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Maximilian Plessner (v.1830-v.1900)

Maximilian PLESSNER, Ein Blick auf die grossen Erfindungen des zwanzisten Jahrhunderts, Berlin, 1882. (Collection André Lange)

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(1) E. von CONRADY, Geschichte des Königlich Preussischen Sechsten Infanterie-Regiment von seiner Stiftung im Jahre 1773 bis zu Ende des Jahres 1856, Slogan, 1857, p.362

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(2) Gewerbeblatt aus Württemberg: 30. April 1871

Schéma de l'hydromoteur de Plessner, breveté en 1878

Schéma de l'ascensceur breveté par Maximilian Plessner en 1887

Appareil pour maintenir des vêtements, tels que des jupes et similaires, breveté en 1893

Appareil à vêtements ou appareil amélioré pour faciliter la mise en forme ou le décollage de manteaux, paletots, manteaux, imperméables et similaires breveté e, 1894

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Le Figaro, 29 août 1895

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PLESSNER M. Die neuste Erfindung. Das Antiphon, Schulze und Bartels, [1884?] (Welcomme Collection) 

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Graphique dans PLESSNER M. Die neuste Erfindung. Das Antiphon, Schulze und Bartels, [1884?] (Welcomme Collection) 

(4) KAFKA F., Oeuvres complètes, Vol.IV, Traduction de Marthe Robert, La Pléiade, Gallimard, 1989, p.668

(5) PAYER P., SCHOCK R. "Antiphon und Ohropax. Die Erfindung der Stille", Bundeszentrale für politische Bildung, 2016

Maximilien Plessner, l'"inventeur resté dans l'ombre" imagine les usages de la télévision et de l'optophonie
1. Biographie

2. Analyse de la brochure Ein Blick auf die grossen Erfindungen des zwanzisten Jahrhunderts, Berlin, 1882.

3. Translation and abstract by Nils Klevjer Aas (2002)

1. Biographie 

Une brochure redécouverte en 2002

 

Le livre de Maximilian Plessner, "Königl. Preuss. Hauptmann a. D." (commandant en retraite de l'armée royale prussienne) sous le titre Ein Blick auf die grosten Erfindungen des zwanzigsten Jahrhunderts. I. Die Zukunft des elektrischen Fernsehens ("Un regard sur les grandes découvertes du 20e siècle/ L'avenir de la télévision électrique") constitue une véritable curiosité, généralement méconnue des travaux les plus fouillés de l'histoire de la télévision. C'est le deuxième livre sur la télévision publié en allemand après les Beiträge zum Problem des elektrischen Fernsehen (1891) de Raphael Eduard Liesegang. Si l'on tient compte du brevet (1884) et de l'article (1885) de Paul Nipkow, il constitue la troisième contribution importante en Allemagne sur la question de la télévision.

 

J'ai eu la chance d'en exhumer la mémoire, sur ce site, en 2002, avec la collaboration de Nils Klevjer Aas. A une époque où les catalogues des bibliothèques étaient encore très peu accessibles en ligne, j'ai pu identifier l'existence d'un  exemplaire  de cet ouvrage, conservé à la Österreichische Zentralbibliothek für Physik (Wien), qui nous en a aimablement communiqué une copie. Nils Klevjer Aas en a fait une traduction partielle en anglais et un commentaire, publiés en 2002 sur ce site. La centralisation de l'information sur les bibliothèques grâce à la base Worldcat permet à présent de localiser treize exemplaires dans des bibliothèques  et j'ai pu moi-même en acquérir un.

Un inventeur aux intérêts très diversifiés.

 

Au début du 21ème siècle, il n'existait sur Internet pratiquement aucune référence à Maximilian Plessner. Il ne figure pas dans la Deutsche Biographisce Enzyklopädie, l'imposante encyclopédie traçant le portrait des allemands ayant laissé d'une manière ou d'une autre un trace dans l'histoire. Pubiée en 1997, la bibliographie de George Shiers mentionnait l'article "Jan Szczepanik und Maximilian Plessner. Der Erfinder des Telektroskops und sein Vorläufer",  paru dans la revue Vom Fels zum Meer de Stuttgart en mai 1898 mais ne mentionnait pas son livre. De rares publications allemandes (Riebke, 1987 ; Steinmaurer, 1999) y faisaient référence. Il a depuis lors fait une sorte de résurrection numérique, dont je vais rendre compte ici. Une photographie de lui a même été retrouvée. 

 

C'est surtout par l'identification de ses brevets ou d'échos dans la presse de ses inventions qu'il est possible d'esquisser la biographie de Plessner. J'ai pu en effet identifier 17 brevets ou citations de brevets obtenus dans cinq pays différents (Allemagne, Luxembourg, Espagne, Grande-Bretagne, Etats-Unis) entre 1869 et 1893. Outre sa brochure sur la télévision, il a également publié en 1884 une brochure sur son invention acoustique, l'antiphone et en 1893 une brochure (portant en avant-titre, comme  celle sur la télévision, Die Grosse Erfindungen des Zwanzigsten Jahrhunderts, ("Les grandes inventions du 20ème siècle") : Die Dienstbarmachung der Windkraft für den elektrischen Motorenbetrieb ("Rendre l'énergie éolienne disponible pour le fonctionnement du moteur électrique").

Ayant identifié une des inventions de Plessner, l'antiphone, un système de boules métalliques à placer dans les oreilles pour échapper aux bruits, Nils Klevjer Aas avait émis l'hypothèse que Plessner avait été officier d'artillerie. En fait, il a  eu une formation d'ingénieur. 

 

C'est en reconstituant la chronologie de ses brevets, dans lesquels il est désigné comme Johann Maximilian Plessner,  que l'on peut essayer d'esquisser son parcours. 

 

Il est désigné comme Commandant, originaire de Saxe, dans un registre d'officiers du Sixième Régiment d'infanterie de Slogau de l'armée prussienne, publié en 1857 mentionnant son premier brevet (1) puis comme "Kaptain in Paris" en 1871 dans un registre des brevets du Würtemberg (2). Il réside à Paris, Chaussée d'Antin, à la fin des années 1860. Au début des années 1870, il est établi en Grande-Bretagne, dans le Middlesex, puis à Londres à la fin de la décennie. Le journal britannique Broad Arrow, le 4 novembre 1871, indique qu'il a travaillé dans l'équipe du Comte Von Moltke, Major général de l'Armée prussienne, notamment pendant les guerres contre l'Autriche en 1866 et contre la France en 1870-1871. et le décrit inspectant à Londres le Centre du King's Corps of Armée en compagnie du Capitaine-Adjudant anglais Savorty. On le retrouve ensuite à  Stuttgart dans les années 80 et 90. Il a collaboré à l'encyclopédie populaire Deutsche Warte, dirigée par Bruno Meher publiée à partie de 1871 par Hidburgausen. Il a été membre du Conseil d'administration et trésorier du Bund der Industriellen (BDI) jusqu'en 1897 (Ullman, 1976). Son dernier brevet date de 1894.  En 1898, le journaliste Gustav Klitscher le rencontre à son domicile dans la banlieue occidentale de Berlin. On peut supposer qu'il est né dans les années 1830 et décédé vers la fin du 19ème siècle ou au début du 20ème.

Inventions et brevets  de Johann Maximilian Plessner

Les inventions de Maximilian Plessner sont identifiables par des brevets ou des articles de presse. La liste de ces inventions témoigne de la diversité de ses champs d'intérêt. Comme c'est souvent le cas avec le cas des inventeurs un peu obscurs de la seconde moitié du 19ème siècle,  actifs dans des domaines très divers, il est difficile d'évaluer la pertinence et le succès éventuel de leurs brevets. Ceux de Plessner vont de sujets très solides, consacrés si l'on voit bien à la recherche de machines capables de capter l'énergie des gaz, de la mer et des vents, ou encore à des presses ou des ascenseurs à des sujets qui paraissent plus futiles comme les tables conçues pour les messages publicitaires ou la mise en pli des vêtements pour les personnes vivant seules.

 

  • Le 8 octobre 1857, alors qu'il est lieutenant dans l'armée prussienne, il obtient un brevet pour une boussole dioptique pour la mesure des terrains, (Leipziger Zeitung, 16 October 1857 ; Bayerischer Kurier, Familienschatz 03.02.1858 p.40). L'appareil est construit par l'Institut der Gebrüder Breithaupt à Kassel. (Famileinschatz, 3 Februar 1858)

  • Alors qu'il est premier lieutenant dans l'armée prussienne, il obtient le 14 novembre 1861 un brevet pour un Appareil électro-télégraphique pour la transmission d'écritures et de dessins, prouvé par dessin et description. (Amtsblatt der Königlichen Preußischen Regierung zu Bromberg, Amtsblattstelle der Regierung,1863, p.46)

  • Le 6 avril 1868, il obtient le brevet britannique 1156 alors qu'il réside au No. 53, Rue de la Chaussée d'Antin, Paris,  pour une invention d'amélioration d'un appareil pour obtenir de l'énergie motrice  (for an invention of " improvements in the mode of and apparatus for obtaining ' motive power."—Dated 6th April, 1868. Ce brevet est déclaré caduc le 3 avril 1871 pour non paiement de la taxe de renouvellement (The London Gazette, 14 avril 1871)

  • En 1869, il obtient un brevet espagnol "Sistema perfeccionado de obtencion de fuerza motriz"  (ES000000004551H1)

  • Le 22 janvier 1870, il obtient le brevet britannique 194, "Improvments for apparatus in and for the treatment of liquid fuel and in the application thereof to prime movers

  • En juin 1870, il obtient un privilège autrichien pour l'invention d'une machine pneumatique (Vereinigte Laibacher Zeitung 30. September 1870)

  • Le 30 septembre 1871, alors qu'il est établi dans le Middlesex, il obtient un brevet britannique (n.2587) pour des  améliorations dans l'obtention de la force motrice, et dans un appareil à employer à cet effet.  (improvements in obtaining motive power, and in apparatus to be employed for this purpose) (cité in The London Gazette, October 9 1874)

  • Brevet britannique 2525, 24 août 1872 pour l'invention d'amélioration dans l'obtention et la mise en oeuvre d'énergie motrice et dans les appareils employés de la même manière 'the invention of " improvements in obtaining 'and applying motive power, and in apparatus to be-employed for the same." (The London Gazette, September 6, 1872)

  • Le 16 janvier 1873, il obtient un brevet britannique (n.180) pour un des moyens ou dispositions améliorés pour remplir ou alimenter les lampes avec du combustible liquide (Improved means or arrangements for filling or feeding lamps with liquid fuel, applicable also to the filling or feeding of other apparatus used for burning such fuel, cité in The Chemical News, 22 August 1873, p.96).

  • Le 26 juin 1873, il obtient un brevet britannique (n.2222) pour une amélioration dans les encriers ("improvements in inkstands") (The London Gazette, July, 7, 1876, p.3904).

  • En 1873, il obtient un brevet britannique pour un moteur à gaz (2587) qui est peut-être le brevet 3934 du 29 novembre 1873. for the invention of " improvements in motive power engines." (The London Gazette, December 12, 1873)

  • En 1874, il obtient un brevet britannique pour une appareil dans le domaine de l'imprimerie (GB5587)

  • En 1875, il obtient un brevet américain (N. 168284) pour une idée très simple, encore exploitée aujourd'hui sur les terrasses de certains cafés parisiens : des tables sur lesquelles il est possible de publier des annonces publicitaires (Improvement in advertising tables, Brevet US 168274, demande déposée le 28 janvier 1875, brevet délivré le 28 septembre 1875)

  • Brevet britannique 2534, 13 juillet 1875 pour l'amélioration dans les montures de bouchon ou de bouchons pour l'odeur de parfum et et les bouteilles de liquides odorants "improvements in cap or stopper mounts for perfume and liquid smelling, bottles." (The London Gazette, 23 November 1875 ; The Engineer, 19 July 1878 )

  • En juin 1876, il obtient le brevet britannique n. 2489. pour l'invention dans la construction de mètres liquides (invention of " improvements in the construction and arrangement of water or liquid meters." ) (The London Gazette, 23 June 1876).

  • En 1876, il obtient un brevet britannique (N 2899) pour des "améliorations dans les appareils pour faciliter le 'retrait des liquides non aérés des décanteurs et autres bouteilles similaires sans inclinaison ni manipulation de ces bouteilles." "improvements in apparatus to facilitate the 'withdrawal of non-aerated liquids from decanters and other like bottles without tilting or handling such bottles." (The London Gazette, 26 July 1876, p.4268)

  • En 1878, alors qu'il est apparemment domicilié à Londres, il obtient un brevet allemand (N. DE0000094469) pour un moteur hydraulique (Hydromotor) destiné à capter l'énergie des eaux marines.

  • En 1881, il obtient un brevet allemand pour une presse copieuse avec rouleaux de pression (Kopirpresse mit Druckwalzen) (DE000000017744A).

  • En août 1887, il obtient un brevet allemand pour un ascenseur de passagers et de fret appelé le Stigenbahn.  Personen- und Lastenaufzug, genannt: Stiegenbahn (DE000000044524A). Cet ascensceur obtient également le brevet 869 au Grand-Duché de Luxembourg en 1887.

  • En 1893, il obtient un brevet allemand pour un appareil pour maintenir des vêtements, tels que des jupes et similaires (Vorrichtung zum Halten der Kleidungsstücke, wie Röcke und dergleichen, beim An- und Ausziehen derselben , DE78635). et en 1894, un brevet britannique pour un appareil à vêtements ou appareil amélioré pour faciliter la mise en forme ou le décollage de manteaux, paletots, manteaux, imperméables et similaires. (Improved Clothes-jack or Apparatus for Facilitating the Putting-on or Taking-off of Coats, Overcoats, Cloaks, Waterproofs, and the like.) (GB000189413948A ). Dans les explications de ce brevet, il souligne combien il sera utile pour les personnes vivants seules ne pouvant s'offrir le luxe d'une assistance.

L'invention de l'antiphone

L'invention qui a donné à Plessner une certaine notoriété à son époque et jusqu'au début du vingtième siècle est l'antiphon (selon le brevet allemand du 15 novembre 1884) ou l'antiphone (selon le brevet américain).  Selon le titre de la brochure qui accompagne cette invention,'"la plus récente découverte. L'antiphone, un appareil pour rendre les sons et les bruitsinaudibles".  L'appareil est constitué de deux boules métalliques à insérer dans le conduit auriculaire; il est destiné à être placé dans l'oreille, et constitue un des premiers brevets de thérapie acoustique dont l'intérêt ne s'est pas démenti, au point que la brochure a été rééditée en 2016. Selon John Goodyear (3), "la brochure de Plessner est en partie un pamphlet de programme philosophique et en partie un manuel définissant la méthode appropriée pour insérer l'antiphone, sphère métallique, dans l'oreille. La brochure est adressée à "Allen Leidensgenossen" ("Tous les camarades souffrants" et aux individus qui sont sensibles au "bestäubenden Lärm der Strassen" (les bruits "polinisants" de la rue")."

Selon ¨Plessner, "le peu coûteux antiphone fournira un grand soulagement, même pour les plus impécunieux travailleurs intellectuels, vivant dans les parties les plus bruyantes de la ville afin de mener leurs affaires dans une paix ininterrompue. La valeur de millions d'heures de pensée sera gagnée et les plus fructueuses de pensées découleront de l'esprit des chercheurs".

Le satiriste et essayste berlinois Alexander Moszkowski, qui fut un de ses amis fidèles,  consacra un article d'hommage à Plessner sous le titre "l'inventeur resté dans l'ombre" dans le Neues Wiener Journal, 24 Juni 1923. Il raconte l'avoir rencontré quarante ans auparavant, alors que son épouse souffrait des bruits de la ville. Plessner lui avait offert les premiers exemplaires de son antiphone et même de disposer de ses brevets. Il le décrit comme un homme de grande prestance, idéaliste et désintéressé, dont les travaux annoncent les inventions à venir. 

L'invention a eu semble-t-il quelque succès commercial, et, en tout cas un destin littéraire. Selon Goodyear, August Strinberg fait allusion à l'antiphone de Plessner dans son roman Am offenen Meer (Au bord de la vaste mer). Kafka, quant à lui, informe Felice Bauer, dans une lettre du 5 avril 1915 qu'il a commandé des Ohropax, un autre système anti-bruit inventé par Negwer, postérieur à l'antiphone. Il écrit "Dans un roman de Strindberg, Am offenen Meer, que j'ai lu il y a quelques jours - c'est une splendeur, le connais-tu ? - le héros a, pour lutter contre une misère semblable à la mienne, ce qu'on appelle des boules de sommeil; il les a achetées en Allemagne, ce sont de petites boules d'acier qu'on fait rouler dans l'oreille. Malheureusement, cela semble n'être qu'une invention de Strindberg" (4). On peut raisonnablement suivre l'hypothèse de Gooyear selon laquelle les boules d'acier auxquelles fait allusion Kafka sont celle de l'antiphon de Maximilan Plessner. Peter Payer et Ralph Schock ont également identifié comme utilisateurs de l'antiphone le poète Peter Altenberg, le compositeur Hugo Wolf, l'écrivaine Rosa Mayreder et le journaliste Eduard Pötzl (5)

 

L'antiphone et son placement dans l'oreille. M. PLESSNER, Die Neueste Erfindung. Die Antiphon. Ein Apparat zum Unhörbarmachen von Tönen und Geräuschen. pp;26-27.

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Democrat and Chronicle (Rochester, New York, 2 Jaunuary 1898)

L'apport de Plessner dans le domaine de l'audiovisuel

 

La publication de la brochure de 92 pages Die Zukunft des elektrischen Fernsehens peut être datée du premier semestre 1892. Nous avons pu identifier une annonce publicitaire dans  le Grazer Volksblatt 6. März 1892 et une première recension de presse en mai 1892.

Publiée en caractères gothiques, la brochure reste d'un accès difficile et la seule analyse complète est celle qu'en a proposé en anglais Nils Klevjer Aas sur ce site en 2002. On trouvera également sur ce site une adaptation en français de cette analyse. Empreinte de rhétorique en style élevé, la brochure ce compose d'une introduction, d'une première partie décrivant une proposition de télectroscope, d'une deuxième partie décrivant les applications possibles de la télévision électrique et de ses dérivés possibles et d'une conclusion philsophique sur l'importance des inventions.

Malgré quelques pistes innovantes (notamment l'idée du recours aux miroirs mobiles, qui sera reprise par Jan Szczepanik, l'originalité de l'apport de Plessner à l'histoire de la télévision n'est pas d'ordre technique : Plessner n'est qu'un "inventeur" de plus proposant un appareil basé sur l'utilisation des propriétés photo-sensibles du sélénium.

Son apport est bien plus dans la réflexion sur les usages sociaux - et mêmes les conséquences démographiques - qu'il imagine pour la télévision et sur les schémas théoriques de classification des appareils possibles (distinction entre téléphote, pour la transmission des images fixes, et électroscope pour la transmission des images mobiles). Notons qu'il  est quasi le premier à imaginer un appareil d'enregistrement des images animées (le journaliste français Ernest Vial en avait émis brièvement l'hypothèse dès 1878), qu'il propose d'appeler hyaloscope. L'existence de cette sorte de magnétoscope avant la lettre, aurait pu permettre, suggère-t-il, d'enregistrer  en 1870 la grande parade berlinoise de l'armée prussienne victorieuse et d'utiliser ces enregistrements pour l'éducation patriotique des jeunes générations.. Du même coup, Plessner est le premier à formuler les potentialités propagandistes de la future télévision. C'est surtout sa thèse sur la réversibilité des images optiques et des son et ses diverses propositions optophoniques qui retiendront l'attention dans les années 1910-1920 et qui provoqueront, en Allemagne,  l'intérêt des archéologues du son à partir des années 2010.

Dans les années 2010, les chercheurs se sont surtout intéressés aux autres appareils imaginés par Plessner (instruments sélénomagnétiques - l'optophone, l'optographe et le phonoptographe.

 

L'addendum final évoque le kinetograph d'Edison, faisant également de la brochure de Plessner le premier texte évoquant la convergence des recherches sur la télévision (issues des développements des télécommunications) et celles sur la cinématographie (issues de la photographie).


La brochure de Plessner est également un témoignage intéressant sur la psychologie d'un inventeur frustré et déçu. De toute évidence, Plessner s'identifie à Philip Ries, inventeur allemand d'un téléphone dont plusieurs historiens du téléphone reconnaissent aujourd'hui qu'il a anticipé les découvertes de Graham Bell. Par cet aspect de plaidoyer, la brochure auto-justificative de Plessner s'inscrit dans la lignée de la brochure d'Adriano de Paiva La téléscopie électrique basée sur l'emploi du sélénium (1880) et de celle de Constantin Senlecq Le télectroscope (1881). 

Maximilian Plessner et Jan Szczepanik

La contribution de Plessner a retrouvé quelque actualité en 1898 dans la presse germanophone lorsque a circulé l'annonce de Jan Szczepanik concernant son telectroscope. Dans un entretien au journal du Berliner ​Lokalanzeiger (cité dans le Tages-Post de Linz, 25 März 1898), Plessner revendique la primauté de l'invention sur celle de l'"Edison polonais", mais reconnaît que sa contribution était purement théorique alors que Szczepanik propose une solution pratique. Durant l'année 1898, le nom des deux inventeurs sera cependant associé dans plusieurs articles de presse,en particulier dans "Jan Szczepanik und Maximilian Plessner. Der Erfinder des Telektroskops und sein Vorläufer",   Vom Fels zum Meer, Stuttgart, Mai 1898. Cet article sera cité dans la presse d'Alsace-Lorraine (Neue Mülhauser Zeitung, 9 mai 1898, Metzer Zeitung, 9 juin 1898). Le journaliste Stefan Klitscher a rencontré l'inventeur.

L'apport théorique de l'inventeur allemand est  éclipsé par les annonces, il est vrai assez tapageuses et vite oubliées elles-mêmes de Jan Szczepanick. Si les passages de la brochure relatifs à l'optograph sont encore discutés par l'écrivain et philosophe allemand Alexander Moszkowski en 1910 et Hausmann en 1924 (6), la contribution sur la télévision n'est plus que très rarement mentionnée, notamment dans un article "Seeing by wire" du London Daily Mail, '(probablement de Moszkowski) paru au début de 1904 et qui sera repris par différents journaux aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande. L'article 'hommage précité un article "l'inventeur resté dans l'ombre" que Alexander Moszkowski lui consacre dans le Neues Wiener Journal, 24 Juni 1923 paraît bien être la dernière mention de son nom avant une éclipse de près de 80 ans.

 

Plessner n'est quasi plus cité pendant trois quart de siècle, jusqu'à ce que je retrouve son nom  en 1999 mentionné dans la brochure de Benedict Schöffler parue en 1898 et que la​ publication sur ce site de la note co-écrite avec Nils Klevjer Aas en 2002 commence à lui rendre une présence dans les recherches d'archéologie des médias.

Publications de Plessner

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PLESSNER, M. , Die Neueste Erfindung. Die Antiphon. Ein Apparat zum Unhörbarmachen von Tönen und GeräuschenSchutze und Bartels,1884. Réédition Hanse, 2016.

 

PLESSNER, M. Ein Blick auf die grosten Erfindungen des zwanzigsten Jahrhunderts. I. Die Zukunft des elektrischen Fernsehens. Ferd. Dämmlers Verlagsbuchhanndlung, Berlin, 1892 [1893]. (Translation, abstracts and comments by Nils Klevjer Aas)

PLESSNER, M., Ein blick auf die grossen Erfindungen des Zwanzigsten JahrundertsDie Dienstbarmachung der Windkraft für den elektrischen Motorenbetrieb. Dümmler, Berlin, 1893.

Articles d'époque citant Plessner

GRAVELIUS; "Maximilian Plessner. Ein Blick auf die grossen Erfindungen des XX Jahrhunderts. I Die Zukunft des elektrischen Fernsehen" Naturwissenschaftliche Wochenschrift, 22 Mai 1882, p.22

W. HERDROW "Telephotie"Mährisches Tagblatt 15. Juli 1892

 

GIILBERT, L. "Die Zukunft des elektrische, Fernsehen", Indiana Tribüne, Volume 15, Number 321, Indianapolis, Marion County, 7 August 1892, p.6

VAN MUYDEN G. "La vision à distance", Bibliothèque universelle et Revue suisse, 1892, pp.586-594

VAN MUYDEN G., "Le vent, force motrice", Bibliothèque universelle et Revue suisse, 1893, pp.571-582

"L'utilisation de la force du vent", La revue scientifique, 1893, p. 221

de VARIGNY H., Air and Life, The Smithonian Institute, Washington, 1896

Teplitz-Schönauer Anzeiger 30 April 1898

"Jan Szczepanik und Maximilian Plessner. Der Erfinder des Telektroskops und sein Vorläufer" Vom Fels zum Meer, Stuttgart, Mai 1898, pp. 160-165.

Wiener Zeitung, 13 Mai 1898

 

Linzer Tages-Post, 5. Juni 1898

 

Prager Tagblatt, 21 Juni 1898

SCHETLER, P., "Fernsehen und Fernsichten" , Die Frau, Juni 1898, pp. 523-528 ;  "Fernsehen und Fernsichten", pp.826-832, Der Türmer 26, September 1924

 

SCHÖFFLER, B. Die Phototelegraphie und das elektrische Fernsehen, W. Braumüller, Wien, 1898, 27 p.

"The Telectroscope and its inventor", The American Monthly Review of Reviews, July 1898, p.93

Article "Meteorology" in Appletons' annual cyclopædia and register of important events of the year, Appleton, 1899, p.530

A.M.  (probablement Alexander Moszkowski), "Seeing by Wire", London Daily Mail, début 1904. Article repris dans The Cincinnati Enquirer, March 12, 1904.Omaru Mail, Supplement (Nouvelle Zelande), 12 March 1904, The Los Angeles Times, April 4, 1904 ; The Province (Vancouver), April, 4, 1904)

MOSZKOWSKI A., Die Kunst in tausend Jahren, Alfred Kröner, Berlin, 1910.

FURST A., MOSZKOWSKI A., "Das Optophon" in Das Buch der 1000 WunderAlbert Langen, München, 1920 (MOSZKOWSKI, ADas Buch der 1000 Wunder, OK Publishing, 2017)

MOSZKOWSKI A., "Erfinder, die im Schatten blieben", Neues Wiener Journal, 24 Juni 1923.

HAUSMANN R. : "Vom sprechenden Film zur Optophonetik“ in RICHTER H., and VON HOFACKER M.,  Material zur elementaren Gestaltung [1923–26],  3–4. Der Kern, 1923.(1923), repris in: HAUSMANN, R. , Texte bis 1933 (Anm. 26), Bd. 2, S. 72–75, S. 74.


Travaux récents  dans lesquels est cité Maximilian Plessner

 

AAS N.K. and LANGE A., "Maximilian PLESSNER, Ein Blick auf die grossen Erfindungen des zwanzigsten Jahrhunderts. I. Die Zukunft des elektrischen Fernsehens. Ferd. Dämmlers Verlagsbuchhanndlung, Berlin, 1892.[1893] Translation, abstracts and comments", Site Histoire de la télévision, 1999.

BORG C., "Das künstliche Auge. Zur Geburt der Cyborg in der Sinnenprothesenforschung", in ORLAND, B. (Hsg.)  Artifizielle Körper Lebendige. Technische Modellierungen des Korpers in historischen Perspektive, Chronos Verlag, 2005.

BORN, E.C., Sparks to Signals: Literature, Science, and Wireless Technology, 1800–1930, Thesis, University of California, 2016.

FEIEREISEN F. and MERLEY HIL A., (eds.), Germany in the Loud Twentieth Century: An Introduction, Oxford University Press, 2012

GALILI D., "The Post-Media Condition, circa 1885: Media Theory and the Archaeology of Television", Technes 2019.

GALILI D., "Postmediales Wissen um 1900 Zur Medienarchäologie des Fernsehens", Montage-AV, 2016;

GOODYEAR J., "Escaping the Urban Din : A Comparative Study of Theodor Lessing's Antilärmverein (1908) and Maximilian Negwer' Ohropax" in  FEIERSEN, F. and MERLEY HILL, Germany in the Loud Twentieth Century: An Introduction, Oxford University Press, 2012.

HESS J. Selen: Eine Materialgeschichte zwischen Industrie, Wissenschaft und Kunst, Mohr Siebeck, 2019

HEYMANN M., Die Geschichte der Windenergienutzung: 1890 - 1990, Campus Verlag, 1995

HEYMANN, M., "Von Grooswerden einer Kleintechnik", in REITH R; und SCHMIDT D., Kleine Betriebe - Angepasste Technologie?, Waxmann Verlag, 2002

KESSLER, K.O., Die Welt ist laut: Eine Geschichte des Lärms, Rowohlt Verlag GmbH, 2023

LEDOS J.J., Dictionnaire historique de la télévision : de ABC à Zworykyn, L'Harmattan,  2013, p.47

OCHSNER B., (Hg.)  senseAbility - Mediale Praktiken des Sehens und Hörens, transcript Verlag, 2016. 

ORLAND B., Artifizielle Körper - lebendige Technik: technische Modellierungen des Körpers in historischer Perspektive, Chronos, 2005

PATTESSON. T., Instruments for New Music: Sound, Technology, and Modernism, University of California Press, 2015, p.94.

PAYER P., SCHOCK R. "Antiphon und Ohropax. Die Erfindung der Stille", Bundeszentrale für politische Bildung, 2016

RAATSCHEN, H. Die technische und kulturelle Erfindung des Fernsehens in den Jahren 1877 – 1882, Thesis, Heinrich-Heine Universität Dusseldorf, 2005.

RIEBKE, W., Berlinische Lebensbilder:, Techniker, Colloquium-Verl, Berlin, 1987

SCHNEIDER B., "Verkreuzte Künste Ton-Bild-Experimente in Kunst und Technik der 1920er Jahre" in FLACH S. und VÖHRINGER (Hsg.), Ultravision Zum Wissenschaftsverständnis der Avantgarde , Wilhelm Fink, 2010.

 

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SCHNEIDER B. "Maximilian Plessner: Die Zukunft des elektrischen Fernsehens (The Future of Electric Television) 1892" in DANIELS D., NAUMANN S. Sound. Audiovisiology II, Essays. Histories and Theories of Audiovisual Media and Art.  Verlag der Buchhandlung König, Linz/Leipzig 2011, pp.193-195 (= "Von hörenden Augen und sehenden Ohren: Medienästhetik unterschiedlicher Verhältnisse von Ton und Bild", http://www.see-this-sound.at/

 

SCHNEIDER B., "Sobre olhos ouvintes e ouvidos videntes", TECCOGS. Revista digital de technologias cognitivas, edição 6 - jan/jun 2012,

STEINMAURER, T. Tele-Visionen. Zur Theorie und Geschichte des Fernsehempfang, StudienVerlag, 1999. 

THOBEN J., "Optophonie. Experimentelle Medienpraktiken der  Verkreuzung von Hören und Sehen", in OCHSNER B. und STOCK R. senseAbility - Mediale Praktiken des Sehens und Hörens, transcript Verlag, 2016, p.415

ULLMAN, H.P., Der Bund Insdustriellen Organisation, Einfluss u. Politik klein- u. mittelbetriebl. Industrieller im Dt. Kaiserreich 1895-1914, Vandenhoeck und Ruprecht, 1976, p;358

WHITNEY T., Eardrums: Literary Modernism as Sonic Warfare, Northwestern University Press, 2019.

 

André Lange, 16 avril 2023

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Publicité pour la brochure de Plessner Die Zukunft des elektrischen Fernsehen dans le Grazer Volksblatt 6. März 1892

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Publicité dans Patentblatt; März 1892

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Publicité pour la première brochure de Plessner,  in 

Die Himmelswelt: Mitteilungen der Vereinigung von Freunden der Astronomie und kosmischen Physik, Februar 1892; (Egalement sur le cahier de juillet 1892)

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Publicité pour la seconde brochure de Plessner,  in 

Die Himmelswelt: Mitteilungen der Vereinigung von Freunden der Astronomie und kosmischen Physik, September 1892;

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Le numéro de ma revue Vom Fels zum Meer qui contient l'article de Gustav Klitscher sur Maximilian Plessner.

 

(6) Sur Alexander Moszkowski, voir Goedart Palm, ""Alexander Moszkowski", Telepolis, 26. December 2005.

Siegesparade durchs Brandenburger Tod am 16. Juni 1871.jpg

La parade de la victoire à la Porte de Brandenbourg (Berliner Siegesparade), le 16 juin 1871, que Maximilian Plessner aurait voir archivée par un hyaloscope. (Photo : Wikimedia)

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Planches relatives à l'énergie éolienne dans Maximilian PLESSNER, Ein blick auf die grossen Erfindungen des Zwanzigsten Jahrunderts. Die Dienstbarmachung der Windkraft für den elektrischen Motorenbetrieb. Dümmler, Berlin, 1893.

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