante cette machine doit posséder ! C'est assurément un triomphe de la science !

Deux semaines plus tard, le même magazine, le 17 juillet 1889; publie une série de trois dessins illustrant la dernière invention d Goaheadedison : une machine à toucher à distance (far-touch machine), qui se concrétise par un match de boxe entre le champion Dan Doster (à Doncaster) et une caméra câblée (à Boston). Le match est évidemment visible grâce à la machine de vision à distance.

Le 6 juillet 1889, le magazine Penny Illustrated,  édité dans le Middlesex, revient quant à lui au thème de la surveillance conjugale qu'évoquait l'article du Boston Journal. Un dessin représente, dans un appartement bourgeois, Madame Stock Braker,  tombée en pâmoison, qu'une bonne est en train d'essayer de ranimer avec un flacon de sels sous le regard inquiet de sa mère. A gauche du dessin, sur une crédence on peut voir une sorte de tablette et au-dessus l'écran terminal de la far-sight machine, avec un tuyau de câble remontant le mur. La légende nous indique que M. Stock Braker a, par inadvertance, oublié de l'éteindre avant de sortir. Dans le coin inférieur droit, dans un caméo criculaire intitulé "What she saw" on peut voir un couple dans une barque, dont le rameur est bien évidemment M. Stock Braker, en goguette avec une autre femme, loin de son épouse et de sa belle-mère.

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"Was Mr. Edision in Earnest ?

St James Gazette, 12 June 1889

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"Mr. Edison is at it again", Manchester Evening News, 17 June 1889

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Judy, the London serio-comical Journal, 26 June 1889

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"Conversations for the Times. Professor Goahedison latest", Fun, London, June 3 18989

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"Goaheadison's Real Latest",
Fun, 17 July 1889

Hein ? La machine à vision lointaine de Goaheadison ? Mon Dieu, c'est une sacrée antiquité maintenant. Complètement éclipsée par sa dernière invention : la machine à toucher ç distance.

Vous n'avez pas lu le compte rendu de ce combat l'autre jour entre Dan Dotter, de Doncaster, et McFlattener, le « Boston Bumper » ? Ah oui, tout était relié par câble, une extrémité à Doncaster, l'autre à Boston. Dan était en pleine forme face à la machine à 11 h 32. Un beau combat. Dan a esquivé une tentative astucieuse de pincement de mâchoire de Mc, et a réussi à envoyer le courant électrique dans les cordes au cinquième round.

Puis la machine lui a envoyé plusieurs décharges dans les côtes, et Dan s'est relevé groggy pour le dix-septième round, mais a donné un bon coup au câble sous l'oreille droite. Au vingt-quatrième round, Mc a oublié de se relever, et Dan a remporté la ceinture. Le spectacle était impressionnant du début à la fin : le champion américain était parfaitement visible grâce à un système de vision à distance.

Alors que Mc s'apprêtait à décocher un puissant coup de poing dévastateur de la main gauche, un visiteur imprudent passa par hasard devant l'émetteur. Disponible dans six semaines, avec réserve.

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Le 9 aout 1889, le magazine satirique Punch surrenchérit sur le thème de la surveillance.  

JOURNÉE PORTES OUVERTES.

(À dater après la prochaine invention.)

Quelle merveille ! Grâce à la « Machine à vision lointaine », je peux, bien que je sois à Londres, voir distinctement M. Gladstone debout sur un quai dans le Devonshire, avec un parapluie blanc au-dessus de sa tête.

Apportez-moi mon phonographe et, en même temps, mettez-moi en communication avec Plymouth par téléphone. Merci ! Maintenant, je peux non seulement voir M. Gladstone, mais aussi entendre chaque mot qu'il prononce et, de plus, reproduire son discours quand je le souhaite.

Mon courtier (extérieur) semble, à la distance de deux cents miles, arborer une expression plutôt sombre alors qu'il lit la dernière « cassette » concernant les quinze pour cent du Nicaragua, et il a dit à certaines maristeras de télégraphier pour vendre immédiatement.

Ces Brown viennent de recevoir ma lettre, acceptant leur invitation à dîner et leurs visages trahissent déception et consternation. Les hypocrites !

Comme Irving joue bien dans ce troisième acte de «Coriolan»! J'ai été, quand il le fallait, assis dans mon bureau à le regarder pendant la dernière demi-heure.

Mon médecin semble avoir reçu une de ces machines. Il vient de me téléphoner pour me dire de « tirer la langue ». Cela paraît étrange et même impoli, de la tirer dans une pièce vide. Pourtant, je dois obéir aux ordres médicaux. Voilà ! Résultat : le médecin téléphone pour dire : « Langue très irritée – je ne dois pas sortir aujourd'hui », et m'ordonne de renvoyer mon cheval qui, selon lui, m'attend devant ma porte ! N'est-ce pas  du despotisme ? Au diable la machine d'Edison ! Elle m'a gâché une belle promenade.

Allumons la machine sur la chambre de Tommy à Eton. Dans sa dernière lettre, Tommy disait qu'il «travaillait comme un forcené pour obtenir sa libération à la fin du trimestre». Satisfaisant. Ha ! Que vois-je ? Tommy en train de lire en cachette un roman à couverture jaune et de fumer un cigare près de la cheminée ! Je vais dire à son maître de le fouetter. Après tout, l'invention d'Edison a bien une utilité.

Les inquiétudes de M. A Dalgleish

L'arrivée à Londres de l'annonce de la far sight machine suscite la perplexité de M. A Dalgeish, de l'Edison and Swan Elctric Light Company, qui, le 21 juin, écrit à l'inventeur : "Un paragraphe est récemment paru dans plusieurs journaux londoniens, affirmant que lors d'une récente interview avec le représentant d'un journal américain, vous lui auriez déclaré travailler sur une «machine à vision lointaine» pour la transmission électrique d'images et espérer la commercialiser d'ici 1892. ## Le fait que je sois lié depuis neuf ou dix ans à des entreprises associées à vos inventions (téléphone et éclairage électrique) et que je m'intéresse vivement à la possibilité d'une solution au problème de la « vision électrique » doit être la raison pour laquelle je vous dérange. ## Je vous serais reconnaissant de bien vouloir m'indiquer si le paragraphe en question correspond bien à ce que vous avez pu dire à l'intervieweur et si vous entrevoyez une perspective raisonnable de concrétiser cette vision lointaine. ## Vous n'êtes peut-être pas sans savoir qu'il y a environ huit ou neuf ans, Shelford Bidwell, l'un des directeurs d'Edison [E. L?] dans ce pays et a déclaré qu'un directeur de l'E&L avait présenté un appareil de transmission électrique d'images visuelles au moyen de plusieurs petites trappes disposées [dranget?] à la manière d'une planche, en conjonction avec des cellules au sélénium, mais il s'agissait bien sûr d'une idée très rudimentaire et peu pratique. ## Un «téléchoscope», si l'on peut l'appeler ainsi, trouverait sans aucun doute un vaste champ d'application pratique en lien avec le téléphone et probalement même la perspicacité phénoménale des conseillers juridiques du gouvernement de ce pays ne parviendrait pas  à faire comprendre qu'un tel instrument relevait de la définition légale d'un télégraphe et constituait donc, au Royaume-Uni, un monopole d'État."

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Punch, 9 August 1889

La réception dans la presse française

 

L'information publiée en Angleterre arrive en France dix jours plus tard. Le 25 juin 1889, Le Figaro et Le Courrier du Soir publie un entrefilet citant le magazine Iron (qui, le 15 juin, avait repris l'article de The Electrical Review du 25 mai). L'information est propagée les jours suivants dans la presse régionale. Le 27 juin, le journal républicain Le Voltaire et Le Public publient un article "Oh! La Science", mi-enthousiaste, mi-inquiet de M. Le Coq. Celui imagine, de manière désormais classique, les utilisation de l'apapreil : suppression de la distance entre les amants, surveillance conugale, assistance aux événements du monde, transmission de spectacles.
 

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Le Courrier du Soir, 25 juin 1889

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Le Figaro, 25 juin 1889

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Extrait de M. LE COQ, "Oh! La Science!", Le Voltaire, 27 juin 1889

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L'Egalité, 28 juin 1889

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RENEE, "Peau neuve" (extrait),

Le Gaulois, 28 juin 1889

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Lettre de A/ Dalgeish à Thomas E. Edison, 21 juin 1889

National Edison Park / Edison's Papers Rutgers University

La Cravache parisienne, 20 juillet 1889

Vers la mi-juillet, la presse française cesse de parler de l'appareil de vision à distance et s'intéresse à d'autres annonces de l'inventeur américain : la plume électrique, la locomotive parlante. C'est dans ce contexte qu'apparaît l'annonce d'un concurrent français, M. Courtonne ou Courton, qui aurait déposé le 22 juillet un pli cacheté à l'Académie des Sciences et annoncé que sa machine serait prête pour la fin de l'année, soit, comme le souligne Le Gaulois (23 juillet 1889) dix-huit mois avant celle d'Edison. 

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The Cambria Daily Leader, Swansea, West Glamorgan, Wales, 7 August 1889

André Lange, 2000. Dernière révision 9 mars 2026

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