Le roman Het televisie experiment de Bert 

Histoire de la télévision
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Un personnage étonnant

Parmi les personnages étonnants rencontrés en cette fin du 19ème siècle proclamant avoir mis au point un système de transmission des images ou de vision à distance, le cas du Dr. Robert d'Unger, de Chicago, est certainement l'un des plus pittoresques.

 

En l'an 2000, lorsque j'ai commencé à rechercher sur Internet les moindres indices utiles pour reconstituer l'histoire des premiers projets de télévision, j'identifiai le nom de D'Unger à l'article "telephote" de The Oxford Dictionnary, London, 1933, "A "telephot" invented by Dr. Robert D'Unger, of Chicago, Ill., [for picture telegraphy]" Le dictionnaire citait un extrait d'un article de la revue Current History, Buffalo, N.Y., vol.6, 1896, 950. Je ne trouvais rien d'autre sur ce telephote, que ne citaient ni Georges Shiers, ni Albert Abramson, ni R.W. Burns, les trois auteurs de référence sur l'histoire technique de la télévision. Je publiai alors sur ce site les quelques lignes de The Oxford Dictionnary. Deux ans plus tard, je reçu un message de Geraldine D'Unger McGloin, petite fille de Robert D'Unger me fournissant quelques informations étonnantes sur son grand-père, indiquant notamment qu'il aurait connu Edgar Allan Poe à Baltimore. Geraldine d'Unger McGloin m'envoyait également une photographie d'un vieux Monsieur, assis devant le "téléphone sous-marin" qu'il était supposé avoir inventé. Je publiai alors, le 1er mars 2003, ces quelques informations, non sans quelque scepticisme. J'arrivai à me procurer un  exemplaire de la rare revue Current History, 1896, mais, occupé par d'autres sujets, je postposai la description complètement oubliée du telephot (sans -e) de ce Robert D'Unger (avec D majuscule avant l'apostrophe). On le trouvera dans sa version originale ici et dans une tentative de traduction ci-dessous. Cette proposition - qui doit avoir été formulée par D'Unger au mois d'octobre 1896 -à défaut d'avoir jamais été validée, mise en oeuvre et démontrée, était cependant originale : il s'agissait ni plus ni moins d'utiliser les rayons X, découverts par Wilhlem Rötgen quelques mois plus tôt, le 8 novembre 1895. 

Au début de ce siècle, la présence numérique de D'Unger sur Internet était pratiquement inexistante. La multiplication des sites d'archives de presse me permet à, présent de proposer une note biographique plus étoffée, confirmant dans ses grandes lignes les investigations menées par le Professeur John E. Reilly, un des fondateurs de la Poe Studies Association, le seul biographe de l'inventeur à ce jour (1). Robert D'Unger, est un personnage dont on se demande si sa seule réussite n'est pas d'avoir déposé les quelques traces médiatiques nécessaires pour le faire entrer dans la légende. Il est difficile avec ce personnage de faire la part entre le romanesque et la vérité historique.

   

Un début de carrière comme journaliste

   

Robert D'Unger est né le 8 décembre 1825 à Hagerstown dans le Maryland (2) Il était un des sept enfants de Henri D'Unger et de son épouse Sara Spear. Henri était propriétaire d'une scierie près de la Potomac River, d'une minoterie et enseignait la musique. Suivant la tradition familiale - rapportée parJ.E. Reilly, mais qui ne semble pas être documentée - son grand-père Henri D'Unger avait accompagné La Fayette en 1777 sur le bateau Victoire pour soutenir l'armée continentale et était resté aux Etats-Unis après le Traité de Paris. La famille trouverait ses origines en Bohème et comptait notamment un Henri d'Unger, adepte de Calvin et de Gabrielle de Bourbon. 

Robert d'Unger a passé son enfance dans le Maryland et en Penssylvanie. Il a déménagé vers Baltimore en 1844, où il a travaillé pour le Baltimore Patriot . Il prétendra près d'un quart de siècle plus tard qui'il a été le premier journaliste à utiliser une dépêche télégraphique pour annoncer une nouvelle, en l'occurrence celle de la mort du Major Samuel Ringgold, le premier officier de l'armée fédérale décédé le 11 mai 1846 des suites de ses blessures à la bataille de Palo Alto qui ouvrit la guerre du Mexique.(3)

 

C'est à Baltimore que D'Unger raconte avoir  rencontré, à plusieurs reprises, Edgar A. Poe entre 1846 et 1849 (4). Il a laissé un récit détaillé de ces rencontres plus de cinquante ans plus tard, dans une lettre du 29 octobre 1899 au Chevalier Reynolds que les biographes de Poe ont longtemps considérée comme peu fiable, mais dont le Professeur John E. Reilly a défendu le caractère détaillé et plausible et la fiabilité d'ensemble. Les souvenirs de D'Unger sur Poe sont considérés, par ceux qui en acceptent l'authenticité, comme un témoignage précieux sur les symptômes de l'alcoolisme chez l'écrivain, qui est décrit comme déprimé, désargenté, solitaire et tentant en vain de faire des mots d'esprit, mais aussi capable, une fois ivre, de porter sa conversation vers le surnaturel. Lors d'une des réncontrés, alors confronté aux problèmes de santé de son épouse Virginia, aurait conseillé au jeune D'Unger de ne pas se marier trop vite. D'Unger dément aussi la légende de la mort de Poe, soûlé au fond d'une caserne de pompiers par des ward heelers cherchant à obtenir son vote. Selon D'Unger, l'alcoolisme de Poe était celui d'un gentleman, pas d'un homme de la rue. D'Unger rapporte également l'histoire de la rencontre entre Poe et une jeune entraîneuse de 16 ans, très belle, Leonora Bouldin, dont il suppose qu'elle pourrait être la Lost Leonore de "The Raven".

 

En  février 1851, D'Unger fonde à Philadelphie avec Samuel Upham et H. Norcross le Sunday Mercury, mais cède sa part dès le mois de mai à Upham. (5)

En 1854, D'Unger publie The American continent, un livre sur l'histoire du continent américain, y compris les civilisations amérindiennes. Il y décrit la déchéance des autochtones sous l'emprise de l'alcool. Il semble avoir éprouvé de l'empathie pour les populations autochtones et l'on remarquera que sur la photographie disponible, prise un demi-siècle plus tard, le portrait d'un chef sioux. 

 

D'Unger obtint le titre de gradué en médecine en février 1859 à l'Eclectic Medical College de Philadelphie, une formation qui privilégiait les médications à base de plante. Il retourna alors dans le Maryland, où Il eût des activités très variées et fut notamment rédacteur en chef de divers journaux, dont le Cambridge Herald. Avec le Colonel George E Austin, il achète ce journal puis le Cambridge Democrat et fusionne les deux sous le nom de The Democrat and Herald (6) . En 1861, il s'établit avec sa seconde épouse près de Cambridge, Maryland. De janvier à mai 1862, il apparaît dans des publicités dans The Baltimore Sun comme "Practicioner of Eclectic Medecine".  Pendant la guerre civile, bien qu'opposé au départ à la sécession, il soutient la Confédération. Suivant des sources familiales, rapportées par Reilly, est blessé pendant une altercation avec les autorités fédérales qui cherchent à l'arrêter dans les locaux du Cambridge Herald, il réussit à s'enfuir et se réfugie en Europe. Il passe le reste de la guerre civile entre Londres et Paris, où il travaille comme correspondant de différents journaux new yorkais.

 

Il rentre aux Etats-Unis fin 1864 ou début 1865 et il pratique la médecine, le journalisme et la politique dans l'Est du Maryland. En plus de ces activités professionnelles, il s'intéressait aux développement de l'électricité de la mécanique et des technologies de communication.  Le 21 juillet 1865, le Philadelphia Inquirer rapporte qu'un Robert D'Unger comparaît en justice pour tentative de séduction d'une jeune fille de quinze ans, à laquelle il aurait offert une montre en or. Rien ne prouve cependant qu'il s'agisse de notre personnage.

D'après le récit que D'Unger fit en 1894 (7), il aurait, le 29 janvier 1869, déposé un caveat pour une boîte à musique qu'il appelait "Electro-Medical Music Box" et que, dans sa déclaration, il était précisé que deux de ces boîtes étant connectées, il était possible d'entendre parfaitement la transmission de la voix. L'essentiel de cette invention consiste dans le fait qu'en prenant deux simples boîtes à musique suisses et en isolant la plaque de lames métalliques (harp plate) et le cadre du cylindre à épines de notes et en connectant les deux instruments par un fil transportant le courant électrique, non seulement les pulsions musicales de l'une des boîtes sont transmises à l'autre, mais le langage articulé peut également être transmis à l'autre. L'ingénieux Docteur n'expliquait pas comment la première boîte pouvait capter la voix humaine, mais cette invention lui suffisait pour proclamer son antériorité sur Grey et Bell, tout en créditant Charles Bourseul d'avoir le premier inventé le téléphone.

 

Au début de 1871, se laissant séduire par les publicités de la Jay Cooke &C°, qui promettait les fortunes à faire suite à l'ouverture de la Northern Pacific Railroad, il s'établit à Duluth dans le Minnesota où il créée le Daily Herald (8) et fait fortune dans l'immobilier, jusqu'à ce qu'une panique financière sur les marchés suite à la faillite de Cooke ne ruine son journal et sa fortune personnelle.  Il s'installe alors à Minneapolis puis à Chicago. On le retrouve à Minneapolis en juin 1875, où il demande au conseil municipal l'autorisation d'installer chez lui une machine à vapeur, indication qu'il commence à se livrer à sa passion pour les technologies (9). Le Minneapolis City Directory for 1877/78 le donne comme propriétaire et rédacteur en chef de l'hebdomadaire State Index.

Médecin - et charlatan - à Chicago

 

En 1878, il reçoit une licence lui permettant d'exercer la médecine dans l'Etat d'Illinois et ouvre un cabinet dans Palmer House, l'hôtel de luxe de Chicago construit par Potter et Betta Palmer, fameux pour ses chandeliers Tiffany et les fresques au plafond du peintre français Louis Rigal. Il y pratique la médecine pendant deux décennies.

A Chicago, il se lance dans la promotion d'un traitement contre les effets de l'alcoolisme à base de cinchona rubra (quinine), connu sous le nom de "Peruvian Bark". Selon E. Liar Perkins, auteur d'un article in initialement paru dans le New York Sun, est reproduit par de nombreux journaux, le remède est soutenu par Joseph Medill, le directeur du Chicago Tribune selon qui le Dr. D'Unger aurait déjà résolu 2800 cas des pires formes d'intempérance alcoolique. Dans un éditorial du 12 avril 1878, le Chicago Tribune prendra encore la défense de D'Unger en suggérant que face au drame que représente l'alcoolisme, toute les propositions de cure doit être reçue avec sympathie et essayée !  (10) La Trade Mark est enregistrée le 2 septembre 1879 par le Patent Office.  Le "Peruvian Bark" sera commercialisé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne par Evans, Sons  Co. (6).

 

En 1879, D'Unger publie une brochure, Dispomania, pour expliquer les avantages de son remède. Cette brochure est sévèrement critiquée par le Professeur en pédiatrie C.E. Earle dans un article puis dans une brochure qui dénonce l'inefficacité et même la nocivité de la médication et accuse D'Unger de charlatanisme et d'incompétence. (12). La recension de la brochure du Professeur Earle par The Peoria Medical Journal (1880-1881, p.69)  est encore plus sévère et parle d'un purely money-making scheme. La revue Transactions de l'Illinois Medical Society le traite de quack (charlatan) et place son Dr. entre guillemets.

 

En juillet 1881, le Dr D'Unger est menacé de voir sa licence révoquée et est invité par le State Board of Health à venir s'expliquer.(13) Elle ne le sera pas, puisqu'il apparaîtra jusqu'à la fin de sa vie dans le répertoire des médecins de Chicago. Quelques journaux publièrent encore par la suite la recette de la préparation.
 

En 1887, la revue de pharmacopée Western Druggist publiera une note technique sur la Cinchona Rubra et la "Cure for Drunkness" du Dr. D'Unger, soulignant que l'utilisation de la quinine contre l'alcoolisme n'est pas vraiment une invention de D'Unger et qu'elle est attestée dès les années 60 (14). Le diagnostic sur l'efficacité du traitement est réservé, mais moins infamant que les critiques du Professeur Earle. La réputation de D'Unger restera cependant longtemps affectée par cette histoire. Dans une histoire de la presse de Duluth, un juge Evans évoque le soutien qu'il a apporté à D'Unger lorsque celui-ci a lancé son journal et conclut "That gentleman was Dr D'Unger , now *** known in Chicago as the exponent of Chincona as a remedism for alcoholism; We had no luck with him however". (15). Le souvenir du remède du Dr D'Unger était encore présent, douze ans plus tard, lors de la réunion la Chicago Medical Society : le 2 novembre 1891, lorsque le Professeur Earle raconta que, quelques mois après la publication de sa brochure critiquant la médication au cinchona, le Dr. D'Unger  fut trouvé en état d'ébriété entre la Third et Fourth Avenue.(16)

Inventeur et investisseur en téléphonie

 

Après la scandaleuse affaire du cinchona, et une étrange affaire d'accusation de chantage qu'il porte contre deux femmes de mauvaise réputation et qui lui valent des démêlés avec la justice (Daily Inter Ocean, May 11 and May 21, 1881; Chicago Tribune, 10 and 11 May 1881)  le Dr. D'Unger paraît s'être fait discret et s'être consacré à ses recherches sur le téléphone et aussi une système électrique pour permettre aux sourds d'entendre, pour lequel il dépose un caveat (17).

 

Il réapparaît dans la presse en mars 1888 lorsqu'est annoncée la constitution de la D'Unger Long Distance Telephone Company, enregistrée avec trois associés et un capital de 10 millions de $. Celui qui est devenu inventor reçoit dans son bureau de Palmer House un journaliste de Western Electrician, un hebdomadaire édité à Chicago. Il fait une démonstration de son téléphone avec une résistance équivalent à 800 miles et le journaliste reconnaît que le son parvient parfaitement. Puis, avec une résistance de 196 000 ohms, il simule une distance de 10 000 miles. Le journaliste admet qu'après un début un peu brouillé, la voix reste audible. L'inventeur explique que son téléphone repose sur un principe de levier, pour magnifier le son de la voix.Que l'interlocuteur parle à voix basse ou haute, on entend parfaitement. Et il annonce fièrement "Le téléphone Bell est ruiné de cette manière(...). Je proclame que mon instrument est basé sur des principes scientifiques, ce qui n'est pas le cas du téléphone Bell". (18)

L'intervention de D'Unger sur le marché du téléphone intervient, au début des années 1880, dans un contexte bien particulier. La Bell Company, qui a contraint la Western Union à se retirer du marché en 1879, est en train de consolider ses positions sur un marché naissant, mais elle doit perdre en 1893 le monopole de certains de ses brevet et les communications longue distance n'en s'ont qu'à leur début. De nombreuses sociétés indépendantes - plus de 6000 - se créent pour obtenir des franchises locales ou pour se positionner sur le marché des communications longues distances, entre exchanges, de ville à ville. 

 

En janvier 1888, D'Unger a déposé trois demande de brevets, pour des perfectionnement au téléphone (pour un transmetteur amélioré, un récepteur et un diaphragme avec buffers), qu'il obtiendra en 1889. Les investissements annoncés se concrétisent avant même que les brevets ne soient accordés. Le Western Electrician du 23 mars 1889 décrit les investissements dans un projet de développement de lignes le long des voies de chemin de fer. D'Unger prétend avoir inventé le téléphone avec Grey et Bell et avoir réalisé une communication avec le Milwaukee avant les démonstrations de Bell mais n'entend pas faire de procès autour de cette antériorité, arguant que son propre téléphone ne contredit pas le brevet de Bell.(19) Il prétend que son téléphone est le seul sur le marché à assurer la communication sur les longues distances. La nouvelle de l'invention du téléphone D'Unger parvient en Europe et est brièvement mentionnée dans le journal d'Henri Rochefort, L'Intransigeant, le 5 novembre 1889 et, le même jour, dans le journal La Croix.

 

Tel qu'on peut le reconstituer à travers quelques informations de presse, le lancement des opérations paraît difficile. Le 10 mai 1890, le Western Electrician rapporte que la Retail Druggists' Association de Chicago est intéressée par la commercialisation du futur téléphone D'Unger qui devrait être produit à Chicago. Le 11 octobre 1890 le Western Electrician reproduit des extraits du brevet sur le récepteur téléphonique et annonce la création par D'Unger d'une société The Long Distance Telephone Company qui détient les droits du brevet et pourrait obtenir une franchise à Chicago. Le 9 mai 1892 est créée à Chicago une nouvelle société,  associant  D'Unger et deux autres partenaires, qui se propose d'installer 10 000 téléphones à Chicago. au prix de 75 $ pour les téléphones d'affaire et de 100 $ pour les téléphones à domicile (20). Le Western Electrician, dans on édition du 13 août 1892 parle du "renowned telephone" D'Unger . mais rapporte un procès que l'inventeur menace d'intenter à la Ville de Chicago. Celle-ci lui a refusé à deux reprises une franchise qu'il considère comme une entorse à son brevet d'exploitation.

En mai 1893, une nouvelle société, la D'Unger Electrical Telephone Manufacturing Company est créé, avec un capital de 100 000 $ avec pour objectif la fabrication du matériel téléphonique. L'émetteur téléphonique D'Unger est présenté dans Electrical Industries, July 1893, p.218. Selon le magazine, il ressemble à l'émetteur Bell mais la position de l'émetteur et des aimants est inversée. Il est annoncé que la Chicago Twin Wire Long Distance Telephone C° va utiliser le matériel D'Unger pour mettre en oeuvre la franchise d'exploitation qu'elle vient d'obtenir. En 1893, la Bell Company intenta divers procès contre des sociétés indépendantes qui voulaient profiter de la fin de son brevet pour son émetteur téléphonique. Parmi elle figurait la D'Unger Electric Telephone C°. (21) d'Unger dans une lettre au Western Electrician publiée le 13 janvier 1894 dénonce les mesures d'intimidation de la Bell "qui cherche à effrayer Dick, Tom et Harry en leur faisant croire qu'elle possède la terre entière, téléphoniquement parlant". . Lorsque les activités de téléphonie furent ouvertes aux indépendants, à partir du 1er février 1894, la D'Unger Long Distance Telephone Company annonça l'ouverture de 160 centrales (exchanges) dans 15 Etats, dont 41 dans le Minnesota.(22) D'Unger publia dans Western Electrician un long article expliquant l'histoire des brevets en téléphonie et assurant à ses futurs usagers une grande qualité de service. Il concluait en indiquant que le téléphone D'Unger était en démonstration à Palmer House. (23) Le 28 avril, dans le même magazine, la disponibilité du service est annoncée (24) Dans un petit article de Electrical Engineer, May, 9 1894, il est annoncé que l'inventeur fournit les téléphones en échange de petites royalties. 

L'étrange cas du Dr. Robert d'Unger, journaliste, témoin des ivresses d'Edgar A. Poe, médecin, charlatan, investisseur en téléphonie et inventeur d'un telephot aux rayons X

(8) Le premier numéro est sorti le 8 avril 1871. Le Stillwater Messenger (14.4.1871) décrit D'Unger comme un démocrate de type complètement conservateur, un écrivain facile, vigoureux et puissant. Le nombre d'abonné était estimé  520. Voir VAN BRUNT W. Duluth and Saint Louis Minnesota. Their Story and People, vol.1, 1921, p.233 ; ROWELL, G.,  American newspaper directory, 1875.

(10) Cité in KINSLEY, P., The Chicago Tribune : its first hundred years, vol.II, Knopf, 1943, p.269

 

(11) Les articles de presse sont nombreux sur ce remède. Voir notamment BrooklynDaily Eagle, 23 December 1878, Chicago Tribune, 26 December 1878, Daily Globe, 26 December 1878, The Wheeling daily intelligencer., December 31, 1878, Little Falls transcript., January 02, 1879, The Ottawa Free Trader, 4 January 1879, San Marcos free press., February 22, 1879, The Chemist and Druggist, 15 May 1879 New Zeeland Times, 12 May 1879, The Columbian., January 30, 1880, Poverty Bay Herald, Volume VI, Issue 680, 21 Aril 1879

Le remède a également trouvé écho, mais plus tardivement dans la presse britannique et irlandaise : Leighton Buzzard Observer and Linslade Gazette , 8 April 1879, Lowestoff Journal, 12 April 1879, Cheltenham Chronicle, 15 April 1879, Newry Reporter, 15 April 1879, Ballymena Observer, 19 APril 1879, The Star, 25 October 1879, Cork Constitution, 12 August 1891, 

(12) EARLE C.W., The Cinchona cure for intemperance., Chicago, Bulletin Print, 1880.. Reprinted from the Chicago Medical Journal and Examiner for February, 1880

(5) Report of the State Librarian of Pennsylvania, 1900, p.282

 

(6) JONES E., History of Dorchester County, Maryland, 1902, p.26. The Cecil Whig., July 30, 1870 mentionne un procès en calomnie qu'il intente à un journal concurrent, Intelligencer.

(3) The Catoctin Clarion, June 17, 1871

Catoctin clarion., June 17, 1871

Brevet d'emetteur téléphonique de R. D'Unger, 2 octobre 1888.

Brevet de récepteur téléphonique de R. D'Unger, 27 août 1889.

Photographie de main par rayons Röentgen réalisée par A.A. Campbell Swinton (janvier 1896)

(28) (in SWINTON A.A.C., "Professor Röntgen's Discovery", Nature, January, 23, 1896.

 

 

(29) CAMPBELL SWINTON, A.A., "Distant Electric Vision", Letter to the Editor, Nature, 78, n. 2016, 18 June 1908, p.151. Sur les expérimentations de Campbell Swinton avec les rayons Röntgen, voir BURNS, R.W., Television. An international history of the formative years, p.110. Sur le rôle de Campbell Swinton dans la promotion d'une conception de la télévision utilisant les tubes cathodiques de Braun et les rayons cathodiques voir MARSHALL, P., Inventing Television: Transnational Networks of Co-operation and Rivalry, 1870-1936, Thesis, University of Manchester, 2011.

Photo de main avec anneau illustrant le rapport original de Röntgen 'On a New Kind of Rays", Scientific American Supplement, February 15, 1896

(19) A notre connaissance, la réalité de cette communication n'est pas documentée. Le nom de D'Unger n'apparaît ni dans l'ouvrage classique CASSON, H. The History of Telephone, McClurgg, 1922, ni dans BRUCE R.V., Bell. Alexander Bell and the Conquete of Solitude, Cornell University Press, 1973 ni dans EVENSON A.E., The Telephone Conspiracy of 1876, McFarland, 2000.qui défend Grey contre Bell.

Dans le même magazine, le 24 juin 1894, D'Unger réitère son affirmation qu'il a inventé le téléphone avant Grey et Bell et fournit des explications sur cette prétention. 

Nous ne disposons pas d'informations complètes sur le succès - ou plutôt l'insuccès - du téléphone de D'Unger, mais il semble, dans les premiers mois, l'appareil ait trouvé une clientèle. Ainsi, le 4 juillet 1894, dans l'Electrical Engineer, la société de D'Unger déclare que les résultats sont particulièrement bons, malgré une dépression quasi internationale; Des franchises sont annoncées pour des filiales de la société dans sept villes et des centrales dans huit villes.  Le 3 octobre 1894, l'Electrical Engineer indique qu'une société de Pittsburg, qui dispose d'une franchise pour l'est de la Pennsylvanie, a acquis le matériel D'Unger et que la marque sera présente à l'Exposition de Pittsburgh avec une maquette d'une centrale en miniature. 

Puis, brusquement, le téléphone D'Unger et les différentes sociétés sortent des radars, n'apparaissent plus dans la presse. La société, probablement en difficultés financières, a dû, comme beaucoup d'autres, tomber en faillite ou être discrètement absorbée par une autre. 

 

Le telephot aux rayons-X (1896)

La disparition du téléphone D'Unger des colonnes des journaux va bientôt être remplacée par d'autres inventions du docteur de Chicago. Courant 1896 : le telephot. L'inventeur présente son invention dans le Chicago Tribune, le 29 novembre 1896. Sous le titre "X-Ray Telegraph", il a droit à une mise en page originale : deux dessins le montrent, à gauche face à la station émettrice de son appareil, à droite face à la station réceptrice, tandis qu'un troisième dessin, traversant la page, représente des fils télégraphiques qui font la liaison entre les deux stations. Le bloc des sous-titres est on ne peut plus accrocheur :

 

"Pictures May Be Sent Over a Wire by the New Light / IS CALLED THE TELEPHOT / Devices Expected to Produce Revolutionary Results / IT EXCELS PRESENT MEANS / First Tests Prove That the Principle is Practicable / WORK OF A CHICAGO INVENTOR"

Le telephot est présenté comme "le dernier et peut-être le plus merveilleux développement des rayons Röntgen". Le telephot est décrit comme un appareil qui permet la transmission par fil et  la reproduction fidèle à l'autre bout de toute forme de matériel imprimé, d'écrit ou d'image. Selon l'inventeur, une page complète de journal pourrait être aisément transmise d'un seul coup. Bien que l'inventeur reconnaisse que les expériences ne sont pas encore complètement concluantes, il s'affirme certain que les photographies, lithographies, dessins, peintures à l'huile et même les formes des objets matériels pourront être transmises et apparaître comme des photographies à la réception.

La théorie des rayons-X de Röntgen, qui avait été découverte et annoncée à Strasbourg fin 1895. Des articles ont circulé dès janvier 1896 (25). La première traduction anglaise du rapport Röntgen paraît dans Nature le 23 janvier 1896. Le 15 février 1896, le rapport de Röntgen avait était publié dans le Scientific American Supplement. et avait retenu l'attention des chercheurs et inventeurs tout au long de l'année 1896, au point que la revue Nature avait ouvert dans ses colonnes une rubrique "Recent Researches on Roentgen Rays".  Edison avait lui aussi immédiatement étudié les applications possibles de la découverte de Röntgen et proposé le fluoroscope (26).  Le 9 août 1896, le San Francisco Call avait même publié un article, soi-disant inspiré d'un article du Scientific American avait même publié un article expliquant comment réaliser l'expérience de Röntgen à domicile, illustré d'un schéma.

Selon les déclarations de D'Unger au Chicago Tribune, il a été sensibilisé par l'agitation autour des rayons Röentgen, s'est intéressé au sujet dans ses perspectives médicales et a commencé des expériences, aussi bien chez lui - le journal précise qu'il habite alors au 2010 Prairie Avenue - que dans son bureau de Palmer House. En réfléchissant à la nature des mystérieuses vibrations - qu'il considère comme de simples perturbations électriques - il décida qu'elles devaient permettre des applications commerciales. Il considéra que si elles étaient le produit d'une action électrique, elles devaient elles-mêmes pouvoir causer, d'une manière ou d'une autre, un flux de courant en retour. Une petite étude le mit sur la piste de l'image télégraphique "and the thing was done". Selon les dires de l'inventeur, le résultat fut un succès quasi dès le premier test.

Le telephot, tel que D'Unger le décrit est très simple. Il est composé de deux tubes de Crookes d'intensité et de résistance égale, un pour l'émission et l'autre pour la réception. Le tube d'émission est monté de manière habituelle sur une batterie à induction et est conçu pour émettre les rayons de Röntgen. L'image à être transmise est placée en dessous sur une fine plaque de vulcanite ou de tout autre matériau convenable.

 

Publicités pour le téléphone D'Unger, Western Electrician, March 31 et May, 26, 1894

Photographie de l'émetteur téléphonique D'Unger; Ekectrical Industries, July1893.

Publicité, Electrical Industries, December 1893

(9) Proccedings of the City Council of the City of Minneapolis, 1875-1876, p.40 (June 28, 1975)

(30) Voir Forty Days Without Food! A Biography of HS Tanner by Dr. Robert Gunn, New York: Albert Metz and Company, 1880, p.18

Le Chicago Tribune du 13 août 1902 rapporte l'arrestation et la condamnation du Dr. D'Unger pour une lettre offensante écrite à un certain William Funk, au sujet de l'épouse de celui-ci. Madame Funk, née sous le nom de Phrynette Ogden, née Irma Bolen, qui avait fait partie comme actrice et chanteuse de la compagnie King Dodo. Le Docteur D'Unger aurait prit Irma Bolen en affection lorsqu'elle était enfant et cette affection pour elle se serait développée lorsqu'elle devint plus âgée. C'est la raison pour laquelle, selon le Chicago Tribune le Dr.D'Unger serait devenu "incensed" et aurait écrit une lettre offensante à William Funk.. 

 

Il semble s'être intéressé aux développements de l'automobile, car en 1903, il obtien un brevet pour un train de roulements pour véhicules.

Mais sa dernière apparition médiatique concerne l'invention dont il semble avoir été le plus fier, car il y travaillait depuis un quart de siècle. Le 15 octobre 1904, alors qu'il a près de quatre-vingt ans, le Dr. D'Unger fait une nouvelle apparition médiatique (31) : il annonce qu'il a inventé un téléphone sous-marin, qui serait le résultat de vingt-cinq ans de travail. Il a déposé une demande de brevet. La perte de sa fortune - allusion probable à la débâcle de Duluth - l'aurait empêcher de développer sa passion pour l'électricité. Il montre au journaliste qu'il reçoit un appareil censé lui permettre de communiquer non seulement avec l'Europe mais avec le reste du monde. C'est probablement celui qu'on aperçoit sur la photo communiquée par sa petite fille. La presse ne donne pas beaucoup de détails, mais c serait par le moyen de courants induits que l'inventeur arriverait à communiquer aussi bien avec Paris qu'avec la Chine. Au lieu d'essayer de transmettre la voix par de longs  fils étirés, il a inventé un câble au sein duquel se trouvent de conducteurs sectionnels. Les conducteurs sont réunis par des bobines d'induction composées intermédiaires de sa propre invention.  Les impulsions de dénaturation sont ainsi portées de la plaque de transmission à la plaque de réception d'un téléphone par des boucles d'électricité. L'inventeur prétend être en négociation avec une compagnie orientale à hauteur de 1,5 millions de dollars. Selon The Colfax Chronicle., November 17, 1906 D'Unger a obtenu un brevet pour son invention et une société à été créé dans le Nord Dakota et le New Jersey, sous le nom de Electric Loop Company, avec un capital de 30 millions de $ en vue de poser un câble entre New York et Londres.

Robert d'Unger meurt à Chicago le 30 janvier 1908, à l'âge de 82 ans, beaucoup plus tôt que prévu et contredisant ses propres théories.  Son décès est annoncé dans le Evening Star (Washington), le 22 février 1908, qui mentionne comme seule invention son telephot. Ses fanfaronnades l'ont exclu pour longtemps de l'histoire des sciences et des techniques et l'apparentent plutôt à l'univers d'Edgar Allan Poe. Il n'en reste pas moins que son intuition de recourir aux tubes que mettaient au point les physiciens pour explorer les radiations était un pas dans la bonne direction. L'idée de recourir aux tubes à rayons-X sera envisagée bien plus tard par d'autres inventeurs : trois chercheurs allemands proposeront des appareils de télévision avec un tube à rayons-X en guise de récepteurs : en 1909,  A. Knothe (que Hugo Gernsback cite immédiatement dans son célèbre article "Telephot and Television"),, puis en 1926, Voss, ensuite en 1931, Alexander Kerr (qui obtiendra un brevet allemand et un brevet américain) et enfin, en 1936, l'américain David Applebaum, qui recevra lui aussi un brevet du Patent Office. Ces brevets sont restés sans suite, mais au moins le Dr. D'Unger ne restera-t-il pas seul dans son hypothèse précoce.

  

 

 

Philadelphia Inquirer (October 30, 1898) (quoted by Howard Brown on the JacktheRipper Forum, December, 26 2009)

(7) "Another Inventor of the Telephone", The Electrical Engineer, June 20, 1894.

Brevet du câble électrique de D'Unger, 1907

(31) Telephone Magazine, October 1904, p. 133. The Brownsville daily herald., October 20, 1904, The Barre daily times., November 02, 1904, The Tennessean from Nashville, Tennessee October 23, 1904 ; Lewis County Democrat., September 27, 1906

Boîte à musique, in E. COLLIGNON, Les machines, 1873.

Scientific American, May 19 1894

(4) Le témoignafge de D'Unger sur Poe a été publié par J.A. HARRISON, The Independent, November, 1, 1906, pp.1049-1050 et est repris dans l'article de Reilly.. Voir QUINN, A.H. Edgar Allan Poe, a critical biography, 1875-1960, Appleton-Century, 1941, p506. Le plaidoyer du Professeur Reilly pour rétablir la crédibilité du témoignage de D'Unger n'a pas convaincu tous les spécialistes. Voir  le virulent  échange avec  George T. Georges "Letters to the Editor", Maryland Historical Magazine, vol.88, Fall 1993 pp.378-381. Egalement "Interview with John E. Reilly", The Edgar Allan Poe Review, Vol. 2, No. 1 (Spring 2001), pp. 78-86

(1) REILLY John E., "Robert D'Unger and his reminiscences of Edgar Allan Poe in Baltimore", Maryland Historical Magazine, vol. 88, Spring 1993, pp.60-72.

(13) The Inter Ocean (Chicago), July 1st, 1881

 

(14) Western Druggist, 1887, p.p.200-201.

(15) Cité in VAN BRUNTN W., op.cit. p.2é8

(16) The Chicago Medical Recorder, Journal of the Chicago Medical Society, vol.II, 1891, 1892; p.348.

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(17) Cité dans le Chicago Tribune, November 29, 1896. D'Unger aurait publié un article à ce sujet dans le Sunday Tribune courant 1896.

 

(18) "D'Unger Long Distance Telephone", Western Electrician, March 31, 1888, pp.157-158..

 

(20) Buffalo Evening News, May 10, 1892

 

(21) McMEAL H.B., The Story of Independent Telephony, Independent Pioneer Telephone Association, 1934, p.29

(22) Ibid. p.41; Western Electrician, June 16, 1894

(23) "Dr D'Unger on the situation", Western Electrician, February 10, 1894.

(24) Western Electrician, April, 28 1894.

 

Robert D'Unger et son téléphone sous-marin (Collection Géraldine D'Unger McCloin).

Bibliographie

Le catalogue de la Library of Congress signale les ouvrages suivants du Dr. Robert d'Unger, "physician" :


D'UNGER, Robert, The American continent,  J. J. Fullmer & co., Philadelphia,1854. Rééditions Naby Press, 2010 ; Forgotten Books, 2015.

D'UNGER, Dr. Robert, Dipsomania. Dr. D'Unger's cinchona rubra cure for drunkenness--continous or periodical. What it is! How it was discovered! What it has done! ... The author, Chicago, 1879, 32 p. 22 cm.

D'après sa petite-fille, après la mort de Robert D'Unger fut publié un recueil de contes pour enfants Grandfather's Tales. Le WorldCat mentionne un livre de biographie intitulé Great grandfather tales, Warfield Limited Partnership, Denton, Maryland, 1979, mais aucune bibliothèque du réseau international ne possède ce livre.

Brevets identifiés

Telephoning Transmitting Instrument  Brevet US390,575. Patented Oct. 2, 1889.  'Egalement Brevet canadien CA33083 A Date de publication7 déc. 1889

Telephone receiving-instrument, US 409736 A,  Application January 15 1889, Patented, August 27, 1889

Running Gear for Vehicles, Brevet US718108 Application filed Dec. 16, 1901 Patented Jan.13 1903  

En 1907, D'Unger obtient un brevet (US852778) pour un câble électrique.

Edgar Allan Poe

San Francisco Call, August 9, 1896

La partie la plus importante de l'appareil est dénommée le "variator" et est constituée de deux barres (rods), traversées à angle droit par plusieurs bandes métalliques. Les rayons en traversant l'image frappent ces deux pinceaux et produit un impact mécanique. Cette vibration est transmise à la seconde barre par des pièces de croix métalliques. Les chocs sur la seconde barre, qui est faite de carbone, en retour, modifient la résistance électrique de manière telle à produire un changement dans le courant qui la traverse jusqu'à l'autre bout du fil. A l'extrémité qui reçoit ce courant fluctuant passe à travers la première bobine à induction, tandis que l'autre tube de Crookes est attaché à la seconde, donnant les vibrations de courant dans le cercle principale de extrémité qui émet. La seconde bobine à induction transforme cela en courant alternatif, qui produit l'action habituelle de réception d'un tube de Crookes. 

Sous le tube de réception est placé une pièce de papier sensible ou une plaque sèche telle qu'en utilisent les photographes. Celle-ci est soumise à l'action du tube et une courte exposition va reproduire une ombre négative de l'imprimé ou de l'image qui se trouve à l'extrémité d'émission.

L'inventeur pense que les rayons Röntgen, en traversant l"image à la station émettrice sont partiellement réduits par le matériau aux travers duquel ils passent et donc produisent une action modifiée sur le "variatior". Ces variations sont à leur tour envoyées sur la ligne de courant électrique, de la même manière que les variations de la voix sont transmises par le téléphone. A l'autre extrémité, ces vibrations sont reconverties par les rayons Röntgen qui agissent de la même manière sur la plaque sensible, reproduisant les propriétés originales de l'image envoyée, ou plutôt leur ombre négative.

Dans son entretien avec le Chicago Tribune, D'Unger reconnaît que beaucoup de choses restent à mettre au point. Mais il pense que les premières expériences ont confirmé la théorie. Il dit avoir pratiqué des tests avec une résistance de 4000 ohms, soit l'équivalent d'une transmission entre Chicago et New York. La première de ses expériences a été de transmettre une photo de presse d'un piano. Il a utilisé un papier d'impression photographique ordinaire à la réception et, après une exposition de cinq minutes, a obtenu les lignes générales du piano. Il a ensuite fait une expérience en plaçant un canif sur la plaque d'émission et a obtenu à la réception une forme satisfaisante de manche et de lame. Il a ensuite essayé avec succès avec une boîte à pilules, puis avec des lettres, obtenant des A et des P satisfaisants.

D'Unger déclare qu'un nouveau telephot est en cours de fabrication, avec des tubes d'une plus grande capacité, un variator de fabrication plus fine et des bobines d'induction spécialement conçues. L'appareil comportera également des nouvelles lentilles de plomb pour la réfraction des rayons X dont le volume pourra être étendu ou contracté par l'opérateur. Ce nouvel appareil devrait lui permettre d'obtenir des résultats parfaits ou quasi parfaits.

D'Unger déclare avoir déposé une demande de brevet auprès du Patent Office, mais, pour l'instant, nous n'en avons trouvé aucune trace. Il prétend avoir reçu de propositions avec des montants substantiels pour son invention. Il indique qu'il a perdu ses droits sur ses inventions précédentes, mais que celle-ci ne lui échappera pas et qu'il est sûr qu'elle le rendra riche. Il imagine déjà la diffusion universelle de son invention, au bénéfice de la diffusion mondiale du savoir.

L'idée d'employer les rayons Röntgen était dans l'air du temps. L'annonce de la découverte de ces rayons avaient suscité dès janvier 1896 une vague d'expérimentations, y compris en dehors des cercles académiques de physiciens (27).  Dès le 23 janvier 1896, A.A. Campbell Swinton, qui allait devenir, au début du 20ème siècle le principal théoricien du recours aux rayons cathodiques pour développer la télévision, publiait dans Nature un article, illustré d'une photo de sa propre réalisation, sur les rayons X.(28)   Malgré ses affirmations d'expériences réussies, on peut douter de la réalité des expériences de D'Unger, racontées à un journaliste, mais - à notre connaissance - jamais exposées devant des experts, ni présentée dans une revue scientifique ni même dans une revue technique. On peut sérieusement douter que l'appareil fonctionnait et l'annonce sans suite aucune d'un appareil plus perfectionné en préparation ne plaide pas pour la crédibilité de l'inventeur.

 

Pour peu avérée qu'elle soit, l'invention de D'Unger est néanmoins la première proposition dans l'histoire de la transmission des images - il s'agit ici plutôt de téléphotographie que de télévision - qui propose de recourir à des tubes tant à l'émission qu'à la réception, huit ans avant la fameuse lettre du 18 juin 1908 de Campton Swinton, en réponse à un article de Shelford  Bidwell, considérée comme la première formulation d'un retour aux tubes cathodiques. (29)

L'annonce de d'Unger dans The Chicago Tribune n'a guère eu que des suites médiatiques, en dehors de tout recensement scientifique, qui n'aurait pas échappé à Burns ou à Abramson. Même le Western Electrician auprès de qui il avait eu ses entrées ne lui accordent plus crédit. En utilisant différentes bases d'archives de la presse (Chroniclingamerica, Newspapers.com, j'ai pu identifier les citations suivantes, qui ne sont que des échos de l'article initial et n'apporte rien de neuf sur la proposition :

  • The Courier-News, November 30,1896, The Brooklyn Daily Eagle, Buffalo Morning Express November 30, 1896, The Pokeepsie evening enterprise., November 30, 1896,  Illustrated Buffalo Express, December 1st, Harrisburgh Telegraph, December 1st, 1896, Ticonderoga sentinel., December 03, 1896, The Valley Falls Vindicator, January 15, 1897 reprennent une dépêche télégraphique en trois lignes

  • The Evening Star, December 3, 1896, Pike County Press., December 04, 1896, The Buffalo Morning Express, 6th December 1896, le Rochester Democrat and Chronicle, December 8, 1896, The Times Picayune (New Orleans), December 26, 1896 publient des articles substantiels basés sur l'article initial du Chicago Tribune.

  • La dernière citation dans les journaux identifiée se trouve dans  la Correspondancia de Puerto Rico, January 20, 1897.

  • L'article "Picture Telegraphy", Cyclopedia Review of Current History, Buffalo, N.Y., VI,  4, October-December 1896 pp.950-951 a probablement été écrit à partir de l'article de Chicago Tribune et doit être paru début 1897.

 

Une recherche sur la base d'archives de la presse britannique de la British Library  ne fournit qu'une seule citation de l'article du Chicago Tribune (avec reproduction de ses dessins, mais telephote écrit avec un -e) dans l'hebdomadaire populaire The Sketch  du 23 décembre 1896.   C'est à partir de l'article de la Cyclopedia for Current History que le telephote de  d'Unger est cité à l'article "Telephote" du New English Dictionnary of Historical Principles, vol.IX, part.II, Oxford University Press, 1919, sans égard pour McTighe et les frères Connoly, qui avaient lancé le terme dès 1880. C'est probablement dans ce dictionnaire que les auteurs du Oxford Dictionnary de 1933 l'auront recopié, me permettant de retrouver la trace de D'Unger en 2000. Reste à savoir si des chercheurs britanniques - et notamment A.A. Campbell Swinton, ont eu connaissance de l'invention de D'Unger. 

Dernières apparitions médiatiques, derniers brevets.

Le Dr D'Unger était doté d'une solide santé, comme on pu le constater les journalistes qui l'ont approché à la fin de sa vie. En 1898, à l'âge de 73 ans, il fait une déclaration étonnante au Philadelphia Inquirer (October 30, 1898) : il est convaincu qu'en prenant soin de son corps, les hommes peuvent vivre plusieurs centaines d'années. Il semble qu'il ait déjà publié auparavant des thèses similaires. Une communication qu'il aurait publiée sur le sujet est citée par le fameux Dr Henry S. Tanner dans le récit qu'il fit de son expérience à Minneapolis, en juin-juillet 1880  de rester quarante-deux jours sans manger.(30)

L'émetteur et le récepteur du telephot de D'Unger

(25) Sur l'histoire de la découverte des rayons-X par Röentgen, voir le site Roentgen-Memorial (Wurzburg). D'après Harold S. Klickstein Wilhem Conrad Röntgen On a New Kind of Rays:  A bibliographical study (1966), le manuscrit de Röntgen a été soumis à l'imprimeur iimmédiatement pour publication en 1895 sous le titre Ueber eine neue art von strahlen: Sitzungs-berichte der Physikalisch-medicinischen Gesellschaft zu Würzburg, no. 9, 1895: 132-141.  Il a été immédiatement republié fin 1895 sous le titre Eine Neue Art von Strahlen (Würzubrg, Verlag und Druck der Stahel’schen K. Hof und Universitäts-Buch- Und Kunsthandlung, Ende 1895), que Röntgen a envoyé à des scientifiques de renom.  La premiètr traduction en anglais est RÖNTGEN, W.C. "On a New Kind of Rays". Nature, v. 53, January 23 1896, pp.  274-276. Pour une présentation d'époque en français, voir GUILLAUME, C.E., Les rayons X et la photographie à travers les corps opaques, Gauthier-Villars, Paris, 1896.; VITOUX, G. Les rayons X et la photographie de l'invisible, Chamuel, Paris, 1896 ; BRETON, J.L., Rayons cathodiques et rayons X, La Revue scientifique et industrielle. Année 1896, Paris, 1897.

Schéma d'un tube de Crookes (in VITOUX, op.cit., 1896)

Un tube de Crookes primitif (Collection du Musée Roentgen à Wurzburg - Photo en licence de documentation libre  GNU)

(27) Sur le mouvement d'inventions à partir des rayons-X en dehors des cercles spécialisés de physiciens, voir LAVINE M., ‘Something about X-rays for everyone:’ emerging technologies and open communities", History and Technology. An International Journal, Volume 31, 2015 - Issue 1.

 

Sur le traitement de la découverte de Röntgen dans la culture populaire, voir BUSH, U., "A Funfair for Science: Popularising  X-Rays from 1896 to Present", in The Story of Radiology, vol.1, European Society of Radiology, 2012, pp.6-23.

Phrynette Ogden

André Lange, 21 janvier 2018, révision 2 février 2018.

Le Dr. Robert D'Unger