Les projections vers les nuages
2. Le temps des expérimentations (1892-1898)

1ère partie : Le temps des hypothèses

Les expérience du Ronald Scott (1892-1893)

 

Le pionnier indiscutable des projections célestes est Capitaine Ronald A. Scott, professeur d'ingénierie électrique,  entrepreneur en éclairage. Ses activités dans le domaine de la projection lumineuse se sont développées au début des années 1890 et dès 1892 la plupart des vaisseaux de la Royal Navy sont équipés de ses projecteurs. Le contexte militaire des expériences recourant aux technologies d'éclairage par des projecteurs puissants n'est pas dû au hasard. Déjà durant la guerre de Sécession et durant la guerre franco-prussienne de 1870-1871 des recours aux projecteurs avaient été observé et la question retenait les stratèges (1)

 

A la Crystal Palace Exhibition d'avril, Ronald Scott présente des projecteurs de sa conception (2)  Le 16 juillet 1892, différents journaux londoniens annoncent le succès de l'expérience d'illumination menée par le à partir du toit de The Elms, sa résidence à Acton Hill. Deux projecteurs d'une puissance de 30 000 chandelles chacun éclairaient le ciel, à la grande joie des élèves, réunis pour un manifestation d'athlétisme (3) Les premières expériences de communication par signes projetés sur les nuages à Acton Hill sont rapportées par le presse le 29 octobre 1892 (4) Des  manoeuvres militaires nocturnes sont organisées pour tester l'avantage de disposer de projecteurs. A la fin des manoeuvres, es noms d'annonceurs bien connus ainsi que le visage du Premier ministre Gladstone ont été projetés sur les arbres, les bâtiments et les nuages artificiels de vapeur comme une coda divertissante à un simulation de bataille (5)

 

C'est probablement cette démonstration du 29 octobre qui suscite des réactions indignées dans certains journaux britanniques, rapportées dans le magazine américain The Electrical World (6). Mais divers experts considèrent que l'hypothèse est crédible.

 

Un article de The Electrical Engineer confirme que la fin de l'année 1892 a été marquée par l'intérêt considérable constaté pour la projection à distance de textes  et d'images en recourant à la lumière électrique (7)  Le 25 décembre 1892, le New York Times, publie un artilce "Writing in the Clouds", repris le 16 janvier 1893 par le Chicago Tribune, relatant une expérience de "Writing on the clouds" menée avec succès par Scott. L'expérience de Scott a été perturbée par le fait qu'il n'y avait pas de nuages ce jour-là, mais la démonstration un pu se faire sur des colonnes de vapeur et des murs. La transmission de lettres se faisait dans de très bonnes conditions à un demi mile (8). En décembre 1893, Scott réalise également des expériences de projections sur les arbres, attirant l'attention de milliers de personnes. (9)

Des expériences plus discrètes sont également menées en 1892 par Sydney Hodges à Ealing. Il est arrivé à projeter une lettre sur les nuages (10)

Le "cloud projector" de Lewis H. Rogers (1893-1899)

Aux Etats-Unis, des expériences de projection vers les nuages sont menées entre 1892 et 1894 par Lewis H. Rogers, de la société The Brush Company. Il est possible de le restituer en réunissant des informations fragmentaires, restées éparses dans divers articles de presse (11)

 

Début 1892, Lewis H. Rogers, alors agent commercial de la General Electric Company,  conçoit d'installer un projecteur lumineux  au sommet du Mount Washington dans les White Mountains (New Hampshire), le point culminant du Nord-Est des États-Unis avec une altitude de 1916 mètres. Le projecteur est installé durant l'été. La réalisation est assurée, sous la direction d'Archer W. Ives, par des employés de la Thomson-Houston Company, par la suite incorporée dans la General Electric Company. L'objectif initial était de tester les possibilité de communication lumineuse entre deux points situés en altitude. Selon Rogers, le rayon lumineux, peut être vu à 1000 miles à la ronde. Il imagine qu'une communication lumineuse pourrait être établie avec Portland (à plus de 120 km) ou avec Montréal (à plus de 270 km).Une expérience de communication avec Portland,  recourant au code Morse, est menée avec succès et le War Department préempte le bénéfice du brevet demandé par Rogers auprès du Patent Office. L'intérêt manifesté par les touristes établis autour du Mount Washington fait réaliser à Rogers la possibilité de focaliser l'attention du public sur le rayon lumineux et de projeter des messages dans le ciel. 

 

En octobre 1892, Rogers déménage son installation à Manchester (New Hampshire) et les travaux de mise au point s'avèrent laborieux. Les tentatives de recourir à des déflecteurs similaires à ceux utilisés dans les lanternes magiques s'avèrent décevantes. Les plus grandes lentilles, de 14 pouces de diamètres, ne permettaient qu'un faisceau de 30 pouces de diamètre. Des lentilles plus grandes (de 30 pouces de diamètre) et une intensité lumineuse très fortes s'avèrent nécessaires. Les producteurs de lentille et les scientifiques contactés par Rogers manifestant peu d'intérêt, celui-ci faillit abandonner ses expériences. Seul le Professeur Amos Dolbear, de Tuft University, qui avait revendiqué la primauté sur Graham Bell de l'invention du téléphone électro-magnétique et qui était aussi l'inventeur d'un système de télégraphie sans fil exploitant la conductivité du sol, lui apporta son soutien. Il fut alors imaginé de recourir à un système de plusieurs lentilles successives. Le positionnement des différentes lentilles demanda beaucoup d'ajustement progressifs, mais un des résultats obtenus fut qu'il était possible de faire des projections vers n'importe quel type de surfaces n'absorbant pas la lumière. Il fut observé également qu'un message pouvait être lu sur la fumée dégagée par des cheminées et en même temps sur le mur d'un immeuble situé derrière elles.

 

Le projecteur est ensuite déplacé sur le toit du Grand Opera de Boston et Rogers commence à expérimenter la projection sur les nuages. Il décide de construire un appareil susceptible d'être orienté rapidement dans toutes les directions, tout en maintenant la bonne distance entre la plaque de lanterne supportant le message et la lentille extérieure. Le dispositif final fut commandé à Elmer A. Sperry, constructeur d'équipements électriques établi à Cleveland et futur co-inventeur du gyrocompass et bénéficia de prêts de lentilles de l'Observatoire de Harvard. L'appareil est alors installé sur le toit de l'immeuble anciennement occupé par la Sperry Electric Company à Chicago. C'est de là qu'aura lieu le 16 août 1893 la première projection réussie de messages vers les nuages.

 

En septembre 1893, à l'occasion de la Columbia Exhibition à Chicago, le projecteur, lourd de près de deux tonnes, est installé sur le toit du  Palace of Arts and Manufactures, à une hauteur de 200 pieds. La première présentation du cloud projector pour les personnalités et la presse a lieu le dimanche 24 septembre, non sans difficultés d'ajustement de la nouvelle lentille principale, qui fait à présent 44 pouces de diamètre, contre 30 précédemment. Pour la présentation officielle, une bombe à produire des nuages a été conçue par M. Pain et des jets de vapeur sont également utilisés. Les premiers messages affiches sont "What God Had Wrought", les termes de la Bible de Saint-James qui avait été les premiers transmis par Samuel Morse le 24 mai 1844 pour la première démonstration de son télégraphe. Venaient ensuite des portraits de grands hommes tels que Christophe Colomb, rover Cleveland, ou encore celui du Maire de Chicago et des dirigeants de la Foire.   Par la suite, et durant six semaines, des démonstration ont lieu  tous les soirs : des chiffres sur le nombre d'entrées.

Dans sa chronique de Cosmopolitan, le Professeur Dombear vante les possibilités de l'appareil pour la publicité et pour les .communications militaires. Il donne comme exemple l'utilité qu'aurait pu avoir un tel appareil durant la Commune de Paris pour briser l'isolement de la capitale et évoque même la possibilité de communication avec Mars.

 

Le matériel consistait en une lampe à arc à foyer fixe et un miroir d'un diamètre de deux pieds six pouces. Un réflecteur fixé face à lampe à arc pouvait être actionné par le bas en utilisant une chaîne et un volant manuel. Le dessin qui doit être projeté est découpé dans un carton et placé entre les deux lentilles du réflecteur. L'équipement est monté sur un piédestal giratoire, de manière à pouvoir être orienté vers le nuage choisi et à suivre le mouvement de celui-ci. La lampe à arc est conçue pour une intensité de 150 ampères, à 110 volts 

Quelques lignes du Wake Forest Student décrivent l'effet sur les spectateurs.

(1) Fiske, B.A. (December 26, 1885) ‘Electricity in Warfare,’ The Telegraphic Journal and Electrical Review: p.538, cité in E. HUHTAMO, "The Sky is (not) the Limit: Envisioning the Ultimate Public Media Display", Journal of visual culture, 2010 , Vol 8(3): p.335

 

(2) Public Opinion, 1892, p.369 ; R.W. WHEEKES, "The Crystal Palace Exhibition", The Electrical Engineer, 29 April 1892, p 416

 

(3) Acton Gazette, 16 July 1892

(4) Volunteer Service Gazette and Military Dispatch, 29 October 1892.

(5) London Evening Standard, 31 October 1892 ; The Electrical Engineer, 4 November 1892 ; ‘Battle Search-Lights’ The Electrical Engineer. A Weekly Journal of Electrical Engineering Vol. X (New Series): (November 4, 1892), p. 444 ; Electrical Review, 12 November 1892, p.137.

(6) "Even the Sky don't Escape Him", Electrical World, 26 November 1892, p.335.

 

(7) "Ronald A. Scott", The Electrical Engineer, 6 January 1893, p.26

(8) New York Times, 25 December 1892, Chicago Tribune, 16 January 1893

(9) The Electrical Engineer, 8 December 1893

(10) Electrical Engineer, 9 November 1892, 

"The Rogers Cloud Projector", The Electrical Engineer, 17 January 1894,

(11)  L.H. ROGERS, "A Search Light on Mount Washington", The Electrical Engineeer,, 13 April 1892 ; "SIgns on the Clouds", The Inter-Ocean, 16 September 1893.  ; "Pictures on Clouds", Chicago Tribune, 25 September 1893 ;   The Electrical Engineer, 27 September 1893, p;278 ; Engineering News, 5 October 1893 ; A.E. DOLBEAR, "The Electric Search-Light", Cosmopolitan, Novemner 1893, p.154 ;  Wake Forest Student, November 1893, p. 46 ; "Signs in the Sky", The World, 7 January 1894 ;  "An Electric Cloud Projector", Illustrated Electrical Review, 17 January 1894 ;  "The Rogers Cloud Projector", The Electrical Engineer, 17 January 1894, p. 46 ;  "Advertising on the Clouds, Invention, 17 February 1894 pp.150-151 .;  "The Wonderful Cloud Projector Made Possible by Prof. Dolbear", Saint-Louis Post Dispatch, 25 February 1894 ; "Electric Cloud Projector", The Inventive Age, February 1894, p.25 ; Dr. Z., "La publicité sur nuages", La Nature, 7 avril 1894, p 304 ; "Advertising on the Clouds", British Journal of Photography Supplement, 4 May 1894, p; 40 ; "Writing on the Clouds", Youth's Companion, 26 July 1894, p.338. 

 

Les évocations de cet épisode par les historiens sont très fragmentaires. E..S. TURNER, The shocking history of advertising!, Ballantine Books, 1950, p.257 ;  F.A. BURT, The story of Mount Washington, Dartmouth Publications, 1960, p.107 et pp. 267-268/  EL. de VRIES, Victorian Inventions,  American Heritage Press, 1972, pp. 93-94 ; E. FREEBERG, The Age of Edison: Electric Light and the Invention of Modern America, Penguin, 2013

 

Le Professeur Amos Dombear (1837-1910), conseiller scientifique de Lewis H. Rogers

Elmer Ambrose Sperry (1860-1930) qui construisit le cloud projector de Lewis H. Rogers.

Inter-Ocean (Chicago), 16 September 1893

Les projecteurs dans le ciel de l'exposition de Chicago, Scientific American Supplement, 16 September 1893.

"Le cloud projector de Rogers (Illustrated Electrician Review, 17 January 1894)

Après l'exposition,  Joseph Pulitzer récupéra le matériel et installa le projecteur sur le toit du World Building, siège du New York World.  L'article du World du 7 janvier 1894 annonçant le lancement de l'opération, ne tarit pas d'éloge sur "A Marvel of Ingenious Skill". Le passage du Livre de Daniel relatant l'inscription sur un mur du mystérieux message « mene mene tekel upharsin » durant un festin du roi de Babylone Balthasar est évoqué. Mais ce qui est projeté dans le ciel de New York est une publicité pour le journal à 2 cents. 

REMBRANDT Le festin de Balthasar, 1635.

Projection publicitaire pour le New York World, The World, 7 January 1894

L'enthousiasme des new-yorkais est répercuté jusque dans un quotidien madrilène (12)

«Les citoyens de New York ont eu surprise hier soir lorsqu'ils ont vu une légende sur les nuages qui, loin de ressembler à l'inscription fatidique de la fête de Belshazzar, ne faisait que vanter la supériorité d'un certain quotidien journal et recommandait que tout le monde l'achète car il ne coûte que quelques cents. Le principe sur lequel cet effet est basé est facile […]. C'est le principe de la lanterne magique, mais à grande échelle,avec une lumière qui a, selon la rumeur, la puissance d'un million d'ampoules, et qui utilise les nuages comme un tissu pour les reproduire ou les peindre les images d'objets. L'appareil est appelé  "cloud projector" un nom qui indique clairement sa nature »

(12) Olaeta . ""modo de anunciar. El correo Español: diario tradicionalista, 1615". Madrid, 27 Enero  1894. 1-2. Voir également Echegaray, J.  ""Crónica científica. Dos inventos novísimos". El Liberal, 5711. Madrid, jueves 23 de mayo de 1895, 1. Articles cités in M. B.SÁNCHEZ GALÁN, "The Magic Lantern as a Means of Advertising. Historical Review of News, Anecdotes and Patents",  Fonseca, 2018.

 

Cependant la perspective de l'utilisation du ciel à des fins publicitaires ne suscite pas que des enthousiasmes, comme en atteste l'article sévère du Engineering News, 5 October 1893. A New York, un homme d'affaires en vue, un certain Austin Corbin, qui exploite un mur du Cumberland Building pour des annonces lumineuses, porte plainte contre les interférences lumineuses suscitées par le cloud projector de Rogers. Le juge Ryan avertit Rogers que si de telles interférences continuent, il devra lancer un mandat d'arrêt contre lui. (The Pittsburg Press, 22 May 1894).

C'est probablement cet avertissement qui oblige Rogers a trouver une solution d'itinérance pour ses démonstrations. Il est signalé qu'un grand magasin new-yorkais eu recours à un projecteur suffisamment puissant pour diffuser des publicités visibles dans le ciel à 75 miles. Le Times de Philadelphie du 4 février 1895 publie un articulet dont on ne sait trop si il correspond à une réalité ou est un simple canular parodique et qui évoque l'utilisation du cloud projector à des fins de propagande politique.

Le projecteur est à Cleveland, la ville d'origine de Lewis H. Rogers le 4 juillet 1895, installé sur le toit du magasin E.R. Hull & Dutton (13). En septembre 1895, il est à Detroit (14) En juin 1898, il est à Saint-Louis (Missouri) dans le cadre du parc d'attraction nocture Famous (15) Le projecteur, propriété de la Pacific Electric Company sera finalement déplacé sur la côte ouest et installé à Echo Mountain, dans le sud de la Californie, où il sera détruit lors d'un incendie en 1937.(16)

(13) Plain Dealer, 5th July 1895, cité in W.G. ROSE, Cleveland; the making of a city, Cleveland, World Pub. Co, 1950, p.562-563.

 

(14) "Message on the Clouds, Gibson City Courier, 25 September 1895.

(15) "The Wonder of the Age", Saint-Louis Dispatch, 17 June 1898, 24 June 1898; Saint-Louis Globe Democrat, 18 June 1898

(16) F.A. BURT, op;cit.

Annonce dans le Saint-Louis Dispatch, 24 June 18989

D'une certaine manière, le projet de Rogers a tourné court : il est resté un dispositif d'attraction, une curiosité pour foires et parcs de divertissement. On est aussi loin des possibilités d'utilisations publicitaires et d'utilisation militaires imaginées par le Professeur Dolbear, le conseiller scientifique de Rogers, en 1893 (17). Dans une interview publiée par The Western Electrician en janvier 1897 (18) Amos Dolbear, évoque toujours les usages publicitaires du projecteur, mais il en entrevoit d'autres : l'information météorologique et, à nouveau, la communication vers Mars. (18) Cependant, dans le même interview, il évoque la supériorité des ondes hertziennes, qui, à la différence des ondes lumineuses, ne sont pas arrêtées par les parois, par le brouillard ou par la pluie. Sait-il déjà que le jeune Marconi a fait six mois plus tôt une demande de brevet pour un système de télégraphie basée sur l’utilisation des ondes électriques ?

 

Les réactions européennes aux démonstrations de Chicago

 

La nouvelle des démonstrations américaines suscite l'intérêt en Europe et l'hypothèse d'expériences similaires à Paris est évoquée dans La Nature et dans la revue de Louis Figuier, L'année sccientifique et industrielle. (19)

 

En Grande-Bretagne, Ronald Scott reprend le concept de publicité céleste à l'occasion d'une démonstration sur les toits du Municipality Building de Cardiff, le 2 décembre 1893.(20) Le 20 mai 1894, Scott fait une démonstration  sur les immeubles de Trafalgar Square, mais, en l'absence de nuages, il ne peut faire la projection annoncée de titres de journaux dans le ciel. L'auteur d'un article dans le British Journal of Photography conclut ironiquement "It was demonstrated howeverv that the invention was approaching perfection" (21). Les expériences de Scott tournent court en février 1896 lorsque la Mr Ronald A. Scott and Company est mise en faillite (22)

(17) A.E. DOLBEAR, "The Electric Search-Light", Cosmopolitan, Novemner 1893, p.154

 

(18) "Future Electrical Development, The Western Eelectrician, 9 January 1897, p.24.

(19) Dr. Z., "La publicité sur nuages", La Nature, 7 avril 1894, p 304 ; "La publicité sur les nuages", L'année scientifique et industrielle, 1894, pp.156-159

(20) "A Novelty in Advertising", South Wales Daily News, 4 December 1893

(21) "Signalling in Trafalgar Square", British Journal of Photography, 25 May 1894, p. 331 The Sketch, 27 June 1894

(22) Middlesex Independent, 8 February 1896 ; Acton Gazette, 3 July 1896 ; Middlesex County Times, 4 July 1896 

 

 Illustration de Dr. Z., "La publicité sur nuages", La Nature, 7 avril 1894, p 304 (Source : CNUM)

Le retour du projecteur dans l'imaginaire.

Attraction d'un moment, juste avant l'arrivée du kinescope d'Edison et du cinématographe des frères Lumière, la projection sur les nuages n'aurait pu rester qu'un épisode de l'archéologie de l'audiovisuel si elle n'allait être redécouverte dans les années et utilisée comme un véritable medium publicitaire. Comme le remarque Errki Hutamuno, à la fin du 19ème siècle, les mots searchlight et projector entre, comme métaphores, dans la langue anglaise, et en particulier dans la langue journalistique. La même chose pourrait être dite du mot "projecteur" en français.

 

Le projecteur, mais bien terrestre cette fois, va aussi être intégré dans la lutte des classes : en 1895 le magazine Electricity (vol. IX, n.18, p. 240) rapporte que, pour la première fois, un projecteur a été utilisé pour décourager les actions des grévistes.

 

A défaut d'être devenus fonctionnels, le cloud projector va subsiter dans l'imaginaire graphique et littéraire. Hutamuno a repéré une publicité de la Columbia Records Company qui, pour célébrer un prix reçu en 1900 par l'appareil, le représente en cloud projector.

 

cite deux romans présentant le cloud projector comme un instrument d'instigation à l'insurrection.  Dans President John Smith President Frederick Upham Adams décrit le «dernier complot anarchiste aux États-Unis" Le début de la révolte dans la soirée du 23 mai 1899 est annoncé par la projection du mot «STRIKE» dans les nuages ​​avec le projecteur installé sur le toit du temple maçonnique de Chicago, 
 

L'autre texte, la nouvelle "Celebration for the Closing of the Century" est une allégorie politique écrite par le professeur U. G. Morrow (1897) pour The Flaming Sword, un hebdomadaire publié par la communauté utopiste Koreshan Unity. La «grande célébration panaméricaine» de la fin du siècle est annoncé avant l'aube du 31 décembre 1900 par un long message projeté dans le ciel sur les nuages ​​depuis  son manoir doré par «Votre Royal Monarque, Pluto Americana". Au nom de la liberté individuelle est annoncée "à toutes les classes d'homme" l’opportunité de faire exactement, sans contrainte ce que chacun désire. Un chaos total et l'anarchie éclatent. Le projecteur céleste (sky projector)  continue à projeter ses messages sur la fumée de la conflagration et de l’explosion de la ville de Yorkopolis, ravagée par un incendie. Comme «une grande lune dans le ciel», son «disque de lumière [...] reflétait son étrange lumière sur les masses en marche [...]. "Alors que Pluton Americana, le" grand moderne Nero », dîne paisiblement avec« un millier de banquiers », les gens parviennent à s'infiltrer dans le palais. L'opérateur du projecteur est maîtrisé  et une nouvelle plaque insérée derrière l'objectif. Pour rappeler la fête de Balthasar et la chute de Babylone, elle  déclare: MENE! TEKEL! Le manoir doré est détruit par la dynamite, et "La ploutocratie n'était plus! C'était la fête de Balthasar et Balthasar n'est plus"

(A suivre) 

André Lange

5 juin 2020

Le roman Het televisie experiment de Bert 

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