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Le 12 février 1896, Edison a testé la transmission
d'images par téléphone en recourant aux rayons X
The Brooklyn Citizen 13 2 1896_edited.jp

The Brroklyn Citizen, 13 February 1896

(original probablement paru dans le New York World

du 12 février 1896)

Die Presse 5 1 1896.png

Le premier article rendant compte de la découverte de Röntgen,, Die Presse, Vienne,  5 janvier 1896

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Photographie de la main de A.A.C. Swinton, publiée dans Nature, 23 February 1896

Photos illustrant l'article de Röntgen dans Nature 23 February 1896 et leur reprise par Electrical World

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"Shadow photographs" de Röntgen, Electrical World, 22 February 1896

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Dessins de plaques photographiques obtenues par Rayon X aux Universités de Harvard et de Yale (Electrical World, 8 February 1896)

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Tube de Crookes in L. AUBERT,  La photographie de l'invisible : les rayons X, 1898

Le tube de Crookes (Source : Museum Genève)

Tube de Crookes à croix de Malte

(Source ; Amelycor Patrimoine Scientifique / Lycée de Rennes)

The Journal 12 1 1896 corr.JPG

La page de The Journal, New York, January 12 1896 consacrée à la découverte de Röntgen avec la première déclaration d'Edison..'Libary of Congress)

Gros plan et traduction ici.

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Gravure parue dans The Journal, 12 January 1896 

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Gravure parue dans The Journal, 12 January 1896 

The Journal 5 2 1896 corr.JPG

Edison expérimentant les rayons X, 

The Journal, 5 February 1896

Herald Tribune 9 2 1896.png

Herald Tribune, 9 February 1896

The Journal 11 2 1896 tubes.JPG

The Journal, 11 February 1896

Tube EW 22 2 1896.png

Tube à vide et cadre pour les plaques

(Electrical World, 22 February 1896)

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Tube de Geissler avec lequel expérimente Edison,

New York Times, 11 January 1896

Kansas City Weekly 13 12 1896.png

Kansas City Weekly, 13 February 1896

The Inter Oceean 11 2 1896.png

Appareil testé par Edison pour photographier le cerveau (Inter Ocean, 11 February 1896). Dans le coin suoérieur gauche, les résultats de tests de perméabilité des différentes sustances.

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Appareil d'Edison pour photographier le cerveau, The Enquirer Cincinnati, 12 February 1896. Le résultat des test est remplacé par la position de l'assistant dont il était envisagé de photographier le cerveau.

Boston Globe 12 2 1896a_edited.jpg

Boston Globe, 12 February 1896

(voir le texte complet ici)

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The Philadelphia Enquirer, 14 February 1896

Une expérience oubliée

 

La découverte en 1895 des rayons X par le physicien allemand Wilhelm Röntgen (Roentgen aux Etats-Unis) (1845-1923) est un épiphénomène des travaux menés depuis le milieu du XIXe siècle sur les rayons cathodiques. Alors que l'idée d'utiliser les rayons cathodiques pour développer la télévision ne sera formulée qu'au début du XXe siècle, dès 1896, plusieurs inventeurs, dont Edison, ont imaginé, de manière souvent assez frustre, qu'il serait possible de transmettre les images par câble en recourrant aux rayons X. Cette hypothèse restée inaboutie n'a guère retenu l'attention des historiens classiques des premiers développements de la télévision (Shiers, Abramson, Burns).

L'intérêt d'Edison pour les rayons-X a fait l'objet aux Etats-Unis, dès janvier 1896, de publications dans la grande presse, la presse professionnelle et dans des publications scientifiques.  1896, E.P. Thomson consacrait un chapitre de son importante bibliographie sur les rayons X aux travaux d'Edison (Thompson, 1896, Mould, 2016). Plus récemment les archéologues des médias (Rousseau, 2005, Koniegsberg, 2012, Baudouin, 2015) se sont intéressés au projet d'Edison, de photographier le cerveau, qui passionne la presse américaine à la mi-février 1896. Une déclaration d'Edison sur la possibilité d'utiliser les rayons X pour la transmission des images par câble, pourtant amplement rapportée par la presse entre le 12 et le 14 février 1896 est, jusqu'ici, passée inaperçue. Elle ouvre pourtant une hypothèse qui sera évoquée, avec plus ou moins de sérieux par différents chercheurs et inventeurs jusqu'en 1924.

La découverte des rayons-X par Wilhem Röntgen et l'arrivée de la nouvelle aux Etats-Unis.

 

C'est par hasard que le 8 novembre 1895, le professeur de physique de l'Université Wilhelm Röntgen a remarqué que certains cristaux sur une table, dans une pièce sombre, ont pris une lueur étrange quand il a activé électriquement un tube de Crookes. Rötgen a ensuite utilisé un écran de platinocyanure de baryum qui continue à  émettre une fluorescence même lorsque des objets solides sont placés devant.  Röntgen réalise des photographies de la main de son épouse et d'une boussole.

 

Le 28 décembre 1895, Röntgen soumet sa découverte au secrétaire de la Physikalisch-medicinischen Gesellschaft zu Würzburg  un manuscrit et son rapport est paru sous le titre "Ueber eine neue Art von Strahlen"  dans les Sitzungs-berichte der Physikalisch-medicinischen Gesellschaft zu Würzburg fin 1895, avec une seconde édition datée de 1896.

Des articles de journaux ont circulé sur la découverte de Röntgen dès janvier 1896. La première annonce dans la grande presse paraît dans le quotidien viennois Die Presse le 5 janvier 1896. Elle est transmise par câble à Londres le 6 janvier et arrive aux Etats-Unis, où elle est publiée le 10 janvier dans The Electrical Engineer, puis dans le The Journal (New York) et le Chicago Tribune le 12 janvier 1896, dans Cincinnati Enquirer le 13 janvier 1896, dans Indianapolis News le 14 janvier 1896, dans The New York Times le 16 janvier 1896 et dans The Sun le 26 janvier.

 

La première traduction anglaise du rapport Röntgen paraît dans la revue britannique Nature le 23 janvier 1896, avec deux photographies. Elle est accompagnée de l'article "Professor Röntgen"s Discovery" d'A.A. Campbell Swinton, chercheur britannique qui, quelques années plus tard proposera la théorie de la télévision électronique. L'article de Swinton est accompagnée d'une photographie de sa propre main qu'il a présenté à l'Académie de Londres le 14 janvier. Une démonstration est faite à l'American Philosophical Society le 7 février. Le 15 février 1896, le rapport de Röntgen est publié dans le Scientific American Supplement.

Dans le premier article illustré publié aux Etats-Unis "The new Photography"Electrical World, 8 February 1896, pp.147-149 paraissent des dessins de résultats obtenus dans les laboratoires des universités de Yale et de Harvard ainsi que la photo de la main de A.A.C. Swinton  La photographie de la main de l'épouse de Röntgen, avec son anneau, paraît dans le Scientific American Supplement du 15 février 1896, en illustration d'un article de Swinton.

 

La découverte de Röntgen retient l'attention des chercheurs et inventeurs tout au long de l'année 1896, au point que la revue Nature ouvre dans ses colonnes une rubrique "Recent Researches on Roentgen Rays".  Le 15 février 1896, le magazine professionnel Electrical World constate une "Roetgen mania", dont Edison lui-même serait atteint.

Peu de temps après la publication de Röntgen sur le nouveau type de rayons, une controverse sur les revendications de priorité a commencé. Certains attribuent les premières photos aux rayons X à Nikola Tesla, dont malheureusement les archives ont disparu lors de l'incendie de son laboratoire le 13 mars 1895. Selon Uw Bush (2023), Röntgen n'a pas été le premier chercheur à produire des rayons X ni le premier à prendre des images radiographiques. Une analyse de l'histoire de la recherche sur les rayons cathodiques au XIXe siècle révèle de nombreuses preuves que des chercheurs avant Röntgen avaient déjà produit des rayons X, sans le savoir. La plupart d’entre eux, de leur côté, n’ont revendiqué aucune priorité, certains l’ont fait avec désinvolture. Le physicien germano-hongrois Philipp Lenard, cofondateur de la physique allemande, se considérait comme un « véritable découvreur». Il faut cependant reconnaître que Lenard, comme beaucoup d’autres avant lui, n’a pas réussi à reconnaître le caractère de la nouvelle radiation. C'est Wilhelm Conrad Röntgen, avec ses trois publications scientifiques sur les rayons X, qui a jeté les bases de leur clarification physique et a ouvert la voie à la réussite de leur application dans divers domaines, qui se poursuit encore aujourd'hui.

L'intérêt immédiat d'Edison pour les rayons X

L'intérêt d'Edison pour les rayons X est immédiat. Les biographes (Conot, 1979, 335 ; Israel, 1998, 309) citent généralement comme première trace de son intérêt le message qu'il envoie le 27 janvier 1896  à son ancien assistant Kennelly, lequel avait quitté le laboratoire deux ans plus tôt. "How would you like to come over and experiment on Rotgons (sic) new radiations. I have glass blower and pumps running and all photograph apparatus. We could do a lot before others get their second wind".

Les archives d'Edison contiennent un message du Philadelphia Press, un quotidien dirigé par le républicain Charles Emory Smith adressé à Edison le 12 janvier : "Would you write us an article of about 1000 words in Roentgen ray subject to be used Sunday. Kindly wire"  Sur ce message, de la main d'Edison, on peut lire "Havn't Any time".

L'exploration des bases de journaux américains numérisés (Library of CongressChronicling AmericaNewspapers.com, Internet Archives) nous permet de reconstituer avec plus de précision la chronologie des déclarations publiques d'Edison et de mettre à jour certains éléments qui n'avaient pas été repérés par nos prédecessurs.

Les premières déclarations d'Edison sur les rayons X, 12 janvier 1896

Ce qu'apparemment aucun biographe n'a noté, c'est qu'en fait Edison les premières déclarations d'Edison sur les rayons X se trouvent dès le 12 janviier 1896 dans The Journal, le quotidien new yorkais de William R. Hearst. Ce quotidien, considéré par les historiens de la presse comme le modèle de la presse populaire, la yellow press, a publié  une pleine page consacrée à la découverte de Rötgen, avec une longue déclaration d'Edison et une autre du physicien Morton, dont Edison dira plus tard qu'il est le meilleur spécialiste américain des rayons X. 

Il est curieux que les biographes d'Edison et les historiens des débuts de la radiologie ne semblent pas connaître ce texte. Dans The Rays (p.32),  Ruth et Edward Brecher citent un déclaration d'Edison dans The Washington Post du 18 janvier, mais ce n'est qu'une des premières reprises de l'article de The Journal par les autres quotdiens.  Nous en avons repéré quinze, mais il en a probablement eu d'autres.

 

La page de The Journal est remarquable a plus d'un titre. On notera tout d'abord que cette page 17 complète un article publié en page 3. Alors que l'article de tête de la page 17 est daté de "Vienne, 1er janvier", celui de la page 3 est une  exclusivité, reproduisant un câble envoyé le 11 janvier de Berlin,  par le correspondant Walter Jaeger. Des phrases de l'article ("as already explained", "you have already received pictures of this description" laissent penser que les The Journal avait déjà reçu quelques jours plus tôt le câble dayé de Vienne et les illustrations utilsées en page 27. Cette page 27 propose en effet trois gravures censées représenter des photographies aux rayons X (une main, une balle dans un genou et des pièces de monnaie contenues dans un récipient en cuir). Pour les lecteurs qui ne lisent pas The Electrical World, il s'agit des premières images permettant de percevoir ce que permetttent les rayons X.

Plus remarquable encore est le dessin en haut de page, représentant un couple assis dans un sopha, où le personnage masculin est remplacé par un squelette. Il s'agit probablement là de la première illustration du nouvel imaginaire que créée l'invention de Röntgen. Les scènes avec squelettes deviendront fréquentes dans les semaines suivantes.

La déclaration d'Edison est elle aussi digne d'intérêt : il ne tarit oas d'éloges sur la découverte de Röntgen, qu'il qualifie de plus grande découverte du siècle, tout en indiquant qu'il avait lui-même déjà imaginé de recourir à la lumière radiante pour obtenir des photographies internes du corps humain. Il esquisse une théorie des rayons Röntgen, mais s'emploie surtout à imaginer le nombre infini d'applications Les possibilités chirurgicales (identification d'une fracture, d'une balle logée dans un os) ont déjà été évoquées dans les deux autres articles. Edison paraît par contre être le premier à évoquer la possibilité d'identifier les tumeurs, de photographier le cerveau et à envisager la possibilité de mettre fin à la vivsection. Il évoque également les possibilités d'applications dans d'autres domaines activités, en particulier l'extraction minière, un domaine qu'il connaît bien et au sujet duquel il a de nombreux brevets. Sa fantaisie l'amène également à évoquer la possibilité d'identifier les trésors sous-marins, les ruptures de câbles sous-marins, la possibilité d'identifier les perles dans les élevages d'huitre, les pièces de valeur dans un cofftre-fort ou encore d'identifier les visages de comploteurs réunis dans une même salle. 

Les relations privilégiées d'Edison avec W.R. Hearst

Le 30 janvier, The Evening Star  rapporte avec ironie quelques unes de des hypothèses d'Edison et émet des doutes sur le fait que les déclarations sont bien de l'inventeur. Il est cependant peu probable que les déclarations publiées dans le quotidien de Hearst aient prêtées à l'inventeur à son insu. Les deux hommes étaient en contact depuis plusieurs années. Hearst avait racheté l'année précédente The New York Morning Journal et, sous le titre The Journal allait en faire un des titres les plus audacieux de la presse new-yorkaise. Pendant ces premiers mois de l'année 1896, il va bénéficier de la primeur des travaux d'Edison sur les rayons X et sur son nouvel appareil, le fluoroscope. Quelques mois plus tard, Edison convaincra Hearst d'expérimenter son télégraphe autographique. Les relations entre Edison et The Journal se tendront cependant en janvier 1898 lorsque l'un des éditorialistes, Arthur Brisbane, après avoir publié en feuilleton War of the World de H.G. Wells, proposera, à l'insu de l'inventeur, un article "Edison Conquers Mars". 

Si The Journal bénéfieciera de diverses exclusivités pendant ce premier semestre de travaux intenses, Edison communique néanmoins avec les autres journaux et avec l'Associated Press. Le 1er février, il annonce au New York World travailler sur les rayons cathodiques, mais c'est l'idée de photographier le cerveau humain qui va devenir le sujet porteur. Le 2 février The Journal, sous le titre THE STRANGE PHOTOGRAPHS DEFY THE LAW OF NATURE,  annonce que le Professeur Trowbridge a l'intention de photographier l'ensemble du corps humain aux rayons-X. Le même jour, The New York Tribune rapporte qu'un chercheur allemand a photographié son propre crâne et décrit les travaux du Professeur Wright, un des scientifiques américains le plus en pointe sur les rayons X.

 

Le 4 février, Edison reçoit un journaliste du même quotidien, qui a le privilège d'assister à des démonstrations et expériences et publie le lendemain un long article, sous le titre un peu confus "Edison studies the cathode rays", avec un dessin représentant l'inventeur dans son laboratoire. A vrai dire, le titre est un peu trompeur : Edison propose des éléments de théorisation sur les nouveaux rayons découverts et des hypothèses d'applications à partir de ce qu'il présente comme une nouvelle forme d'énergie. Ses propos sont entremêlés de considérations patriotiques sur les Etats-Unis; "où tous ceux qui peuvent disposer de tubes de Crookes explorent de manière fièvreuse sur la nouvelle énergie". Il indique travailler lui-même non seulement avec des tubes de Crookes, mais également avec des lampes électriques ordinaires, en testant la perméabiltés aux rayons X d'objets en matères diverses. Edison insiste sur la nécessité d'obtenir des résultats pratiques.  

Le projet de photographier le cerveau humain : le magicien ne dort pas

Le récit du journaliste de The Journal doit avoir impressionné son patron car le lendemain, 5 février, William R. Hearst va inviter Edison, par un télégramme, à tester son hypothèse d'une photographie du cerveau humain par les rayons X. 

Edison paraît avoir pris la balle au bond :  le 7 février l'Associated Press diffuse une dépêche, qui sera reproduite dans de nombreux journaux, annonçant qu'Edison va se livrer à cette expérience inédite : photographier le cerveau humain. Il annonce que, plutôt que de recourir au tube de Crookes, il va utliser une lampe incandescente et le celluloid plutôt que le verre. Il répête que la découverte de Roentgen est d'ordre scientifique, indique qu'il ne croit pas à sa nature accidentelle et affirme que son affaire à lui est de trouver des applications pratiques. Il considère que la radiographie des os est une étape accomplie et qu'il faut faire des expérience pour voir s'il est possible d'otenir des résults en insérant des fluides dans les cellules à photographier. Un autre article, que l'on retrouve notamment dans le San Francisco Chronicle, détaille les test de l'inventeur sur les différents matériaux et des expériences sur la flurorescence. Certains articles indiquent qu'Edison se serait contenté de définir les rayons Rientgen comme une "onde dans l'air", sans vouloir en dire plus sur le plan théorique.

"Peep into the Brain" comme le titrent certains journaux est évidemment une attraction majeure, qui suscite l'impatience des journalistes. Dès le 9 févier, Indiannapolis Journal titre "Mr. Edison Delayed. Not quite Ready to Photograph the Human Brain". Le même jour Democrat and Chronicle explique que le retard est dû à un défaut constaté dans un tube. The Journal indique que l'expérience sera réalisée sur la tête d'un des assistants du laboratoire, et qu'il n'y a pas de raison de penser que cela présente des risques. 

Une foule de journalistes et d'artistes attendent aux alentours du laboratoire d'Orange, où Edison et son équipe travaillent sans repit, mais l'expérience est toujours retardée. Le 11, The Journal  publie un article détaillé et illustré expliquant les difficultés rencontrées dans la confection des tubes. Le quotidien de Hearst prend de toute évidence la défense de l'inventeur face à certains des titres concurrents, moins acquis à l'expérience.

 

Dans leur édition du 11, The Detroit Free Press et The Inter Ocean sont les premiers à publier un schéma de l'appareil utilisé. Le correspondant du Philaldelphia Inquirer rapporte qu'Edison lui a déclaré qu'il était possible que les rayons-X tuent les bactéries et germes dans le corps humain; ce qui est immédiatement traduit dans une caricature faisant allusion aux élections du Conseil municipal. L'inventeur explique aussi qu'il a pu déterminer que les rayons pénètrent l'acier. Mais d'autres journaux s'impatientent Le Los Angeles Herald titre "Not much accomplished". The Boston Globe "Edison Not Ready" ; The Buffalo News "Brain not Yet Photographied",

Le 12 février, tout en reconnaissant l'acharnement au travail de l'inventeur, la presse marque à nouveau sa déception : "No Result Yet" (Detroit Free Press), "Not Ready to Ask a Brain to Look Pleasant" (Minneapolis Daily Times) . L'explication donnée par Edison est à présent que les os du crâne sont trop épais pour laisser passer les rayons. De Syracuse, N.Y., le Professeur Hannel déclare qu'Edison ne peut réussir car le cerveau est transparent. Mais différents progrès sont relevés : enregistrement du degré de résistance de divers minéraux, remise en cause de l'affirmation de Röntgen selon laquelle les rayons-X ne peuvent être réfractés, impression des plaques à une distance plus importante (17 pources plutôt que les 7 ou 8 habituels),... Des progrès ont été enregistrés dans la détermination du degré de vide nécessaire, succès dans la diffusion des rayons à travers des planches de bois divers, d'une épaisseur d'un quart de pouce. Selon The Inter Ocean, ces progrès permettent la création d'un nouveau tube fluorescent. Par ailleurs, Edison répète sa conviction que les rayons-X peuvent être utilisés pour combattre les maladies à base de microbes et bactéries.

Le plus important sont les expériences de tests d'imperméabilité aux rayons X sur trente substances. L'Electrical Engineer du 19 février 1896 publiera le cathodographe élaboré par Edison. Afin de déterminer si les rayons pouvaient être réfléchis, Edison a placé une ampoule à vide devant la grande extrémité d'un entonnoir en fer, long de huit pouces, dont la petite extrémité était placée près de la plaque photographique.

 

Pictures by Telephone, Pictures by Wire

C'est dans ce contexte que deux journaux, le 12 février 1896, lancent la nouvelle qu'Edison étudie la possibilité de transmettre les images à distance par le biais des rayons X. Les journalistes n'ont probablement pas oublié que la transmission des images à distance était une vielle promesse de l'inventeur; même si celui-ci avait déclaré à leur collègue français Octave Uzanne que le téléphote était une invention de journalistes.

 

Le Boston  Globe titre "PICTURES BY TELEGRAPH - Wizard Edison Working on the Problem - It is Believed He has Succeed in its Trial". L'article indique que la nouvelle (qui est du jour même : elle datée du 12 février dans l'édition du 12) est basée sur le fait que l'inventeur a demandé le matin à un de ses assistants de lui apporter un téléphone dans le laboratoire et que l'avocat attitré pour les brevets a été vu sur place. Mais le journaliste reconnaît que cette présence est peut-être due à une autre découverte, à savoir que l'aluminium utilisé dans les électrodes des tubes peut être aussi résistant que le fer et il imagine qu'Edison pourrait "faire des millions" de cette découverte.

The Saint-Louis Post-Dispatch, également dans son édition du 12 février et avec un article écrit ce même jour, titre "MORE ABOUT ROENTGEN RAYS - Edison Perfects a Tube for his Birthday Present - Picture by Telephone". L'article est plus détaillé que celui du Boston Globe et rapporte un entretien avec l'inventeur :

" - Quelles autres expériences avez-vous en vue ?

- Je vais essayer de voir ce que je peux faire avec un téléphone. Je ne sais pas ce que pourrait être le résultat, mais un rayon de lumière peut éventuellement passer dans le câble (pass over the wire) et produire une image à l'autre boût du cable. Vous ne savez jamais quand l'inattendu peut arriver.

- Allez-vous attacher un tube de Crookes à l'extrémité du câble?

- Non, juste tenir la plaque au dessus.

- Qu'est-ce que l'image représentera ?

- Bien sûr, je ne sais pas si j'obtiendrai quoi que ce soit". 

Il est impossible de vérifier l'authenticité du dialogue et difficile de savoir si, le cas échéant Edison a répondu par une boutade à une question qu'il considère comme naïve ou si sa propre candeur face aux possibilités sans limite des rayons l'a réellement amené à mener cette expérience. 

La nouvelle se répand dans la presse le lendemain et le surlendemain. Nous avons repéré pas moins de 40 articles parus le 13 janvier et une trentaine le 14 janvier. Nos relevés ne sont pas exhaustif, d'autant que la base de newspapers.com est loin d'être complète. La plupart sont probablement repris d'une dépêche de l'Associated Press qui était présente au studio d'Orange, et annonce l'expérience, mais pas les résultats. Assez curieusement, elle n'est pas mentionnée par The Journal, qui le 13 février, consacre un article aux expériences menées par le Professeur J.A. Mandel pour vérifier si oui ou non les rayons X peuvent ressusciter les souris mortes !

  

L'expression la plus couramment utilisée est "pictures by telegraph", mais l'on trouve aussi "photograph over telephone", "picture by téléphone" "rays by telephone".  La description qui est la plus fréquente de l'expérience est qu'un diaphragme de l'émetteur est placé face à un tube Crookes   et qu'un récepteur, dans une pièce adjacente est placée face à une plaque sensible. Edison aurait affirmé que si l'expérience était concluante, cela voudrait dire que le potentiel dapplication des rayons X est immense et pourrait inclure un appareil pour transmettre les images par télégraphe.Comme le même jour Edison aurait indiqué avoir découvert une possibilité de produire de l'aluminium aussi résistant que l'acier, certains journalistes ont indiqué que l'expérience aurait été réalisée avec des électrodes en aluminium,.

Le Philadelphia Enquirer du 13 février rapporte une déclaration d'Edison sur les résultats de l'expérience : "En traitant avec les rayons X, nous avons affaire à une force différente de la lumière et de l'électricité et les mêmes conditions ne s'appliquent pas. Nous avons essayé cette après-midi de transférer l'image d'une photographie vers une plaque en utilisant les rayons fluorescents et nous avons trouvé trois images idnéfinies sur la plaque. Il est possible, cependant, qu'avec des matériaux différents dans les plaques et une autre forme de papier photographique nous serons capables un jour de transférer les images aussi aisément par le biais d'une substance imperméable à la lumière comme il est à présent possible de transférer une image d'une plaque de bromure vers une autre par la lumière ordinaire du soleil."

Le 14 février, le Wichita Beacon, un journal du Kansas, indique qu'Edison aurait attiré l'attention sur les nombreux exemples où l'image d'arbres, de rochers et d'objets similaires ont été photographiés par l'éclairage sur le corps humain. Dans ces cas, le fluide électrique pénètre les vêtements de la même manière que les rayons cathodiques (sic) traversent un objet opaque. Edison aurait argumenté que si l'éclairage permet ces photographies, les mêmes résultats pourraient être obtenus par l'électricité, sous réserve que l'appareil adapté soit découvert. 

Il est possible que l'hypothèse peut avoir été stimulée par l'information qui a circulé le 11 février sur les expériences menées à la School of Practical Science par Wright, McLennand et Lell, qui auraient montré qu'avec les rayons X il était possible d'obtenir des photographies en temps réel, sans avoir à attendre un temps de trente à quarante minutes. Ce résultat a été obtenu en couvrant le tube de Crookes d'un pot de verre permettant de focaliser les rayons.

Il est évident que l'expérience n'a pas donné de résultats probants et la nouvelle n'a pas de suite dans la presse quotidienne. Nous n'en avons trouvé aucune mention dans la presse professionnelle ou dans la presse scientifique. Elle ne semble pas avoir été mentionnée dans la presse européenne alors que quelques journaux français signalent la supposée découverte sur l'aluminium et l'annonce du projet de photographier le cerveau humaiin.

 

Peut être l'inventeur a-t-il été inquiété par un article, publié le 14 février par The Journal, qui rapportait que le Prof. Morton, qu'Edison considérait comme le meilleur spécialiste américain des rayons-X, a constaté que l'exposition aux rayons-X provoquait des troubles occulaires. Il s'agissait là de la première alerte sur les risques pour le corps humain de l'exposition aux rayons X, qui allait devenir évidente quelques mois plus tard et qui coûtera la vie à l'un des assistant d'Edison. 

Quelques indices permettent de percevoir que les annonces intempestives d'Edison sur ses "découvertes" relatives aux rayons X suscitaient agacements et moqueries.  Le 14 février, le Chicago Tribune publie la déclaration d'un certain Scribner, qui réalise des expériences sur les rayons X au sein du laboratoire de la Western Electric : "Je ne prends pas la peine de parler du travail d'Edison. Il a la faculté de pre,dre une suggestion de quelque expérimentation et de la suivre jusqu'au succès final. A propos de sa proposition d'envoyer des photographies par câble, je puis seulement dire que nous ne serions pas surpris d'entendre quoique ce soit que l'imagination puisse imaginer".  

 

Encore plus cruel est le dessin "The Edison Daily Matinee and X Ray Performance" paru probablement le 12 février dans le World, un quotidien new yorkais rival du Journal de Hearst, dessin qui sera reproduit par la suite dans d'autres journaux, y compris le Western Electrician dès le 22 fevrier. Edison y est représenté sur une estrade, entre une lampe, un réflecteur, une caméra et un écran, devant quatre journalistes, deux dessinateurs et un crieur de journaux. Deux tubes de mégaphones et l'affiche "Keep your eye on me" soulignent la volonté de tapage médiatique de l'inventeur.  

Il est probable que, dans l'excitation et la fatigue de ces journées, Edison s'est laissé aller au plaisir de donner du sensationnel aux journalistes. Comme il avouera quelqes jours plus tard à l'un d'entre eux, "Je n'ai pas peur d'être interviewé. J'y suis habitué. Cela ne me gêne pas et je sais que le newspaper man a besoin de quelque chose pour ses lecteurs. Je suis considéré comme un monstre de musée" (The Reflector, ca 22 February 1896)

Même si elle était anecdotique, improvisée et superficielle, il est étonnant que l'hypothèse d'Edison sur la transmission des images par rayons X soit restée ignorée par ses biographes, par les historiens de la radiologie et les historiens de la téléphotographie et de la télévision. D'autres vont la reprendre dans les semaines et mois suivants. Quelques expériences sont peu doculentées (J.G. Vine) soit de manière assez fantaisiste (H.L. Smith, Close et D'Unger), soit de manière plus rationnelle et prudente, mais inaboutie (Huber). Dès le 1er mars 1896, The Sun évoque une expérience qui serait menée à Londres par un certain J.G. Vine. L'hypothèse semble avoir été reprise en 1906 par le jeune français René Darmezin et elle l'est encore en 1924 par l'ingénieur napolitain Adriano Nisco. La téléradiologie, transmission à distance des photographies de radiologie a fini par devenir une réalité à la fin des années 1950, mais elle n'utilise pas les rayons X pour la transmission.

Edison ne renoncera pas à mettre au point un système de transmission des images. Il reviendra à cette question quelle mois plus tard, en annonçant un télégraphe autographique.

André Lange 9 juin 2024

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Scientific American, 15 February 1896

Sur l'histoire de la découverte des rayons-X par Röentgen et des premiers développements de la radiologie, voir

 

Pour une présentation d'époque des rayons-X en français, voir

 

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"Röntgen the Man Who Photographs the Invisible", St. Paul Daily Globe, 2 February 1896

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A.A.C. SWINTON, Photographie aux rayons-X de sa propre main, janvier 1896 (By courtesy of the Wallace Collection)

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"Shadowgraph" d'un pied humain . Tesla a obtenu l'image en 1896 avec des rayons X générés par son propre tube à vide, semblable au tube de Lenard, à une distance de 8 pieds. (Musée Tesla, Belgrade, Serbie ; document n° MNT,VI/II, 122.)

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Chicago Tribune, 12 January 1896

Tuve de Crookes à émission de rayons X

(Source ; Amelycor Patrimoine Scientifique / Lycée de Rennes)

Biographies d'Edison

  • CONOT R., Thomas A. Edison. A Streak of Luck, A Da Capo, 1979

  • ISRAEL P., Edison. A Life of Invention, John Wiley, 1998

  • JOSEPHSON, Edison : A Biography, 1959, reed., Plunkett Lake Press, 2019

Sur Edison et les rayons X :

The Journal 12 1 1896 corr-2.JPG

The Journal, 12 January 1896

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Principaux articles de presse sur Edison et les rayons-X (du 12 janvier au 15 évrier 1896)

Pour la suite des travaux d'Edison sur les rayons X, nous renvoyons aux travaux des historiens de la radiologie (Thompson, 1896, Glasser, 1933, Brecher, 1969, Mould, 2016). Les documents réunis par les archives Edison à Rutgers University fournissent un matériel important : notes et correspondancenotes de laboratoire, articles,.. et l'accès plus facile à la presse quotidienne et à la presse professionnelle devrait conduire à certains ajustements.

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The Journal 12 January 1896

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Message du Philladelphia Press, 12 January 1896 et réponde d'Edison.

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Message d'Edison à A.E. Knnely, 27 January 1896 (Edison Papers at Rutgers University)

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Télégramme de W.R Hearth à Edison, 5 février 1896

(Source : Edison Papers, Rutgers University

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Orrin PECK, William Randolph Hearst en 1894

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The Journal, 5 February 1896

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The Journal, 11 February 1896

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Chicago Tribune, 13 February 1896

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Cathodographe élaboré par Edison (Electrical Engineer, 19 February 1896). L' impression cathodographique illustre la perméabilité de trente substances, numérotées comme suit, toutes mesurant autant que possible 1 à 32 pouces d'épaisseur : (1) fer ; (2) laiton; (3) plomb (4) étain; (5) antimoine; (6) bismuth; (7) cadmium; (8) platine; (9) cuivre; (10) aluminium; (11) caoutchouc souple; (12) caoutchouc dur; (13) celluloïd; (14) ardoise; (15) ivoire; (16) gélatine; (17) gomme-laque; (18) acide borique; (19) papier; (20) fibre vulcanisée; (21) gutta-percha; (22) colophane; (23) acide stéarique; (24) asphalte; (25) composition de cylindre de phonographe ; (26) ambre; (27) camiphore ; (28) albumine; (29) acide phosphorique glacial, décortiqué; (30) pièce de monnaie en argent.

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Saint Louis Post Dispatch, 12 February 1896

Articles évoquant l'expérience de transmission d'images par rayons X sur câble téléphonique

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Occurrences de "Pictures by Telegraph" en février-mars 1896 dans la base de journaux Newspapers.com 

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Chicago Tribune 13 2 1896b_edited.jpg

Chicago Tribune 13 February 1896

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Déclaration de Scribner, Chicago Tribune,

14 February 1896

The Wichita Beacon, 14 February 1896

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